Accueil > Revues > Médecine > Médecine > Texte intégral de l'article
 
      Recherche avancée    Panier    English version 
 
Nouveautés
Catalogue/Recherche
Collections
Toutes les revues
Médecine
Médecine
- Numéro en cours
- Index thématique
- Archives
- S'abonner
- Commander un       numéro
- Plus d'infos
Biologie et recherche
Santé publique
Agronomie et Biotech.
Mon compte
Mot de passe oublié ?
Activer mon compte
S'abonner
Licences IP
- Mode d'emploi
- Demande de devis
- Contrat de licence
Commander un numéro
Articles à la carte
Newsletters
Publier chez JLE
Revues
Ouvrages
Espace annonceurs
Droits étrangers
Diffuseurs



 

Texte intégral de l'article
 
  Version imprimable
  Version PDF

Diarrhée du nourrisson Faits prouvés et idées reçues


Médecine. Volume 6, Numéro 1, 18-23, Janvier 2010, Stratégies

DOI : 10.1684/med.2010.0503

Résumé  

Auteur(s) : Pierre Gallois, Jean-Pierre Vallée, Yves Le Noc , Société Française de Documentation et de Recherche en Médecine Générale .

Résumé : Dans les pays dits « industrialisés », la diarrhée du nourrisson est une pathologie généralement banale qui guérit spontanément en quelques jours. Cependant, quelques nourrissons atteints sont hospitalisés et il y a encore en France des décès et des séquelles liés à la déshydratation. La prise en charge de la diarrhée du nourrisson s'est pourtant améliorée ces dernières années, bien qu'il reste encore des progrès à faire dans la prescription et l'utilisation en pratique courante des solutés de réhydratation. La mise sur le marché des vaccins contre le rotavirus pose, comme pour tout vaccin, le problème des populations réellement à risque. La « règle d'or » de la prévention reste le lavage de mains. La question des médicaments utilisables se pose en pratique quotidienne, où il n'est jamais facile de limiter l'intervention médicale au rappel de règles qui semblent relever du simple bon sens...

Mots-clés : déshydratation, diarrhée, gastroentérite, nourrisson, rotavirus, soluté de réhydratation, vaccin

ARTICLE

Ces dossiers sont issus de textes publiés chaque semaine depuis quelques années dans Bibliomed. Actualisés si nécessaire en fonction des données les plus récentes, ils ne résultent pas d'une revue systématique de la littérature, mais d'une veille documentaire en continu des principales revues médicales publiant des études fondées sur les preuves, ou des recommandations en résultant. Ils ont pour ambition de fournir au médecin généraliste une actualisation des données sur les questions pertinentes pour leur pratique retenues par le comité de rédaction.

La majorité des diarrhées aiguës du nourrisson sont d'origine virale, pour la plupart liées au rotavirus. La grande majorité des enfants sont infectés avant 5 ans, surtout entre 9 mois et 1 an, avec une transmission féco-orale chez les sujets contacts. Le problème principal reste celui de la déshydratation, la prescription des solutés de réhydration restant dans les faits encore insuffisamment réalisée.

L'approche de la gastroentérite du nourrisson est essentiellement clinique. Les examens complémentaires, coproculture comprise, ont peu d'intérêt, sauf cas exceptionnels.

La place des médicaments est au mieux limitée. Leur prescription ne peut que dramatiser une situation où l'essentiel est une brève éducation thérapeutique des parents pour reconnaître les signes précoces de déshydratation, ne pas confondre diarrhée et déshydratation et savoir proposer les solutés de réhydratation orale qui devraient être disponibles dans toute pharmacie familiale, sans même attendre une consultation médicale. Quelle que soit l'étiologie, l'essentiel de la prise en charge est de prévenir la déshydratation. S'il n'y a pas de déshydratation, des conseils nutritionnels adaptés, avec un apport supplémentaire de liquides, suffisent.

Nous n'envisageons pas dans ce dossier les rares diarrhées parasitaires ni les diarrhées microbiennes spécifiques parfois observées : shigella, salmonelles, campylobacter, parfois escherichia coli dont on considère que la découverte dans une coproculture n'a de valeur diagnostique que pour quelques rares souches.

