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Prothèses de coude


Médecine. Volume 7, Numéro 9, 415-21, Novembre 2011, Arthroplasties 2011

DOI : 10.1684/med.2011.0763

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Yves Allieu, Jean-Luc Roux, Gero Meyer zu Reckendorf, Chirurgien consultant et directeur scientifique de l'Institut Montpelliérain de la Main et du Membre Supérieur (IMM) .

Résumé : L'articulation du coude est en fait un complexe articulaire qui comprend l'articulation huméro-ulnaire, l'articulation huméro-radiale et l'articulation radio-ulnaire proximale, ce qui permet deux mouvements fondamentaux pour aller chercher la nourriture et la porter à la bouche. La flexion-extension de l'avant-bras sur le bras est le fait de l'articulation du coude proprement dite. La prono-supination met en jeu l'articulation radio-ulnaire proximale. L'arthroplastie par prothèse totale du coude reste une intervention peu pratiquée [1], beaucoup moins que celle de la hanche ou du genou (le coude est peu sujet à l'arthrose primitive, dont la fréquence au niveau du membre inférieur a favorisé l'essor des prothèses), ou même de l'épaule. Les prothèses totales de coude ont pour but de rétablir la flexion-extension en cas de destruction articulaire [2] \; les prothèses de tête radiale visent à remplacer une tête radiale fracturée.

Mots-clés : arthrose, prothèse articulaire

Illustrations

ARTICLE

L'articulation du coude proprement dite est une articulation stable à un seul degré de liberté, sans mouvement de latéralité en valgus et en varus : le crochet olécranien s'emboîte dans la trochlée humérale, la tête radiale s'appuie et glisse sur le condyle huméral (figure 1), les ligaments latéraux, externe et surtout interne, assurent la stabilité. Son action est complétée par l'articulation radio-ulnaire proximale, unissant la tête radiale à la petite cavité sigmoïde de l'ulna, mais aussi la radio-ulnaire distale au niveau du poignet.

Prothèse totale du coude : des indications limitées

Polyarthrite rhumatoïde

Le développement de la chirurgie de la polyarthrite rhumatoïde (PR) a été le point de départ des prothèses totales de coude (PTC). L'atteinte du coude avec douleur, limitation de mobilité et instabilité associée à celle des autres articulations des membres supérieurs et des membres inférieurs entraîne une perte progressive d'autonomie. La PTC permet à ces malades, souvent des femmes jeunes encore actives, de soulager leur douleur et de limiter leur handicap. La mise en place d'une PTC chez un malade atteint de PR doit tenir compte de l'état des autres articulations et être intégrée dans un programme thérapeutique médical et chirurgical spécialisé. Ce dernier peut nécessiter la mise en place de plusieurs prothèses au niveau des membres supérieurs ou inférieurs. Il ne sera envisagé que dans le cadre d'une collaboration médico-chirurgicale. Les nouveaux médicaments anti-tumor necrosis factor (anti-TNF), qui ralentissent la destruction articulaire, réduisent le nombre de PTC pour le coude rhumatoïde qui reste encore l'indication principale. L'atteinte du coude dans la PR est plus ou moins grave avec destruction ostéo-articulaire et ligamentaire variable. La classification de l'atteinte articulaire dans la PR établie par Larsen est insuffisante pour classer l'atteinte ostéo-articulaire du coude rhumatoïde en vue de la mise en place d'une PTC. Nous avons proposé une évaluation de la perte de substance ostéo-articulaire de l'extrémité inférieure de humérus et du crochet olécranien (figures 2A, B).

Nous avons différencié l'atteinte de la palette humérale et celle du crochet cubital évaluée elle aussi en trois types : au niveau de la palette humérale, le type I correspond à une atteinte (partielle ou totale) limitée à la surface articulaire. Les prothèses totales de coude de resurfaçage peuvent y trouver leur place ; dans le type II, il existe déjà une atteinte osseuse nécessitant l'utilisation des PTC à charnière ; le type III correspond à une grosse destruction ostéoarticulaire rendant alors le coude très instable.

Selon la gravité et le type des lésions le coude est, dans les formes destructrices, plus ou moins instable et nécessitera une prothèse totale adaptée avec ou sans charnière. Plus rarement, la polyarthrite rhumatoïde peut évoluer vers une ankylose du coude. La PTC doit être réalisée avant que ne s'installent des lésions trop importantes.

