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Arthrose : avant la prothèse...


Médecine. Volume 7, Numéro 10, 461-6, Décembre 2011, Stratégies

DOI : 10.1684/med.2011.0774

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Pierre Gallois, Jean-Pierre Vallée, Yves Le Noc , Société Française de Documentation et de Recherche en Médecine Générale .

Résumé : Après un numéro entièrement consacré à la chirurgie des prothèses, il est important de rappeler le défi que représente l'arthrose, maladie dégénérative dont la fréquence augmente constamment du fait du vieillissement des populations et de la prévalence croissante de l'obésité. L'augmentation très significative du nombre d'actes de chirurgie de remplacement prothétique explique en partie celle des coûts de prise en charge de cette maladie, même si elle est souvent vécue par les médecins ­ et les malades ­ comme une maladie inéluctable liée au vieillissement contre laquelle il y a peu de thérapeutiques efficaces [1]. Il est aujourd'hui admis que la prise en charge thérapeutique de l'arthrose repose sur l'association de mesures non pharmacologiques (s'intégrant plus généralement dans le cadre d'une éducation thérapeutique du patient) et pharmacologiques (notamment une bonne gestion des antalgiques). Lorsque les patients ne sont pas ou insuffisamment soulagés par ces mesures, une intervention chirurgicale doit être envisagée (cf. numéro précédent).

Mots-clés : antalgiques, arthrose, douleur, éducation sanitaire, exercice physique, sujet âgé, prévention primaire, prévention secondaire, thérapeutique

ARTICLE

Ces dossiers sont issus de textes publiés chaque semaine depuis quelques années dans Bibliomed. Actualisés si nécessaire en fonction des données les plus récentes, ils ne résultent pas d'une revue systématique de la littérature, mais d'une veille documentaire en continu des principales revues médicales publiant des études fondées sur les preuves, ou des recommandations en résultant. Ils ont pour ambition de fournir au médecin généraliste une actualisation des données sur les questions pertinentes pour leur pratique retenues par le comité de rédaction.

Les questions auxquelles répond ce dossier ont fait l'objet de 4 publications de Bibliomed : 590 du 10 juin 2010, 632 du 23 juin 2011, 628 du 19 mai 2011, 630 du 9 juin 2011.

Les deux exemples choisis pour cet article ­ les doigts de la personne âgée, le genou lésé du sportif jeune ­ posent à l'évidence des questions assez différentes, notamment pour ce qui est des options thérapeutiques, pratiquement aux deux « extrêmes » de la vie. Mais ils montrent bien que l'arthrose nécessite toujours une prise en charge très personnalisée où la chirurgie n'est pas seulement un « ultime recours » mais une option rationnelle parfois à privilégier. Le traitement optimal, non pharmacologique et pharmacologique, dépend des localisations, de l'âge, de l'inflammation, de la gêne, de la douleur et des attentes du patient. Les choix médicamenteux ne sont pas si nombreux, en particulier chez la personne âgée, et le paracétamol reste à préférer...

Il faut probablement retenir, pour le proche avenir, que l'arthrose n'est pas une entité clinique univoque. Il apparaît de plus en plus qu'il existe « des » arthroses pour lesquelles la prise en charge devra avoir des objectifs thérapeutiques différents, même si cela prendra du temps encore pour qu'il y ait consensus sur ce point. On peut distinguer dès aujourd'hui 5 sous-groupes : post-traumatique, métabolique (surcharges pondérales), gériatrique, génétique, inflammatoire [1]. À ces sous-groupes correspondent des âges et des causes différentes, dont nous devrons tenir compte pour la pratique au quotidien.

Arthrose digitale : fréquente et parfois douloureuse

L'arthrose digitale paraît très fréquente chez les personnes âgées bien que sa prévalence réelle soit assez mal connue, sans doute parce que la gêne fonctionnelle est souvent minime ou la douleur absente, ce qui n'en fait pas un motif de consultation habituel. Cependant, elle peut devenir douloureuse, inflammatoire et érosive, parfois plus rapidement que prévu. Le rôle du médecin de premier recours est surtout de rassurer le (ou plus souvent la) patient(e) sur l'évolutivité habituellement limitée de sa maladie et les possibilités thérapeutiques existantes. De récentes publications apportent des données utiles [2-5].