Les questions auxquelles répond ce dossier ont fait l'objet de 4 publications de Bibliomed : 484 du 29 novembre 2007, 549 du 11 juin 2009, 359 du 14 octobre 2004, 570 du 14 janvier 2009.

Les diarrhées dues au rotavirus

Le rotavirus est responsable des gastroentérites aiguës sévères du nourrisson et de l'enfant de moins de 5 ans partout dans le monde, principale cause de mortalité infantile dans les pays en voie de développement [1]. En France comme dans les autres pays industrialisés, si les décès sont peu fréquents, les diarrhées infectieuses restent la deuxième cause d'hospitalisation et la cause la plus fréquente de consultation pédiatrique : près de 6 % des consultations avant 1 an en 2005 selon l'observatoire de la SFMG [2]. La mise sur le marché de deux vaccins par voie orale contre le rotavirus a-t-elle modifié la donne ? La vaccination est fortement recommandée par une société scientifique pédiatrique (GFHGNP) [3] mais pas par le conseil supérieur de l'hygiène (CSHP) [1].

Diarrhées infectieuses en France

Plus de la moitié sont virales [1]. La gastroentérite aiguë atteint surtout des enfants de moins de 2 ans, avec un pic maximum entre 6 et 12 mois. Différents virus sont en cause, et parmi eux les rotavirus et les calicivirus dans 60 % des cas, mais aussi d'autres (astrovirus, adénovirus, combinaisons diverses). Ces différents virus sont caractérisés par une très grande diversité génétique avec émergence continuelle de souches nouvelles ou « variants ». Selon des données de 2006 [1], les infections à rotavirus seraient causes de 138 000 consultations et 18 000 hospitalisations par an, pour un coût annuel estimé à 28 millions d'euros [1].

Le rotavirus

Il est responsable de 50 % des diarrhées de l'épidémie hivernale et de la plupart des diarrhées sévères [4], le plus souvent lors de la primo-infection, très tôt dans la première année. L'immunité conférée est spécifique du sérotype en cause et s'élargit ultérieurement au fur et à mesure des contacts avec d'autres sérotypes [1]. La séroprévalence est de 100 % à 3 ans. Le virus se transmet sur le mode fécal-oral (mains ou surfaces ou objets souillés). Il est peu sensible aux désinfections habituelles, ce qui explique le nombre important d'infections nosocomiales en crèche ou à l'hôpital (4 à 15 % des enfants hospitalisés) [1].

Les vaccins contre le rotavirus

Les 2 vaccins sont basés sur des souches virales atténuées (humaine pour le Rotarix®, humaine et bovine pour le Rotateq®, respectivement en 2 et 3 prises orales). Ils ne semblent pas avoir plus d'effets indésirables que le placebo mais la taille des essais ne permet pas d'exclure le risque d'invagination qui avait motivé le retrait d'un vaccin antérieur [1]. De plus, dans les essais, le nombre de diarrhées sévères a diminué, pas la mortalité [5].

Vacciner ou pas ?

Le CSHP recommande de différer la vaccination systématique [1] : elle ne peut avoir qu'un effet modeste sur les conséquences des diarrhées infectieuses, aurait un coût important (6 500 e par hospitalisation évitée) et, surtout, il est possible d'améliorer la lutte contre les gastroentérites à rotavirus, dont le traitement est essentiellement la réhydratation orale. À l'inverse, le GFHGNP recommande une vaccination universelle avant 6 mois [3] pour éviter les décès dus au retard et à la mauvaise pratique de la réhydratation, tout en s'associant au souhait d'une meilleure prise en charge des diarrhées aiguës.

 

Que conclure pour notre pratique ?

La prise en charge des diarrhées aiguës du nourrisson s'est améliorée en France ces dernières années. La prescription des solutés de réhydratation orale a régulièrement augmenté (71 % des cas en 2005) [6]. Il reste à améliorer les conseils concernant la réhydratation et la réalimentation, comme nous allons le voir ci-dessous.

