ARTICLE
Dans le domaine complexe que sont les problématiques « dys », une démarche partenariale
entre les professionnels de la santé et de l'éducation, des associations, des
familles, est indispensable pour mutualiser les connaissances respectives, apporter
les réponses les plus adaptées, chacun dans son champ de compétences, aux souffrances
des enfants. Celles-ci se présentent sous différentes formes comme des problèmes
relationnels, un manque de concentration, une perturbation des apprentissages,
une agitation qui peut devenir un problème comportemental important. Si les souffrances
visibles peuvent être source de stigmatisation, il ne faut pas négliger les souffrances
silencieuses susceptibles de conduire à l'isolement, au sentiment d'infériorité
par rapport aux autres ou celui d'être dévalorisé par les adultes qui les ont
en responsabilité, la perte de confiance, une estime de soi dégradée, un désintérêt
pour le travail scolaire. Toutes ces situations peuvent être à l'origine d'un
risque d'absentéisme voire d'un décrochage scolaire inquiétants : actuellement
sur l'Académie de Lyon, 11 147 élèves sont en situation de handicap dont 17,5
% sont sujets à des troubles du langage et de la parole. Que ce soit dans le 1er
et 2nd degré, 70 % des élèves concernés sont scolarisés en classe ordinaire.
Il paraît important de souligner l'évolution considérable du système éducatif
quant au suivi des élèves à besoins éducatifs particuliers, notamment les « dys
», plus spécifiquement depuis la loi du 11 février 2005.
La situation de souffrance des élèves « dys » dans le cadre scolaire
Le regard des autres peut notamment être vécu comme stigmatisant : celui de leurs
camarades ou de leurs professeurs. La dévalorisation de sa propre image et un
sentiment de rejet et d'humiliation peuvent entraîner les élèves concernés à un
échec scolaire pénalisant leur devenir.
Il est souvent difficile de repérer un élève « dys » qui utilise des stratégies
de contournement pour répondre à l'exigence scolaire, d'où la nécessité d'être
attentif à chaque situation. Selon les formes de « dys », le repérage n'est
pas identique. Ces « dysfonctionnements » risquent d'être confondus avec d'autres
problèmes qu'ils ont parfois générés eux-mêmes, à savoir : un manque de travail
ou de motivation, un relationnel difficile avec les autres. De plus, les problèmes
« dys » sont souvent associés à d'autres troubles. J'ai pu constater dans l'établissement
que je dirige actuellement, le collège « Les Servizières » à Meyzieu, des enfants
« dys » qui cumulent une hyperactivité, des troubles attentionnels ou une précocité.
Cela démontre la complexité pour l'ensemble des acteurs de l'Éducation nationale,
personnel de direction, médecin scolaire, enseignants, etc., de détecter des
signaux alors que la recherche scientifique débat encore sur les causes de ces
troubles.
Au sein du collège, nous avons relevé qu'un certain nombre d'enfants présentent
des problèmes de lecture et d'écriture, traduits par des problèmes de
mémorisation, de compréhension des énoncés ou des consignes, de rédaction, des
difficultés de lecture d'un texte simple qui n'a pas été oralisé, une lecture
hachée, hésitante, accompagnée de confusions sur les sons ; très souvent, les
écrits de ces élèves sont incomplets, les fautes d'orthographes conséquentes,
des mots transformés, les lettres et les syllabes inversées, avec le constat
qu'écrire peut devenir une véritable torture. D'autres présentent des difficultés
de repérage dans l'espace qui ont été à l'origine du dépistage : ainsi,
en cours de mathématiques, le professeur a pu constater une mauvaise lecture
des tableaux, des graphiques, des difficultés dans les constructions géométriques
(beaucoup n'arrivent pas à tracer une perpendiculaire).
Certains d'entre eux, en raison de ces troubles, avaient été repérés en amont
à l'école élémentaire par les professeurs, d'autres l'ont été dans le second
degré et le diagnostic d'une « dys » a été réalisé par un orthophoniste. Ces
élèves ont été l'objet d'une attention particulière à leur entrée au collège
ou dès leur détection : ils ont bénéficié d'une prise en charge globale.
