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Vacciner contre l'hépatite B ? Ce qu'en disent des parents et des médecins de l'agglomération stéphanoise


Médecine. Volume 7, Numéro 7, 333-7, Septembre 2011, Vie professionnelle

DOI : 10.1684/med.2011.0739

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Guillaume Chambon, Rodolphe Charles , Département de médecine générale, faculté de médecine Jacques Lisfranc, Saint-Étienne .

Résumé : Contexte : La couverture vaccinale contre le virus de l'hépatite B reste minoritaire en France, depuis la polémique sur le déclenchement d'affections démyélinisantes post-vaccinales. Méthode : Notre étude qualitative a été réalisée entre février et juin 2010 à Saint-Étienne auprès de 12 parents et 11 médecins pour analyser les représentations sur les effets de ce vaccin et les attitudes adoptées. Résultats : Il apparaît 4 types de comportements médicaux : sthénique, asthénique, dépressif, opposant. Pour les sthéniques, c'est la « rumeur » qui constitue le frein le plus important mais le vaccin hexavalent apporte la solution \; les asthéniques reconnaissent être moins persuasifs que pour les autres vaccins \; les dépressifs, confrontés à un refus des parents, renoncent à les convaincre \; les opposants conservent leurs doutes. Les parents connaissent souvent mal les vaccins. La plupart considèrent le vaccin contre l'hépatite B comme un vaccin « classique ». Certains admettent que ce vaccin a induit chez eux une attitude inhabituelle et estiment parfois que la vaccination n'est pas une priorité et pourra s'envisager plus tard. Discussion : Les parents retrouvent progressivement confiance \; les médecins vaccinent plus facilement. Plusieurs éléments ont aggravé la confusion, ce qui fait de ce cas un modèle de « rumeur de santé ». Les recommandations actuelles du Haut Conseil de la Santé Publique sont clairement en faveur d'une vaccination généralisée \; la plupart des parents s'en remettent volontiers au choix de leur médecin, à une minorité près, très réfractaire au vaccin. Conclusion : Il est difficile pour le médecin d'affronter les rumeurs de santé et d'avoir avec le patient une relation fondée sur un modèle délibératif. Elle est pourtant nécessaire pour percevoir les craintes et besoins d'information des patients et leur apporter une réponse adaptée.

Mots-clés : décision médicale, hépatite B, vaccin

ARTICLE

La gravité de l'hépatite B est liée aux possibilités d'évolution fulminante et de portage chronique avec risque d'apparition secondaire d'une cirrhose et d'un carcinome hépatocellulaire. En France, la mortalité qui lui est imputable est estimée à environ 1 000 décès par an [1]. L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a recommandé dès 1992 la vaccination des nourrissons dans tous les pays [2]. La stratégie française initialement ciblée sur les groupes à risque s'élargit le 1er décembre 1994 : inscription du vaccin contre l'hépatite B au calendrier vaccinal du nourrisson et instauration d'une campagne de rattrapage en milieu scolaire. Malgré un large succès, en 1998, le ministre de la Santé suspend cette campagne en raison de la polémique sur le risque présumé d'affections démyélinisantes de cette vaccination. Le taux de vaccination est passé de 29 % chez les nourrissons (40 % chez les enfants et adolescents) en 2004 à 42 % chez les nourrissons en 2007 [3, 4]. Il reste inférieur à celui des pays européens voisins. Plusieurs études ont analysé, chez les médecins comme chez les patients, les facteurs limitant cette vaccination, en particulier l'influence de la polémique sur le risque d'apparition d'affections démyélinisantes [5-7]. Notre étude avait pour but de faire cette analyse auprès de médecins et de parents de l'agglomération de Saint-Étienne.

Méthode

Étude qualitative, de type entretiens individuels semi-directifs, réalisée entre février et juin 2010 à Saint-Étienne auprès de parents et médecins sélectionnés pour une variété maximale de l'échantillon :

­ 12 parents d'âge, sexe, niveau socio-économique, tranche d'âge de l'enfant, propre statut vaccinal contre l'hépatite B, spécialité du praticien assurant le suivi de l'enfant divers ;

­ 11 médecins : 6 généralistes, 3 pédiatres et 2 médecins de PMI ; 6 femmes et 5 hommes âgés de 29 à 61 ans ; 1 exerçant en milieu rural, 2 en milieu semi-rural, 8 en milieu urbain ; 9 recevant la visite médicale ; 1 enseignant ; 2 ayant un enfant de moins de 20 ans ; 2 ayant un mode d'exercice particulier.