Le GFHGNP souligne que la vaccination est le seul moyen de prévention des gastroentérites à rotavirus : celui-ci résiste aux techniques de désinfection habituelles, reste responsable d'infections sévères parfois mortelles, même sous nos climats, et pèse considérablement sur les dépenses de santé. Mais le CSHP rappelle qu'aucun décès n'a été dû en 2004-2005 à une infection « potentiellement évitable par la vaccination », qu'il serait sage d'avoir un recul suffisant sur les effets éventuels de la vaccination de masse proposée dans certains pays, notamment sur l'évolution de l'écologie des rotavirus du fait de la vaccination par certains sérotypes et sur le risque d'invagination intestinale.

La vaccination ne semble pas aujourd'hui une priorité de santé publique. Elle peut être discutée à titre individuel chez des nourrissons dont on craint qu'ils aient difficilement accès au système de soins [1, 5].

 

Évaluer la déshydratation, prévenir la contagion

La gastroentérite est une affection banale : la plupart des enfants de moins de 5 ans en ont au moins un épisode annuel. Le rotavirus atteint la grande majorité des enfants avant cet âge [7]. Bien que le plus souvent spontanément résolutive, elle est responsable de nombreuses hospitalisations, surtout de jeunes nourrissons [7]. Le National Institute of Clinical Excellence (NICE) anglais, équivalent de notre HAS, propose des recommandations fondées sur une nouvelle approche clinique de l'évaluation de la déshydratation de l'enfant [8]. En insistant fortement sur la réhydratation avec les solutés hypo-osmolaires comme traitement de première ligne, le NICE rappelle les règles élémentaires de « bonnes pratiques » aux parents et soignants.

Quand être particulièrement vigilant ?

Les symptômes suivants peuvent masquer d'autres pathologies : fièvre à 38 oC ou plus avant 3 mois (39 après), dyspnée/tachypnée, altération de la conscience, raideur cervicale, fontanelle creuse chez les nourrissons, rash cutané persistant à la pression, selles muco-purulentes, vomissements biliaires, douleur abdominale sévère ou localisée, distension abdominale/sensibilité à la percussion. Ces symptômes sont à réévaluer rapidement si l'hospitalisation n'est pas décidée d'emblée.

Le risque de déshydratation est majeur dans les cas suivants : âge précoce (avant 1 an, plus encore avant 6 mois), faible poids de naissance, nombre de selles (5 selles diarrhéiques dans les précédentes 24 heures), incapacité de boire ou de manger, dénutrition. S'il existe des signes précurseurs du choc (voir ci-dessous), l'hospitalisation est recommandée immédiatement.

Le contexte socioéconomique peut nécessiter une évaluation permanente par un professionnel de santé, justifiant également l'hospitalisation.

Signes précurseurs du choc : urgentissimes...

Le groupe de travail du NICE insiste sur les 6 symptômes-clés de la déshydratation clinique qui annoncent un choc possible :

­ aggravation progressive de l'état général ;

­ altération de réponse à la stimulation (irritabilité, léthargie...) ;

­ yeux creux ;

­ tachycardie ;

­ tachypnée ;

­ diminution de l'élasticité cutanée.

En revanche, la coloration cutanée, la quantité d'urines, la chaleur des extrémités, la sécheresse des muqueuses et la pression artérielle restent inchangées jusqu'à un stade avancé.

Soigner la gastroentérite à domicile

Dans la plupart des cas, la gastroentérite peut être soignée en toute sécurité à domicile, avec des moyens simples.

Dans les cas habituels, l'allaitement ou les apports de laitages, les boissons (sauf jus de fruits et limonades en tous genres) doivent être poursuivis.

Les solutés de réhydratation orale sont un complément parfois nécessaire (préférentiel en cas de déshydratation simple), avec reprise progressive de l'alimentation normale dès la fin de l'état de déshydratation. L'hospitalisation n'est justifiée que dans les cas alarmants signalés plus haut. L'état d'hydratation doit être réévalué régulièrement selon la gravité des symptômes. Aucun médicament antidiarrhéique n'est utile.

