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Prothèses discales


Médecine. Volume 7, Numéro 9, 433-6, Novembre 2011, Arthroplasties 2011

DOI : 10.1684/med.2011.0766

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Emmanuel Favreul , Clinique St Charles, Lyon .

Résumé : La maladie dégénérative lombaire est une affection croissante, premier motif de consultation dans les pays industrialisés, une des principales causes d'arrêt de travail et de dépenses de santé. La prévalence de la lombalgie chronique est, en France, de 7,9 % pour les hommes, 7,5 % pour les femmes en 2004 [1]. La fréquence de survenue d'un épisode lombalgique au cours de la vie est de 59 %. L'incidence annuelle (fréquence en un an d'une nouvelle lombalgie) est de 4,7 %. Un quart de ces épisodes passant à la chronicité. Après l'échec des traitements médicaux (antalgiques, anti-inflammatoires, rééducatifs) bien conduits pendant au moins 6 mois, l'arthrodèse discale est le traitement « classique » de la lombalgie chronique invalidante due à une lésion discale dégénérative authentifiée. Le remplacement d'un disque intervertébral par une prothèse articulée est encore en cours d'évaluation en France. Les objectifs thérapeutiques sont de rétablir une hauteur discale souvent diminuée, restaurer la mobilité perdue et, indirectement, diminuer la compression radiculaire ou durale.

Mots-clés : arthrose, prothèse articulaire

Illustrations

ARTICLE

Comment ça marche ?

Le disque normal, seule structure déformable de l'unité vertébrale, possède six degrés de liberté, c'est une véritable liaison élastique continue particulièrement adhérente aux deux vertèbres adjacentes. Les prothèses discales, développées depuis les années 1950, peuvent être :

­ contraintes à noyau sphérique fixe (Prodisc, Maverick) : un plateau est muni d'une surface sphérique, l'autre d'une surface convexe (figure 1) ;

­ contraintes à noyau mobile bi-sphérique (SB Charité) : les deux plateaux sont convexes, une pièce intermédiaire en forme de lentille les sépare ;

­ contraintes à noyau mobile monosphérique (Mobidisc) : la pièce intermédiaire, plate sur une face convexe sur l'autre, est mobile (figure 2) ;

­ non contraintes : la pièce intermédiaire est compressible (Lp-ESP), elle seule possède six degrés de liberté (figure 3).

Quelles sont les indications ?

Les 2,5 à 5 % de patients lombalgiques résistant pendant au moins 6 mois aux traitements médicaux habituels

Leur lombalgie n'a pas de spécificité clinique particulière : horaires mécaniques plus qu'inflammatoires, irradiations douloureuses de type sciatalgies (fesses-cuisse) fréquentes, examen neurologique normal. C'est surtout le retentissement sur la vie professionnelle et personnelle qu'il est important d'évaluer (test SF36, test d'OSWESTRY, EVA), ainsi que le contexte psycho-social (accident de travail, recherche de bénéfices secondaires, troubles psychologiques).

­ L'examen clinique recherche les contre-indications et évalue les risques chirurgicaux : obésité, terrain vasculaire, maladie métabolique osseuse, antécédents d'infection rachidienne, etc.

­ Le bilan d'imagerie comprend :

•Les radiographies simples face profil, des clichés dynamiques en flexion extension pour évaluer l'instabilité, les clichés rachis-entier pour évaluer l'équilibre sagittal du rachis.

•L'IRM pour quantifier l'état d'hydratation discale selon la classification de Modic [2] (tableau 1). Les meilleurs résultats cliniques sont corrélés à un type I (disque et plateaux inflammatoires). L'IRM recherche des lésions intra canalaires et évalue l'état arthrosique des facettes postérieures (qui peut contre-indiquer la prothèse).

Le scanner a moins d'intérêt pour l'évaluation discale mais précise mieux les lésions arthrosiques postérieures.

•La discographie est encore pratiquée surtout pour déterminer le disque responsable de la douleur en cas de lésions multi-étages mais le risque d'infection (3 %) et le nombre de faux positifs rendent son interprétation délicate.

•Il est utile de repérer le niveau de la bifurcation iliaque en lombaire par échographie ou mieux angio-scanner (nombreuses variations anatomiques).

