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Europe du sud : échec et vieillesse...
Les femmes italiennes émigrées aux États-Unis ont conservé
les attitudes traditionnelles de l'Italie du Sud : la « cellule » familiale a
une grande importance, la mère est le symbole de la fécondité et doit servir son
mari qui lui offre en retour protection et sécurité. La ménopause a des implications
dévastatrices sur son image et sa santé mentale. L'arrêt de sa fécondité est vécu
comme un échec dans son rôle de femme et la rend très vulnérable aux stress émotionnels
[1].
La ménopause est perçue comme un phénomène négatif par les femmes grecques.
Elles tendent à limiter leur nombre de maternités en réponse aux temps difficiles
que la communauté a vécu durant les années de guerre. L'âge fait gagner aux
femmes un meilleur statut dans la communauté. Pourtant, les femmes associent
la ménopause à la vieillesse, au fait de devenir moins désirable, d'avoir moins
d'énergie et généralement à l'impression d'être « en déperdition ». Les femmes
en préménopause rapportent être anxieuses et ont une attitude négative vis-à-vis
de la ménopause. Parmi les femmes en ménopause et post-ménopause, 72 % rapportent
avoir expérimenté les bouffées de chaleur et les considèrent comme une part
normale de la ménopause [2]. Dans un petit village grec rural, la menstruation
est une « impureté » qui exclut les femmes des cérémonies religieuses, des tâches
de la cuisine et de bien d'autres préoccupations ménagères et les femmes considèrent
la ménopause comme une levée des restrictions auxquelles elles étaient soumises.
Cependant, la ménopause est assimilée à la vieillesse et n'est donc pas désirée.
Elle peut de plus d'après certaines croyances, apporter des maladies car «
le sang n'est pas lavé » [3].
Maroc : fatalité honorable
La ménopause est certes synonyme de perte de la fécondité, du début du vieillissement
et de la perte de la séduction, mais la femme ménopausée marocaine voit une certaine
amélioration de son statut [4] et peut donc vivre la ménopause à la fois négativement
et positivement.
Dans la mentalité marocaine, une femme ménopausée « n'est bonne à rien ».
La ménopause est entourée d'un halo de préjugés et d'idées fausses, comme l'appellation
arabe de la ménopause : sine al yaass (âge du désespoir). La femme doit
plier l'échine et voit sa féminité se rétrécir comme une peau de chagrin. La
majorité des hommes et même des femmes voient ainsi dans la ménopause un handicap
majeur. La ménopause reste un tabou et la plupart des femmes marocaines la subissent
comme une fatalité [5].
Pourtant, la femme musulmane acquiert généralement plus de dignité et de vie
autonome à partir de la ménopause. Elle est enfin plus indépendante, moins soumise
aux caprices de l'homme et investie de plus d'autorité sur les autres femmes.
C'est pour elle l'accession à une position honorable et la fin des tabous attachés
à la fonction féminine, le droit de sortir dévoilée, l'accès au culte, aux rites
et aux objets sacrés [4].
Une étude réalisée à Rabat en 1998 constatait que 13 % des femmes ménopausées
continuaient de prendre une contraception orale, ce qui peut avoir plusieurs
explications : continuer à prendre la pilule évite de les rendre « vieilles
» aux yeux de leurs époux qui pensent ainsi qu'une grossesse est toujours possible
[6] ; les oestrogènes de la pilule soulagent les symptômes de la ménopause ;
la pilule est distribuée gratuitement au Maroc dans les dispensaires alors que
le traitement hormonal substitutif coûte cher et n'est pas remboursé [6].
Afrique noire : grande variabilité
Les conséquences individuelles et sociales de la ménopause sont différentes d'une
ethnie à une autre. Le ressenti peut être aussi bien positif que négatif en fonction
des traditions et du statut de la femme.
Chez les Mashona, tribu rurale du Sud du Zimbabwe, la ménopause est un
événement grave car il survient dans un contexte de polygamie. La femme,
en perdant sa fertilité, encourt le risque que son mari la répudie pour prendre
une autre femme. Elle est alors menacée de perdre toute existence sociale jusqu'à
ce qu'un de ses enfants puisse la prendre sous sa protection [7].
Les femmes appartenant à la tribu Gisu ont également une expérience négative
de la ménopause car, à cette occasion, elles perdent leur rôle social de mère
et sont rejetées du groupe. Il existe un pic de suicide élevé à l'âge de la
ménopause dans cette tribu.
Dans d'autres cultures africaines, la ménopause est au contraire une
expérience positive.
Dans la tribu Lugbara d'Ouganda, la femme ménopausée devient socialement
l'égale de l'homme et peut exercer son autorité sur tous les enfants de la tribu
[8].
Chez les Qemant, population hébraïque d'Éthiopie, les femmes peuvent,
après la ménopause, entrer dans les sites sacrés et toucher les aliments rituels,
alors que ceci leur est interdit auparavant du fait de leur impureté.
