ARTICLE
Les interférons (IFN) sont des moyens de
défense naturels contre des agents « étrangers »,
microbiens ou tumoraux. Leurs propriétés les transforment
en protéines des échanges de signaux intercellulaires, comme
les hormones, les lymphokines ou les cytokines. Outre leurs propriétés
antivirales, ils participent à la régulation de nombreuses
fonctions essentielles, notamment du métabolisme et de la prolifération
cellulaire, de la réponse aux hormones, de l'immunité et
du contrôle du déclenchement et de la croissance tumorale.
Le traitement des hépatites virales a été transformé
au cours des dix dernières années par l'introduction et
la diffusion de l'interféron. Cette diffusion s'est amplifiée
principalement du fait de l'endémie virale C qui est aujourd'hui
l'un des principaux problèmes de santé publique puisqu'elle
concerne plus de 500 000 Français. Ainsi l'interféron
alpha (IFN-a), qui associe des propriétés antivirales,
immunomodulatrices et antiprolifératives, trouve-t-il une place
de choix dans le traitement des hépatites chroniques. Les infections
par les virus des hépatites B, C ou D se caractérisent
en effet par un risque d'évolution vers la chronicité
à l'origine d'une hépatite chronique, exposant à
un risque de cirrhose et de carcinome hépatocellulaire.
Interférons
Généralités
Les interférons constituent une famille de protéines,
mise en évidence en 1957 par Isaacs et Lindenmann pour leurs
propriétés antivirales, rendant compte du phénomène
d'interférence virale qui fait qu'une cellule infectée
par un virus A devient résistante à un virus B. Ils incluent
trois familles (alpha, bêta et gamma) [1] qui regroupent plusieurs
protéines hétérogènes, d'une masse moléculaire
de 16 à 27 kilodaltons selon leur degré de glycosylation,
et constituées de 143 à 166 acides aminés. Elles
sont sécrétées par tous les vertébrés
et agissent selon une spécificité d'espèce. La
classification des interférons repose sur leur mode d'induction,
leur antigénicité et les cellules qui les sécrètent
(tableau 1). On distingue
les interférons de type I, regroupant l'interféron alpha
sécrété principalement par les leucocytes et l'interféron
bêta sécrété par les fibroblastes, et les
interférons de type II, qui correspondent à l'interféron
gamma sécrété principalement par les lymphocytes
T activés. Les interférons de type I sont induits par
les virus, les polyribonucléotides et les ARN bicaténaires
; l'interféron de type II est induit par les mitogènes
et les antigènes spécifiques (tableau
1). Les gènes codant pour les interférons alpha
et bêta sont situés sur le chromosome 9 et ils appartiennent
à une famille multigénique ; le gène unique codant
pour l'interféron gamma est situé sur le chromosome 12.
Il existe 45 % d'homologie nucléotidique entre les interférons
alpha et bêta, alors qu'il n'en existe pas entre eux et l'interféron
gamma.
Mécanismes généraux
d'action (figure
1)
Récepteurs aux interférons
Les interférons sont sécrétés puis exercent
leurs effets sur les cellules cibles en se fixant sur des récepteurs
membranaires spécifiques. Cette fixation déclenche la
production d'un signal transmembranaire à l'origine de la synthèse
de protéines effectrices par l'intermédiaire desquelles
sont mis en jeu les divers effets biologiques des interférons.
Ces récepteurs, des glycoprotéines de 130 kilodaltons,
sont présents à la surface de nombreuses cellules humaines.
Il existe un récepteur commun aux interférons alpha et
bêta, codé par un gène situé sur le chromosome
21, et un récepteur pour l'interféron gamma codé
par un gène situé sur le chromosome 6. Après fixation
sur leurs récepteurs, les interférons sont rapidement
internalisés par un mécanisme d'endocytose puis dégradés.
Le ou les seconds messagers véhiculant les effets de l'interféron
alpha n'ont pas été clairement identifiés (diacylglycérol
ou inositol triphosphate). L'interféron gamma pourrait agir par
des protéines G, au moins pour l'activité antiproliférative,
alors que l'activité antivirale serait véhiculée
par les protéines G et l'adénosine monophosphate cyclique
(AMPc). L'ensemble de ces mécanismes, efficaces in vitro,
ne reflète pas obligatoirement ce qui se passe chez l'homme dans
les situations naturelles ou au cours des traitements par interféron.
La liaison interféron-récepteur va entraîner la
transcription de différents gènes et la synthèse
de différentes protéines, rendant compte des effets immunologiques,
antitumoraux et antiviraux [2].
Protéines induites par les interférons
Pour les interférons alpha et bêta, la régulation
transcriptionnelle de la synthèse des protéines spécifiques
est sous la dépendance de facteurs nucléaires (interferon
gene stimulating regulatory factors ou IGSF) qui s'associent à
des séquences nucléotidiques au sein des promoteurs (interferon
stimulating responsive element ou ISRE). Il existe des séquences
conservées entre les séquences régulatrices au sein
des promoteurs des gènes induits par les interférons (ISRE)
et celles des gènes des interférons (interferon responsive
element ou IRE) sur lesquelles se fixent des facteurs transcriptionnels
(interferon regulatory factors 1 et 2, ou IRF1 et IRF2). Les facteurs
transcriptionnels et les séquences génétiques régulatrices
diffèrent pour l'interféron gamma.
