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Le risque médicamenteux chez la personne âgée Quelques données factuelles en 2010


Médecine. Volume 7, Numéro 1, 27-9, Janvier 2011, Stratégies

DOI : 10.1684/med.2011.0644

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Samy Babai, Hélène Brocvielle, Christine Lebeller, Hervé Le Louet, Agnès Lillo-Le Louet, Laure Thomas , Centre Régional de Pharmacovigilance Henri Mondor .

Résumé : Les études épidémiologiques montrent que la polymédication et l'utilisation inappropriée de médicaments chez le sujet âgé constituent fréquemment des facteurs de risque d'effets indésirables médicamenteux et d'hospitalisation. Quatre publications récentes rappellent les faits et les précautions nécessaires.

Mots-clés : effets indésirables, hospitalisation, hypnotiques et sédatifs, personne âgée fragile

Illustrations

ARTICLE

Quel est le seuil de risque ?

Comment arrêter des médicaments chez la personne âgée ? Un algorithme décisionnel (Good Palliative ­ Geriatric Practice algorithm a été testé pour étude de faisabilité dans une petite cohorte prospective de 70 patients âgés autonomes adressés en service de gériatrie par leur famille ou le médecin traitant pour évaluation gériatrique entre février 2005 et juin 2008 [1]. Cet algorithme prend en compte :

­ l'existence d'un consensus validé pour prescrire le médicament dans l'indication, à cette dose et dans ce groupe d'âge avec un rapport bénéfice/risque positif ;

­ la validité de l'indication dans le groupe d'âge et le taux d'invalidité, les effets indésirables, les alternatives thérapeutiques ;

­ la possibilité de réduire la dose.

Parmi les 70 patients consécutifs inclus, 61 % étaient des femmes d'âge moyen 82,8 ans (67 à 102 ans) ; 61 % des patients avaient au moins 3 pathologies et recevaient en moyenne 7,7 médicaments par patient. Ils ont été suivis en moyenne durant environ 19 mois. Après évaluation selon l'algorithme, 6 patients devaient poursuivre leur traitement, 64 pouvaient arrêter au moins un médicament.

Au total, 311 médicaments ont été arrêtés (58 % de tous les médicaments prescrits, ou 4,4 médicaments par patient). Seuls 2 % des patients ont dû reprendre le traitement en raison de la réapparition de symptômes de la maladie traitée. Les 10 décès recensés à 13 mois en moyenne lors du suivi (âge moyen de 89 ans) étaient sans relation avec l'arrêt des médicaments. 88 % des patients ont présenté une amélioration globale de leur état de santé. Si cette étude est limitée par le petit effectif étudié, elle permet d'insister sur la nécessité de réévaluer régulièrement les prescriptions chez le sujet âgé afin d'éviter les prescriptions inappropriées.

Figure 1

Chez le sujet âgé atteint de polypathologies, les effets indésirables médicamenteux sont liés au nombre absolu de médicaments pris de façon concomitante, avec un seuil de risque fixé à 5 médicaments. Plus le nombre de médecins consultés augmente, plus ce seuil devient difficile à respecter...

Combien d'hospitalisations sont dues aux effets indésirables médicamenteux ?

Les auteurs rapportent l'évolution des hospitalisations pour effets indésirables médicamenteux (EIM) aux Pays-Bas chez les patients âgés, à partir de bases de données sur les hospitalisations et sur les données médicales des patients (codes des diagnostics d'entrée des hospitalisations pour les patients de plus de 60 ans) [2].

Sur les 26 ans de cette étude, 361 760 admissions liées à des EIM ont été identifiées, les 2/3 (soit 247 638) survenant chez des patients de plus de 60 ans alors que cette tranche d'âge ne représente que 17,6 % de la population. Les admissions pour EIM augmentent de 5 291 en 1981 à 12 836 en 2007 et (sur la même période) cette augmentation est de 175 % chez les hommes âgés de plus de 60 ans et de 122 % chez les femmes âgées de plus de 60 ans. L'incidence globale des hospitalisations pour EIM (/100 000 personnes) passe chez les hommes de 21,3 en 1981 à 37,5 et pour les femmes de 24,8 en 1981 à 39 en 2007. S'il y a ralentissement depuis 1997, la tendance est toujours à la hausse.