La taille de l'échantillon était déterminée par saturation des données (questionnaires dans le tableau 1). Les données ont été analysées par logiciel Nvivo®, à partir d'une liste de noeuds préalablement établie, implémentée et stratifiée à mesure de la recherche, analyse des entretiens filmés avec encodage direct sur les films, triangulation non aveugle par un deuxième chercheur, puis analyse de conformité et rédaction d'une synthèse consensuelle. La recherche a fait l'objet d'une déclaration auprès de la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés (CNIL) sous le no 1403206. L'anonymat des médecins et patients participants était respecté dès le recueil des données.

Questionnaire médecin

Questionnaire parent

Quelles sont les vaccinations que vous proposez à un nourrisson de moins de 24 mois ?

Quelles difficultés éprouvez-vous pour vacciner un enfant ?

À propos du vaccin contre l'hépatite B :

•Quelle est d'après vous l'utilité de ce vaccin ?

•Quels effets indésirables attribuez-vous à ce vaccin ?

Que faites-vous devant un parent refusant la vaccination d'un nourrisson ? d'un adolescent ?

Quels vaccins avez-vous fait réaliser à votre enfant ?

Qu'est-ce qui a motivé votre choix ?

Quelle opinion avez-vous sur les bénéfices de la vaccination ?

Quelle opinion avez-vous sur les risques de la vaccination ?

Quelles sont les sources d'information qui ont forgé cette opinion ?

Quelle opinion avez-vous sur le vaccin contre l'hépatite B ?

En termes de bénéfices ? En termes de risques ?

Que savez-vous de l'hépatite B ?

Que représente pour vous la sclérose en plaques ?

Résultats

Les médecins

Typologie des médecins

Quatre types de comportements médicaux se différencient : sthénique (le médecin propose systématiquement la vaccination et tente de persuader) ; asthénique (il informe systématiquement sur la vaccination mais reste passif en cas de refus) ; dépressif (il « démissionne » par lassitude) ; opposant (il refuse la vaccination systématique par choix délibéré : celle-ci devrait être ciblée).

Les sthéniques proposent systématiquement les vaccins hexavalent, anti-pneumococcique et ROR au cours des 2 premières années de vie des nourrissons. Ils sont globalement convaincus de l'intérêt de la vaccination (prévention des infections chroniques, des carcinomes hépatocellulaires, réduction de la transmission), de l'innocuité du vaccin, a fortiori chez le nourrisson, et de l'absence de lien entre vaccination et sclérose en plaques (SEP). Ils mettent en avant le rapport bénéfice/risque favorable du vaccin. Ils estiment que l'existence d'un vaccin hexavalent facilite énormément son acceptation. Les difficultés qu'ils rencontrent pour vacciner sont rares, le plus souvent le fait des parents lorsqu'elles existent : selon eux, c'est la vaccination contre l'hépatite B qui pose le plus souvent problème. La « rumeur » encore ancrée dans l'esprit de certains patients constitue le frein le plus important.

Les asthéniques reconnaissent être moins persuasifs que pour les autres vaccins ; confrontés à un refus des parents, ils estiment qu'ils ne pourront au final pas les convaincre. Les dépressifs, fatalistes et lassés des refus, ont arrêté de proposer systématiquement la vaccination, ils déplorent comme les asthéniques le manque de soutien des pouvoirs publics. Les opposants campent sur leurs doutes, et confient leurs difficultés à se fier aux informations des laboratoires. Des expériences personnellement vécues peuvent entretenir cette suspicion.

Communication avec les patients (ou parents)

L'argument le plus souvent avancé pour convaincre les parents est celui de l'obligation vaccinale pour les professions médicales. Les médecins « peu persuasifs » n'utilisent pas les arguments de prévention de maladies graves, de bénéfice supérieur au risque. Certains disent leur lassitude face à la réticence des parents, espérant que le temps va faire cesser la polémique : « Je suis persuadé qu'il n'y a pas de danger avec le vaccin mais s'il faut passer un quart d'heure à leur expliquer sans être sûr à la sortie qu'ils le feront faire... »

Sans craindre le risque de SEP, d'autres optent par conviction pour une vaccination ciblée ou n'insistent pas en cas de refus : « L'hépatite B n'est pas fréquente en France, il n'y a pas lieu de vacciner systématiquement [...] Le vaccin a un intérêt seulement chez les professionnels de santé ou en cas de voyage de longue durée dans une zone à risque ». Ils avancent l'argument de la faible incidence de l'hépatite B chez les nourrissons et donc la possibilité de vacciner plus tard, bien qu'ils reconnaissent que le rattrapage peut être difficile chez les adolescents.

