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Dépistage du cancer du sein : probabilités complexes…


Publiée dans la revue : Médecine. Mars 2012. Volume 8Numéro 3,

Auteur(s) : Jean-Pierre Vallée

Les données du registre américain Surveillance Epidemiology and End Results (SEER) permettent d’évaluer les risques à 10 et 20 ans des femmes de 40, 50, 60 et 70 ans

Les auteurs ont utilisé le logiciel DevCan du National Cancer Institute pour évaluer le risque de diagnostic de cancer du sein à 10 ans et celui de décès dû à ce cancer à 20 ans, en prenant comme hypothèse que le dépistage assure une réduction relative de 5 à 25 % du risque de décès. Le SEER a observé, pour 100 000 femmes, 2 990 cancers du sein entre 50 et 60 ans (64% sont détectés par la mammographie, soit 1 910) et 990 décès par ce cancer entre 50 et 70 ans. En supposant que la mammographie a réduit ce risque de 20 % (et qu’elle a été faite à 100 % des femmes), l’absence de dépistage augmenterait ce taux de décès à 1 240/100 000 (990 + 250). Ainsi, la probabilité que le dépistage « sauve » une femme est de 13 % (250/1 910), et même 3 % si l’on prend en compte non pas une réduction relative de 20 %, qui n’est retrouvée dans aucune des études récentes, mais plutôt de 5 %. Le dépistage cause donc plus de surdiagnostics ou au mieux de diagnostics précoces sans effet sur la mortalité qu’il ne « sauve » de femmes.

1.Welch HG, Frankel BA. Likelihood That a Woman With Screen-Detected Breast Cancer Has Had Her “Life Saved” by That Screening. Arch Intern Med. 2011;171:2043-6.

Que retenir pour notre pratique ?
• Affirmer, comme le font encore certaines publications, que la mammographie de dépistage a réduit la mortalité par cancer du sein d’au moins 25 % est une imposture. Welch et Frankel ne nient pas que le dépistage « sauve » des vies, mais démontrent que ces chiffres sont pour le moins surévalués.
• Le risque de surdiagnostic, toujours difficile à quantifier, varie selon les études de 2 à 10 pour un cancer dépisté, encore aggravé par les progrès de l'imagerie.
• Diagnostic précoce et traitements plus efficaces contribuent à l’amélioration pronostique de ce cancer. Mais, ironie du sort, comme le soulignent les 2 auteurs, le dépistage, et par conséquent le surdiagnostic « produisent » un grand nombre de « survivantes » qui renforcent l’enthousiasme pour le dépistage…
• Une information « objective » est-elle encore possible au point où en est la controverse ?

Mots clés : Détection précoce de cancer ; Mammographie ; Tumeurs du sein [Early Detection of Cancer; Mammography; Breast Neoplasms]


 

 

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