Une histoire naturelle bien connue

La prévalence radiologique était en 1989 de 70 % chez les septuagénaires de populations comparables hollandaises, anglaises, sud-africaines et mexicaines [in 2], 85 % en 2009 dans la AGES-Reykjavik Study [3]. Les femmes sont plus touchées (RR 1,54 pour l'incidence, 1,23 pour la prévalence), l'arthrose est rare avant 40 ans et il existe des facteurs prédisposants (travail, obésité, traumatismes des doigts, histoire familiale) [4].

Les interphalangiennes distales (IPD) et trapézo-métacarpiennes (TMC) sont d'abord atteintes, plus tardivement les interphalangiennes proximales (IPP). L'index est souvent le premier touché, la rhizarthrose (atteinte TMC) peut déformer le pouce, gênant sa fonction, et atrophier l'éminence thénar. Nodosités (néoformations osseuses d'Heberden pour les IPD ou de Bouchard pour les IPP) et parfois kystes mucoïdes et anomalies unguéales accompagnent les déformations osseuses et le pincement articulaire. S'il existe une forme érosive presque exclusivement féminine à début brutal, très inflammatoire, bilatérale et symétrique, l'évolution habituelle est très lente, avec des poussées congestives douloureuses qui débouchent après 5 ans sur une stabilisation lésionnelle sans gêne fonctionnelle majeure [2].

Le consensus de l'EULAR (EUropean League Against Rhumatism) [4] rappelle que le diagnostic repose sur des critères composites cliniques et radiologiques dont aucun ne permet à lui seul le diagnostic (peuvent être évoqués notamment le rhumatisme psoriasique, la polyarthrite rhumatoïde, la goutte et l'hémochromatose). Aucun test biologique n'est requis sauf en cas de symptômes inflammatoires marqués ou d'atteintes atypiques.

Une prise en charge très individualisée

Selon le consensus EULAR [5], le traitement optimal, non pharmacologique et pharmacologique, doit être personnalisé selon les localisations, l'âge, l'inflammation, la gêne, la douleur et les attentes du patient.

Les rhumatologues de l'EULAR conseillent d'éviter les facteurs mécaniques aggravants et de faire des exercices améliorant la force et la mobilité digitale (balle, pâte à modeler...). Diverses mesures peuvent lutter contre la douleur et les déformations : application de chaleur ou d'ultrasons, notamment avant les efforts (paraffine, packs calorigènes), orthèses ou attelles pour prévenir ou corriger les déformations latérales.

Les topiques AINS sont recommandés en cas de douleur (niveau de preuves Ia) sans autres effets adverses qu'une éventuelle irritation cutanée. Ils sont préférables aux traitements systémiques lorsque la douleur est légère à modérée et que peu d'articulations sont touchées. Le paracétamol à une dose allant jusqu'à 4 g/j est le choix antalgique de 1re intention et, s'il est efficace, l'antalgique à utiliser au long cours. S'il est inefficace, les AINS peuvent être utilisés à la plus petite dose et pour la plus brève durée possibles, sauf contre-indications, avec une prévention gastro-intestinale chez les personnes à risque. Les « antiarthrosiques » de type chondroïtine ou insaponifiables du soja n'ont aucun effet préventif sur le développement de l'arthrose. Quelques séries de cas ont montré un effet bénéfique à court terme des infiltrations locales (corticoïdes ou acide hyaluronique). Le traitement chirurgical se discute en cas de douleur intense ou rebelle (modalités variables selon l'articulation).

Que conclure pour notre pratique ?

­ D'abord de « regarder » les mains des patients âgés : quelques conseils ou mesures simples sont possibles pour améliorer leur qualité de vie alors qu'ils ne se plaignent de rien tant cela leur paraît « naturellement » le fait de l'âge...