La coproculture n'a d'intérêt que dans des cas précis : déplacement récent à l'étranger, persistance des symptômes au-delà d'une semaine, incertitude diagnostique, suspicion de septicémie, selles muco-purulentes, immuno-déficience. L'hémoculture n'est justifiée qu'avant une antibiothérapie, à l'hôpital.

Prévenir la contagion

La gastroentérite dure le plus souvent environ 5 à 7 jours, parfois un peu plus, les vomissements 1 à 2 jours. C'est aux parents d'éviter la contagion : lavage fréquent des mains (au savon liquide si possible), changes réguliers de l'enfant, isolement jusqu'à au moins 48 h après la fin de la diarrhée ou des vomissements, pas de piscine pendant 2 semaines...

 

Que conclure pour notre pratique ?

L'approche avant tout clinique que propose le NICE, si elle n'est pas réellement novatrice, rend plus simple la prise en charge de cette pathologie pédiatrique si fréquente. En insistant sur l'évaluation clinique de la déshydratation et notamment sur les signes précurseurs de choc, cette recommandation propose des repères importants pour la décision en soins primaires. Seuls quelques rares cas de gastroentérites nécessitent des examens et une prise en charge autre.

L'insistance sur les solutés de réhydratation, sur la réalimentation aussi précoce que possible, laitages compris, sur l'inutilité des médicaments dédramatise une situation généralement plus spectaculaire que dangereuse.

L'information soigneuse et l'implication active des parents font partie des éléments de succès de la prise en charge : à la fois sur les signes d'alerte clinique, mais aussi sur l'histoire naturelle de cette pathologie, l'innocuité de la poursuite de l'alimentation et des boissons usuelles, les mesures simples de prévention de la contagion.

 

Prescrire les solutes de réhydratation

Chaque année, en France, des nourrissons meurent de la déshydratation due à une diarrhée ou souffrent de séquelles graves. La déshydratation, conséquence parfois rapide de la diarrhée, a des signes précurseurs caractéristiques, comme nous l'avons vu. Sa prévention ne relève pas des médicaments antidiarrhéiques mais des solutés de réhydratation orale (SRO), selon les mesures simples préconisées par l'OMS depuis 25 ans. Deux enquêtes récentes [9, 10] auprès des pharmaciens d'officine et des pédiatres libéraux ont montré que la diarrhée du nourrisson pose encore problème en France, véritable échec collectif du système de santé [11]. Comment induire enfin le changement nécessaire dans des pratiques sans doute sous influences ?

Les recommandations

Une diarrhée « simple » peut entraîner rapidement une déshydratation grave. Réhydratation par SRO (remboursé par l'Assurance-Maladie depuis plusieurs années) et réalimentation précoce dès correction des signes de déshydratation (4 h en moyenne) ont prouvé leur efficacité. L'hospitalisation nécessaire dans les cas les plus sévères, en cas d'échecs ou de vomissements profus, ne doit en aucun cas retarder le début de la prise de SRO [8-10].

Prescrire les solutés de réhydratation

La réhydratation orale par SRO est aussi efficace que par voie veineuse, totalement dénuée de dangers, presque toujours possible. Elle vise à compenser les pertes hydriques du nourrisson même si la diarrhée persiste.

En cas de vomissements, il est conseillé de proposer 1 cuillère à café (5 mL) à l'enfant toutes les 1 à 2 mn. L'arrêt des vomissements (et non de la diarrhée) traduit une réhydratation suffisante à partir de laquelle des quantités plus importantes peuvent être absorbées. Les refus de l'enfant (à cause du goût des SRO) sont plutôt encourageants, en général dus au fait qu'il n'est pas vraiment déshydraté ou que sa déshydratation est corrigée. L'information et une bonne coopération de l'entourage sont indispensables [8-10].

Boissons et aliments

L'allaitement maternel doit être poursuivi. Dans les autres cas, le choix du lait après réhydratation n'a pas d'importance [8, 12]. En cas de persistance de la diarrhée, l'intérêt des laits sans lactose reste à démontrer (l'OMS les considère comme chers et inutiles).