Il existe aussi des positions plus extrêmes : certains médecins sont très « offensifs », évoquant par exemple le risque de recrudescence d'hépatite B, notamment du fait de la présence d'enfants adoptés porteurs de l'hépatite B dès l'école maternelle... À l'opposé, un des médecins refusant la vaccination systématique avance des arguments proches de ceux des associations anti-vaccinales : les vaccins utilisés de façon massive ne fragilisent-ils pas les enfants ? « Maintenant, il faudrait en plus les vacciner contre le rotavirus, le méningocoque, le pneumocoque. La campagne massive de 1990 répondait à des enjeux financiers, elle était influencée par les laboratoires... comme pour la grippe A ».

Les praticiens inscrivent le refus des parents dans le carnet de santé ou dans leur dossier médical, dans un but légal et non pour les convaincre. La plupart considèrent que l'acceptation du vaccin est meilleure chez les patients migrants. Ils éprouvent des difficultés pour vacciner les patients à niveau de formation élevé et ceux impliqués dans la mouvance écologiste.

Les parents

Ils connaissent souvent mal les vaccins administrés à leurs enfants

Le vaccin ROR est le plus fréquemment cité, le vaccin contre l'hépatite B, lorsqu'il a été fait, n'est pas toujours mentionné. Les vaccins refusés leur viennent plus spontanément à l'esprit, notamment le vaccin contre la grippe A qui cristallise aujourd'hui les avis négatifs. Les parents ont un a priori globalement positif sur la vaccination, la considèrent comme quelque chose d'automatique. La crainte des maladies infantiles, la volonté de protéger leurs enfants, le recul existant sur les vaccins, les recommandations sont fréquemment cités comme les éléments déterminant leur volonté de vaccination. Ils accordent une grande confiance à leur médecin traitant et affirment suivre ses conseils. Pour la plupart, le vaccin contre l'hépatite B est un vaccin classique, dont l'utilité est probable (sans pouvoir préciser quel bénéfice concret en attendre) et les risques inhérents à toute thérapeutique, dans la mesure où il est recommandé.

Ils disent peu connaître l'hépatite B, mais ont une idée très précise de la SEP

L'idée d'effets indésirables liés au vaccin, même si les risques encourus ne sont pas toujours très clairs, reste ancrée dans l'esprit de certains, réfractaires à cette vaccination. Cette opinion est souvent reliée à une connaissance personnelle et au « on-dit », notamment les arguments anti-vaccinaux : « je sais que certaines maladies ont été éradiquées par la vaccination, mais je suis persuadée que le vaccin affaiblit le corps humain, je ne suis pas pour que mes enfants aient tous les vaccins, ce qui est indispensable on le fait, mais ce qui ne l'est pas... Ça affaiblit, entraîne une baisse de l'immunité, je ne veux pas que mes enfants servent de cobayes ». Les medias jouent également un rôle dans le renforcement de cette conviction : « si ça passe à la radio, c'est peut-être bien qu'il y a un fond de vérité. Dans quelle mesure, je ne sais pas, mais en tout cas suffisamment pour que je ne fasse pas le vaccin ».

Parmi ceux qui ne tiennent pas la rumeur pour vraie et présentent la vaccination comme un geste habituellement automatique, certains reconnaissent que ce vaccin a induit une attitude inhabituelle. Leur décision a souvent fait suite à une discussion avec leur médecin, parfois à des recherches personnelles. Les éléments emportant leur décision sont l'existence d'un bénéfice supérieur au risque, le recul existant sur le vaccin, le fait d'avoir été eux-mêmes vaccinés. À l'inverse, dire aux parents que leur enfant doit être vacciné s'il s'oriente un jour vers une profession de santé n'est pas un argument décisif. Il renvoie à un futur trop hypothétique. À l'issue de leur réflexion, certains parents refusent la vaccination, estimant qu'elle ne constitue pas une priorité et qu'elle pourra s'envisager plus tard. Ils mettent souvent en balance un bénéfice perçu comme lointain avec un risque, qui même s'il n'est pas certain, est présent.

