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Fièvre au long cours, fièvre périodique : mise en perspective


Médecine thérapeutique. Volume 7, Numéro 1, 20-2, Janvier 2001, Revue : les fièvres périodiques


Résumé  

Auteur(s) : Thomas Papo, Service de médecine interne, Hôpital Bichat, 48, rue H.-Huchard, 75018 Paris, France..

Résumé : La rubrique des fièvres au long cours ou d'origine indéterminée (Fever of unknown origin, FUO des Anglo-Saxons) a été définie de façon formelle et arbitraire en 1961 [1] : température rectale dépassant 38,3 °C à plusieurs reprises sur une période de durée supérieure à 3 semaines, sans diagnostic malgré des investigations complémentaires réalisées pendant une hospitalisation d'au moins 7 jours.

Mots-clés : fièvre, FUO, fièvre héréditaire.

Illustrations

ARTICLE

Généralités sur les fièvres durables. Logistique des examens complémentaires

Il n'y a pas de logistique validée ou universelle en termes d'investigations diagnostiques ou de traitements d'épreuve dans une fièvre durable [2]. La critique principale portée à la définition des FUO dérive de l'absence de contenu précis mis dans cette fameuse « semaine d'explorations diagnostiques infructueuses ». Cette première série d'examens réalisée en cours d'hospitalisation dépend évidemment du type de population concernée : une fièvre de 3 semaines n'appelle pas le même type d'approche selon que l'on s'adresse à l'Afrique noire ou à la population des retraités de Nice ou de Miami... Le côté artificiel de la définition, peu adapté à la prise en charge individuelle des patients, permet cependant une classification approximativement homogène des malades, principalement à visée scientifique de recherche clinique, et sans qu'on ait trouvé de substitut robuste à la FUO. Une sous-classification plus récente admet 4 catégories de FUO : a) classique, b) nosocomiale, c) en contexte immunodéficient non lié au VIH (neutropénie chimio-induite, traitement immunosuppresseur, transplantation), et d) en contexte immunodéficient lié au VIH [3]. Le thème des fièvres héréditaires s'intègre naturellement dans la rubrique des FUO classiques.

Le diagnostic de fièvre durable doit faire l'objet d'une enquête systématique recherchant les causes souvent non immédiates comme les granulomatoses (mycobactériose, sarcoïdose, maladie de Crohn), un syndrome lymphoprolifératif, une thrombose profonde, une fièvre médicamenteuse, une endocardite à hémocultures négatives, une maladie de Still, une maladie de Horton chez le sujet âgé, etc.

Quoique aucun algorithme diagnostique ne soit véritablement satisfaisant dans les fièvres au long cours, certaines règles nous apparaissent essentielles, qu'on se place en amont, pendant ou au décours de la semaine d'hospitalisation pour examens complémentaires [4].

Le principe roi est la répétition inlassable de l'interrogatoire et de l'examen physique, un des intérêts de l'hospitalisation étant à cet égard de multiplier les acteurs (de l'externe au senior) susceptibles de donner un avis sur le patient.

La deuxième loi est la hiérarchisation des examens complémentaires en fonction de l'état clinique du patient : la séquence sera d'autant plus rapide que le malade est grave. Chez un patient dont la fièvre est bien tolérée, on procédera par ordre en attendant les résultats des salves successives d'examens (tableau 1). Parfois la symptomatologie s'éteint d'elle-même sans qu'on ait été au bout des explorations : le mystère reste entier, mais le malade est guéri.

La troisième règle consiste à ne jamais oublier la toile de fond infectiologique : tuberculose et endocardite d'Osler.

Le quatrième principe, celui du traitement d'épreuve, ressemble malheureusement à un constat d'échec diagnostique, est plus délicat à cerner et dépend de l'expérience du médecin : quelle thérapeutique (antibiotique à large spectre, anti-tuberculeux, corticoïde), à quel moment et chez quel patient ? Prenons l'exemple d'un homme de 75 ans amaigri, qui présente une fièvre isolée et un syndrome inflammatoire majeur. Les explorations incluant une biopsie de l'artère temporale bilatérale sont négatives. Le test thérapeutique corticoïde peut avoir une grande valeur : l'état général transformé en 12-24 h et la normalisation de la CRP en 5-10 j sont des indices rétrospectifs en faveur du diagnostic de maladie de Horton, d'autant plus forts que le recul est grand.

Fièvres périodiques

En dehors de l'accès palustre, le profil de la fièvre a une spécificité et une sensibilité faibles même lorsque l'on considère les entités classiques telles que le typhus inversus dans la tuberculose disséminée, la dissociation du pouls dans la typhoïde, ou la fièvre en plateau d'origine neurologique centrale.