­ Ensuite de rassurer sur la faible évolutivité habituelle de cette arthrose. Il est presque toujours possible d'en soulager les poussées douloureuses qui surviennent sur un long parcours habituellement silencieux.

­ Enfin de savoir proposer à bon escient un geste chirurgical de réparation en cas de douleur résistant au traitement conventionnel.

NDLR. La marge d'incertitude reste large dans cette prise en charge qui repose pour l'essentiel sur de simples consensus d'experts, même si celui de l'EULAR est formalisé, et non sur les données d'essais randomisés.

 

Genoux « à risque » chez les sportifs

Le risque de gonarthrose, chez un sujet génétiquement prédisposé (40 à 60 % des cas d'arthrose [6]), est en partie lié à l'âge, facteur de risque non modifiable... Il est aussi lié à divers facteurs biomécaniques : surcharge pondérale, bien qu'il soit difficile d'établir si et avec quelle amplitude la perte de poids modifie ou évite le développement d'une gonarthrose précoce ; réduction de force musculaire et défauts d'alignement des surfaces articulaires [7]. Le rôle des lésions traumatiques du genou a été davantage étudié du fait de l'épidémie croissante de traumatismes sportifs et des interventions réparatrices. Une revue générale canadienne (113 références), dont les données sont résumées ci-dessous, montre que nombre de gonarthroses pourraient être évitées ou retardées [8].

Traumatologie du genou sportif

Elle va des contusions simples à des lésions chondrales ou sous-chondrales compliquées ou non d'atteinte méniscale et/ou ligamentaire. Dans les sports les mieux étudiés, même les traumatismes n'ayant pas nécessité d'avis médical apparaissent comme facteurs de risque de gonarthrose. L'incidence augmente pour les sports qui supposent des mouvements de cisaillement, saut et pivotement, notamment chez les jeunes sportives (2 à 8 fois plus de risques que les jeunes sportifs pour les mêmes activités).

Les ruptures des ligaments croisés antérieurs (LCA) sont responsables d'une gonarthrose sur 4 ; 80 % des anciens footballeurs ayant eu une telle rupture, avec ou sans réparation chirurgicale, ont une gonarthrose radiologique 12 à 14 ans plus tard, 70 % un handicap fonctionnel. De longs suivis de cohorte ont montré que malgré le résultat chirurgical favorable à court terme, une gonarthrose douloureuse et invalidante se développe vers la trentaine ou un peu plus tard chez environ 50 % de ceux qui ont eu des lésions du LCA.

Si la pathologie dégénérative méniscale, facteur significatif de gonarthrose, atteint 1 quinquagénaire sur 3 en population générale, les lésions méniscales du jeune sportif majorent ce risque, multiplié par 6 en cas de méniscectomie.

Peut-on prévenir les lésions du genou sportif ?

Les données sur l'efficacité des genouillères, particulièrement étudiées chez les joueurs de football et de football américain, sont contradictoires. Plusieurs études ont montré le danger des sols durs, d'autres inversement le rôle protecteur du froid. Des études randomisées ont surtout montré qu'un entraînement spécifique et un échauffement avant-match réduisaient de 41 à 88 % le risque de lésions du genou.

Que faire en cas de traumatisme ?

La chirurgie du LCA restaure la fonction à court terme mais ne prévient pas la gonarthrose. Il n'existe d'ailleurs pas d'indicateurs réellement prédictifs de la stabilité dynamique et de l'état fonctionnel du genou après chirurgie. De même, la méniscectomie est associée à un risque élevé de gonarthrose ultérieure, d'autant plus élevé qu'elle a été plus large. La chirurgie arthroscopique, pourtant prometteuse dans des études non contrôlées, n'est pas plus efficace.

La rééducation (réadaptation neuromusculaire) réduit le risque de gonarthrose plus que la chirurgie chez des patients acceptant par ailleurs de réduire leur activité, comme l'a montré un suivi de cohorte sur plus de 15 ans. Un récent essai randomisé chez des patients atteints de rupture du LCA a montré par ailleurs une équivalence fonctionnelle à 2 ans entre chirurgie immédiate avec rééducation structurée et rééducation d'abord avec chirurgie optionnelle secondaire, mais la seconde option a permis d'éviter 60 % des reconstructions.