La réalimentation précoce réduit la durée de la diarrhée. Les féculents, viandes maigres, yaourts, fruits et légumes sont les mieux tolérés en cas de diarrhée. Rien ne justifie un quelconque interdit dans ce domaine.

Il ne faut jamais utiliser de boissons trop sucrées, de type Coca-Cola® ou autre : trop peu sodées et hyperosmolaires, elles ne corrigent pas la déshydratation et peuvent aggraver la diarrhée [8-10].

L'échec de la mise en oeuvre du programme OMS en France

Chaque année, la diarrhée du nourrisson provoque la mort de 50 à 80 enfants de moins de 5 ans et l'hospitalisation d'environ 50 000 du fait de la déshydratation. La non-prescription de SRO a directement été à l'origine de décès [12] alors qu'ils ne sont conseillés qu'une fois sur 2 par les pharmaciens [9] et 2 fois sur 3 par les pédiatres [10]. La prescription de médicaments antidiarrhéiques et les conseils diététiques sont de même en décalage avec les recommandations [12].

 

Que conclure pour notre pratique ?

Oublier idées reçues et idées fausses en matière de prescription médicamenteuse et diététique : le traitement de la diarrhée du nourrisson est efficace, simple et peu coûteux. Faux échecs des SRO, nécessité du temps de conseil et pression de l'industrie du médicament ne doivent pas faire oublier l'essentiel.

Prendre conscience que des risques minimes à l'échelon individuel peuvent engendrer des dangers collectifs importants. La diarrhée du nourrisson est le plus souvent une pathologie banale qui guérit spontanément. C'est vers la prévention du seul risque de déshydratation, pourvoyeur d'hospitalisations et de séquelles, que doivent se concentrer toutes les énergies.

Éduquer et équiper les familles : pour que l'entourage de l'enfant diarrhéique reconnaisse les signes précoces de déshydratation, ne confonde pas diarrhée et déshydratation, et sache proposer les SRO disponibles dans la pharmacie familiale sans même attendre une consultation médicale.

Y a-t-il des médicaments « utiles » ?

La gastroentérite est une affection banale qui touche la plupart des enfants de moins de 5 ans. Les seuls « médicaments indispensables » sont les solutés de réhydratation hypo-osmolaires (SRO) en traitement de première ligne dans cette pathologie le plus souvent spontanément résolutive au prix de quelques mesures élémentaires d'hygiène et de réalimentation. Le groupe de travail du NICE anglais a fait une volumineuse et exhaustive analyse de la littérature sur les différents traitements médicamenteux possibles dont il semble intéressant de résumer les données [13].

Homéopathie

Peut-être ? Dans une méta-analyse de 3 essais randomisés (247 enfants de moins de 1 an au Nicaragua et au Népal ; divers traitements homéopathiques vs. placebo), le traitement homéopathique est associé à une réduction statistiquement significative de la durée de la diarrhée (3,1 vs. 3,8, p = 0,008) et du nombre de selles par jour (2,7 vs. 3,4, p = 0,004). Ce résultat est peut-être surestimé : les enfants du groupe placebo étaient plus jeunes et plus légers que ceux du groupe homéopathie.

Non ? Un essai randomisé (265 enfants âgés de 5 mois à 6 ans au Honduras) n'a pas montré de différence significative entre granules homéopathiques (Arsenicum album, Calcarea carbonica, chamomilla, podophyllum et sulphur à la dilution 30 C, 2 granules après chaque selle non formée) et placebo. Les SRO étaient en outre utilisés conformément aux recommandations de l'OMS.

Recommandation ? Impossible selon le groupe de travail du NICE, en raison des limites méthodologiques des essais et du manque de consistance des données.

