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Varénicline : risques cardiovasculaires et psychiatriques


Publiée dans la revue : Médecine. Mars 2012. Volume 8Numéro 3,

Auteur(s) : Jean-Pierre Vallée

La méta-analyse canadienne [1] met en évidence le danger cardiovasculaire de la varénicline chez les patients fumeurs demandeurs d’une aide au sevrage

La méta-analyse porte sur les 14 essais randomisés en doubleaveugle (8 216 participants, durée de 7 à 52 semaines) publiés ou non réalisés avant mars 2011. La varénicline a été associée à une augmentation significative du risque d’événements cardiovasculaires graves : 52/4 908 (1,06 %) vs 27/3 308 dans le groupe placebo (0,82 %) ; OR 1,72 ; 1,09-2,71. Il y avait trop peu de décès pour permettre des comparaisons significatives pour la mortalité, mais ces données confirment que la question du risque cardiovasculaire de la varénicline doit être prise très au sérieux avant toute prescription, d’autant plus que les patients à risque avéré étaient exclus a priori des essais randomisés.

La même équipe a analysé rétrospectivement les déclarations d’effets adverses enregistrés dans la base de données de la FDA américaine [2]

Entre 1998 et fin 2010, 9 575 effets adverses graves ont été enregistrés pour la varénicline, 1 751 pour le bupropion et 1 917 pour les produits nicotiniques de substitution. Le critère composite comportement suicidaire/automutilation/dépression a été identifié dans 3 249 déclarations de la base : 2 925 cas pour la varénicline (90 %), 229 pour le bupropion (7 %), 95 pour les produits nicotiniques de substitution (3 %), soit 8,4 fois plus (6,8-10,4) pour la varénicline et 2,9 fois plus (2,3-3,7) pour le bupropion par rapport aux produits nicotiniques de substitution, rapport persistant après exclusion des patients traités avec l’un quelconque des 58 médicaments dont la notice évoque le risque de comportement suicidaire. Le seul essai publié comparant la varénicline à des timbres nicotiniques n’a trouvé aucune différence statistiquement significative sur le critère d’abstinence à 52 semaines. La varénicline a donc un profil de sécurité inadapté à l’indication de première intention pour le sevrage tabagique.

1. Singh S, Loke YK, Spangler JG, Furberg CD. Risk of serious adverse cardiovascular events associated with varenicline: a systematic review and meta-analysis. CMAJ. 2011;183:1359-66.
2. Moore TJ, Furberg CD, Glenmullen J, Maltsberger JT, Singh S. Suicidal Behavior and Depression in Smoking Cessation Treatments. PLoS ONE. 2011;6(11):e27016.

Que retenir pour notre pratique ?
• D’autres études, citées par Moore et al., rapportent d’autres effets adverses de la varénicline : comportements agressifs et violents, effets sur la vision, la cognition, le contrôle moteur et autres (interdiction pour les pilotes et contrôleurs aériens civils, pilotes et équipages militaires, prudence pour les chauffeurs routiers) ; risque d'événements cardiovasculaires graves (cf. la méta-analyse de Singh et al.) ; hypersensibilité, oedème de Quincke, effets indésirables cutanés graves potentiellement mortels…
• La conclusion des auteurs canadiens paraît de ce fait quelque peu timorée : compte tenu d’une efficacité au mieux très modeste, de dangers potentiels graves très réels et des alternatives possibles, on ne voit pas très bien quelle serait l’indication « de seconde intention » à envisager encore pour la varénicline… Le seul « carton rouge » (ne pas utiliser) de notre tableau d’évaluation est possible selon les données maintenant disponibles… Il était « orange » dans notre numéro de juin 2007, dont une grande partie était consacrée aux problèmes du sevrage tabagique, toujours disponible en accès libre sur www.revue-medecine.com

Mots clés : produits de sevrage tabagique ; sevrage tabagique [Tobacco Use Cessation Products; Smoking Cessation]


 

 

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