L'effet préventif sur la gonarthrose d'activités physiques modérées après blessure au genou n'a pas été suffisamment étudié pour conclure. Mais il est démontré en population « tout-venant » que l'activité physique modérée joue un rôle significatif dans la prévention de l'arthrose du genou chez des sujets prédisposés. En règle générale, la perte de force musculaire du quadriceps et des muscles du membre inférieur est en soi facteur de risque de gonarthrose, ce qui incite les « traumatisés du genou » à poursuivre une activité physique régulière adaptée à leur handicap.

Que conclure pour notre pratique ?

­ La prévention de la gonarthrose débute dès l'enfance. Le bénéfice d'une activité physique régulière sur la masse osseuse, la force musculaire, la souplesse articulaire, la prévention de l'obésité, n'est plus à démontrer...

­ Chez les jeunes candidats à des sports « à risque », il est important de repérer les sujets prédisposés à la gonarthrose, notamment en cas d'histoire familiale ; à retenir lors de la délivrance d'un de ces « certificats » sportifs si souvent demandés au médecin traitant ?

­ La prévention secondaire, après un premier accident, impose une remise en cause de l'activité pratiquée et une réorientation vers d'autres disciplines. Ce n'est pas si simple lorsqu'il s'agit de prévention à très long terme...

« Éduquer » pour soulager l'arthrose ?

Près de 40 % des plus de 65 ans sont porteurs d'une arthrose symptomatique [9], coxarthrose et gonarthrose en étant les deux manifestations les plus invalidantes. Aucun traitement ne peut modifier l'évolution des altérations articulaires et osseuses. En dehors de la chirurgie, les options thérapeutiques pour soulager la douleur sont limitées. Diverses mesures non pharmacologiques semblent d'autant plus utiles et efficaces qu'elles sont centrées sur les réels besoins et préférences du patient [6]. À intégrer dans une véritable éducation thérapeutique du patient (ETP) arthrosique ?

Des soins centrés sur le patient

NICE britannique [6] a fait une revue systématique de la littérature (387 références) dont il soulignait les limites : essais surtout sur la gonarthrose, en tout cas monoarticulaires, à relativement court terme, chez des patients très sélectionnés. L'arthrose est définie comme un trouble complexe aux multiples facteurs de risques, génétiques (40 à 60 % pour la main, le genou ou la hanche), constitutionnels (vieillissement, sexe féminin, densité osseuse élevée), mais surtout biomécaniques (traumatismes articulaires, professionnels ou de loisirs, force musculaire insuffisante, laxité ligamentaire...). Parmi ces facteurs de risques environnementaux ­ qui varient selon les localisations ­ la plupart sont réversibles ou évitables, ce qui a une très grande importance pour la prévention primaire ou secondaire [in 9]. Les consensus d'experts de l'EULAR et de l'OARSI [in 9] sur les arthroses des genoux et hanches recoupent partiellement cette analyse. Le groupe de travail du NICE concluait à la nécessité d'une approche globale du problème, sur la douleur et la fonction articulaire mais aussi la qualité de vie, le retentissement sur les activités professionnelles, relationnelles et de loisir, ainsi que sur l'humeur [6].

Un malade « acteur de ses soins » ?

Les 3 points clés pour le patient atteint d'arthrose sont donc une information appropriée sur sa maladie, l'incitant à une activité physique suffisante et le cas échéant la perte d'un surpoids [6]. L'accompagnement médicamenteux de 1er (paracétamol, topiques AINS) ou 2e niveau (opioïdes, stéroïdes intraarticulaires), ainsi que les techniques utiles, allant des chaussures adaptées à la réadaptation fonctionnelle et à la chirurgie, ne peuvent être efficaces que si le malade a acquis les savoir-faire indispensables. Le NICE propose d'utiliser des supports écrits d'information. L'exercice physique est le noyau central du traitement.

