Accueil > Revues > Médecine > Médecine thérapeutique > Texte intégral de l'article
 
      Recherche avancée    Panier    English version 
 
Nouveautés
Catalogue/Recherche
Collections
Toutes les revues
Médecine
Médecine thérapeutique
- Numéro en cours
- Archives
- S'abonner
- Commander un       numéro
- Plus d'infos
Biologie et recherche
Santé publique
Agronomie et Biotech.
Mon compte
Mot de passe oublié ?
Activer mon compte
S'abonner
Licences IP
- Mode d'emploi
- Demande de devis
- Contrat de licence
Commander un numéro
Articles à la carte
Newsletters
Publier chez JLE
Revues
Ouvrages
Espace annonceurs
Droits étrangers
Diffuseurs



 

Texte intégral de l'article
 
  Version imprimable

Levofloxacine et rupture des tendons d’Achille


Médecine thérapeutique. Volume 5, Numéro 10, 816-8, Décembre 1999, Cas clinique



Auteur(s) : Bernard Lemieux, Maxime Lamarre-Cliche, François de la Huerta, Nathalie Bureau, Céline Bard, Nicholas Newman, Jean Cusson, Hôtel-Dieu, Centre hospitalier de l’Université Montréal (CHUM), 3840 St-Urbain Montréal, (Québec) H2W 1T8, Canada..

Mots-clés : Lévofloxacine, fluoroquinolones, tendinite, tendon d’Achille.

Illustrations

ARTICLE

Un homme de 81 ans, atteint d'une maladie pulmonaire obstructive chronique corticodépendante, s'est présenté, pendant sa convalescence d'une pneumonie traitée à la lévofloxacine, dans notre service pour une douleur et un œdème progressifs au niveau des chevilles. Puisque l'évaluation clinique et radiologique évoquait une rupture complète des tendons d'Achille, nous avons procédé à une réparation chirurgicale puis avons immobilisé l'unité musculo-tendineuse à l'aide d'un plâtre équin. Le tableau clinique suggère fortement que la lévofloxacine est à l'origine de cette tendinopathie. Il s'agit, à notre connaissance, du premier cas rapporté de rupture des tendons d'Achille causée par cette nouvelle fluoroquinolone. Dans cet article, la présentation clinique, l'évaluation paraclinique, la physiopathologie et le traitement des tendinopathies aux fluoroquinolones sont passés en revue.

Description du cas

Un homme de 81 ans, souffrant d'une maladie pulmonaire obstructive chronique corticodépendante, fut admis dans le service de pneumologie en mai 1999 pour une pneumonie grave acquise en communauté. Un traitement par lévofloxacine intraveineuse (500 mg aux 24 heures) a été administré durant quatre jours et a été suivi d'une thérapie par voie orale de 500 mg par jour pendant huit jours. L'évolution favorable du patient lui permit de recevoir son congé après six jours d'hospitalisation. La dose de corticostéroïdes avait été augmentée pendant son séjour à l'hôpital (40 mg de prednisolone intraveineuse aux 12 heures). Par la suite, le patient avait suivi un sevrage jusqu'à sa dose d'entretien habituelle (5 mg de prednisolone par jour) sur une période de deux semaines.

Le patient se présenta de nouveau à l'hôpital deux semaines après son congé. Un œdème des chevilles, qui progressait depuis le sixième jour de traitement à la lévofloxacine, s'accompagnait maintenant d'une douleur importante aux talons qui l'empêchait de marcher et de se mobiliser. À l'examen, le patient présentait un œdème bimalléolaire prenant le godet, une décoloration violacée entourant les deux talons (figure 1), une douleur intense et une discontinuité visible et palpable des deux tendons d'Achille (figure 2). Les mouvements passifs de flexion et d'extension de la cheville provoquaient une douleur vive et le test de Thompson était positif des deux côtés. L'ultrasonographie montrait un amincissement focal important des tendons d'Achille (figure 3) ; le diagnostic de rupture complète fut confirmé sous vision directe (figure 4).

À la suite d'une réparation chirurgicale des tendons, les chevilles ont été immobilisées à l'aide d'un plâtre équin pendant six semaines. Après le retrait de l'attelle plâtrée, le patient a ensuite été dirigé vers un centre de réadaptation pour compléter sa convalescence. Jusqu'à maintenant, le patient n'a souffert d'aucune récidive et présente une évolution favorable.

Discussion

Les fluoroquinolones (FQ) sont généralement bien tolérées chez l'adulte. Cependant, depuis 1988, plusieurs cas de tendinopathie aux fluoroquinolones ont été rapportés [1-6]. Selon les données du Programme de pharmacovigilance de France, l'incidence de rupture spontanée des tendons d'Achille pour la ciprofloxacine est estimée à 1 cas par 779 600 jours de traitement, mais atteint même 1 cas par 23 130 jours de traitement pour la pefloxacine [7]. La gravité des cas décrits s'étend de la simple tendinite à la rupture complète du tendon. Classiquement, le tendon d'Achille est touché, mais les tendons du quadriceps, du long extenseur du pouce, du court péronier et de la coiffe des rotateurs peuvent aussi être atteints [1-4, 6]. Les facteurs favorisant une tendinopathie aux FQ sont l'âge (plus de 50 ans) et l'utilisation prolongée de corticostéroïdes [1-3, 6]. D'autres facteurs comme le sexe masculin, l'insuffisance rénale, les arthrites séronégatives et la goutte ont aussi été suggérés [2, 6].

