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Prise en charge des spondylarthrites en 2011


Médecine. Volume 7, Numéro 2, 62-5, Février 2011, Stratégies

DOI : 10.1684/med.2011.0655

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Éric Toussirot , Service de rhumatologie, pôle PACTE (Pathologies Aiguës et Chroniques, Transplantation, Éducation), CHU Hôpital Minjoz, 25000 Besançon .

Résumé : Les spondylarthrites regroupent un ensemble d'affections rhumatismales inflammatoires chroniques ayant des caractéristiques cliniques, immunogénétiques, radiologiques et évolutives communes. Sont inclus dans ce groupe la spondylarthrite ankylosante, les arthrites réactionnelles, le rhumatisme psoriasique, les rhumatismes associés aux entéropathies inflammatoires ainsi que les formes juvéniles et indifférenciées de spondylarthrites. La prévalence de ces affections est de l'ordre de 0,3 % dans la population française, soit une fréquence proche de celle de la polyarthrite rhumatoïde. Leur prise en charge s'est considérablement modifiée ces dix dernières années, avec notamment la possibilité d'un diagnostic précoce et la mise à disposition de traitements efficaces. Longtemps traitées par les anti-inflammatoires non stéroïdiens, les spondylarthrites bénéficient désormais d'alternatives thérapeutiques avec les anti-TNFa. Cet article fait le point sur les données 2011.

Mots-clés : anti-inflammatoires, antirhumatismaux, spondylarthropathies, spondylarthrite ankylosante

ARTICLE

Les spondylarthrites peuvent se présenter sous la forme d'une atteinte pelvi-rachidienne (axiale) isolée, d'une atteinte articulaire périphérique ou d'une forme périphérique enthésopathique. Les manifestations extra-articulaires (cutanée, digestive, ophtalmologique) doivent également être prises en compte. L'évolution de la spondylarthrite se fait par poussées inflammatoires. Il est possible que s'installe progressivement une ankylose rachidienne, entraînant un retentissement fonctionnel et donc socio-professionnel, altérant la qualité de vie ; il peut y avoir des complications cardiovasculaires. Les objectifs de la prise en charge sont donc de réduire les douleurs, quelle que soit la forme clinique de la maladie, d'espacer les poussées et de maintenir l'insertion socio-professionnelle du patient. Cette prise en charge globale comporte des mesures pharmacologiques et non pharmacologiques (rééducatives, éducatives, sociales et chirurgicales dans certains cas) [1].

Mesures pharmacologiques

AINS en première intention

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) constituent le traitement à donner en première ligne, sauf contre indication [1, 2]. Les diverses recommandations nationales [3], internationales [4] et avis d'experts [5] rappellent cette place prioritaire (recommandation de grade A). Nous disposons de nombreuses études contrôlées démontrant l'efficacité des AINS dans les spondylarthrites (spondylarthrite ankylosante notamment) [in 2], avec une réponse fréquente et rapide, dans les 48 heures qui suivent leur administration. Dans ces essais thérapeutiques contrôlés, les AINS ont démontré leur supériorité comparativement au placebo sur les signes et symptômes de la maladie avec un effet-taille (effect size) de 0,58 à 25,6 [3]. Ils sont principalement efficaces sur les symptômes axiaux, et à un moindre degré sur les manifestations périphériques et/ou enthésopathiques (niveau de preuve Ib selon les experts internationaux) [5]. Il n'y a pas de démonstration de la supériorité d'une classe d'AINS par rapport à une autre (pas de données comparatives des molécules entre elles). La phenylbutazone et l'indométacine sont considérés comme très efficaces, sans démonstration de cette activité particulière [3]. Il est d'autre part recommandé de traiter les patients lors des poussées, à la posologie maximale efficace de l'AINS, et ce sur une période de 7 à 15 jours, puis de stopper l'AINS lorsque la poussée est contrôlée. Dans certains cas, une administration en continu est nécessaire, d'où la recommandation d'essayer de trouver la dose minimale efficace pour limiter les effets secondaires [1-5]. Avant de conclure à un échec d'un AINS, il convient de le maintenir entre 2 et 4 semaines, puis de passer à un autre produit.

Les anti-COX2 sélectifs peuvent être utilisés. Le célécoxib et l'étoricoxib ont démontré leur efficacité sur les signes et symptômes de la spondylarthrite ankylosante dans des essais contrôlés. Une étude comparant célécoxib 200 mg/j, kétoprofène 200 mg/j et un placebo montre une amélioration significative de la douleur rachidienne et de l'indice fonctionnel Bath Ankylosing Spondylitis Functional Index (BASFI) dans les groupes traitement célécoxib et kétoprofène comparativement au placebo (p = 0,006 et p = 0,0008, respectivement) [6]. Des résultats équivalents ont été obtenus avec l'étoricoxib. Toutefois, seul le célécoxib bénéficie d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour la spondylarthrite ankylosante en France. Il n'existe pas de preuve de la supériorité des anti-COX2 par rapport aux AINS traditionnels, mais ils sont mieux tolérés sur le plan digestif.