Discussion

Forces et limites de l'étude

Notre travail montre, comme une précédente étude [8], que les parents deviennent réceptifs à la vaccination contre l'hépatite B et retrouvent progressivement confiance à mesure que l'on s'éloigne du début de la polémique. Les médecins perçoivent ce changement et vaccinent plus facilement les nourrissons notamment grâce à l'existence du vaccin hexavalent, comme si le risque à vacciner ou à informer se diluait dans la multiplication des valences...

Dans une telle étude, la nature de l'enquêteur, aussi « neutre » soit-il, évitant que certains puissent se sentir jugés, induit un biais d'observation. Il semble que les médecins se soient livrés en confiance puisque l'enquête a mis en lumière des comportements contraires aux recommandations. Ils étaient souvent curieux de connaître les résultats des entretiens avec les patients mais aussi avec leurs pairs, ce qui les conduisait parfois à se remettre en cause. En revanche, les parents avaient parfois des difficultés à oublier la fonction de soignant de l'enquêteur, certains demandant son approbation.

Vaccin contre l'hépatite B et SEP

Depuis la première étude évoquant un lien possible [9], des études cas-témoins n'ont pas permis d'établir de lien causal [10-12]. Après dix études négatives, Hernan a conclu à une association possible [13], alors que des données publiées peu après aux États-Unis ne l'ont pas retrouvée [14]. Plusieurs éléments ont aggravé la confusion et fait de ce cas un modèle de « rumeur de santé » : décisions de justice, abandon au nom du principe de précaution de la campagne de vaccination en milieu scolaire, large écho dans les médias [15] et sur internet... Malgré cette polémique, les recommandations actuelles sont clairement en faveur d'une vaccination généralisée : dans l'hypothèse (non démontrée) de l'existence d'une association entre atteinte démyélinisante et vaccination, le risque reste très inférieur aux bénéfices de la vaccination [16].

Trois acteurs d'une difficile politique vaccinale

Les décideurs de santé publique

Le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) fixe des objectifs guidés par l'intérêt collectif plus que par l'intérêt individuel. Il élabore un calendrier adapté à des objectifs populationnels et basé sur une obligation, une recommandation ou une vaccination ciblée. L'évolution actuelle se fait de l'obligation (plutôt mal perçue) vers la recommandation, impliquant la nécessité d'obtenir un consentement éclairé. Dans le cas de l'hépatite B, l'objectif est la limitation voire la disparition de la circulation du virus [16], en recommandant une vaccination généralisée des nourrissons et un rattrapage chez les adolescents et les patients à risque [17].

Les patients (leurs parents)

Dans notre étude, la plupart des parents ne semblent pas (ignorance) ou plus (critique) marqués par la polémique et s'en remettent volontiers au choix de leur médecin. À l'inverse, comme dans d'autres études [5, 18], une minorité reste très ancrée dans la rumeur, très réfractaire au vaccin. Entre les deux, se situent les parents demandeurs d'informations sur les bénéfices et risques individuels. Le point commun à tous est l'absence totale d'intérêt exprimé pour le bénéfice collectif de la vaccination (un seul parent cite l'argument communautaire, pour finalement mieux le rejeter et défendre son refus vaccinal). L'hépatite B ne constitue plus une menace immédiate mais un risque lointain, contrairement au risque vaccinal supposé immédiat, ce qui laisse entrevoir le profond décalage entre la pensée du patient profane (guidé par son intérêt individuel ?) et celle des experts de santé dont les orientations reposent avant tout sur des préoccupations collectives. Il est possible qu'émerge l'exigence d'une décision personnalisée. C'est l'une des premières fois qu'un dispositif organisé (santé scolaire) est stoppé par une confrontation idéologique entre politique de santé publique et contre-pouvoir profane, comme l'a confirmé la campagne de vaccination contre la grippe AH1N1, sur des arguments similaires : manque de recul, crainte d'effets indésirables, refus d'une vaccination de masse. Ce phénomène d'alternance de périodes de suspicion et de confiance est classique [19]. Il y a certes contradiction entre le fait de conserver la trace historique de la vaccination, affirmer sa confiance dans les recommandations, reconnaître que les maladies accessibles à la vaccination doivent être graves puisque des vaccins existent, et, dans le même temps, émettre des doutes sur le vaccin (hépatite B ou grippe) en remettant en cause son utilisation systématique. Ne faut-il pas y voir une question lancée à la médecine par un public désireux d'obtenir des réponses claires, une vérité scientifique [7] ?