Les principales protéines induites par les interférons
sont la 2' 5'-oligoadénylate synthétase (2' 5'-OAS) et
une protéine kinase. Il en existe d'autres qui sont des protéines
nucléaires, dont la protéine Mx et les antigènes
HLA (encadré 1).
Action antivirale
L'action antivirale des interférons dépend du type de
cellules infectées ainsi que des espèces virales infectantes.
Plusieurs modèles expérimentaux ont montré l'action
antivirale des interférons et l'administration d'anticorps anti-interféron
chez la souris augmente la susceptibilité aux infections virales
[3]. Des expériences de mutagenèse dans une lignée
cellulaire transfectée par le gène de l'interféron
ont confirmé son activité antivirale spécifique (cellules
infectées par le virus de l'encéphalomyocardite) [3]. Des
souris knock out pour les gènes des récepteurs des
interférons de type I et II ont une susceptibilité accrue
aux infections virales (virus de la chorioméningite et de la vaccine),
les deux interférons étant complémentaires dans la
défense antivirale [4]. La susceptibilité augmentée
à l'infection par le virus de la vaccine des souris knock out
pour le gène de l'interféron gamma n'est pas liée
à un déficit de l'immunité cellulaire ou humorale
[5].
Les nombreux effets antiviraux des interférons témoignent
des multiples voies métaboliques qu'ils régulent dans
les nombreuses étapes de la réplication virale, de la
reconnaissance des cellules cibles infectées par les virus. L'action
antivirale principale des interférons semble être le contrôle
de la traduction du génome viral par les protéines induites
: cette action est surtout véhiculée par l'expression
des gènes de la 2' 5'-OAS et des protéine kinases qu'ils
induisent [2].
2' 5'-OAS
La 2' 5'-digoadénylate synthétase (OAS) est induite dans
toutes les cellules par l'interféron endogène et exogène.
Les interférons alpha et gamma ont une action synergique sur
l'induction de la 2' 5'-OAS. Elle permet, en présence d'ARN double
brin et d'adénosine triphosphate (ATP), la synthèse d'oligonucléotides,
les oligoadénylates de formule (2'5')pppA(pA)n, particuliers
quant à leur liaison phosphodiester en 2'-5'. Ces oligoadénylates
activent une endoribonucléase latente (ARNase L) qui va dégrader
les ARN messagers certes cellulaires mais préférentiellement
viraux. La complexité de ce système enzymatique est liée
à l'existence de différentes isoenzymes nucléaires
et cytoplasmiques ainsi qu'à la présence d'un système
régulateur constitué par une phosphodiestérase
qui dégrade spécifiquement les 2' 5' oligoadénylates.
Le taux d'induction de la 2' 5'-OAS est fonction du type cellulaire,
de son stade dans le cycle, du type d'interféron et de sa dose.
Protéine kinases
L'interaction des interférons avec leurs récepteurs,
en particulier lymphocytaires, conduit à l'activation en cascade
de protéines cytosoliques dont certaines forment des complexes
dont le passage dans le noyau permet la fixation sur les séquences
d'ADN promotrices hautement conservées ISRE. Des complexes protéiques
induits par l'interféron alpha (ISGF3, interferon stimulated
gene factor 3) ont été caractérisés, en
particulier des facteurs appartenant à la famille STAT ( signal
transducers and activators, STAT1 et STAT2) ainsi que la nouvelle
famille des facteurs de transcription dont font partie p48, IRF1 et IRF2
[6]. Certaines de ces protéines peuvent d'ailleurs être mises
en jeu par d'autres cytokines dont les autres interférons. Les
protéines IRF1 et IRF2 reconnaissent les domaines ISRE ainsi que
le domaine PRDI dans la région promotrice du gène de l'interféron
beta. Le gène d'IRF1 est inductible par l'interféron gama.
En amont des protéines STAT, l'interaction de l'interféron
alpha avec son récepteur induit l'oligomérisation du récepteur,
permettant l'activation des protéine kinases JAK1 (janus kinases)
et Tyk2, responsables de la phosphorylation sur des résidus tyrosine
des protéines STAT et de leur dimérisation. Dans le noyau,
les protéines STAT1 et STAT2 forment un complexe avec la protéine
de p48 (ISGF3gama) qui initie la transcription de différents gènes.
De nombreux gènes possèdent un site ISRE et sont ainsi inductibles
par l'interféron alpha (figure
2).
L'importance de ces circuits d'activation a été abordée
dans des modèles d'infections virales (picornavirus, virus influenza)
et leur mise en jeu corrélée à l'action antivirale
des interférons. L'induction d'une protéine kinase particulière
(double stranded RNA activated protein kinase, PKR) joue un rôle
important dans l'action antivirale directe des interférons. La
PKR est une sérine-thréonine kinase activable par liaison
d'ARN viraux et secondairement capable de phosphoryler la sous-unité
a du facteur d'initiation des eukaryotes eIF2 (eukaryotic initiation
factor 2), bloquant la formation d'eIF2-GTP actif à partir
d'eIF2-GDP et secondairemnet la traduction. La PKR est exprimée
faiblement de façon constitutive dans de nombreux types cellulaires
et inductible par les interférons de type I et II. Plusieurs
régions promotrices, dont une boîte ISRE, sont associées
au gène PKR. IRF1 régule les niveaux constitutifs
et induits de cette protéine kinase.