Les symptômes tendineux surviennent entre 1 et 42 jours après le début du traitement aux FQ [2]. D'apparition rapide, une tendinopathie du tendon d'Achille empêchera le patient de se mettre sur la pointe des pieds [6, 8]. La douleur tendineuse sera intense et reproduite à la palpation. Une rupture partielle ou complète du tendon se présentera par une diminution palpable de son calibre. Un patient souffrant d'une rupture complète sera incapable d'exécuter une flexion plantaire. La tendinopathie aux FQ est un diagnostic avant tout clinique, mais le médecin dispose de quelques tests de confirmation [1, 2, 6]. Les techniques d'imagerie par ultrasonographie et par résonance magnétique permettent la détection des ruptures tendineuses partielles ou complètes, mais l'imagerie par résonance magnétique révèle aussi les changements précoces de la tendinopathie aux FQ. Avant de porter un diagnostic de tendinopathie aux FQ, un clinicien devrait considérer les causes infectieuses, traumatiques, microcristallines et iatrogéniques qui peuvent donner lieu à la même présentation clinique [6]. L'évolution de la tendinopathie est habituellement favorable avec l'arrêt des FQ [2, 6]. En moyenne, les symptômes durent trois semaines. Le traitement, outre l'arrêt des FQ, exige une immobilisation de l'unité musculo-tendineuse affectée durant au moins six semaines et un suivi en kinésithérapie [6]. Certains cas exigeront une réparation chirurgicale [5, 8].

La physiopathologie de la toxicité tendineuse des FQ reste non élucidée, mais est probablement multifactorielle. Bernard-Beaubois et al. suggèrent une toxicité mitochondriale et une modification de la matrice extracellulaire [9] mais des mécanismes traumatiques, ischémiques, toxiques, autonomiques et immunoallergiques ont aussi été décrits [1, 3, 5, 6].

La lévofloxacine fait partie des nouvelles quinolones. De tels antibiotiques nous offrent un spectre antibactérien très large et peu d'effets secondaires [10]. Lors d'études animales, des lésions tendineuses ont été induites chez des rats en leur administrant plus de 300 mg/kg de lévofloxacine [11]. Lors des essais pré-cliniques (3 158 patients), un cas de tendinite fut associé à l'utilisation de la lévofloxacine, mais aucun cas de rupture ne fut rapporté [2, 10]. Nous pensons que la physiopathologie de la toxicité tendineuse de la lévofloxacine est la même que celle des autres FQ.

Le cas décrit ici représente, à notre connaissance, la première description de rupture tendineuse associée à la lévofloxacine. Notre patient présentait deux des facteurs de risques d'une tendinopathie aux FQ, soit l'âge et une utilisation chronique de corticostéroïdes. La plausibilité biologique, la chronologie des événements, la bilatéralité et la sévérité de la tendinopathie nous suggèrent fortement un lien de causalité entre l'administration de lévofloxacine et la tendinopathie.

Comme l'utilisation croissante de cette classe d'antibiotiques fera sans doute augmenter la fréquence de ces tendinopathies, il nous apparaît important que le clinicien puisse soupçonner et reconnaître l'association entre l'administration d'une FQ (dont la lévofloxacine) et l'apparition d'une tendinopathie qui pourrait avoir des conséquences importantes. Enfin, une meilleure reconnaissance de cette entité clinique pourrait, par ailleurs, permettre une meilleure évaluation de son incidence.

REFERENCES

1. Ball P., Tillotson G. 1995. Tolerability of fluoroquinolone antibiotics. Drug Safety 13 : 343-358.

2. Lipsky B.A., Baker C. 1999. Fluoroquinone toxicity profiles : a review focusing on newer agents. Clin Inf Dis 28 : 352-364.

3. Szarfman A., Chen M., Blum M.D. 1995. More on fluoroquinolone antibiotics and tendon rupture. N Engl J Med 332 : 193.

4. Pierfitte C., Gillet P., Royer R.J. 1995. More on fluoroquinolone antibiotics and tendon rupture. N Engl J Med 332 : 193.

5. Beuchard J., Rochcongar P, Saillant G., Allain H., Beneton C. 1996. Tendinopathie achilléenne bilatérale chronique à la pefloxacine, sans rupture spontanée, traitée chirurgicalement. Presse Médicale 25 : 1083.

6. Zabraniecki L., Negrier I., Vergne P., Arnaud M., Bonnet C., Bertin P., Treves R. 1996. Fluoroquinolone induced tendinopathy : report of 6 cases. J Rheumatol 23 : 515-520.

7. Royer R.J. 1996. Adverse drug reactions with fluoroquinolones. Thérapie 51 : 414-416.

8. Phillips B.B. 1992. Traumatic disorders. In : Crenshaw A.H., ed. Campbell's operative orthopaedics. 8th edition, St-Louis, 1904-1912.

9. Bernard-Beaubois K., Hecquet C., Hayem G., Rat P., Adolphe M. 1998. In vitro study of cytotoxicity of quinolones on rabbit tenocytes. Cell Biol Toxico 14 : 283-292.

10. Compendium des produits et spécialités pharmaceutiques (CPS) 1999, 34e édition. Toronto. Association des pharmaciens du Canada 2311 : 1058-1062.

11. Kashida Y., Kato M. 1997. Characterization of fluoroquinolone-induced Achilles tendon toxicity in rats : comparison of toxicities of 10 fluoroquinolones and effects of anti-inflammatory compounds. Antimicrob Agents Chemother 41 : 2389-2393.


 

Qui sommes-nous ? - Contactez-nous - Conditions d'utilisation - Paiement sécurisé
Actualités - Les congrès
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - Tous droits réservés
[ Informations légales - Powered by Dolomède ]