Ces troubles « dys » ont parfois été associés à un déficit attentionnel,
une difficulté de concentration : l'élève ne peut effectuer deux tâches en même
temps, il est dans l'impossibilité, par exemple, d'écouter une consigne orale
en parallèle à une tâche en cours. La gestion du cahier de texte est aussi source
de confusion et ajoute une difficulté qui nuit au suivi scolaire de l'enfant
par la famille.
Ce sont tous ces signaux d'alerte qui nous ont interrogés sur une éventuelle
« dys » pour les élèves concernés. Il faut souligner que les professionnels
de l'éducation sont de plus en plus attentifs à ces situations et aux réponses
qu'ils peuvent apporter aux besoins spécifiques des élèves. Ils mettent en oeuvre
des remédiations : par une diversification pédagogique et un regard positif.
Des progrès restent encore à faire en tissant davantage de liens entre le système
éducatif, la médecine et les psychologues.
Il est important de rappeler qu'un élève « dys » n'est pas moins « intelligent
» qu'un autre mais est sujet à une particularité.
Quelle politique d'établissement en faveur des élèves « dys » ?
Actuellement en poste au collège « Les Servizières » à Meyzieu, j'ai impulsé une
politique d'établissement qui se veut à la fois spécifique et partenariale. Nous
souhaitons répondre à des missions d'exigences pédagogique et éducative en sachant
que si l'enfant, le préadolescent ou l'adolescent qui entre au collège devient
un élève, il reste une personne dans toutes ses dimensions. En conséquence, nous
souhaitons promouvoir un enseignement qui tienne compte de tous les aspects de
sa personne et une approche globale de ses difficultés. Cette politique interne
vise à harmoniser l'acte pédagogique, l'implication éducative et la santé de l'élève.
Le chef d'établissement, représentant de l'État au sein de l'Établissement
public local d'enseignement, a pour mission à ce titre d'appliquer les directives
nationale et académique, de respecter la loi, dont celle du 11 février 2005
concernant les élèves handicapés. Il a la responsabilité d'engager une politique
d'établissement volontariste conformément aux textes officiels et il joue un
rôle prépondérant dans la mise en oeuvre de la politique « éducative à l'égard
des élèves à besoins éducatifs particuliers, notamment en « conciliant l'école
pour tous et la réussite de chacun, en s'assurant que chaque élève, quel que
soit son parcours, dispose d'un corpus commun de connaissances et de valeurs
à la fin de la scolarité obligatoire... ». L'une des priorités pour répondre
à cette volonté est élaborée dans le cadre de « la personnalisation des parcours
des élèves ».
Nous avons mis en oeuvre cette politique en collaboration avec l'ensemble des
équipes éducatives et nous avons organisé des dispositifs pour aider à la réussite
de tous les élèves. C'est notre rôle de faciliter l'adaptation des enfants aux
apprentissages et, en ce sens, nous privilégions la personnalisation du parcours
des élèves en organisant des dispositifs adaptés à chacun. Ce choix a été inscrit
non seulement dans les finalités du projet d'établissement mais également dans
les trois priorités du Contrat d'Objectifs du collège (évalué institutionnellement).
De par mon expérience professionnelle, et principalement dans les fonctions
à responsabilités qui m'ont été confiées, j'ai rencontré des élèves en souffrance
scolaire en raison de leur particularité. Devant ce constat et en réponse aux
objectifs académiques j'ai toujours eu le souci, au sein des établissements
que j'ai dirigés, d'une politique dynamique en faveur des élèves à besoins éducatifs
particuliers dont les élèves « dys » et cela afin d'éviter le décrochage scolaire.
Cette politique s'est traduite par des formations à destination des personnels
et aussi par la mise en place de procédures internes pour accompagner les élèves
« dys » et les aider à surmonter leurs difficultés.
Formation des personnels et aménagements pour les élèves « dys »
Pour atteindre ces objectifs, les équipes pédagogiques du collège ont bénéficié
d'une formation organisée par les services académiques de la DAFOP sur les problématiques
des « Dys » et les réponses possibles à apporter aux différentes situations particulières.
Le collège fait une distinction entre les enfants qui relèvent du champ du handicap,
donc de la compétence de la MDPH, et ceux qui souffrent d'une « Dys » moins sévère.