Fractures complexes du coude

L'indication des PTC en traumatologie est plus récente et de plus en plus fréquente. Elle s'adresse essentiellement aux fractures articulaires complexes de l'extrémité inférieure de l'humérus des sujets âgés. Dans ces cas, l'ostéoporose rend difficile une ostéosynthèse stable et une mobilisation précoce. L'immobilisation plâtrée postopératoire est alors souvent nécessaire. Elle entraîne une raideur du coude et une limitation d'autonomie chez ces sujets âgés. Elle s'adresse aussi à certaines séquelles traumatiques avec coude douloureux, raide ou instable. Plus récemment une prothèse partielle (uniquement de l'extrémité inférieure de l'humérus et non une PTC, pour préserver le capital osseux), a été utilisée dans les fractures comminutives de la palette humérale du sujet jeune ne pouvant être parfaitement ostéosynthésées.

Arthropathies hémophiliques

Cette indication rare intéresse des sujets souvent jeunes, l'intervention étant intégrée dans le cadre du traitement médical de l'hémophilie.

Les 3 différents types de PTC

PTC sans charnière

Les PTC sans charnière ne possèdent pas d'axe reliant l'implant huméral à l'implant ulnaire. L'implant huméral est métallique, l'implant ulnaire est en polyéthylène avec ou sans embase métallique. La stabilité de la PTC nécessite donc un bon stock osseux et l'intégrité des ligaments latéraux du coude. Ces prothèses sans charnière, conçues par différents chirurgiens spécialisés dans la chirurgie PR, sont de plusieurs types : PTC de resurfaçage articulaire de Roper-Tuké (figures 3A, 3B) (n'est plus guère actuellement utilisée vu ses difficultés d'adaptation et ses risques de descellement), PTC GUEPAR3, PTC capitello-condylar d'Ewald, PTC de Souter-Strathclyde [3], PTC de Kudo, et, plus récemment, la prothèse convertible Latitude [4] dans son utilisation sans charnière avec possibilité d'ajouter une prothèse de tête radiale (figures 4A, 4B).

PTC avec charnière

Elles ont un axe solidarisant l'implant huméral à l'implant ulnaire. Cet axe assure une stabilité intrinsèque à la PTC. Les charnières des prothèses actuelles permettent, outre les mouvements de flexion-extension, des petits mouvements rotatoires. Elles sont « semi-contraintes » par rapport aux premières PTC à charnière contrainte dont le manque de souplesse était à l'origine de contraintes avec descellement secondaire qui les ont fait abandonner. La charnière est une source de friction entre métal et polyéthylène responsable de l'usure de ce dernier et d'une possibilité de reprise à long terme. Cet inconvénient fait préférer, quand cela est possible, les prothèses sans charnière aux prothèses à charnière. Les PTC à charnière semi-contraintes les plus utilisées sont : la PTC GSB3 [5], en particulier dans la polyarthrite rhumatoïde, la PTC de Conrad-Morrey [6] en particulier en traumatologie du coude [7], et, la plus récente, la prothèse Latitude dans son utilisation à charnière (figures 5 à 10).

PTC dites « convertibles »

Dernières-nées, les PTC convertibles peuvent être utilisées avec ou sans charnière. Les composants huméral et ulnaire pouvant être reliés ou non avec une pièce additionnelle (prothèse Latitude).

Intervention chirurgicale et suites opératoires

La mise en place d'une PTC est une intervention de chirurgie orthopédique spécialisée. Le nombre réduit d'indications, l'expérience limitée que peut avoir un chirurgien orthopédiste non-spécialisé en chirurgie de la PR ou en chirurgie du membre supérieur ne permettent pas une courbe d'apprentissage suffisante.

L'amélioration post-opératoire est rapide avec un coude indolore, stable et ayant une mobilité fonctionnelle. Après une hospitalisation de 4-5 jours, le séjour en centre de rééducation n'est pas obligatoire mais souvent nécessaire en particulier pour les PR. La mobilisation active du coude est rapide et fonction des gestes chirurgicaux sous contrôle d'un kinésithérapeute.