Les AINS sont efficaces dans 70 à 80 % des cas de spondylarthrites, mais l'une des préoccupations est la tolérance de leur prise au long cours, avec les risques digestifs et cardiovasculaires [7]. Dans les essais randomisés, le risque relatif d'effets secondaires digestifs sévères sous AINS par rapport au placebo est de 5,36 (IC 95 % : 1,70-10,1) et le risque cardiovasculaire de 0,86 (IC95 % : 0,75-0,99) [4]. Le risque rénal est également une préoccupation avec l'utilisation des AINS au long cours, y compris avec les coxibs.

La question de l'impact des AINS sur la progression des ossifications rachidiennes et donc de l'ankylose est pertinente et a été examinée dans un essai comparant 2 modalités d'administration du célecoxib sur 2 ans, en continu versus à la demande [8]. L'évaluation a été faite sur les radiographies du rachis en utilisant un score de progression des syndesmophytes. Cette étude montre une moindre progression des syndesmophytes dans le groupe célécoxib en continu, avec un résultat significatif (p = 0,002). Toutefois, la pertinence clinique du résultat est discutable puisque la différence de ralentissement radiologique était de 1,1 point en 2 ans sur un score qui varie de 0 à 72. Il n'est donc pas actuellement démontré que les AINS aient une influence sur le plan de la progression des ossifications rachidiennes. Rappelons enfin que l'administration des AINS est déconseillée chez les patients atteints de spondylarthrites ayant une entéropathie inflammatoire (maladie de Crohn, rectocolite hémorragique) en raison du risque de poussée de la maladie digestive [9].

Corticothérapie et traitements d'action lente : une place mineure

La corticothérapie par voie générale est peu voire inefficace dans les poussées de spondylarthrites. Son utilisation est même déconseillée, en raison de l'ostéoporose qui touche certains patients atteints de spondylarthrites, celle-ci étant reliée à l'activité inflammatoire de la maladie [1, 2]. En revanche, elle est utile en cas d'arthrite périphérique ou d'enthésopathie réfractaire [1-5]. Un essai contrôlé a démontré l'efficacité de l'injection de corticoïdes dans les articulations sacroiliaques. Bien que portant sur un faible effectif (N = 10), cette étude montrait une amélioration significative dans le groupe corticoïdes comparativement au placebo (p < 0,05) [10].

Les traitements d'action lente sont la sulfasalazine, le méthotrexate et le léflunomide. Une méta-analyse récente portant sur l'intérêt de la sulfasalazine dans la spondylarthrite ankylosante conclut à l'absence d'effet de ce traitement dans les formes axiales de la maladie, mais à une tendance en faveur de l'efficacité sur les atteintes périphériques [11]. L'utilisation du methotrexate dans la spondylarthrite ankylosante a également fait l'objet d'une méta-analyse, concluant à l'absence d'effet de ce traitement sur les signes et symptômes de la maladie. Le leflunomide n'a pas fait la preuve de son efficacité dans un essai contrôlé dans la spondylarthrite ankylosante. Ainsi, seule la sulfasalazine présente un intérêt dans les formes périphériques de spondylarthrites (recommandation de grade A des experts nationaux [3]). Le méthotrexate et le léflunomide sont en revanche indiqués dans certaines formes de rhumatisme psoriasique [1].

Anti-TNFa : en deuxième ligne, après échec des AINS

Les agents anti-TNFa ont fait la preuve de leur efficacité dans le traitement des spondylarthrites au cours d'essais contrôlés [12-14]. Comparativement au placebo, ils améliorent de façon significative les différentes manifestations cliniques de la spondylarthrite ankylosante, les douleurs axiales, périphériques, l'atteinte enthésopathique, ainsi que les indices d'évaluation de l'activité et du retentissement fonctionnel de la maladie (indices Bath Ankylosing Spondylitis Disease Activity Index ­ BASDAI ­ et BASFI, respectivement). Ils permettent d'obtenir un taux de réponse ASAS 20 (critères de réponse thérapeutique selon le groupe ASAS ­ Assessment of SpondyloArthritiS) de l'ordre de 58 à 61 % comparativement à 19-29 % dans le groupe placebo (p < 0,001 pour les trois molécules étudiées infliximab, étanercept et adalimumab) [12-14]. Ils améliorent également la capacité fonctionnelle respiratoire, les indices de qualité de vie ainsi que les paramètres biologiques inflammatoires. Trois agents anti-TNFa (infliximab, etanercept et adalimumab) sont disponibles dans cette indication. Ne disposant pas d'essai comparant les molécules entre elles, il n'y a donc pas de données de supériorité d'un produit par rapport à un autre. Le choix entre ces molécules doit prendre en compte pour chaque patient les modalités d'administration (IV ou SC), les pathologies associées (co-morbidités) ainsi que certaines atteintes extra-articulaires comme une entéropathie inflammatoire ou des épisodes d'uvéite.

