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Médecine. Volume 6, Numéro 6, Juin 2010, Vie professionnelle

DOI : 10.1684/med.2010.0582


Auteur(s) : Courriers des lecteurs, .

Mots-clés : communication

ARTICLE

Courrier du médecin de l'IRSA

Cher confrère,

Le résultat du contrôle de la glycémie à jeun de votre patient (Glycémie à jeun 1,19 g/L, HbA1c 6,4 %) permet de porter le diagnostic d'« Hyperglycémie à jeun modérée », anomalie de la glucorégulation précédant la survenue du diabète de type 2. Cette phase d'installation de l'insulinopénie relative est l'ultime étape où des mesures de prévention peuvent éviter l'installation de ce diabète.

Nous informons votre patient de son risque élevé de devenir diabétique et de l'intérêt d'adopter dès maintenant les règles hygiéno-diététiques que vous lui conseillerez et dont vous pourrez suivre les effets.

(etc.)

Ma réponse

Je reçois votre courrier m'informant de ce qu'est une « hyperglycémie à jeun modérée » à propos de Mme X. J'ai l'impression désagréable à la lecture de ce courrier que vous me faites la leçon, un peu comme si j'avais loupé un cours pendant mes études...

Anecdotiquement, je ne suis pas certain qu'il soit exact de dire que cet élément biologique isolé soit un diagnostic, mais surtout je ne partage pas votre avis pour dire que cette patiente n'a pas encore de diabète de type 2.

Étant le médecin traitant et connaissant les antécédents de cette patiente, je sais qu'elle a un diabète de type 2 selon les critères de l'OMS depuis 2008, elle est en ALD pour cette raison depuis peu et cette prise en charge ALD (je pense que c'est elle) a eu pour effet de lui donner l'envie de faire un petit quelque chose pour essayer de lutter contre la fatalité annoncée (déjà annoncée depuis belle lurette, je vous assure)...

Dans ce sens, il me semble maladroit (mais je ne suis pas dans le même rôle que vous) de demander à cette patiente « d'adopter dès maintenant des règles hygiéno-diététiques que je lui conseillerai » (tiens, voila mon rôle). Je pense que cette patiente aurait surtout besoin d'encouragement à continuer d'adopter les règles que les médecins lui conseillent tous, à leur façon, depuis longtemps (pour ce cas précis, j'ai une vision de mon rôle un tout petit peu différente de la vôtre).

Je suis certain, dans son cas, que si elle n'avait pas commencé à adopter quelques règles, les chiffres ne seraient pas ce qu'ils sont... mais comme vous ne pouvez pas le savoir, peut-être eût-il été judicieux de vous contenter d'interpréter une donnée technique isolée et de la présenter avec humanité et simplicité en espérant que la patiente étant demandeuse, la présentation étant différente, l'écoute globale sera plus importante qu'à d'autres moments.

Un courrier du type :

« Cher Confrère, Mme X, ayant demandé à passer un bilan IRSA, je suis amené à donner mon avis sur ses chiffres de glycémie à jeun et son Hb glyquée qui semblent anormaux. Je me suis donc permis de lui dire que devant ces chiffres, un diabète de type 2 pouvait se discuter et qu'une prévention des éventuelles complications était envisageable et même nécessaire dès maintenant. Cette prévention pouvant s'envisager au moins en appliquant un minimum de règles hygiéno-diététiques (activité physique, alimentation...), il était donc tout à fait souhaitable qu'elle vous en reparle »...

aurait donné au médecin traitant que je suis la même information sans lui donner l'air d'être un « petit garçon »... question d'apparence, bien sûr...

En fait, je me permets ce courrier car, voyant que vous êtes le chef du service des relations médicales de l'IRSA, vous me semblez tout désigné pour avoir peut-être le pouvoir, si la remarque que je fais vous semble digne d'un certain écho, pour faire modifier la forme de certains de ces messages à visée didactique que nous recevons par dizaines (centaines ?)... qui peuvent produire, s'ils sont mal perçus (et la répétition aide à cela, je vous l'assure) un effet d'usure qui pourrait être délétère pour une collaboration sans limite comme l'exige l'intérêt du patient et la logique de la complémentarité des interventions des uns et des autres dans un système de soins idéal dans lequel chaque rôle serait tellement bien défini et compris de tous qu'il ne viendrait même pas à l'idée d'un intervenant de « dicter » le rôle du co-intervenant... toute la différence entre le discours et la méthode...

Confiant dans les évolutions à venir, je vous remercie de votre attention et vous pire de croire, cher Confrère, en ma sincère considération.

Dr Bertrand Geoffroy du Coudret

37510 Ballan


 

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