Protéines nucléaires et de surface
Les interférons induisent d'autres protéines cellulaires,
notamment nucléaires : la protéine Mx et les protéines
qui se fixent aux gènes induits par les interférons (NF-kB,
par exemple) ; l'induction transcriptionnelle de ces gènes par
les interférons pourrait se faire par un motif consensus présent
à leur partie 5' non traduite des gènes induits par les
interférons [7].
Les interférons induisent l'expression des antigènes
HLA (Human Leucocyte Antigen) de classe I à la surface des
cellules et de la beta2-microglobuline au niveau transcriptionnel et traductionnel
[8]. Les antigènes de classe II (DR, DP, DQ) et de classe III (facteurs
B et protéines C2 de la cascade du complément) sont induits
par l'interféron gamma au niveau transcriptionnel. Ces effets immunomodulateurs
(cf. infra) modulent la multiplication et la dissémination
virales. Ils sont couplés à des effets sur les membranes
cellulaires (augmentation de la fluidité membranaire) pouvant modifier
la maturation des virions ou leur libération (rétrovirus).
Les interférons inhibent la pénétration cellulaire
de certains virus (virus de la stomatite vésiculeuse) [9]. Ils
inhibent certes la maturation des protéines virales (par la diminution
de la traduction ou par l'augmentation de la dégradation des ARN
messagers, précédemment détaillée), mais aussi
l'assemblage des virions [10]. Leur influence sur la glycosylation des
protéines virales (induction d'une glycosyltransférase)
pourrait interférer avec les mécanismes d'encapsidation
ou de virulence virale.
En résumé, la première action des interférons
découle de la liaison de la molécule à des récepteurs
membranaires spécifiques à la surface des cellules infectées.
Cette fixation déclenche l'activation d'enzymes intracellulaires
favorisant la traduction de diverses protéines qui rendront la
cellule plus résistante aux infections virales. C'est ainsi qu'une
augmentation de l'activité de la 2' 5'-OAS activera certaines ribonucléases
telles que l'ARNase L qui est capable de détruire l'ARN messager
viral. L'activation d'une protéine kinase permettra l'arrêt
de l'assemblage des ribosomes nécessaires à la synthèse
des protéines virales. L'action d'inhibition de la réplication
virale est complémentaire de l'action immunomodulatrice pléiotropre
de l'interféron alpha.
Il existe des mécanismes viraux d'échappement au système
interféron. Des protéines virales peuvent ainsi se lier
à certaines enzymes. L'adénovirus, le virus d'Epstein-Barr,
celui de la vaccine et celui de l'hépatite C inhibent l'activité
de la protéine kinase ARN-dépendante dans certaines lignées
cellulaires ; les virus de l'encéphalomyocardite et de l'herpès
inhibent l'endoribonucléase et des protéines virales peuvent
inhiber la transcription de gènes induits par les interférons
comme la protéine E1A de l'adénovirus et l'ADN polymérase
du virus de l'hépatite B, en se liant à l'ISGF 3a [11].
Action immunomodulatrice
Les interférons ont de nombreux effets sur le système
immunitaire, qui sont interdépendants et synergiques. Ainsi, les
effets antiviraux de l'interféron gamma dépendent de l'induction
de l'interféron alpha ou bêta.
L'interféron alpha stimule l'expression des antigènes
de l'hôte (comme des molécules HLA de classe I) à
la surface des cellules infectées, permettant leur meilleure reconnaissance
par le système immunitaire (notamment par les lymphocytes T cytotoxiques)
et facilitant ainsi leur destruction. Parallèlement, les interférons
favorisent la maturation des cellules T cytotoxiques [12] et l'activation
des cellules NK (natural killer). Ils augmentent l'activité
macrophagique et modulent les cascades cytokiniques. De nombreuses cytokines
sont induites par eux ou les induisent. À titre d'exemple, l'interleukine
1 produite par les macrophages (activés potentiellement par les
interférons) induit la production d'interleukine 2 qui, à
son tour, induit celle d'interféron gamma et bêta.
Les interférons alpha et gamma modulent de façon positive
et négative la synthèse des immunoglobulines [13]. Ils
modulent le réarrangement du récepteur T et la synthèse
des récepteurs du TNF (tumor necrosis factor) [14]. L'interféron
gamma peut aussi potentialiser l'activité cytolytique du TNF
ou son activité antivirale, alors potentialisée par les
interférons gamma et bêta. Les interactions entre interférons
et les autres substances impliquées dans la signalisation intercellulaire
ne cessent de se complexifier, rendant illusoire une simplification
de ces réseaux de cascades.
Action antibactérienne et antiparasitaire
Les infections expérimentales s'accompagnent d'une production
d'interférons qui améliore la résistance de l'hôte
à ces agents pathogènes. Les interférons participent
à la défense antibactérienne à divers niveaux.