Les conditions de prescription des agents anti-TNFa sont précisées par l'AMM, les recommandations nationales [15] et internationales [16], ainsi que par la Haute Autorité de Santé [1]. Ils doivent être administrés en deuxième intention et s'adressent donc aux patients qui ne répondent pas aux AINS (définis lors d'une utilisation infructueuse sur une période minimale de 3 mois au total avec au moins 3 AINS). Ils doivent être donnés à une posologie maximale recommandée ou tolérée, aux patients qui conservent une maladie active et/ou sévère. Une maladie active est définie par un BASDAI > 4, constaté à 2 reprises à 3 mois d'intervalle en cas de forme axiale et par 3 articulations gonflées à 3 mois d'intervalle en cas de forme périphérique. La maladie est sévère chez un patient présentant une coxite, une atteinte extra-articulaire sévére ­ uvéite à répétition, entéropathie inflammatoire, valvulopathie ­, une incapacité fonctionnelle importante. Les recommandations françaises requièrent d'autre part pour les formes périphériques l'échec de la sulfasalazine et de 2 injections locales de corticoïdes. En fonction du produit administré, des différences de réponse sont observées sur les atteintes extra-articulaires : l'étanercept est inefficace sur les entéropathies inflammatoires et aurait moins d'efficacité sur la récidive des accès d'uvéite comparativement aux anticorps monoclonaux, selon des données d'analyses rétrospectives [17]. Il n'est actuellement pas démontré que ces agents ont une action sur le potentiel ossifiant de la maladie c'est-à-dire l'évolution et la progression des syndesmophytes [18].

Mesures non pharmacologiques

Elles doivent être systématiquement envisagées et discutées selon la forme clinique du patient et le retentissement fonctionnel. La rééducation a toute sa place et notamment pour l'entretien de la mobilité rachidienne, de la fonction musculaire, de la capacité respiratoire. Cette rééducation passe par une bonne coopération entre le rhumatologue, le médecin rééducateur, le médecin référent et le kinésithérapeute. Une analyse Cochrane a évalué l'efficacité de différents programmes (individuels ou en groupe) de rééducation sur les paramètres de mobilité rachidienne et de raideur matinale, avec des résultats dans l'ensemble modestes (24 % d'amélioration sur la fonction physique) [19].

Des mesures médicosociales sont utiles : prise en charge au titre des affections de longue durée, aménagement d'un poste de travail. Enfin, comme pour toute pathologie chronique, l'éducation thérapeutique a également son intérêt pour impliquer le patient lui-même dans sa prise en charge.

Conclusion

La prise en charge des spondylarthrites s'est beaucoup modifiée ces dernières années, notamment avec l'arrivée des agents anti-TNFa. Les AINS restent la classe médicamenteuse de référence, à prescrire en première ligne. Les agents anti-TNFa sont des armes thérapeutiques hautement efficaces sur l'ensemble des manifestations symptomatiques de la maladie, avec cependant des incertitudes sur le contrôle de l'évolution de la maladie, notamment en ce qui concerne la progression des ossifications rachidiennes.

Conflits d'intérêt : ET est investigateur d'essais cliniques pour les laboratoires Abbott, Roche-Chugaï, Wyeth

