L’étude affirmait l’intérêt des statines en prévention primaire chez
des patients indemnes de pathologie cardiovasculaire. L’équipe internationale
qui a « revisité » cette étude dénonce erreurs et conflits d’intérêts…
L’étude JUPITER (Justification for the Use of Statins in Primary Prevention)
fait état d'une diminution substantielle du risque cardiovasculaire chez des
patients sans maladie coronarienne à taux de cholestérol normal ou bas. En réanalysant
attentivement les résultats et méthodes de l’étude, les auteurs soulignent ses
erreurs, volontaires ou non : JUPITER a été arrêté précocement après moins de
2 ans, sans que l’on constate de différence entre les deux groupes sur les critères
les plus objectifs : certes, il y a une réduction significative du nombre d’infarctus
du myocarde et accidents vasculaires cérébraux (AVC) non mortels, mais aucun
effet sur la mortalité par infarctus du myocarde ou AVC. La mortalité cardiovasculaire
a été étonnamment faible (entre 5 % et 18 %) par rapport à la mortalité totale,
alors que le taux attendu était plutôt de l’ordre de 40 %. Enfin, il y a eu
un très faible taux de létalité des infarctus du myocarde, loin des presque
50 % attendus. La possibilité de biais est d’autant plus inquiétante du fait
des multiples et puissants intérêts commerciaux impliqués dans l'étude. Les
résultats de JUPITER sont inconsistants et ne devraient en aucun cas modifier
les pratiques médicales ou les recommandations. Ce type d’étude « de prévention
médicamenteuse » soulève des questions troublantes sur le rôle des « partenaires
commerciaux » et ne doit pas détourner l’attention des vraies priorités individuelles
et de santé publique : adoption d'un mode de vie sain, y compris l'activité
physique régulière, arrêt du tabagisme et alimentation de type méditerranéen
[1]. La méta-analyse de Ray et al. ne trouve pas davantage de réduction de la
mortalité totale avec l’utilisation des statines en prévention primaire chez
des patients à risque cardiovasculaire élevé sans événement cardiovasculaire
avéré [2]. L’éditorial qui commente ces deux publications conclut que nous avons
besoin, pour résoudre ce problème, d’une recherche de qualité réellement indépendante
[3]…
1. de Lorgeril M, Salen P, Abramson J, Dodin S, Hamazaki T, Kostucki W et
al. Cholesterol Lowering, Cardiovascular Diseases, and the Rosuvastatin- JUPITER
Controversy. A Critical Reappraisal. Arch Intern Med. 2010;170(12):1032-6.
2. Ray KK, Seshasai SRK, Erqou S, Sever P, Jukema JW, Ford I, Sattar N. Statins
and All-Cause Mortality in High-Risk Primary Prevention. A Metaanalysis of
11 Randomized Controlled Trials Involving 65 229 Participants. Arch Intern
Med. 2010;170(12):1024-31.
3. Green LA. Cholesterol-Lowering Therapy for Primary Prevention. Still Much
We Don’t Know. Arch Intern Med. 2010;170(12):1007-8.
Les questions que se pose la rédaction
• Nous avons publié dans le précédent numéro la méta-analyse canadienne de Wright
qui aboutissait aux mêmes conclusions…
• Sur ce thème bien particulier du « cholestérol », si porteur de « blockbusters
», la vigilance est de rigueur. Les conflits d’intérêts sont particulièrement
aigus !
• En bref : Exit JUPITER…
Mots clés : cholestérol, prévention primaire, statine
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