Ils inhibent l'invasion et la réplication bactériennes :
directement, en diminuant la capacité des bactéries
à pénétrer dans les cellules ou le pool intracellulaire
de métabolites nécessaires aux bactéries intracellulaires
obligatoires ;
indirectement par leurs effets immunomodulateurs, principalement
en augmentant, par l'activation des macrophages, leurs propriétés
bactériostatiques et bactéricides.
L'interféron gamma a un rôle prépondérant
dans la défense contre les germes intracellulaires en permettant
l'orientation de la réponse immune cellulaire vers une réponse
de type TH1. Il a ainsi été utilisé dans le traitement
des mycobactérioses atypiques et des leishmanioses.
Action antitumorale
Les modes d'action antitumorale des interférons sont directs
et indirects. Les effets antiprolifératifs directs sur la croissance
tumorale sont principalement cytostatiques par :
une augmentation de la durée du cycle cellulaire, dépendante
de la modulation de la 2' 5'-OAS cellulaire [15] et du contrôle
de proto-oncogènes (c-myc, c-fos et c-H-ras) ;
une déplétion en métabolites essentiels
(inhibition de l'induction de l'ornithine décarboxylase, dégradation
du tryptophane...) ;
un effet cytotoxique, de mécanisme inconnu, les interférons
ayant une interaction synergique augmentant la lyse cellulaire.
Les effets antitumoraux indirects pourraient faire intervenir des
effecteurs cytotoxiques de l'hôte et la réponse immunitaire,
dont l'induction par les interférons a été précédemment
décrite, incluant notamment l'induction des macrophages, des cellules
NK ou des lymphocytes T, augmentant ainsi la cytotoxicité antitumorale.
L'augmentation par les interférons de l'expression de certaines
protéines membranaires (HLA, antigènes spécifiques
de tumeurs ou récepteurs du TNF) pourrait renforcer la reconnaissance
et la lyse des cellules tumorales par les cellules cytotoxiques. Une augmentation
de l'induction d'anticorps spécifiques des cellules tumorales pourrait
en favoriser la destruction par le système du complément
ou la cytotoxicité cellulaire dépendant des anticorps (antibody
dependant cellular cytotoxicity, ADCC).
L'action antitumorale des interférons s'exerce donc directement
sur les cellules cibles ou par leur effet immunostimulant. Il existe
enfin une action anti-angiogénique des interférons qui
peut participer à la fois de leurs actions antivirales, immunomodulatrices
et antiprolifératives.
Applications cliniques
Grâce aux techniques du génie génétique,
on a pu insérer les gènes humains des interférons
dans des chromosomes bactériens et des cellules humaines en culture
et en obtenir des quantités suffisantes pour leur utilisation
clinique. Les interférons, principalement alpha, sont utilisés
en clinique humaine. Les indications principales sont antitumorales
ou antivirales.
Applications cliniques non hépatologiques
Les indications en cancérologie [16] sont dominées par
le traitement de la leucémie à tricholeucocytes où
une posologie de 3 millions d'unités (MU) 3 fois par semaine
par voie sous-cutanée permet 90 % de réponse. L'injection
intralésionnelle tri-hebdomadaire de 1,5 MU d'interféron
alpha dans l'épithélioma baso-cellulaire est efficace
mais n'a pas remplacé le traitement chirurgical de référence.
D'autres indications telles que le traitement de l'épithélioma
spino-cellulaire de la peau, des tumeurs carcinoïdes, des mélanomes
ou des cancers du rein (notamment métastasés) sont proposées
habituellement chez des patients en phase terminale, lors d'échec
des traitements de référence qui expliquent au moins en
partie les mauvais résultats. Les résultats obtenus en
hématologie sont habituellement supérieurs à ceux
obtenus pour les tumeurs solides : l'interféron alpha peut être
utilisé pour le traitement des leucémies myéloïdes
chroniques, du myélome, de lymphomes non hodgkiniens ou de lymphomes
cutanés à cellules T après échec de la chimiothérapie
conventionnelle.
En pathologie virale non hépatologique, les indications principales
sont les condylomes acuminés liés aux papillomavirus (de
60 à 70 % d'efficacité après 6 à 8 semaines
d'interféron alpha à la posologie tri-hebdomadaire de 1
à 5 MU), le sarcome de Kaposi lié à une infection
par le virus de l'herpès humain de type 8 (de 25 à 45 %
d'efficacité à de fortes posologies quotidiennes de 18 à
36 MU, difficilement supportables) et la papillomatose laryngée.
À la jonction des pathologies virales et tumorales, les interférons
ne semblent pas avoir d'efficacité dans le traitement des carcinomes
in situ du col ou sur le carcinome hépatocellulaire.
Enfin, l'interféron gamma apparaît comme étant
le seul traitement efficace (autre que l'antibiothérapie à
la demande) de la granulomatose chronique juvénile, caractérisée
par des infections graves et récidivantes multiviscérales
en rapport avec un déficit immunitaire héréditaire.
Il a une efficacité prophylactique significative (70 %).