Éducation thérapeutique ?

L'arthrose, maladie chronique et invalidante, n'a pas de traitement curatif, en dehors de la chirurgie prothétique. Mais elle implique des changements de mode de vie et mobilise au long cours de nombreux intervenants médecins, chirurgiens, réadaptateurs, diététiciens... Ceci justifie un processus éducatif dès le diagnostic et jusqu'à la chirurgie [9]. De nombreuses études et recommandations [10] ont analysé les objectifs et contenus d'un ETP efficace.

À la phase médicale, l'ETP regroupe un ensemble d'exercices spécifiques (centrés sur l'articulation) ou non (activité aérobie) réalisés individuellement ou en groupe, avec ou sans supervision ; la perte de poids recommandée n'a rien de spécifique et doit être centrée sur les habitudes alimentaires du patient. Il est indispensable de lui expliquer clairement ce qui est attendu des exercices, de l'auto-évaluation (journal de bord quotidien) et du suivi médical (consultations, téléphone, courrier...).

À la phase chirurgicale, l'association kinésithérapie/éducation ciblée a montré son efficacité en préopératoire (avant prothèse de genou ou de hanche). Les programmes post-opératoires associant exercices physiques et éducation sont plus efficaces sur la fonction, la durée de séjour, les complications post-opératoires et le coût à moyen terme, que les programmes standard de rééducation.

Ces prises en charge sont chronophages. Il faut sans doute ne délivrer qu'un seul message par consultation. Les relances téléphoniques sont inhabituelles, le financement du système de santé (prise en charge de l'ergothérapie, de la diététique...) non prévu par l'assurance maladie Française [9]...

Que conclure pour notre pratique ?

­ L'exercice physique peut être considéré comme le « noyau dur » du traitement de l'arthrose, indépendamment de l'âge, des comorbidités, de l'intensité de la douleur et de l'incapacité [6]. La progression de la prise en charge, médicamenteuse et non médicamenteuse, relève d'une évaluation globale du patient dans son contexte. Faute de données, les patients très âgés posent des problèmes particuliers d'adaptation (pour la rééducation ou la titration des opioïdes, par exemple).

­ L'indication chirurgicale n'est pas un « ultime recours », mais une option rationnelle [6, 9, 10] lorsque la symptomatologie (douleur, raideur, fonction réduite) réduit notablement la qualité de vie et résiste au traitement médical, avant qu'il n'y ait limitation fonctionnelle et douleur importantes.

­ La démarche éducative recentre la prise en charge au long cours sur le patient. Il reste à en préciser les contenus et l'impact médico-économique.

Quels antalgiques pour soulager l'arthrose chez la personne âgée ?

L'arthrose est souvent considérée comme une conséquence inéluctable, peu améliorable, du vieillissement, aggravée par l'existence d'une surcharge pondérale. En dehors de la chirurgie de remplacement prothétique, les options thérapeutiques sont actuellement très limitées : aucun traitement n'a montré une quelconque efficacité sur l'évolution des altérations articulaires et osseuses liées à l'arthrose. L'objectif thérapeutique est donc de soulager au mieux les douleurs induites. La balance bénéfice/risque des médicaments est ainsi l'élément essentiel de la décision chez des patients âgés, souvent polypathologiques et chez lesquels le risque iatrogène est toujours important.

Agir sans médicament...

L'application locale de chaleur ou de froid, les aides mécaniques (canne...), la perte de quelques kilos en cas de surpoids aident à soulager la douleur. La kinésithérapie, l'exercice physique, peuvent être utiles [11].

Paracétamol à préférer

Jusqu'à 4 g/j chez l'adulte (500 à 1 000 mg toutes les 4 à 6 h) : l'efficacité reste inchangée au-delà, le risque de toxicité hépatique augmente [in 11]. Il vaut mieux éviter la posologie maximale en cas d'atteinte hépatique.

AINS ?