Dans les deux situations, des dispositifs adaptés sont mis en place dans l'établissement
:
Pour ceux qui relèvent champ du handicap, l'enseignant référent de la
MDPH, responsable de l'équipe de suivi et de scolarisation, joue un rôle central
dans la mise en oeuvre des Projets Personnalisés de Scolarisation prévus par
la loi : il reste le correspondant privilégié des divers acteurs. Dans ce cadre,
les élèves concernés peuvent être accompagnés en classe par un(e) assistant(e)
de scolarisation qui favorise leur mise en confiance, les aides à développer
leurs capacités d'autonomie, de communication et d'expression, et/ou d'un matériel
pédagogique adapté. Pour chacune des situations, une information est donnée
à la classe afin de faciliter l'intégration des élèves « dys » et d'éviter aux
autres d'avoir le sentiment que certains seraient « privilégiés » par des conditions
qui seraient mal comprises.
Pour ceux qui ont des « Dys » moins sévères, les élèves bénéficient
d'aménagements pédagogiques mis en place par les équipes éducatives.
Les dispositifs internes au collège, comportent, en fin d'année scolaire, une
harmonisation entre les professeurs du collège et les professeurs des écoles
élémentaires de secteur pour échanger sur les besoins individuels de chaque
élève de CM2.
À chaque rentrée scolaire, les équipes pédagogiques sont informées, par un
document spécifique dans leur dossier de rentrée, de la présence d'enfants «
Dys » dans les classes de 6e dont elles sont responsables (avec l'autorisation
des parents). Pour mieux connaître les particularités des enfants, les professeurs
prennent aussi connaissance du dossier scolaire des élèves et d'une fiche passerelle
qui a été conçue avec les écoles élémentaires afin d'assurer le lien pédagogique
avec le collège.
À la rentrée, pour reconnaître dès les premiers jours les besoins des élèves
nouveaux arrivants au collège, les équipes pédagogiques s'appuient sur un protocole
général provisoire remis dans leur dossier de rentrée qui présente quelques
aménagements essentiels : oraliser les consignes, donner la photocopie du déroulement
du cours en classe, ne pas pénaliser les fautes d'orthographe d'usage, privilégier
les contrôles réguliers à l'oral, accorder un tiers-temps supplémentaire en
contrôle ou réduire celui-ci à l'écrit, favoriser les QCM, des dictées aménagées
à choix multiples ou à « trous », etc. Chaque enfant concerné bénéficie d'une
équipe éducative organisée en interne par le collège dès les premières semaines
voire les premiers jours de la rentrée scolaire.
Cette organisation interne permet d'attendre que le médecin scolaire rencontre
les familles et l'enfant et donne un avis pour que l'élève soit éventuellement
dirigé auprès de la MDPH. Dans ce cas, celle-ci peut être amenée à reconnaître
une forme de handicap et notifie un certain nombre d'éléments que nous traduisons
dans un Projet Personnalisé de Scolarisation.
Pour les enfants qui relèvent de la MDPH, les équipes éducatives sont convoquées
au complet, sous la présidence du principal et/ou son adjoint, avec le médecin
scolaire, l'infirmière, les professeurs, les parents, l'enfant, les partenaires
extérieurs tels orthophonistes, ergothérapeutes, etc. : le professeur référent
a la responsabilité, lors d'une telle réunion, de faire aboutir les données
recueillies et les avis de tous vers l'adaptation du travail de chaque élève
considéré en formalisant les consignes dans un protocole particulier adapté
à sa situation. La volonté du collège est de sécuriser l'élève, et ses parents,
d'impliquer chaque professeur dans la connaissance et la reconnaissance de sa
souffrance quant aux apprentissages en respectant le protocole particulier mis
en place.
Ces équipes éducatives sont aussi organisées pour le renouvellement des protocoles
existants si la situation d'un élève a évolué.
Par ailleurs, tous les enfants « dys » ont été répartis sur l'ensemble des
classes selon leur niveau scolaire pour une scolarité facilitée et pour éviter
une stigmatisation blessante et/ou une marginalisation.
Les nouvelles technologies au service des élèves
Les nouvelles technologies très présentes au collège, grâce aux dotations du Conseil
général du Rhône, contribuent efficacement à l'adaptation aux besoins des élèves
et favorisent leur réussite. L'équipement informatique constitue un apport supplémentaire
en faveur de l'adaptation des élèves « dys » aux apprentissages : trois salles
sont équipées d'un tableau numérique, dont une complétée d'ordinateurs portables.