Si l'arthroplastie du coude, au prix d'une technique chirurgicale stricte, donne de très bons résultats, elle comporte encore, malgré l'amélioration des prothèses, un pourcentage important de complications nécessitant une surveillance stricte.

En premier lieu, il faut signaler les problèmes de cicatrisation, en particulier chez les PR au revêtement cutané fragile, le coude étant une articulation superficielle. Ces complications cutanées peuvent être le point de départ d'une infection profonde de la prothèse.

En deuxième lieu, on trouve des lésions du nerf ulnaire avec douleurs, paresthésies, parésie ou paralysie ulnaire.

Il faut signaler aussi la rupture du triceps brachial, l'instabilité de la prothèse dans les cas où il a été utilisé une prothèse sans charnière.

L'infection, pouvant nécessiter l'ablation secondaire de la PTC, est la complication la plus grave. Elle a été évaluée à 5 % des cas dans la méta-analyse de Little en 2007 [8].

Prothèses de tête radiale (PTR)

L'intégrité de la tête radiale est nécessaire à une bonne prono-supination. Elle doit alors glisser dans la petite cavité sigmoïde de l'ulna. Outre ce rôle dynamique la tête radiale participe à la transmission des pressions au niveau du coude et à sa stabilité.

Indications

Les prothèses de tête radiale (PTR) sont essentiellement utilisées en traumatologie du coude pour fractures complexes de la tête radiale, ne pouvant être ostéosynthésées.

Les fractures de la tête radiale ont été classées par Mason en trois types (figure 11). Elles intéressent le plus souvent l'adulte jeune et l'homme. Les fractures comminutives Mason type 3 ne peuvent être ostéosynthésées. Il en est de même pour certaines fractures de Mason type 2 vu la petitesse des fragments.

Les fractures de la tête radiale peuvent être isolées ou s'intégrer dans le cadre des fractures-luxations du coude. Ces dernières entraînent, si la tête radiale n'est pas restaurée par ostéosynthèse ou remplacée par une prothèse, une instabilité du coude et, secondairement, une arthrose du coude avec coude douloureux, limité et instable.

Les fractures isolées de la tête radiale peuvent être traitées par résection simple ou, c'est la tendance actuelle, par PTR pour éviter les complications possibles de la résection simple de la tête radiale : instabilité du coude, dislocation radio-cubitale inférieure...

Les fractures de la tête radiale peuvent aussi être associées aux luxations du coude. Ces traumatismes associant lésions ligamentaires (en particulier le ligament latéral interne du coude) et fractures (tête radial, apophyse coronoïde de l'ulna) entraînent, après réduction de la luxation, une instabilité chronique du coude dont le risque est au maximum dans la triade malheureuse de Hotchkiss associant lésion du ligament latéral interne, fracture de la tête radiale et fracture de l'apophyse coronoïde du cubitus [9]. Dans ces cas, après réduction de la luxation et réparation ligamentaire, la fracture de l'apophyse coronoïde doit être ostéosynthésée quand la taille du fragment le permet. La fracture de la tête radiale doit être idéalement et si possible ostéosynthésée ou remplacée par une prothèse de tête radiale.

Les différents types de prothèses

La prothèse de tête radiale en silicone préconisée par Swanson a dû être abandonnée vu ses insuffisances et ses risques d'intolérance. Actuellement, les PTR sont soit métalliques (prothèse de King, prothèse de Th. Judet à cupule flottante) soit en pyrocarbone (PTR MoPyc) [10] (figures 12-14). Les fractures de la tête radiale peuvent être isolées ou s'intégrer dans le cadre des fractures-luxations du coude. Ces dernières entraînent, si la tête radiale n'est pas restaurée par ostéosynthèse ou remplacée par une prothèse, une instabilité du coude et, secondairement, une arthrose du coude avec coude douloureux, limité et instable.

Intervention chirurgicale et suites opératoires

L'intervention chirurgicale simple dans le cas de fracture isolée de la tête radiale doit être parfois complétée par la réparation du ligament latéral interne et l'ostéosynthèse de la fracture de l'apophyse coronoïde. L'immobilisation est fonction de ces gestes associés. Après PTR isolée, la mobilisation est immédiate.