Indication idéale : lombalgie d'origine discogénique pure, invalidante, résistante au traitement médical depuis plus de 6 mois chez un adulte de moins de 60 ans

Un seul disque doit être remplacé par prothèse [3]. Compte tenu du volume de l'implant, la mise en place d'une prothèse discale ne peut se faire que par abord antérieur :

En cervical

La voie d'abord pré-sterno-cleïdo-mastoïdienne est la plus utilisée. Elle permet, après protection de la carotide et du paquet oeso-trachéal, d'exposer assez facilement le ligament vertébral commun antérieur qui sera incisé transversalement après confirmation radiologique du niveau à opérer. Le disque est alors excisé, jusqu'au ligament vertébral commun postérieur (parfois également incisé en cas d'hernie exclue), les rebords de l'uncus peuvent être excisés pour mieux visualiser les foramen et libérer les racines. Le positionnement de la prothèse est fait sous contrôle radioscopique ; fermeture après hémostase après avoir mis en place un drain de Redon. Un collier cervical de protection est prescrit pour 3 à 6 semaines (figure 4).

En lombaire

 Pour l'étage L5-S1, deux voies sont possibles, trans-péritonéale ou préférentiellement rétro-péritonéale. Il faut repérer de proche en proche les vaisseaux épigastriques, le nerf abdomino-péritonéal posé sur le psoas, les vaisseaux iliaques, les vaisseaux sacrés moyens, le plexus sacré qui longe la face antérieure des vertèbres. L'exposition complète du disque nécessite la pose de 4 broches de Homan dans les plateaux vertébraux.

­ Pour l'étage L4-L5, l'abord est rétropéritonéal gauche pour mieux récliner les vaisseaux. Il nécessite souvent la ligature des pédicules lombaires et de la veine lombaire ascendante.

La pose de l'implant est facilitée par l'ancillaire de pose et l'utilisation d'un amplificateur de brillance. Il est indispensable d'obtenir le centrage le plus parfait possible (figure 5).

Complications possibles

Lésions vasculaires

En lombaire

Les lésions des gros vaisseaux sont rares mais nécessitent par sécurité la présence d'un chirurgien vasculaire (soit en aide directe, soit présent dans l'établissement). Elles concernent plus souvent la veine cave plus fragile, parfois les vaisseaux lombaires ou l'iliaque ascendante, les lésions des vaisseaux épiduraux sont contrôlées par la colle ou les compresses hémostatiques.

En cervical

Les lésions de la carotide ou des veines jugulaires sont tout à fait exceptionnelles.

Lésions neurologiques

En lombaire

 L'atteinte de la chaîne sympathique engendre une augmentation de la chaleur locale du membre inférieur par son effet vasodilatateur souvent temporaire ; l'élongation du nerf abdomino-génital une paresthésie de la face antérieure de cuisse ; les lésions du plexus pré-sacré une sécheresse vaginale ou une éjaculation rétrograde.

­ Une brèche durale est possible. Elle ne peut pas être suturée, la colle hémostatique suffit souvent à résoudre le problème, il ne faut alors pas drainer en post-opératoire.

­ Une distension exagérée lors de l'ouverture des plateaux peut entraîner une tension excessive sur les racines, source de douleurs sciatiques normalement régressives (moins souvent en cas de chirurgie de reprise avec fibrose périradiculaire).

En cervical

Les lésions de compression médullaire peuvent entraîner une paraparésie voire une tétraplégie par malposition de l'implant ou hématome compressif, des lésions du nerf récurrent (voie d'abord droite), une paralysie de la corde vocale modifiant la voie (rauque).

Lésions digestives, urologiques et pariétales

Les lésions digestives sont exceptionnelles, les brèches péritonéales sont facilement suturées et sans conséquences, la voie transpéritonéale peut se compliquer à distance d'occlusion sur bride. Les éventrations sont plus souvent rencontrées dans les voies rétropéritonéales. L'atteinte de l'uretère gauche est plus souvent décrite dans les chirurgies de reprise (mise en place d'une sonde rétrograde). Pour la chirurgie cervicale, les lésions de l'oesophage sont possibles.