L'âge de début, le mode évolutif, le contexte familial sont des critères (parmi d'autres) essentiels pour l'analyse d'une fièvre au long cours. Typiquement, les fièvres héréditaires commençent dans l'enfance, sont récurrentes et la notion d'un antécédent familial est récupérée par l'interrogatoire. Les atypies sont malheureusement possibles : début tardif, périodicité anarchique avec des phases asymptomatiques durables de plusieurs années, guérison spontanée, absence d'histoire familiale, par exemple si la maladie est récessive.

À l'inverse, certaines fièvres non héréditaires peuvent survenir chez un sujet jeune et adopter un caractère régulièrement périodique, comme la classique fièvre de Pel-Ebstein [5] qu'on peut observer dans la maladie de Hodgkin et dans certains lymphomes non hodgkiniens. À cet égard, la durabilité d'une fièvre n'est pas un contre-argument absolu pour un diagnostic de pathologie maligne : certaines fièvres ont duré de nombreux mois (voire des années) avant le diagnostic de maladie de Hodgkin ou de lymphome T.

L'analyse spécifique des fièvres périodiques est récente. La définition de la fièvre récurrente (synonymes : périodique, épisodique) proposée en 1993 est celle d'une FUO dont le profil chronologique est particulier : accès fébriles répétés avec des intervalles libres de plus de 15 jours et rémission apparente de la maladie entre les périodes de fièvre [6]. Parmi la population hospitalisée dans un service de médecine interne belge de 1980 à 1989, 199 patients avaient une FUO définie. Quarante-cinq malades (22,6 %) avaient une FUO périodique ; ils étaient plus jeunes avec une affection plus durable (durée moyenne 850 versus 67 jours) que les patients avec FUO non récurrente. Un diagnostic final était posé chez 22/45 patients et le spectre couvert était large : otite récidivante, prostatite, cancer colique, fièvre factice, fièvre médicamenteuse, spondylarthrite ankylosante, maladie par emboles de cristaux de cholestérol, maladie de Castleman et surtout fièvre méditerranéenne familiale (n = 2), Still de l'adulte (n = 4) et maladie de Crohn (n = 3). Dans 23 cas de FUO périodique, aucun diagnostic n'était formulé malgré des investigations exhaustives. Par rapport aux FUO non récurrentes, la pathologie tumorale et infectieuse était clairement sous-représentée [6]. Une revue de la littérature utilisant cette définition de FUO périodique permet de réduire la taille de la grille étiologique des FUO classiques (tableau 2). Parmi les causes habituellement mentionnées, on peut discuter la validité de la découverte d'une sinusite ou d'un granulome apical dentaire, très fréquemment retrouvés lorsqu'ils sont recherchés dans la population hospitalisée tout venant (30 %) et dont le traitement (avulsion dentaire en particulier) ne résout que rarement la FUO périodique dans notre expérience. En revanche, la fièvre simulée ou auto-induite à l'origine d'une FUO périodique représente un piège probablement sous-estimé qui nécessite une approche diagnostique policière. De même, une fièvre peut être liée à un médicament, même si le produit est consommé de longue date et en l'absence d'éruption cutanée, d'hépatite ou d'hyperéosinophilie.

Le diagnostic moléculaire de certaines fièvres héréditaires s'est développé rapidement et figure déjà dans le panel des examens à disposition en clinique hospitalière. L'analyse clinique fine des pathologies fébriles héréditaires, qui fait aussi l'objet de cette revue, est un préalable indispensable pour rationaliser ces demandes d'examens complémentaires hyperspécialisés et leur trouver à terme une place précise dans un algorithme diagnostique idéal des fièvres au long cours.

REFERENCES

1. Petersdorf R.G., Beeson P.B. 1961. Fever of unexplained origin : report on 100 cases. Medicine 40 : 1-31.

2. Dekleijn E.M.H., et al. 1997. Fever of unknown origin. A prospective multicenter study of 167 patients with FUO, using fixed epidemiologic entry criteria. Diagnostic procedures. Medicine 76 : 392-414.

3. Mackoviak P.A., Durack D.T. 2000. Fever of unknown origin. In : Principles and practice of infectious diseases. Mandell GL, Bennett E, Dolin R, eds. Churchill Livingstone, chap 44 : 622-633.

4. Piette J.C., Wechsler B., Piette A.M. 1996. Fièvres au long cours de l'adulte. In : Traité de Médecine. Godeau P, Herson S, Piette JC, eds. Flammarion Médecine-Sciences, 88-98.

5. Reinmann H.A. 1977. Periodic (Pel-Ebstein) fever of lymphomas. Ann Clin Lab Sci 7 : 1-5.

6. Knockaert D.C., Vanneste L.J., Bobbaers H.J. 1993. Recurrent or episodic fever of unknown origin. Medicine 72 : 184-196.


 

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