Les Bantous d'Afrique du Sud permettent aux femmes ménopausées de mettre
leurs habits à sécher aux fenêtres car ils ne sont plus contaminés. Elles peuvent
également purifier le village en cas d'épidémie et bénir les armes avant la
bataille [9].
Les femmes zouloues ont peu de raisons de se plaindre de leur ménopause
car elles deviennent socialement importantes à cette occasion [10].
Pour beaucoup de femmes africaines, la ménopause marque la fin de la fertilité.
Les perceptions de la ménopause en Afrique varient selon la culture et le nombre
d'enfants. Pour les femmes ayant de nombreux enfants, la ménopause est susceptible
d'être la bienvenue et accueillie comme un moyen d'arrêter d'enfanter. Par contre,
pour les femmes sans enfant, la ménopause marque une période de dépression.
Pour certaines femmes, la cessation des règles peut être associée à la maladie
[11].
Israël : phénomène naturel et positif
La ménopause représente la fin d'une souillure. Les valeurs religieuses, très
ancrées dans l'esprit populaire, font que l'une des pires insultes en hébreu est
mansour ben niddah (fils de menstruée). On constate cependant que les femmes
juives récemment ménopausées continuent leurs visites régulières au Miqveh
(bain public de purification) afin de sauvegarder les apparences [12].
Les représentations varient selon la culture originelle. Une
étude comparative de 1997 entre les femmes juives et arabes vivant dans le nord
d'Israël a permis d'évaluer les différences dans leur connaissance et leur perception
de la ménopause. 91 % des femmes arabes et 28 % des femmes juives avaient un
niveau scolaire primaire. La ménopause était vécue comme un phénomène naturel
et positif par 90 % des femmes juives et 74 % des femmes arabes. Parmi les femmes
arabes, 26 % voyaient dans la ménopause le début du vieillissement contre 7,7
% des femmes juives. Plus de 70 % des femmes interrogées rapportaient les bouffées
de chaleur comme symptôme de la ménopause. Le nombre de symptômes de la ménopause
rapportés et leur sévérité étaient plus faibles chez les femmes avec un faible
niveau scolaire [13].
Asie : représentations positives et plus neutres qu'ailleurs
Les iraniennes urbaines considèrent la ménopause comme un phénomène naturel, les
rurales comme un signe de vieillissement. C'est ce que montre une étude menée
auprès de femmes habitant Téhéran et Semirom (petit village du centre de l'Iran).
En milieu rural, l'attitude négative reflète largement la plus grande priorité
qu'elles accordent à la fécondité, pour elles déterminant majeur de la valeur
de la femme dans la société. La fertilité et la jeunesse sont importantes pour
ces femmes rurales qui dépendent physiquement, financièrement et socialement de
leur époux.
Les Japonaises considèrent qu'elles peuvent dominer les désagréments
de la ménopause par leur volonté. La fin des règles ne constitue pas
à elle seule la ménopause, ensemble de modifications physiologiques complexes
liées à l'âge et qui donc les fait entrer dans une nouvelle phase de leur vie.
La ménopause est plus un « concept » qu'une entité réelle et n'est pas un événement
important pour la majorité des Japonaises interrogées. La plupart des femmes
sont toutefois heureuses d'être débarrassées de leurs règles [14]. Les bouffées
de chaleur sont si peu rapportées (19,6 % des Japonaises) qu'il n'existe pas
de terme pour les désigner. Les principaux symptômes décrits sont les migraines,
la raideur des épaules, les vertiges et les acouphènes. La ménopause est perçue
comme « une maladie de la modernité, une maladie de luxe affectant les femmes
ayant beaucoup de temps à perdre et qui courent chez le médecin avec des plaintes
insignifiantes ». Le message est que si ces femmes étaient occupées à veiller
sur leurs parents, elles n'auraient pas le temps de se plaindre [2]...
En Inde, chacune des castes a ses coutumes et conceptions
Chez les Rajputs, la ménopause est indiscutablement un événement positif.
La femme peut enfin sortir du purdah où elle était cloîtrée le temps
de ses règles. Elle est plus libre de ses visites, rejoint les hommes dans les
assemblées du village où elle peut parler, rire et boire avec eux [9]. Les femmes
Rajput ne se plaignent d'aucun symptôme de la ménopause [2].
Chez les femmes Sikhs, la menstruation est une impureté dont la ménopause
les débarrasse. Cette dernière représente le nettoyage final de leur vie, les
rend « pures » de toute pollution et leur enlève tout risque de grossesse. Les
femmes Sikhs pensent qu'elles ont fait leur devoir de mettre des enfants au
monde et que la fin de leur fécondité est un événement normal et libérateur.
De plus, la ménopause les dispense de préparer les repas familiaux, leur permet
de commander les femmes les plus jeunes et les rend libres de leurs mouvements
par rapport aux hommes. La ménopause représente indiscutablement dans la vie
des femmes sikhs un événement positif qu'elles attendent presque avec espoir
[15].
