L’équipe pluridisciplinaire australienne qui a mené cette
étude de cohorte montre que chacun des traitements actifs d’un cancer localisé
de la prostate a des effets indésirables notables et persistants sur la qualité
de vie des patients.
Étaient éligibles pour ce suivi les hommes de moins de 70 ans dont le cancer
localisé de la prostate avait été diagnostiqué entre octobre 2000 et octobre
2002. Les cas contrôles ont été tirés au sort sur le registre électoral et appariés
selon l’âge et le lieu d’habitation. Les principaux critères de l’étude concernaient
l’état général et les pathologies spécifiques 3 ans après le diagnostic (12
items). Les auteurs ont sollicité l’accord préalable des médecins traitants
des 3 195 patients identifiés. Au total, 1 642 de ces patients et 495 contrôles
ont été inclus. Après ajustement pour les facteurs confondants, tous les patients
traités activement avaient une sexualité altérée par rapport à celle des sujets
contrôles, en particulier ceux sous thérapie antiandrogène (adjusted odds ratio
OR: 0,02 ; 0,01-0,07). Les patients traités chirurgicalement faisaient état
de fréquents troubles urinaires (OR : 0,17 ; 0,13-0,22), de troubles intestinaux
en cas de radiothérapie (OR : 0,44 ; 0,30-0,64). L’état général physique et
mental était plus atteint en cas de thérapie antiandrogène. Les auteurs concluent
que, en raison de ces effets adverses durables, la décision de traiter doit
être soigneusement pesée, notamment en fonction de l’âge du patient et du risque
de progression du cancer s’il n’était pas traité.
Smith DP, King MT, Egger S, Berry MP, Stricker PD, Cozzi P. Quality of
life three years after diagnosis of localised prostate cancer: population
based cohort study. BMJ. 2009;339:b4817
Les questions que se pose la rédaction
• On ne saurait dire plus clairement l’état actuel des choses, que l’on connaissait
déjà : aucun traitement du cancer localisé de la prostate n’est anodin en termes
de qualité de vie à venir. Les OR calculés par rapport au 1 de référence, celui
du sujet contrôle, sont pour le moins démonstratifs !
• Les indications doivent donc être soigneusement pesées, surtout à un moment
où le « dépistage » par PSA augmente considérablement l’incidence de ce cancer,
sans en changer la mortalité, comme nous l’avons souvent évoqué dans ces colonnes.
• Ce raisonnement devrait certes être tenu avant même l’ordonnance de PSA.
Mais comme le soulignait William Dab (Médecine, octobre 2009), ce ne sera possible
que « quand les praticiens ne seront plus laissés à eux-mêmes face à des enjeux
complexes en leur demandant hypocritement d’apprécier à leur niveau et au cas
par cas la balance des risques et des bénéfices, ce qui n’est pas possible ».
Mots clés : cancer de la prostate, qualité de vie
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