Les médecins

asthéniques, dépressifs et opposants ont en commun, à des degrés divers, une appréhension persistante sur les risques liés au vaccin (doute sur des effets indésirables) et à la vaccination (crainte de la rencontre avec des parents réticents). Ils justifient ou rationalisent leur choix par la faible incidence de l'hépatite B chez le nourrisson. Il est possible que cette réponse soit celle qu'ils aient trouvée la plus crédible face au regard de « l'enquêteur-pair », mais elle traduit aussi le secteur d'ombre pour lequel le corps médical n'a pas de réponse convaincante au questionnement profane. Certains médecins ont une représentation très précise des dangers liés à l'hépatite B et au contraire très floue des risques imputables au vaccin. Certains vont jusqu'à reprocher le manque de soutien de la part des autorités de santé, alors que celles-ci rappellent chaque année sans aucune réserve la nécessité d'une vaccination généralisée. On peut se demander si la position de ces médecins ne constitue pas un aveu de leur incapacité à lutter contre une rumeur de santé, à transmettre à des patients avides de réponses précises, des connaissances évolutives, insuffisantes ou difficiles à traduire [7, 18]. Face à des patients réticents, le médecin se retrouve dans une posture inconfortable de « contamination » par la pensée profane, admettant à son tour « manquer de connaissance » et dans le pire des cas envisager sinon un complot, au moins des conflits d'intérêt par lobbying. On peut noter que l'occurrence calendrier vaccinal ne sort pratiquement pas dans nos entretiens avec les médecins, pas plus que l'occurrence « je me vaccine pour éviter les épidémies, pour ne pas contaminer les autres » dans la population de parents.

Conclusion

Aux marges du modèle général existent des rencontres entre médecins et patients aux arguments « anti » identiques (intérêts financiers des laboratoires, principe de précaution, solutions alternatives de prévention, refus d'une vaccination systématique), poussant à l'extrême l'image du patient individualiste et du médecin abandonnant la santé communautaire. À l'inverse, des médecins considérablement déterminés, parfois prêts à exagérer dans leur argumentaire en faveur de la vaccination se réjouissent de la survivance de l'acceptation sans limite de la vaccination par certains patients. Il est difficile pour le médecin d'affronter les rumeurs de santé et d'avoir avec le patient une relation fondée sur un modèle délibératif. Elle est pourtant nécessaire pour percevoir les craintes des patients, leur besoin d'information et y apporter une réponse adaptée, notamment au regard des risques de l'hépatite B.