L'application cutanée a un effet antalgique modeste et fugace et des effets indésirables possibles locaux (eczéma), aggravés par l'exposition solaire, ou généraux (ceux des AINS). Dans le cas où paracétamol et AINS local ne sont pas efficaces, les AINS par voie générale peuvent être utilisés. Il y a peu de différence entre les molécules, mais une meilleure balance bénéfice/risque pour l'ibuprofène (1 200 à 1 600 mg/j) avec une efficacité antalgique de l'ordre de celle du paracétamol [11]. À éviter en cas d'insuffisance rénale ou cardiaque.

Opioïdes ?

Une étude américaine réalisée entre 1999 et 2005 [12] a comparé chez plus de 10 000 patients (85 % de femmes, âge moyen 80 ans) les risques des opioïdes à ceux des AINS classiques et des coxibs. Les patients étaient appariés en 3 groupes comparables. Par rapport aux AINS classiques, le risque relatif d'événements cardio-vasculaires était de 1,28 (1,01-1,62) pour les coxibs et de 1,77 (1,39-2,24) pour les opiacés ; de saignement gastro-intestinal : 0,60 (0,35-1,00) pour les coxibs et les opiacés ; de fracture de 4,47 (3,12-6,41) pour les coxibs et les opiacés ; d'hospitalisations pour effets adverses et de mortalité toutes causes respectivement de 1,68 (1,37-2,07), et 1,87 (1,39-2,53) pour les opioïdes.

Dans une autre étude [13], le taux d'effets indésirables de 5 opioïdes (codéine, hydrocodone, oxycodone, propoxyphène et tramadol) prescrits pour douleurs non cancéreuses chez plus de 30 000 patients (âge moyen 78 ans) a été très variable : risque d'événements cardiovasculaires identique 30 jours après début du traitement mais plus élevé pour la codéine à 6 mois (RR 1,62 ; 1,27-2,6) ; risque de fracture considérablement réduit pour le tramadol (RR 0,21 ; 0,16-0,28) et le propoxyphène (0,54 ; 0,44-0,66) par rapport à l'hydrocodone après 30 j ; risque d'événements gastro-intestinaux identique ; mortalité toutes causes plus élevée après 30 jours pour l'oxycodone (RR 2,43 ; 1,47-4,00) et la codéine (2,05 ; 1,22-3,45) par rapport à l'hydrocodone.

Ces études observationnelles, malgré leurs limites (méconnaissance de facteurs confondants tels que alcool, auto-prescription, et surtout absence de comparaison au paracétamol) confirment la dangerosité potentielle des opioïdes dans l'arthrose de la personne âgée et incitent à une grande prudence quant à l'usage des codéinés [14].

À oublier...

Il n'existe pas de traitement « de fond ». Une récente méta-analyse de 10 essais (3 803 patients) a montré que la glucosamine et la chondroïtine, isolés ou associés, ne sont pas plus efficaces que le placebo [15]. Il en est de même des insaponifiables de soja ou d'avocat (dont les effets indésirables, rares, peuvent être graves [16]) et de la diacéréine [11].

 

Que conclure pour notre pratique ?

­ L'arthrose concerne toutes les articulations, en particulier les genoux et les hanches. Symptomatique, elle entraîne des douleurs liées à l'activité, soulagées par le repos. Si la douleur est intense ou insuffisamment calmée par le repos, il vaut mieux prendre un avis [11].

­ Le paracétamol est présent dans de nombreux médicaments sous diverses appellations. Il n'est pas inutile de vérifier le contenu de l'armoire à pharmacie pour éviter les surdosages...

­ L'usage des opioïdes est partout en augmentation constante (+ 35 % dans une étude américaine entre 2000 et 2005 [in 12]), malgré le risque iatrogène chez des personnes âgées ayant parfois des troubles cognitifs, ou respiratoires, et un risque accru de chute.

­ La chirurgie est parfois l'option à privilégier.