La population indienne de Varanasi est constituée de femmes citadines
au niveau d'éducation élevé de toutes les castes. La ménopause semble posséder
dans ce milieu urbain une intensité aussi dramatique qu'en Occident : la ménopause
est un sujet tabou, mystique et dont la perception est aggravée par la désinformation.
La femme indienne est stoïque et tente d'ignorer un processus qu'elle ne peut
partager avec son mari à qui elle n'en parle pas.
Amérique du Nord
Avec l'accent mis sur la jeunesse et la séduction, la ménopause devient un symbole
de vieillesse et les femmes se sentent moins demandées et dévalorisées [2]. Pour
65 à 70 % des femmes anglo-américaines, la ménopause, ce sont d'abord les bouffées
de chaleur et les sueurs nocturnes quotidiennes, alors que les femmes Navajo ne
sont que 17 % à les rapporter parce qu'elles se focalisent sur les changements
positifs induits par la ménopause et ignorent les autres.
Amérique centrale
Pour les Mayas au Yucatan, les femmes âgées sont valorisées en tant
que belles-mères, guérisseuses et porteuses des traditions. Pour ces femmes qui
ont eu en moyenne 7 grossesses, la ménopause est la bienvenue et fournit un sens
de liberté. Parce qu'elles ont eu plusieurs enfants, elles n'ont pas l'impression
de perdre quoi que ce soit en renonçant à la fécondité. De plus, elles sont soulagées
de nombreuses restrictions et tabous sur les menstrues. Ces femmes ne rapportent
ni symptôme physique ni émotionnel de la ménopause autre que la cessation des
règles et elles n'ont pas de terminologie pour désigner les bouffées de chaleur
[2].
À Puebla au Mexique, une étude faite en 2000 a montré que 66
% des femmes interrogées se sentaient anxieuses et 58 % moins attirantes à la
ménopause. Plus le niveau scolaire était élevé, moins elles se sentaient dévalorisées
et moins elles ressentaient de symptômes [16].
Partout, le regard des hommes...
Il n'est pas rare que les femmes ménopausées énoncent clairement leur crainte
de ne plus être désirables, crainte plus présente et plus mal vécue que celle
de voir échapper le désir. C'est pourquoi, le conjoint joue un rôle essentiel
[17]. À la ménopause, les enfants quittent le cocon familial et le couple se retrouve
alors en tête à tête. Parfois des problèmes de chômage ou de santé du conjoint
ou des parents viennent ternir le tableau. La ménopause constitue une étape difficile
pour le couple et le rôle des hommes y est prépondérant.
À entendre la plupart des hommes, la ménopause n'est pas considérée comme la
perte de la séduction ou de la sexualité et le statut social n'est nullement
lié à la perte de la fécondité. S'ils peuvent percevoir les réactions féminines
face à la ménopause, tout cela reste « une affaire de femmes » qui n'affecte
pas l'image qu'ils ont d'elles. Leur intérêt pour le sujet reste mineur. Les
troubles de l'humeur sont toujours mentionnés par « c'est la ménopause qui la
travaille » [18]... Même s'ils sont conscients du changement d'ordre « médical
» rencontré à la ménopause, beaucoup estiment que la ménopause ne change pas
la femme avec laquelle ils vivent. Pour la plupart, la ménopause n'est pas la
fin de la séduction. Pour eux, il y a deux comportements féminins face à la
ménopause : il y a celles qui la vivent bien et qui restent séduisantes et celles
qui « se laissent aller » et qui « démissionnent ». Ils ont de l'estime pour
les premières et classent les secondes dans la catégorie des femmes négligées.
La plupart des hommes sont favorables au traitement hormonal substitutif sans
connaître ses effets sur les différents troubles [18].
Conclusion
La perception par les femmes et les représentations sociales de la ménopause sont
de bons indicateurs de la place de la femme dans la société. Il existe sans doute
un cadre universel des représentations de la ménopause, comme le propose le modèle
de Delanoé, mais il ne s'applique qu'à la population féminine qui ne tient plus
compte des modèles imposés par les coutumes et les religions. Les croyances, en
particulier les religions, ont ainsi une influence importante. Il apparaît pourtant
que, quelles que soient l'origine géographique et l'appartenance religieuse, il
existe une évolution inéluctable vers une conception plus moderne basée sur une
meilleure connaissance des phénomènes physiologiques expliquant la ménopause.
Ces conceptions sont bien sûr plus marquées dans les sociétés occidentalisées,
mais se retrouvent partout dans le monde en fonction du niveau scolaire et de
l'accès aux soins médicaux.
À la jonction entre les anciennes représentations des sociétés traditionnelles
et des conceptions « modernes » se situent les populations féminines émigrées
en occident où le travail de recherche effectué en 2005 a montré l'importance
maintenant déterminante de l'éducation scolaire et de l'accès à l'information
médicale [19].
Conflits d'intérêts : aucun
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Note :
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