Accueil > Revues > Médecine > Médecine > Texte intégral de l'article
 
      Recherche avancée    Panier    English version 
 
Nouveautés
Catalogue/Recherche
Collections
Toutes les revues
Médecine
Médecine
- Numéro en cours
- Index thématique
- Archives
- S'abonner
- Commander un       numéro
- Plus d'infos
Biologie et recherche
Santé publique
Agronomie et Biotech.
Mon compte
Mot de passe oublié ?
Activer mon compte
S'abonner
Licences IP
- Mode d'emploi
- Demande de devis
- Contrat de licence
Commander un numéro
Articles à la carte
Newsletters
Publier chez JLE
Revues
Ouvrages
Espace annonceurs
Droits étrangers
Diffuseurs



 

Texte intégral de l'article
 
  Version imprimable
  Version PDF

Le potentiel oncogène des Human Papilloma Virus Virology Journal, 2011 : quel est le véritable enjeu ?


Médecine. Volume 8, Numéro 2, 59-60, Février 2012, Thérapeutiques

DOI : 10.1684/med.2012.0795

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Jean-Pierre Vallée , Rédacteur en chef de Médecine .

Résumé : Parmi les nombreuses publications internationales récentes consacrées aux HPV1, dans le contexte accrocheur de « première vaccination contre le cancer du col », l'article des virologues pakistanais Faridi et al. [1] mérite une attention particulière, d'abord pour les informations virologiques qu'il rappelle très clairement, ensuite pour la prévalence élevée du cancer du col dans ce pays. Ils soulignent notamment cette vérité fondamentale à ne pas jamais oublier : le principal facteur de risque de cancer du col de l'utérus, c'est l'absence de dépistage...

Mots-clés : frottis vaginal, infections à papillomavirus, tumeurs de l'utérus, vaccination

ARTICLE

Les papillomavirus humains

Plus d'une centaine de sous-types différents sont actuellement répertoriés, avec une grande variabilité de potentiel génétique et oncogénique. Les sous-types 16, 18, 31, 33, 35, 39, 45, 51, 52, 56, 58, 66 et 69 affectent spécifiquement la sphère ano-génitale et peuvent être décrits comme à haut (16 et 18) ou faible (6 et 11) risque. Ils jouent un rôle central dans le développement de diverses tumeurs. Chaque espèce a ses propres papillomavirus. Avant toute lésion maligne confirmée du col se développe une néoplasie intraépithéliale (CIN) qui, parfois, signe une infection HPV évolutive à haut risque.

HPV 16 est responsable de différentes infections vaginales, vulvaires, anales et à des cancers du pénis, ainsi qu'à des condylomes bénins de ces zones, mais son danger le plus grave est celui du cancer du col de l'utérus. Il affecte environ 20 % de la population adulte des pays occidentaux. Les auteurs développent les mécanismes spécifiques de l'oncogenèse liée à cette infection Le sous-type 16 est en cause dans la majorité des cancers du col utérin aux États-Unis et en Europe, deux de ses protéines, E6 et E7, jouant un rôle important dans l'apparition de 50 à 75 % de ces cancers.

D'autres sous-types que les 16 et 18 peuvent être responsables de cancers invasifs du col (31, 33, 35, 39, 45, 51, 52, 56, 58, 59 et 68) alors que la plupart des sous-types HPV dits « à faible risque » peuvent provoquer des condylomes.

L'infection à HPV, même s'il s'agit des 16 ou 18, ne conduit pas inéluctablement au cancer. D'autres cofacteurs interviennent : tabagisme, usage prolongé de contraceptifs oraux, âge des premiers rapports, nombre de partenaires sexuels, épisodes répétés d'infections sexuellement transmissibles... Les données les plus solides, rapportées dans 80 % des études sur le cancer du col, concernent les comportements sexuels, comme le confirme l'incidence élevée des CIN chez les femmes âgées de 25 à 39 ans : la transmission du virus génital se fait au cours du rapport sexuel, l'infection se développe durant les 3 premiers mois ou peut rester indétectée durant des années. L'ADN de l'HPV 16 est présent dans environ 90 % des cancers du col.

Vaccinologie et santé publique

L'efficacité prophylactique des deux vaccins commercialisés est largement démontrée : la réponse immunologique constatée est proche de 100 % à 5 ans pour les sous-types concernés et une protection croisée pour d'autres sous-types a été rapportée avec le vaccin bivalent [2]. Cependant, en Europe, plus de 50 % des cas de cancer du col concernent des femmes qui refusent de se faire dépister et refuseront sans doute de même la vaccination à un âge très jeune. Il faudrait donc particulièrement cibler cette population pour espérer un réel bénéfice de la vaccination prophylactique. Dans les pays en voie de développement, l'absence de dépistage par frottis et les tabous socioculturels, notamment dans le Sud-Est asiatique, favorisent l'augmentation du risque d'infection par HPV et de développement du cancer du col, cause majeure de décès dans ces pays. Les femmes ne sont pas suffisamment conscientes ou alphabétisées pour faire un dépistage régulier, sous la contrainte de mythes négatifs ou de pratiques sexuelles. L'urgente nécessité est la prise de conscience que le cancer du col reste mortel. On peut conclure dans les deux cas qu'il y a loin de l'efficacité immunologique du vaccin à l'efficacité attendue en santé publique.