Ces résultats insuffisants, bien qu'encourageants, pour le traitement
des tumeurs soulignent l'intérêt futur des associations
synergiques des différents interférons alpha (ou bêta)
et gamma (à l'inverse de l'association des interférons
alpha et bêta purement additive), des associations des différents
interférons à des cytokines (interleukine 2 et 12, voire
TNF), à des chimiothérapies, des radiothérapies
ou des chirurgies conventionnelles.
Applications en clinique hépatologique
En hépatologie, l'interféron alpha est presque exclusivement
utilisé pour le traitement des hépatites liées aux
virus de l'hépatite B, C et D (VHB, VHC et VHD). Ces 3 virus hépatotropes
ont pour caractéristiques principales et communes d'être
transmis par voie parentérale, sexuelle ou materno-ftale,
d'être susceptibles de conduire à un portage chronique du
virus et, par là même, à une hépatite chronique.
De nombreuses anomalies de la production des interférons ont été
décrites au cours des hépatites chroniques virales mais
les conclusions sur leur caractère causal ou conséquentiel
sont difficiles à tirer.
Les hépatites liées au virus de l'hépatite G semblent
relever d'une épidémiologie et d'un traitement comparables
mais les données actuellement disponibles sont trop préliminaires
pour être détaillées.
Histoire naturelle des infections virales B, C
et D
* Infection virale B
Le risque principal de l'infection virale B, en dehors des hépatites
fulminantes (qui représentent moins de 1 % des cas), est celui
du portage chronique de l'antigène HBs [17]. Il survient chez
2 à 5 % des adultes immunocompétents, jusqu'à 80
% chez les enfants infectés tôt dans la vie, chez 40 à
60 % des hémodialysés, chez 100 % des transplantés
et chez 20 à 40 % des sujets infectés par le virus de
l'immunodéficience humaine (VIH). Le portage chronique est, dans
un tiers des cas, un portage dit sain, caractérisé par
l'absence d'hépatopathie et de multiplication virale. Dans les
deux tiers restants, une hépatite chronique, associée
à une multiplication virale persistante, est observée.
Le risque en est l'évolution vers la cirrhose dans 20 à
30 % des cas, exposant elle-même à un risque de carcinome
hépatocellulaire, avec une incidence annuelle de 3 % [18]. Ce
risque est lié non seulement à la cirrhose elle-même
mais aussi à des effets directs du VHB (intégration à
l'origine de mécanismes de mutagenèse insertionnelle,
transactivation de gènes cellulaires par les protéines
virales X et préS2/S) [18].
L'évolution naturelle de l'infection chronique par le VHB peut
être schématiquement représentée en trois
phases [19]. La première, de durée variable (de quelques
mois à plusieurs années), est marquée par une multiplication
active du virus, dont les marqueurs sont l'ADN du VHB et l'antigène
HBe dans le sérum, et par la présence de l'antigène
HBc dans le noyau des hépatocytes. La deuxième phase est
marquée par l'arrêt progressif et spontané de la
multiplication virale qui est parfois associé à une accentuation
de la nécrose hépatocytaire avec élévation
transitoire des transaminases, vraisemblablement due à la réponse
immunitaire cytotoxique. L'arrêt spontané de la multiplication
virale coïncide souvent avec l'apparition de la cirrhose. Les chances
d'arrêt spontané de la multiplication virale au cours de
l'infection chronique par le virus de l'hépatite B sont de l'ordre
de 5 à 10 % par an. Au cours d'une troisième phase, le
sujet est toujours porteur chronique du virus (antigène HBs positif),
mais la multiplication virale a disparu et les anticorps anti-HBe sont
présents. Les risques sont alors celui de l'aggravation de la
cirrhose et de l'apparition d'un carcinome hépatocellulaire.
* Infection virale C
L'histoire naturelle de l'infection virale C est superposable à
celle de l'infection virale B. Cependant, quatre différences sont
à noter :
le risque d'hépatite fulminante est presque nul ;
la réalité du portage sain est discutée,
mais environ 5 % des patients ayant une multiplication virale détectable
ont un foie histologiquement normal ou des lésions minimes ;
le risque d'infection chronique est de l'ordre de 70 % (et
sans doute plus élevé dans les populations immunodéprimées).
Le risque de l'hépatite chronique C est celui de l'apparition d'une
cirrhose dans environ 20 % des cas avec son propre risque de carcinome
hépatocellulaire ;
il n'y a habituellement pas d'extinction spontanée de
la multiplication du VHC dans le temps [20].
* Infection virale D
Le virus de l'hépatite D, virus défectif dépendant,
pour son organisation et sa multiplication, de la présence du virus
de l'hépatite B, est à l'origine de deux types d'hépatite
épidémiologiquement et évolutivement différentes
:
en cas de co-infection (rencontre simultanée entre le
VHB et le VHD), l'évolution se fait le plus souvent vers une hépatite
aiguë résolutive, en absence d'hépatite fulminante
observée dans seulement 5 % des cas ;
en cas de surinfection (rencontre avec le VHD chez un porteur
chronique du VHB), l'évolution se fait dans plus de 90 % des
cas vers une hépatite chronique considérée comme
plus sévère que l'hépatite chronique B seule, avec
des risques identiques de cirrhose et de carcinome hépatocellulaire
[21].