Ces nouveaux supports pédagogiques permettent la présentation par l'enseignant
d'un travail aéré, plus accessible pour tous les élèves. Ils favorisent l'interactivité
et leur motivation. Dans ce contexte, les élèves « dys » se trouvent dans une
meilleure posture pour écouter, comprendre, suivre le travail au même rythme que
leurs camarades et, en les utilisant eux-mêmes, acquérir des habiletés nouvelles
et développer leur autonomie.
Chaque professeur est équipé dans sa classe d'un ordinateur qui lui permet
de saisir de façon instantanée le cahier de texte numérique en précisant les
devoirs, les leçons, ou autres consignes, et d'y ajouter le déroulé du cours,
mais aussi les résultats scolaires des enfants et le livret des compétences.
Ces nouvelles technologies offrent ainsi la possibilité aux familles de se connecter
sur un logiciel à leur domicile, soit depuis un lieu public pour avoir accès
à toutes les informations nécessaires au suivi de leur enfant.
Conclusion
Si certains parents recherchent, pour leur enfant, une forme de reconnaissance
dans le champ du handicap afin que leur scolarité soit aménagée, d'autres ne l'acceptent
pas car cela leur semble stigmatisant. Peut-être faut-il s'interroger sur la notion
de handicap qui est associée à ces troubles et qui peut paraître compliquée à
gérer pour certaines familles, d'autant plus que le système éducatif développe
une politique de scolarisation et non plus une politique de « prise en charge
». En effet, tous les élèves relevant du handicap, tous ceux « dys », doivent
avoir accès à une scolarisation comme tous les autres élèves, acquérir les savoirs
fondamentaux par des adaptations des programmes scolaires en vigueur.
Au collège « Les Servizières », plus de trente élèves « Dys », dont 4 relevant
de la MDPH, bénéficient d'un suivi individualisé : ils sont considérés comme
des élèves ordinaires et font l'objet d'une bienveillance respectueuse des professeurs
sans réduire les exigences scolaires. Notre souci reste celui de leur bien être
et de leur réussite scolaire par la facilitation de leurs apprentissages.
À ce jour, l'ensemble des élèves qui ont été accompagnés dans ce cadre depuis
deux années sont en réussite scolaire (8 % des élèves du collège « Les Servizières
» sur un effectif de 388). Ils ont des capacités intellectuelles équivalentes
à celles des autres élèves. Les dispositifs mis en place ont évité leur décrochage.
Ils viennent au collège avec plaisir et sans appréhension.
Dans ce contexte, si l'on se positionne à l'échelle de l'histoire, il est aisé
de comprendre que les connaissances dans le domaine des « dys », leur appropriation
par les professionnels de la santé et par le système éducatif sont relativement
récentes. En effet, les premiers documents de l'Organisation mondiale de la
Santé remontent aux années 1990/1995, et les recommandations de l'ANAES datent
de 2001. La prise en compte par les médecins généralistes ou spécialistes de
ces types de problèmes et le lien nécessaire avec les établissements scolaires,
selon les recommandations nationales et académiques, s'organisent de manière
progressive dans les réponses pédagogiques apportées aux élèves.
Aujourd'hui, un regard pluriel s'avère nécessaire entre le médical et le système
éducatif pour aider à éclairer les réponses pédagogiques et éducatives face
à ces formes de difficultés et de souffrances.
Résumé
Les souffrances de ces enfants se présentent sous différentes formes.
Visibles, elles peuvent être source de stigmatisation ; silencieuses,
il ne faut pas les négliger. Il peut s'agir de problèmes de lecture
et d'écriture, de difficultés de repérage dans l'espace, de
déficit attentionnel, tous signaux d'alerte qui doivent interroger
pour mettre en oeuvre les remédiations nécessaires : un élève « dys »
n'est pas moins « intelligent » qu'un autre mais seulement sujet à une
particularité qu'il est possible de surmonter en adaptant les programmes
scolaires. Un regard pluriel, médical et éducatif, est indispensable. |
Notes :
- Focus mai 2011 : Service prospective et statistique de l'Académie de
Lyon.
- APEDYS Rhône pour la dyslexie, Avenir Dysphasie Rhône pour la dysphasie,
1,2,3 Dys pour la dyspraxie.
- DAFOP : Délégation Académique à la FOrmation des Personnels.
- Maison Départementale des Personnes Handicapées.
|