Conflits d'intérêts : aucun

Références

  1. Antona D. L'hépatite B en France : aspects épidémiologiques et stratégie vaccinale. Sur http://www.fmcgastro.org/default.aspx?page=390
  2. WHO. Third dose of hepatitis B vaccine ­ Reported estimates of HepB3 coverage. WHO vaccine preventable diseases : monitoring system 2008 global summary.
  3. Antona D, Fonteneau L, Lévy-Bruhl D, Guignon N, De Peretti C, Niel X. Couverture vaccinale des enfants et des adolescents en France : résultats des enquêtes menées en milieu scolaire, 2001-2004. BEH. 2007;6:45-9.
  4. Fonteneau L, Guthmann JP, Lévy-Bruhl D. Couverture vaccinale à 24 mois à partir des certificats de santé du 24e mois ­ 2004-2007. Saint-Maurice (Fra) : Institut de veille sanitaire, 2010. Disponible à partir de : URL:< http://www.invs.sante.fr>
  5. François M. Analyse des freins à la vaccination contre le virus de l'hépatite B en médecine générale [Thèse Médecine]. Nancy: Université Henri Poincaré; 2009.
  6. Siegrist CA. Non, le vaccin contre l'hépatite B ne provoque pas la sclérose en plaques, retour sur un psychodrame collectif. La Recherche. 2000;329.
  7. Moulin AM. Les particularités françaises de l'histoire de la vaccination. La fin d'une exception ? Rev Epid Sante Pub. 2006;54:1S81-7.
  8. Vignier N, Jestin C, Arwidson P. Perceptions de l'hépatite B et de sa prévention. Premiers résultats d'une étude qualitative. BEH. 2009;20-21:212.
  9. Herroelen L, De Keyser J, Ebinger G. Central nervous system demyelinisation after immunization with recombinant hepatitis B vaccine. Lancet. 1991;338:1174-5.
  10. Touze E, Fourrier A, Rue-Fenouche C. Hepatitis B vaccination and first central nervous system demyelinating event: a case-control study. Neuroepidemiology. 2002;21:180-6.
  11. Sturkenboom MC, Wolfson C, Rollet E, Heinzlef O, Abenhaim L. Demyelination, multiple sclerosis and hepatitis B vaccination: a population based study in the UK. Neurology. 2000;54:A166.
  12. Fourrier A, Begaud B, Alperovitch A, Verdier-Taillefer MH, Touze E, Decker N. Hepatitis B vaccine and first episodes of central nervous system demyelinating disorders : a comparison between reported and excepted number of case. Br J Clin Pharmacol. 2001;51:489-90.
  13. Hernán MA, Jick SS, Olek MJ, Jick H. Recombinant hepatitis B vaccine and the risk of multiple sclerosis: a prospective study. Neurology. 2004;63(5):838-42.
  14. Centers for Disease Control and Prevention. A comprehensive immunization strategy to eliminate transmission of hepatitis B virus infection in the United States: recommendations of the Advisory Committee on Immunization Practices (ACIP); Part 1: Immunization of Infants, Children, and Adolescents. MMWR. 2005;54(RR-16):12-8.
  15. Benkimoun P. L'un des vaccins contre l'hépatite B pourrait augmenter le risque de sclérose en plaque. Le Monde. 26 septembre 2008.
  16. Direction générale de la santé. Plan national de lutte contre les hépatites B et C 2009-2012. Sur www.sante-jeunesse-sports.gouv.fr/IMG/pdf/Plan_hepatites_2009_2012.pdf>
  17. Avis du Comité technique des vaccinations et de la section des maladies transmissibles du Conseil supérieur d'hygiène publique de France concernant la vaccination contre l'hépatite B. BEH. 2009;16-17:168.
  18. Gallais JL, Raineri F, Oliviero P, Luporsi E. Le médecin généraliste et les rumeurs en santé : décrypter et faire face. Rev Prat Med Gen. 2008;22(806):773-4.
  19. Zilberman P. Antivaccins : des motivations complexes. In : Cannasse S. Entretien. Rev Prat Med Gen. 2010;843(24):6-7.

Facteurs influençant la vaccination contre l'hépatite B

Ce qui était connu

­ L'onde « choc » de la polémique sur le déclenchement possible d'affections démyélinisantes par la vaccination contre l'hépatite B ;

­ Les aléas judiciaires et de santé publique (arrêt de la campagne de vaccination scolaire) ;

­ Le caractère encore minoritaire de la vaccination en France.

Ce que cette étude apporte

­ Des données assez contrastées sur les représentations des médecins et des patients.

Les zones d'incertitude

­ Les modalités pratiques de la mise en oeuvre d'une relation médecin-malade réellement fondée sur un modèle délibératif, apportant une réponse adaptée aux questions et aux craintes des patients.

Notes :

  1. Le 5 juin 1998, le tribunal de grande instance de Nanterre a condamné un fabricant à verser des indemnités à deux patientes, décision confirmée en appel par la Cour de Versailles, finalement annulée par la Cour de cassation. Pourtant, le 22 mai 2008, cette dernière, dans un revirement de jurisprudence, ouvre la voie de l'indemnisation au travers de 6 arrêts concernant d'autres plaintes. En l'absence de consensus scientifique, elle justifie ces arrêts en avançant que le lien de causalité peut résulter de présomptions « graves, précises et concordantes ». Cette décision se fonde sur la différence existant entre les notions de causalité juridique et scientifique.
  2. Un éventuel parasitage par les récentes modifications du calendrier ajoutant des vaccins visant le nourrisson (pneumocoque et méningite C) n'a pas été envisagé : il est intervenu après cette enquête.


 

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