Buts et indications de
l'interféron alpha dans le traitement des hépatites
* Hépatite chronique B
Le but des traitements antiviraux est l'éradication de la multiplication
virale afin d'éviter la constitution d'une cirrhose et, par là
même, diminuer les risques de cancer. Les indications classiques
du traitement antiviral sont actuellement restreintes à une infection
virale B responsable d'une hépatite chronique histologiquement
prouvée avec une multiplication virale détectable.
Pour le virus de l'hépatite B, la multiplication virale est
définie par la détection de l'ADN du VHB dans le sérum,
associée dans 85 % des cas à la positivité de l'antigène
HBe [17]. Dans 15 % des cas, les anticorps anti-HBe sont présents,
témoignant, le plus souvent, d'une infection par un virus mutant
(mutation dans le gène préC). La biopsie hépatique,
outre la confirmation de l'hépatite chronique, permettra d'en préciser
l'activité par l'établissement d'un score incluant des index
semi-quantitatifs de nécrose périportale et intralobulaire,
d'inflammation et de fibrose (score de Knodell ou score Métavir).
Elle en établira sa sévérité (cirrhose ou
non). Elle permettra de détecter, dans les hépatocytes,
l'antigène HBc par immunohistochimie ou les acides nucléiques
viraux par hybridation moléculaire, dont la présence témoigne
de la multiplication virale.
La posologie traditionnelle de l'interféron alpha est de 2,5
MU/m2 (soit de 5 à 6 MU 3 fois par semaine) pour des
durées de 4 à 6 mois [21]. Au-delà de cette période,
le gain de réponse efficace ne justifie pas le coût financier
ni les effets secondaires. L'interféron alpha est administé
par auto-injection sous-cutanée 3 fois par semaine.
Les résultats des différentes études contrôlées
sont tous en faveur du traitement, avec environ 40 % de négativation
de l'antigène HBe et de l'ADN du VHB sérique, et près
de 10 % de négativation de l'antigène HBs [22]. Chez les
sujets non traités, ces taux sont respectivement de l'ordre de
10 et 0 % [22, 23]. L'arrêt de la multiplication virale s'accompagne
d'une amélioration des index histologiques d'activité et
d'une disparition complète de l'ADN viral sérique, recherché
par amplification génomique chez la moitié des patients
5 ans après l'arrêt de la multiplication virale qui est attesté
par les méthodes conventionnelles d'hybridation en phase aqueuse
[24].
Le traitement des infections liées à un mutant pré-C
pose plus de problèmes : ces infections, souvent associées
à une maladie histologiquement plus sévère que celles
liées au virus sauvage [25] et à une multiplication virale
modérée, sont rarement contrôlées par les traitements
antiviraux standard du fait des rechutes fréquentes à l'arrêt
du traitement. Cependant, des traitements prolongés seraient durablement
efficaces chez bon nombre de patients.
Pour le VHB, un certain nombre de facteurs prédictifs d'une
réponse positive à l'interféron ont été
identifiés [26] : une ancienneté d'infection inférieure
à 2 ans, le caractère symptomatique de l'hépatite
aiguë initiale, une réplication virale faible ou modérée
(moins de 200 pg/ml d'ADN sérique du VHB) et une hypertransaminasémie
supérieure à 3 fois la valeur supérieure de la normale.
D'autres facteurs sont prédictifs d'une mauvaise réponse
au traitement : une contamination périnatale ou une immunosuppression,
notamment dans le cadre d'une infection par le VIH.
L'arrêt de la multiplication virale au stade d'hépatite
chronique permettrait d'éviter l'évolution vers la cirrhose
et l'apparition de ses complications. Le traitement peut être prescrit
chez des patients ayant une cirrhose compensée ou non. En cas de
cirrhose décompensée, la posologie sera habituellement la
moitié de la posologie standard. Dans ce type d'indication, certains
patients ayant favorablement répondu au traitement ont pu éviter
une transplantation hépatique ; les patients traités ayant
une cirrhose décompensée seront très régulièrement
suivis du fait du risque de dégradation de leur fonction hépatique
en cas d'efficacité antivirale accompagnée d'une exacerbation
de leur hépatite.
Il se peut que, par la diminution de l'activité de l'hépatopathie,
le risque de carcinome hépatocellulaire soit lui-même diminué
sans que cela ait, jusqu'à présent, été
prouvé. Cependant, le risque lié à l'intégration
génomique du virus persiste.
* Hépatite chronique C
Le but du traitement antiviral est l'éradication complète
du virus afin d'éviter une dégradation histologique vers
la cirrhose, voire le carcinome hépatocellulaire. Ses indications
sont actuellement restreintes à une infection virale C (anticorps
anti-VHC positifs), avec hypertransaminasémie et hépatite
chronique histologiquement prouvée. Pour le virus de l'hépatite
C, la multiplication virale est définie par la présence
de l'ARN du virus de l'hépatite C dans le sérum, détectée
soit par amplification génomique, soit par amplification du signal
par le test des ADN branchés.
