Deux éditoriaux commentent contradictoirement les récentes recommandations
américaines du National Heart, Lung, and Blood Institute (NHLBI) à propos du dosage
des lipides chez tous les enfants entre 9 et 11 ans puis entre 17 et 21 ans.
Les deux cardiologues de Seattle, Psaty et Rivara [1], signalent tout d’abord
que le tabagisme et l’obésité, les deux principales causes de mortalité aux
USA, commencent bien avant l’âge adulte et doivent être pris en considération
très tôt dans toute politique de prévention des maladies cardiovasculaires.
Cependant, la question des dyslipidémies est très différente. D’une part, suivre
les recommandations du NHLBI « entraînerait » une épidémie immédiate dont il
est possible d’estimer qu’elle pourrait conduire à traiter 200 000 enfants et
adolescents aux USA. D’autre part, si les statines ont fait les preuves de leur
efficacité, elles ont des effets adverses, dont la rhabdomyolyse, non négligeables,
pour lesquels il n’existe pas de données à long terme chez l’enfant. Les auteurs
rappellent à ce sujet l’affaire du diéthylstilbestrol… et appellent à la prudence.
Daniels (médecin de santé publique) et Gilman (pédiatre [2]), rappellent que
4 ans auparavant, une autre agence américaine, l’USPSTF, concluait que les preuves
étaient insuffisantes pourrecommander ou non ce dépistage, et que les données
disponibles aujourd’hui n’ont pas changé à ce point… Il n’existe aucun essai
à long terme, ni sur les modifications de style de vie, ni sur l’utilisation
de statines, et nous ne savons pas quelle minorité d’enfants ayant une dyslipidémie
précoce sont réellement à risque de développer tôt une maladie cardiovasculaire.
Daniels préconise cependant le dépistage pour mieux faire prendre conscience
de la nécessité d’un style de vie correct dès l’enfance, et ainsi contribuer
à ce que le maximum d’adultes ait un statut cardiovasculaire de « faible risque
». Gilman le récuse en l’absence de preuves suffisamment fortes d’un bénéfice
attendu excédant les risques potentiels et considère que le dépistage n’est
justifié qu’en cas d’histoire familiale d’hypercholestérolémie, le traitement
étant éventuellement initié à l’adolescence.
1. Psaty BM, Rivara FP. Universal Screening and Drug Treatment of Dyslipidemia
in Children and Adolescents. JAMA. 2012;307:257-8.
2. Daniels SR, Gillman MW. Is Universal Pediatric Lipid Screening Justified?
JAMA. 2012;307:259-60.
Que retenir pour notre pratique ?
• Premier point : deux groupes d’experts peuvent conclure à deux recommandations
quasi opposées en analysant les mêmes données, ce qui confirme bien la nécessité
de la lecture critique de toute information médicale, quelle qu’en soit l’origine…
• Deuxièmement, l’utilisation de critères très intermédiaires comme le sont
les dosages de cholestérol ne peut en aucun cas suffire comme « preuve » tant
que n’existent pas de données à long terme sur des critères d’efficacité clinique,
surtout lorsqu’il s’agit d’utilisation de médicaments au très long cours (on
parle ici de vie entière ou quasi…).
• Enfin et surtout, s’il est justifié, très logiquement, de prendre de « bonnes
» habitudes de vie dès l’enfance (tabac, alimentation, exercice physique), on
ne voit pas en quoi cela dépendrait d’un quelconque dépistage biologique…
Mots clés : Enfant ; Troubles du métabolisme lipidique [Child; Lipid
Metabolism Disorders]
|