Références

  1. Bijlsma JWJ, Berenbaum F, Lafeber FPJG. Osteoarthritis: an update with relevance for clinical practice. Lancet. 2011;377:2115-26.
  2. Van Linthoudt D. Présentation clinique, imagerie et traitement de l'arthrose digitale. Rev Med Suisse. 2010;6:562-8.
  3. Jónsson H. High hand joint mobility is associated with radiological CMC1 osteoarthritis: the AGES-Reykjavik study. Osteoarthritis Cartilage. 2009;17: 592-5.
  4. Zhang W, Doherty M, Leeb BF, Alekseeva L, Arden NK, Bijlsma JWJ, et al. EULAR evidence-based recommendations for the diagnosis of hand osteoarthritis: report of a task force of ESCISIT. Ann Rheum Dis. 2009;68:8-17.
  5. Zhang W, Doherty M, Leeb BF, Alekseeva L, Arden NK, Bijlsma JWJ, et al. EULAR evidence based recommendations for the management of hand osteoarthritis. Ann Rheum Dis. 2007;66:377-88.
  6. NICE. Osteoarthritis. National clinical guideline for care and management in adults. 2008.
  7. Fransen M, McConnell S. Exercise for osteoarthritis of the knee. Cochrane Database of Systematic Reviews: Reviews 2008 Issue 4.
  8. Ratzlaff CR, Liang MH. Prevention of injury-related knee osteoarthritis: opportunities for the primary and secondary prevention of knee osteoarthritis. Arthritis research &therapy. 2010;12:215-22.
  9. Coudeyre E, Claus D, Ristori JM. Éducation thérapeutique et arthrose. Presse Med. 2010;39:1195-1200.
  10. Henrotin Y, Chevalier X. Recommandations sur la prise en charge de l'arthrose de la hanche et du genou. Pour qui ? Pourquoi ? Pour quoi faire ? Presse Med. 2010;39:1180-8.
  11. Prescrire Rédaction. Douleurs articulaires liées à l'arthrose. Rev Prescrire. 2008;28:757-9.
  12. Solomon DH, Rassen JA, Glynn RJ, Lee J, Levin R, Schneeweiss S. The Comparative Safety of Analgesics in Older Adults With Arthritis. Arch Intern Med. 2010;170(22):1968-76.
  13. Solomon DH, Rassen JA, Glynn RJ, Garneau K, Levin R, Lee J, et al. The Comparative Safety of Opioids for Nonmalignant Pain in Older Adults. Arch Intern Med. 2010;170(22):1979-86.
  14. Becker WC, O'Connor PG. The Safety of Opioid Analgesics in the Elderly. Arch Intern Med. 2010;170(22):1986-6.
  15. Wandel S, Jüni P, Tendal B, Nüesch E, Villiger PM, Welton NJ, et al. Effects of glucosamine, chondroitin, or placebo in patients with osteoarthritis of hip or knee: network meta-analysis. BMJ. 2010;341:c4675.
  16. Olivier P, Montastruc JL. Profil d'effets indésirables des insaponifiables d'avocat et de soja. Presse Med. 2010;39:e211-6.

 

Arthrose : avant la prothèse

­ L'arthrose digitale paraît très fréquente chez les personnes âgées. Sa prévalence réelle est assez mal connue, sans doute parce que la gêne fonctionnelle est souvent minime ou la douleur absente : il faut « regarder » les mains des patients âgés et les rassurer sur la faible évolutivité habituelle de cette arthrose.

­ La prévention de la gonarthrose débute chez l'enfant en repérant ceux qui sont prédisposés à la gonarthrose (histoire familiale...), notamment s'ils souhaitent pratiquer des sports « à risque ». Un premier accident impose une remise en cause de l'activité pratiquée...

­ L'exercice physique peut être considéré comme le « noyau dur » du traitement de l'arthrose. La démarche éducative recentre la prise en charge au long cours sur le patient.

­ L'arthrose concerne toutes les articulations, en particulier les genoux et les hanches. L'indication chirurgicale n'est pas un « ultime recours », mais une option rationnelle. Les autres options thérapeutiques sont actuellement très limitées : aucun traitement actuel ne modifie l'évolution des altérations articulaires et osseuses liées à l'arthrose ; l'objectif thérapeutique est donc de soulager au mieux les douleurs induites.


 

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