La posologie usuelle de l'interféron alpha est de 3 MU 3 fois
par semaine par voie sous-cutanée pour une durée de 6 à
12 ou 18 mois [27, 28]. Avec ce schéma, une normalisation des transaminases
survient chez la moitié des patients définis comme des «
répondeurs ». Pour des raisons économiques, il est
aujourd'hui discutable de poursuivre les traitements au-delà de
3 mois lorsqu'une efficacité biologique n'a pas été
certifiée. La prolongation des traitements à 12 ou 18 mois
augmenterait la fréquence des réponses à long terme
[27]. À l'arrêt du traitement, la moitié des répondeurs
rechutent. Ainsi, l'espoir d'une réponse à long terme (définie
par une normalisation durable des transaminases au moins 6 mois après
l'arrêt du traitement) n'est observée que chez 10 à
35 % des patients [28]. Chez ces répondeurs à long terme,
l'éradication virale semble acquise chez la moitié à
deux tiers d'entre eux [29]. On peut ainsi espérer une éradication
virale, avec les schémas traditionnels d'interféron alpha
au cours des hépatites virales C, chez 15 à 20 % des patients.
L'efficacité thérapeutique s'accompagne d'une amélioration
des index histologiques et on peut, là encore, espérer par
le contrôle de cette multiplication virale éviter l'évolution
vers la cirrhose et le carcinome hépatocellulaire.
Les modalités thérapeutiques au cours de l'hépatite
virale C sont en cours d'évolution. Les traitements renforcés
(6 MU pour 12 mois au lieu de 6 mois) augmenteraient le pourcentage de
réponse à long terme mais leur tolérance, et donc
leur application par le patient, est médiocre.
Les facteurs prédictifs de réponse au traitement ont
été identifiés. Il s'agit de caractéristiques
liées à l'hôte (sexe féminin, jeune âge,
antécédent de toxicomanie, infection sporadique ou de durée
récente). L'absence de cirrhose et de surcharge ferrique semble
aussi associée à une bonne réponse. Les trois facteurs
qui apparaissent, dans les études multivariées, indépendamment
associés à une bonne réponse sont principalement
virologiques : une hétérogénéité génomique
faible (uniquement identifiable actuellement par des techniques lourdes
réservées aux laboratoires spécialisés), une
virémie faible et un génotype autre que le génotype
1b [30]. Tous ces facteurs prédictifs ont une indiscutable valeur
statistique mais leur intérêt est médiocre à
l'échelle individuelle et il ne paraît pas actuellement légitime
de prendre une décision thérapeutique sur une base seulement
anamnestique, biologique ou virologique. Cependant, la tendance actuelle
est d'adapter le schéma thérapeutique (notamment association
avec d'autres antiviraux tels que la ribavirine) au génotype viral.
Il n'y a pas d'attitude clairement définie pour les non-répondeurs
à un premier traitement. À l'inverse, les patients qui
rechutent semblent tirer un bénéfice, dans 50 % des cas,
d'un deuxième traitement par interféron alpha, associé
à la ribavirine.
* Hépatite chronique D
Le but du traitement est l'éradication de l'infection virale.
Ses indications sont le traitement d'une hépatite chronique D histologiquement
prouvée avec présence des marqueurs de réplication
virale. Pour le VHD, la multiplication virale est définie par une
hypertransaminasémie, la détection des IgM
anti-D, de l'ARN du VHD dans le sérum et de l'antigène D
dans le foie.
Les données sont beaucoup plus parcellaires pour le traitement
des hépatites D que pour les autres. Des résultats préliminaires
ont suggéré que des traitements par interféron
alpha de 4 mois sont associés à un arrêt de la multiplication
virale D et à une amélioration histologique, mais que
l'arrêt du traitement est suivi de façon quasi constante
par une rechute. La posologie actuellement proposée est de 9
MU 3 fois par semaine pendant 48 semaines [31]. Avec ce type de traitement,
la moitié des patients normalisent leurs transaminases et négativent
leur virémie D avec une amélioration histologique. Après
l'arrêt du traitement, la moitié des patients traités
gardent des transaminases normales mais la virémie réapparaît
le plus souvent [30]. Le traitement de l'hépatite D apparaît
donc relativement décevant. Cependant, l'amélioration
histologique chez des patients ayant parfois des hépatopathies
sévères, d'autant que des guérisons avec élimination
totale des virus D et B avec séroconversion anti-HBs peuvent
être espérées en cas de traitement prolongé
pendant plusieurs années, suggère que l'on retienne l'indication
du traitement de l'hépatite D par l'interféron.
Effets secondaires liés à l'interféron
alpha
Les effets secondaires liés à l'utilisation de l'interféron
alpha sont nombreux, dominés par un syndrome pseudo-grippal (fièvre,
frissons, myalgies, céphalées), des troubles digestifs à
type de nausées, voire de diarrhée, et des troubles thymiques
observés chez un tiers des patients (encadré 2).
Ces troubles conduisent rarement à l'arrêt du traitement
ou à l'introduction de traitements additionnels, si ce n'est le
paracétamol qui permet souvent de contrôler le syndrome pseudo-grippal.
L'inconvénient principal est lié à l'asthénie
dont il est difficile de dire si elle est induite par le traitement ou
liée à l'hépatopathie sous-jacente.
