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À propos des bisphosphonates


Médecine. Volume 6, Numéro 1, 45-6, Janvier 2010, Vie professionnelle

DOI : 10.1684/med.2010.0509


Auteur(s) : Jacqueline T., Jean-Pierre Vallée, .

Mots-clés : bisphosphonates, ostéonécrose

ARTICLE

En prévision d'une intervention osseuse (prothèse), j'ai dû faire des examens approfondis ; parmi eux le panoramique dentaire a montré la nécessité d'une petite intervention.

Mon dentiste s'est refusé à intervenir quand je lui ai dit que je prenais des biphosphonates depuis 1 an. Il m'a fait lire tout un tas d'informations qu'il avait reçues et qui mettaient en garde contre les risques d'ostéonécrose du maxillaire lors d'une intervention dentaire chez une femme traitée par biphosphonates. Suivait une liste de spécialités concernées dont Bonviva® (acide ibandronique). J'avais effectivement lu les risques encourus sur la fiche détaillée du produit Bonviva® mais ces accidents (graves ! ! !) paraissaient être exceptionnels.

Mon dentiste refusant d'intervenir, j'ai été prise en charge par un stomato, qui m'a dit n'avoir jamais rencontré de problème avec les femmes traitées par les biphosphonates. La discussion échangée devant moi entre les 2 protagonistes n'a convaincu ni l'un ni l'autre...

Je n'ai pas eu de complications mais je souhaiterais savoir si des conclusions sur ces risques d'ostéonécrose ont été publiés ; le rhumato prescripteur n'a pu me répondre, mais il prescrit ces biphosphonates depuis longtemps sans avoir rencontré de complications chez ses malades ayant dû subir une intervention dentaire.

Pouvez vous éclairer ma lanterne : je n'ai rien trouvé sur le sujet.

Jacqueline T.
Médecin généraliste

Voici une première réponse, publiée dans les brèves de pharmacovigilance de Médecine en décembre 2005 (ostéonécrose de la mâchoire sous diphosphonate)

L'Afssaps a attiré l'attention des prescripteurs sur les ostéonécroses de la mâchoire pouvant survenir lors de traitements de patients atteints de cancer par certains biphosphonates, l'acide zolédronique (Zometa®) et le pamidronate de sodium (Aredia®) [1]. La majorité des cas sont survenus après extraction ou autre chirurgie dentaire et plusieurs cas ont été compliqués d'une infection locale. L'Afssaps note que le lien de causalité n'a pas été établi. Néanmoins, une équipe américaine qui rapporte 63 cas observés en moins de 3 ans se dit frappée par l'importance de cette série alors qu'auparavant elle observait moins de 2 cas par an d'ostéonécroses identiques, dues à la radiothérapie [2]. Dans cette série la majorité des patients ont dû subir une exérèse chirurgicale de la zone atteinte. Un autre auteur qui a observé 5 cas insiste sur l'atteinte à la qualité de la vie induite par cette complication en raison notamment des difficultés pour parler et s'alimenter [3].

En pratique, l'Afssaps recommande de pratiquer un examen dentaire avec des soins dentaires préventifs avant traitement par biphosphonate et d'éviter toute intervention dentaire invasive au cours du traitement.

Références

  1. Afssaps. Ostéonécroses de la mâchoire et biphosphonates : Zometa® (acide zolédronique) et Aredia® (pamidronate de sodium). Vigilance. 2005;29 (octobre).
  2. Ruggiero SL, Mehrotra B, Rosenberg TJ, Engroff SL. Osteonecrosis of the jaws associated with the use of bisphosphonates: a review of 63 cases. J Oral Maxillofac Surg. 2004;62:527-34.
  3. Migliorati CA. Biphosphonates and oral cavity avascular bone necrosis. J Clin Oncol. 2003;21:4253-4.

Seconde réponse après une rapide recherche sur Medline

Le 21 novembre 2009, à la requête « bisphosphonate osteonecrosis », sortent 1 035 articles dont 192 revues générales, ce qui prouve que le sujet est largement objet d'attention..

La plus récente des revues systématiques, canadienne [1], rappelle que les premiers cas d'ostéonécrose de la mâchoire chez des patients recevant des bisphosphonates (BP) ont été publiés en 2003. Ces cas sont survenus chez des patients atteints de cancer qui recevaient de fortes doses de BP intraveineux. Cependant, 5 % concernaient des patients ostéoporotiques prenant des BP à faible dose. Les auteurs ont revu les articles publiés sur ce sujet jusqu'en février 2008. Selon ces articles, le diagnostic est fait sur la clinique. Les données prospectives évaluant l'incidence et les facteurs étiologiques sont extrêmement limitées. Chez les patients cancéreux recevant des BP intraveineux à forte dose, l'ostéonécrose de la mâchoire semble dépendre de la dose et de la durée de traitement, avec une incidence de 1 à 12 % à 36 mois de traitement. Chez les patients avec ostéoporose, l'accident est rare, estimé à moins de 1 cas pour 100 000 personnes-années de traitement. L'incidence spontanée dans la population générale n'est pas connue. Le plus souvent, il n'y a pas de preuves suffisantes de la causalité entre les faibles doses de BP utilisées dans l'ostéoporose et l'ostéonécrose de la mâchoire.

Une autre revue, émanant de l'association des dentistes américains [2] est cependant un peu plus prudente. Ses auteurs rappellent que ­ en dehors des problèmes des BP intraveineux à forte dose chez les cancéreux ­ l'ostéonécrose existe aussi, bien que plus rare, avec les BP oraux de l'ostéoporose, tels que l'alendronate, le risedronate, l'ibandronate et le clodronate. Parmi les facteurs prédisposants, ils relèvent la présence de maladies périodontales, le tabagisme, le diabète, l'utilisation de glucocorticoïdes et les traitements prolongés par BP. Ils concluent prudemment qu'une collaboration entre dentistes et médecins est nécessaire, notamment pour arrêter le traitement avant les soins dentaires, mais leur démonstration semble un peu manquer d'arguments sur ce point précis...

Jean-Pierre Vallée
Rédacteur en chef de Médecine

Références

  1. Khan AA, Sándor GK, Dore E, Morrison AD, Alsahli M, Amin F, et al. Canadian Taskforce on Osteonecrosis of the Jaw. J Rheumatol. 2009;36:478-90.
  2. Edwards BJ, Migliorati CA. Osteoporosis and Its Implications for Dental Patients. J Am Dent Assoc 2008;139:545-52.


 

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