L'incidence des hospitalisations pour EIM augmente donc quel que soit le sexe, dans toutes les catégories d'âge au-delà de 60 ans, la plus forte hausse concernant les patients de plus de 90 ans (augmentation de 162 % pour les hommes et de 112 % pour les femmes). La distribution des médicaments en cause change significativement avec le temps (p < 0,001). Ainsi la part des médicaments à visée cardiovasculaire diminue et passe de 36 % en 1981 à 8,3 % en 2007 ; les diurétiques et hypo-uricémiants augmentent de 5,4 % à 15,4 %, ainsi que les médicaments systémiques (antiallergiques, bisphosphonates, certains anticancéreux) de 3,2 à 15,4 % et les médicaments ayant un effet sur la coagulation et les éléments figurés du sang 17,9 à 24,2 %. Environ 45 % des hospitalisations pour EIM étaient en rapport avec les 6 diagnostics suivants : hémorragie, symptômes digestifs ; anémie, signes cardiaques et pulmonaires, et autres.

Il y a eu augmentation rapide (et qui persiste) des hospitalisations des personnes âgées en rapport avec des EIM au cours des trois dernières décennies. Cela justifie notre attention soutenue à la prévention de la iatrogénie médicamenteuse chez la personne âgée.

Et combien de réhospitalisations ?

Une étude anglaise a montré que plus de 40 % de 1 000 patients étaient ré-hospitalisés dans l'année qui suit leur hospitalisation initiale, 20 % en raison d'un EIM [3]. Les principaux EIM observés au cours de ces ré-hospitalisations étaient, par ordre décroissant :

­ hémorragies ;

­ insuffisance rénale ;

­ constipation ;

­ troubles électrolytiques ;

­ hypoglycémie.

Dans la moitié des cas, ces EIM étaient attendus et évitables. Les médicaments les plus fréquemment associés à cette réhospitalisation étaient les antiagrégants plaquettaires et les diurétiques de l'anse. L'hospitalisation initiale pour un EIM ne constituait pas un facteur favorisant à la réhospitalisation (que ce soit pour un EIM ou pour un autre motif). Cependant, l'incidence des réadmissions pour EIM était associée à un âge élevé.

Il convient donc d'être particulièrement prudent lors du renouvellement d'un traitement chez la personne âgée récemment hospitalisée.

Il n'y a pas de « petit somnifère »...

L'association méprobamate/acéprométazine (Mépronizine®), indiquée dans l'insomnie occasionnelle chez l'adulte, en est un exemple parmi d'autres. Le méprobamate possède des propriétés anxiolytiques, sédatives et myorelaxantes, l'acéprométazine est une phénothiazine aux propriétés sédatives, antihistaminiques et anticholinergiques. Les principaux effets indésirables sont une somnolence diurne, des céphalées, des vertiges, une ataxie, une excitation, des troubles de l'accommodation, des troubles gastro-intestinaux (nausées, vomissements, diarrhées) et des réactions allergiques cutanées.

Suite à la survenue d'intoxications volontaires graves à ce médicament et d'effets indésirables neurologiques notamment chez les sujets âgés, plusieurs mesures ont été prises [4] :

­ Indication restreinte à l'insomnie occasionnelle chez l'adulte lorsque le rapport bénéfice/risque des benzodiazépines ne paraît pas favorable.

­ Posologie limitée à 1 comprimé par jour avant le coucher, pour une durée de traitement de 2 à 5 jours.

­ Utilisation déconseillée chez le sujet âgé (notamment de plus de 75 ans), en raison du risque de sédation et/ou de sensations vertigineuses qui peuvent favoriser les chutes.

­ Réduction de la taille du conditionnement à 5 comprimés par boîte pour limiter les risques en cas de surdosage (prévu début 2011).

L'effet sédatif de la Mépronizine® peut être renforcé par l'administration de tout autre dépresseur du système nerveux central, surtout chez la personne âgée polymédicamentée.

Références

  1. Garfinkel D, Mangin D. Feasibility study of a systematic approach for discontinuation of multiple medications in older adults. Adressing polypharmacy. Arch Intern Med. 2010;170:1648-54.
  2. Hartholt KA, van der Velde N, Looman CWN, Panneman MJM, van Beeck EF, Patka P, van der Cammen TJM. Adverse Drug Reactions Related Hospital Admissions in Persons Aged 60 Years and over, The Netherlands, 1981 ­ 2007 : Less Rapid Increase, Different Drugs. PLoS ONE. 2010;5:e13977.
  3. Emma C. Davies. Emergency re-admissions to hospital due to adverse drug reactions within 1 year of the index admission. Br J Clin Pharmacol 2010;70(5):749-55.
  4. Mépronizine® ­ Modifications importantes de l'AMM ­ Lettre aux professionnels de la santé ­ Information de sécurité sanitaire du 07/10/2010 ­ http://www.afssaps.fr

Notes :

  1. Nom choisi par ses auteurs parce que l'algorithme intéresse aussi bien les professionnels en situation de soins palliatifs que ceux qui cherchent à simplement réduire une polythérapie en situation courante de soins primaires.


 

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