Biologiquement, une leuconeutropénie ou une thrombopénie
peuvent être observées, principalement chez les patients
cirrhotiques. L'ensemble de ces effets secondaires est réversible
et plus de 95 % des patients suivront leur traitement dans son intégralité.
On ne méconnaîtra pas la possibilité d'effets secondaires
sévères (cardio-vasculaires, psychiatriques, ophtalmologiques,
thyroïdiens ou exacerbation de maladies auto-immunes jusqu'alors
méconnues) qui doivent être reconnus précocement de
façon à arrêter au plus tôt le traitement.
Il n'est pas prouvé que l'apparition d'anticorps anti-interféron
en cours de traitement en modifie l'efficacité.
Indications en cours d'évaluation
* Hépatites aiguës
Outre le traitement des hépatites chroniques avec ou sans cirrhose,
le traitement par interféron alpha peut être discuté
pour le VHB, le VHC ou le VHD (en cas de surinfection) au stade aigu
de l'infection. En effet, si l'hypertransaminasémie et les marqueurs
de multiplication virale persistent 3 mois après l'épisode
aigu, les chances d'une clairance spontanée du virus sont limitées
: pourront alors se discuter au cas par cas, dans les services spécialisés,
des traitements antiviraux standard. Ce type de stratégie thérapeutique
précoce diminue statistiquement le risque d'infection chronique
par une fréquente éradication virale durable, au moins
pour le VHC (50 %).
* Infection associée par le VIH
L'infection par le VIH semble augmenter la sévérité
histologique des hépatopathies virales B, C et D, notamment chez
les toxicomanes. Les résultats des traitements antiviraux chez
les sujets co-infectés par le VIH, quoique portant sur de petites
séries, donnent de moins bons résultats, en termes d'éradication
virale, que chez les sujets non infectés par le VIH. Cependant,
l'espoir d'un arrêt durable de la multiplication virale chez des
sujets ayant une hépatopathie sévère justifie la
poursuite des essais, et notamment des combinaisons, thérapeutiques.
* Infections hépatotropes multiples
Certains patients sont infectés par plusieurs virus hépatotropes
(B et C, ou B, C et D). Quoiqu'il ait été décrit
un « déséquilibre » de multiplication des différents
virus (avec un risque de rupture de cet équilibre en cas d'efficacité
des traitements sur l'un ou l'autre virus), il est aujourd'hui logique
de proposer un traitement antiviral, particulièrement lorsque
l'hépatite est histologiquement très active.
* Prévention du carcinome hépatocellulaire
Divers résultats récents, quoique discutés, font
état d'une diminution de l'incidence du carcinome hépatocellulaire
et, même, d'une amélioration de la fonction hépatique
et de la survie des patients après le traitement, même
biologiquement et virologiquement inefficace, d'une cirrhose virale
C. Si cela se confirme, il en résulterait, indépendamment
de la réponse virologique au traitement antiviral, la nécessité
non seulement de traiter tous les patients cirrhotiques (ce qui n'est
pas actuellement recommandé par la conférence de consensus)
mais aussi d'envisager chez eux l'élaboration de stratégies
originales.
Protéines régulées
par les interférons
* Induites :
protéines STAT, p48 (IS6F3g) ;
ISG (interferon-stimulated gene)
54, ISG15 ;
2' 5'-oligoadénylate synthétase
;
ARNase 2' 5' oligoadénylate synthétase
;
ds RNA activated protein kinase (PKR)
;
ds RNA specific adenosine desaminase
;
2' 5' phosphodiestérase ;
protéine Mx ;
complexe majeur d'histocompatibilité
I ;
complexe majeur d'histocompatibilité
II ;
b2-microglobuline ;
xantine oxydase ;
indoléamine 2,3-dioxygénase
;
glutathion transférase ;
métallothionine II ;
thymosine B4 ;
récepteur du TNF.
guanylate binding protein (GBP).
* Inhibées
:
c-myc ;
c-fos ;
collagène ;
récepteur de l'EGF (epidermal
growth factor) ;
récepteur de la transferrine.
ENCADRÉ 2
Principaux
effets secondaires de l'interféron
* Fréquents
:
syndrome pseudo-grippal (fièvre,
frissons, myalgies,
céphalées) ;
anorexie ;
asthénie ;
troubles thymiques ;
leuconeutropénie, thrombopénie
;
troubles digestifs (nausées).
* Rares :
alopécie ;
dysthyroïdie ;
arythmie ;
convulsions ;
rétinopathie, néphropathie
;
décompression, maladie auto-immune
;
dépression sévère.
CONCLUSION Le
traitement par interféron alpha a une efficacité indiscutable
quoique encore insuffisante pour le contrôle des hépatites
chroniques virales. Les profils des réponses varient selon le type
du virus, suggérant des mécanismes d'action différents,
et selon le stade de la maladie. De façon à éviter
la cascade hépatite chronique/cirrhose/carcinome hépatocellulaire,
il apparaît aujourd'hui justifié de dépister les très
nombreux porteurs chroniques d'une infection virale B, C ou D de façon
à leur proposer au plus tôt un essai thérapeutique par
interféron, dont l'inefficacité fera discuter d'autres associations
thérapeutiques si l'activité histologique de l'hépatopathie
le justifie. REFERENCES
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