Lésions liées à la prothèse discale

La possibilité d'enfoncement des plateaux prothétiques doit contre-indiquer l'implantation en cas d'ostéoporose ou de maladie métabolique osseuse avec ostéopénie. La luxation en avant de la prothèse ou du noyau mobile est souvent décrite comme conséquence d'une malposition. Les calcifications péri-prothétiques peuvent compromettre la mobilité de l'implant (5 à 30 %). À long terme, l'évolution de lésions dégénératives des articulaires postérieures peut faire diminuer le résultat initial, parfois imposer l'arthrodèse postérieure.

Résultats

La chirurgie d'arthrodèse a montré sa supériorité sur le traitement conservateur fonctionnel [4, 5], mais la prothèse discale est-elle supérieure à l'arthrodèse ? Selon le rapport 2007 de la HAS [3], on peut conclure de l'analyse des 147 articles étudiés :

­ Efficacité : les prothèses ont à court terme (2 ans), un taux de succès supérieur à l'arthrodèse, l'hospitalisation est plus courte, la récupération plus rapide, le gain fonctionnel plus élevé que l'arthrodèse ; à long terme, elles ont démontré la persistance d'une amélioration fonctionnelle par rapport au statut préopératoire à plus de 10 ans.

­ Sécurité : à court terme, les taux d'événements indésirables graves ne sont pas statistiquement différents entre les deux techniques, mais le taux de complication augmente en cas d'intervention sur plusieurs étages ; à long terme, le taux de réintervention à plus de 10 ans est de 5 à 7,5 %, le taux de prothèses qui ne sont plus mobiles de 2 à 9,3 %, les lésions des articulaires postérieures à 4 % à plus de 10 ans. La dégénérescence des niveaux adjacents est évaluée à 4 % à plus de 10 ans.

Une petite étude cas-contrôle française a montré en 2011 le moindre coût sociétal de la prothèse par rapport à l'arthrodèse chez les patients actifs [6]. Il n'est pas possible à ce jour d'affirmer la supériorité de la prothèse par rapport à l'arthrodèse, même par rapport aux patients non opérés qui voient aussi apparaître des lésions discales dégénératives dans le temps.

Conclusion

La prothèse discale, élaborée depuis plus de 20 ans, est encore implantée avec beaucoup de prudence, mais reste une alternative crédible à l'intervention gold standard qu'est l'arthrodèse.

Conflits d'intérêts : aucun.

Références

  1. Gourmelen J, Chastang JF, Ozguler A, Lanoë JL, Ravaud JF, Leclerc A. Fréquence des lombalgies dans la population française de 30 à 64 ans. Résultats issus de deux enquêtes nationales. Sur www.hal.inserm.fr/
  2. Modic MT, Steinberg PM, Ross JS, Masaryk TJ, Carter JR. Degenerative disk disease. Assessment of changes in vertebral body marrow with MRI imaging. Radiology. 1988 ;166 :194-9.
  3. HAS. Remplacement du disque intervertébral lombaire par prothèse. Avril 2007.
  4. Fritzell P, Hägg O, Wessberg P, Nordwall A ; Swedish Lumbar Spine Study Group. Volvo Award Winner in Clinical Studies : Lumbar fusion versus nonsurgical treatment for chronic low back pain : a multicenter randomized controlled trial from the Swedish Lumbar Spine Study Group. Spine. 2001 ;26 :2521-32 ; discussion 2532-4.
  5. Fritzell P, Hagg O, Wessberg P, Noldwall A, the Lumbar Spine Study Group. Chronic low back pain and fusion : a comparison of three surgical techniques. A prospective multicenter randomized study from the Swedish Lumbar Spine Study Group. Spine. 2002 ;27 :1131-41
  6. Bronsard N, Litrico S, Hovorka I, Paquis P, Gastaud B, Daideri G, et al. Medicoeconomic evaluation of total disc replacement based on French National Health Care System data. Orthop Traumatol Surg Res. 2011 ;97 :533-40.

En résumé : Remplacement prothétique discal

­ Après échec du traitement médical bien conduit pendant au moins 6 mois, l'arthrodèse discale est le traitement « classique » de la lombalgie chronique invalidante due à une lésion discale dégénérative authentifiée. Le remplacement d'un disque intervertébral par une prothèse articulée est encore en cours d'évaluation en France. Les objectifs thérapeutiques sont de rétablir une hauteur discale souvent diminuée, restaurer la mobilité perdue et, indirectement, diminuer la compression radiculaire ou durale.


 

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