Le rapport coût/efficacité de la vaccination

L'article des virologues pakistanais s'arrête à ces considérations quelque peu dubitatives sur l'efficacité « réelle » de ces premières vaccinations uniquement prophylactiques.

Les auteurs ne parlent même pas du coût du vaccin, dont on peut penser qu'il est un obstacle majeur dans des pays à couverture sociale minimale ou inexistante, ceux-là même où la mortalité par cancer du col reste élevée. Le ratio coût/efficacité a fait l'objet d'autres publications, notamment aux États-Unis où l'une de ces modélisations, en 2008 [3], concluait à l'intérêt économique à long terme de la vaccination. Une modélisation de type Markov, plus récente, fondée sur les mêmes hypothèses préalables, aboutit sans surprise aux mêmes résultats [4]. Cependant, l'éditorialiste norvégienne qui commentait l'étude de 2008 considérait ses prémisses comme très... optimistes ou en tout cas prématurées : les auteurs présument une protection à vie du vaccin (c'est-à-dire qu'il n'y ait pas besoin de doses de rappel), qu'aucune autre souche de HPV oncogène ne se substitue aux souches vaccinales, que les femmes vaccinées continuent à pratiquer des frottis de dépistage et que l'immunité naturelle contre le HPV ne soit pas profondément modifiée. « Que ces hypothèses soient raisonnables est exactement ce que doivent tester des essais cliniques et des études de suivi. Si les hypothèses de base des auteurs ne sont pas correctes, la vaccination devient moins favorable et encore moins efficace que le dépistage seul » [5]. Ainsi, par exemple, si la protection vaccinale diminue après 10 ans, le rapport coût/efficacité de la vaccination devient beaucoup moins évident et un dépistage correctement programmé par frottis est plus efficace que n'importe quel programme vaccinal de rattrapage.

Conclusion

De nombreux pays recommandent dès maintenant la vaccination des préadolescentes. « Verre à moitié vide ou à moitié plein ? » demandaient deux éditorialistes du Lancet en 2011 à propos du programme national australien de vaccination à l'école [6]. L'efficacité immunologique individuelle de tels vaccins ne peut être mise en doute. Il n'existe pas ­ après ces quelques années de recul et ces millions de vaccinations ­ de signaux d'alerte de pharmacovigilance. La mortalité par cancer du col dépend pour l'essentiel des politiques de dépistage ou des changements de pratiques sexuelles. Dans ce contexte, la démonstration de l'efficacité vaccinale réelle nécessite plusieurs décennies d'observation. Dans des pays à forte prévalence de ce cancer mais à faibles revenus, l'affectation des ressources nécessaires à la vaccination ­ décision de santé publique ­ n'est pas un choix aisé, nécessairement au détriment d'autres besoins. Dans des pays tels que le nôtre, à risque faible, le choix vaccinal ne peut être que personnel, et pas celui de l'argument de peur ou d'autorité. Dans les deux cas, la politique de dépistage reste le point central du débat.

Conflits d'intérêts : aucun.

Références

  1. Faridi R, Zahra A, Khan K, Idrees M. Oncogenic potential of Human Papillomavirus (HPV) and its relation with cervical cancer. Virology Journal. 2011;8:269.
  2. Szarewski A, Poppe WA, Skinner SR, Wheeler CM, Paavonen J, Naud P, et al.; for the HPV PATRICIA Study Group. Efficacy of the human papillomavirus (HPV)-16/18 AS04-adjuvant vaccine in women aged 15-25 years with and without serological evidence of previous exposure to HPV-16/18. Int J Cancer. 2011; DOI :10.1002.
  3. Kim JJ, Goldie SJ. Health and economic implications of HPV vaccination in the United States. N Engl J Med. 2008;359:821-32.
  4. Lee VJ, Tay SK, Teoh YL, Tok MY. Cost-effectiveness of different human papillomavirus vaccines in Singapore. BMC Public Health. 2011;11:203.
  5. Haug CJ. Human Papillomavirus Vaccination ­ Reasons for Caution. N Engl J Med. 2008;359:861-2.
  6. Saraiya M, Hariri S. HPV vaccine effect: is the glass half full or half empty? Lancet. 2011;377:2057-8.

Note :

  1. Voir dans ce même numéro, de P. Casassus : Que faut-il espérer ou craindre des vaccins anti-papillomavirus ?


 

Qui sommes-nous ? - Contactez-nous - Conditions d'utilisation - Paiement sécurisé
Actualités - Les congrès
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - Tous droits réservés
[ Informations légales - Powered by Dolomède ]