Références

  1. HAS. Diagnostic, prise en charge thérapeutique et suivi des spondylarthrites. Décembre 2008.
  2. Toussirot E, Wendling D. Current guidelines for the drug treatment of ankylosing spondylitis. Drugs. 1998;56:225-40.
  3. Lavie F, Pavy S, Dernis E, Goupille P, Cantagrel A, Tebib J, et al. Pharmacotherapy (excluding biotherapies) for ankylosing spondylitis: development of recommendations for clinical practice based on published evidence and expert opinion. Joint Bone Spine. 2007;74:346-52.
  4. Zochling J, van der Heijde D, Burgos-Vargas R, Collantes E, Davis JC, Dijkmans B, et al. ASAS/EULAR recommendations for the management of ankylosing spondylitis. Ann Rheum Dis. 2006;65:442-52.
  5. Sidiropoulos PI, Hatemi G, Song IH, Avouac J, Collantes E, Hamurydan V, et al. Evidence-based recommendations for the management of ankylosing spondylitis: systematic literature search of the 3 E initiative in rheumatology involving a broad panel of experts and practicing rheumatologists. Rheumatology. 2008;47:355-61.
  6. Dougados M, Béhier JM, JolchineI, Calin A, van der Heijde D, Olivieri I, et al. Efficacy of celecoxib, a cyclooxygenase-2 specific inhibitor, in the treatment of ankylosing spondylitis: a six week controlled study with comparison against placebo and against a conventional non steroidal antiinflammatory drug. Arthritis Rheum. 2001;44:180-5.
  7. Song IH, Poddubnyy DA, Rudwaleit M, Sieprer J. Benefits and risks of ankylosing spondylitis treatment with non steroidal antiinflammatory drugs. Arthritis Rheum. 2008;58:929-38.
  8. Wanders A, van der Heijde D, Landewé R, Béhier JM, Calin A, Olivieri I, et al. Non steroidal antiinflammatory drugs reduce radiographic progression in patients with ankylosing spondylitis. Arthritis Rheum. 2005;52:1756-65.
  9. Kautmann HJ, Taubin HL. Non steroidal antiinflammatory drugs activate quiescent inflammatory bowel disease. Ann Intern Med. 1987;107:513-6.
  10. Maugars Y, Mathis C, Berthelot JM, Charleir C, Prost A. Assessment of the efficacy of sacroiliac corticosteroid injections in spondylarthropathies: a double blind study. Br J Rheumatol. 1996;35:767-70.
  11. Chen J, Liu C. Is sulfasalazine effective in ankylosing spondylitis? A systematic review of randomized controlled trials. J Rheumatol. 2006;33:722-31.
  12. Braun J, Brandt J, Listing J, Zinck A, Alten R, Golder W, et al. Treatment of active ankylosing spondylitis with infliximab: a randomised controlled multicentre trial. Lancet. 2002;359:1187-93.
  13. Davis JC, van der Heijde D, Braun J, Dougados M, Cush J, Clegg DO, et al. Recombinant human tumor necrosis factor receptor (etanercept) for treating ankylosing spondylitis: a randomized controlled trial. Arthritis Rheum. 2003;48:323-6.
  14. Van der Heijde D, Kivitz A, Schiff MH, Sieper J, Dijkmans BA, Braun J, et al. Efficacy and safety of adalimumab in patients with ankylosing spondylitis: results of a multicenter, randomized, double-blind, placebo controlled trial. Arthritis Rheum. 2006;54:2136-46.
  15. Société Française de Rhumatologie/Club Rhumatismes et Inflammation. Recommandations d'utilisation des anti TNFa au cours de la spondylarthrite ankylosante et du rhumatisme psoriasique. Actualisation 2007. Sur www.cri-net.com
  16. Braun J, Davis J, Dougados M, et al. First update of the international ASAS consensus statement for the use of anti-TNFa agents in patients with ankylosing spondylitis. Ann Rheum Dis. 2006;65:316-20.
  17. Braun J, Baraliakos X, Listing J, Sieper J. Decreased incidence of anterior uveitis in patients with ankylosing spondylitis treated with the anti TNF agents infliximab and etanercept. Arthritis Rheum. 2005;52:2447-51.
  18. Van der Heijde D, Landewé R, Baraliakos X, Houben H, van Tubergen A, Williamson P, et al. Radiographic findings following two years of infliximab therapy in patients with ankylosing spondylitis. Arthritis Rheum. 2008;58:3063-70.
  19. Dagfinrud H, Kvien TK, Hagen KB. Physiotherapy interventions for ankylosing spondylitis. Cochrane Database Syst Rev. 2008;1:CD002822.

 

Prise en charge des spondylarthrites en 2011

­ Les AINS restent la classe thérapeutique de référence, à envisager en première ligne dans les spondylarthrites.

­ Parmi les traitements de fond traditionnels, seule la sulfasalazine présente un intérêt dans les spondylarthrites, uniquement pour les formes périphériques de la maladie.

­ Les agents anti-TNFa ont démontré leur efficacité sur les diverses manifestations cliniques des spondylarthrites. Ils ne doivent être prescrits qu'en seconde intention, après échec ou insuffisance de réponse aux AINS. Il n'est pas démontré qu'ils sont capables de ralentir les ossifications rachidiennes et donc l'ankylose qui caractérise cette maladie.

­ La prise en charge de la spondylarthrite comporte également des mesures non pharmacologiques incluant rééducation, éducation thérapeutique et mesures médico-sociales.


 

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