Conclusion

Les prothèses de coude sont, quoique encore peu et sélectivement utilisées par des chirurgiens-orthopédistes spécialisés, en pleine expansion. Les PTC restent encore essentiellement utilisées dans le traitement du coude rhumatoïde et, plus récemment, dans la traumatologie du coude du sujet âgé. Ces indications traumatiques sont croissantes suivant l'évolution de l'allongement de l'espérance de vie chez des sujets désireux de récupérer le plus rapidement possible une vie active. L'intérêt des PTR, mis en balance avec la résection de la tête radiale pour les fractures isolées, non ostéosynthésables, n'est actuellement plus contesté quand la fracture de la tête radiale est associée à une luxation du coude.

Conflits d'intérêts : aucun.

Remerciements : Nous remercions vivement Graham King, MD, de l'Université de Western Ontario, Canada pour sa collaboration concernant la prothèse Latitude.

Références

  1. Allieu Y, Masmejean E, editors. Prothèses du coude. Cahiers d'enseignement de la SOFCOT no. 77. Paris: Expansion Scientifique Française; 2001 (pp. 17-29).
  2. Meyer Zu Reckendorf G, Allieu Y. Classification des prothèses totales du coude. In: Allieu Y, Masmejean E, editors. Prothèses du coude (Cahiers d'enseignement de la SOFCOT no. 77). Paris: Expansion Scientifique Française; 2001 (pp. 59-64).
  3. Souter WA. Le traitement chirurgical du coude rhumatoïde. In: Conférences d'enseignement 1987. Cahiers d'enseignement de la SOFCOT no. 28. Paris: Expansion Scientifique Française; 1987 (pp. 159-72).
  4. King GJW, Yamaguchi K, O'Driscoll SW. Latitude Convertible total elbow arthroplasty. In: Celli A, Celli L, Morrey BF, editors. Treatment of elbow lesions. New aspects in diagnosis and surgical techniques. Milan: Springer; 2008.
  5. Gschwend N, Scheier H, Bähler AR. Long-term results of the GSB III elbow arthroplasty. J Bone Joint Surg. 1999;81B:1005-12.
  6. Morrey BF. Linked elbow arthroplasty: rationale, indications and surgical technique. In: Morrey BF, Sanchez-Sotelo J, editors. The elbow and its disorders. Philadelphia: WB Saunders; 2009 (pp. 765-81).
  7. Morrey BF. Anatomy of the elbow joint. In: Morrey BF, Sanchez-Sotelo J, editors. The elbow and its disorders. Philadelphia: WB Saunders; 2009 (pp. 1-38).
  8. Mansat P, Morrey BF. Prothèse de coude de Conrad-Moorey dans le coude traumatique. In: Allieu Y, Masmejean E, editors. Prothèses du coude (Cahiers d'enseignement de la SOFCOT No. 77). Paris: Expansion Scientifique Française; 2001 (pp. 178-85).
  9. Little CP, Graham AJ, Carr AJ. Total elbow arthroplasty. A systematic review of the literature in the English language until the end of 2003. JBJS Br. 2005;87:437-44.
  10. Hotchkiss RN, Welland AJ. Valgus stability of the elbow. J Orthop Res. 1987;5:372-7.
  11. Judet T, Garreau de Loubresse C, Piriou P. concepts, indications et résultats de la prothèse de tête radiale. Résection-arthroplastie du coude. In: Mansat M, Morrey BF, Eds. Pathologie chirurgicale du coude. Montpellier: Sauramps Médical;1999:151-8.
  12. Allieu Y, Winter M, Pequignot JP, de Mourgues P. Radial head replacement with a pyrocarbon head prosthesis: preliminary results of a multicentric prospective study. Eur J Orthop Surg Traumatol. 2006;16:1-9.

 

En résumé : Prothèses totales de coude

­ L'arthroplastie par prothèse totale du coude reste une intervention peu pratiquée, beaucoup moins que celle de la hanche, du genou ou même de l'épaule. Les prothèses totales de coude ont pour but de rétablir la flexion-extension en cas de destruction articulaire, en traitement du coude rhumatoïde et, plus récemment, dans la traumatologie du coude du sujet âgé. Les prothèses de tête radiale visent à remplacer une tête radiale fracturée.

 


 

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