Probiotiques

Peut-être ? Leur intérêt physiopathologique repose sur le concept de rééquilibrage de la flore intestinale par divers mécanismes d'action : compétition avec les germes pathogènes, abaissement du pH intestinal endoluminal, production de mucine et de bactériophages, etc. Les études et méta-analyses publiées concernent différents probiotiques (tous ne sont pas disponibles en France) : lactobacillus et saccharomyces (23 essais randomisés dont 14 dans des pays en voie de développement, 1 449 enfants) ; divers lactobacillus rhamnosus (essais en Europe, Amérique du Sud, Bengladesh, Pakistan chez des enfants de 1 mois à 6 ans) ; Saccharomyces Boulardii (essais en Argentine, Mexique, Pakistan, Turquie chez des enfants âgés de 2 mois à 12 ans) ; Escherichia Coli (1 essai randomisé multicentrique en Russie, Ukraine et Allemagne, 113 enfants de 2 à 47 mois). Il y a en général réduction de la durée de la diarrhée et de la fréquence des selles.

Recommandation ? Les faiblesses méthodologiques des essais, que n'arrivent pas à éluder les méta-analyses, ne le permettent pas. Il faudra des essais de plus grande qualité (type de probiotique, population concernée, etc.).

Agents adsorbants, micronutriments et fibres

Le kaolin n'a pas montré de différence avec le placebo ; le charbon actif et la smectite, dans de petits essais, ont modestement réduit la durée de la diarrhée sans modifier les vomissements.

Des essais sur le zinc (Continent indien et Brésil, au total plus de 10 000 enfants entre 3 et 36 mois), la vitamine A, la glutamine, l'acide folique, les fibres ont pu montrer de modestes bénéfices dans des populations à risque de dénutrition. Ils ne sont pas transposables et les essais sont de qualité médiocre.

Antibiothérapie

Elle doit être réservée aux septicémies ou infections dépassant le cadre intestinal, salmonelloses avant 6 mois ou chez l'enfant dénutri ou immuno-déficient, gastroentérites à Clostridium difficile (entérocolite membraneuse), giardiases, dysenteries à shigella ou amibiennes, choléra, après coproculture, dont ce sont les seules indications. Nous ne sommes plus dans le cadre des soins primaires.

Antidiarhhéiques, antisécrétoires, antiémétiques

Le métoclopramide et le lopéramide sont contre-indiqués, en tout cas avant 2 ans. Le racécodatril réduit le débit des selles d'au moins 30 %, mais réduit-il réellement le risque de déshydratation ? C'est en discussion (coût-efficacité ? sécurité ?). L'ondansétron est en cours d'évaluation.

Conflits d'intérêt : néant

 

Que conclure pour notre pratique ?

L'inventaire très argumenté du NICE repose au total sur quelques clés qui sont à débattre avec les parents pour dédramatiser au mieux la situation :

• Réserver les examens complémentaires, notamment des selles, à de rares cas (suspicion de septicémie, selles sanglantes ou muco-sanglantes, immunodéficience).

• Évaluer soigneusement et traiter l'état de déshydratation ou de choc.

• Éviter les médicaments et notamment les antidiarrhéiques.

• Organiser la réalimentation le plus précocement possible : ne pas arrêter un allaitement en cours, continuer l'apport du lait habituel (il n'y a pas de preuves de l'efficacité des laits sans lactose ou du soja) et des aliments solides dès la réhydratation obtenue (jus de fruits et limonades exclus).

• Et se laver les mains (eau et savon)...

 

Références

  1. Conseil supérieur d'hygiène publique de France relatif à la vaccination anti-rotavirus chez les nourrissons de moins de 6 mois. BEH. 2007;31-32:279-80.
  2. http://omg.sfmg.org/content/donnees/donnees.php
  3. Olives JP, et al. La vaccination rotavirus en France : position du groupe francophone d'hépatologie, gastroentérologie et nutrition pédiatrique. Arch péd. 2007;14:S194-6.
  4. Alain S, Denis F. Épidémiologie des diarrhées infectieuses en France et en Europe. Arch péd. 2007;14:S132-44.
  5. Rédaction. Vaccins rotavirus. Rev Prescrire. 2006;277:725-9.
  6. Martinot A, et al. Prise en charge des diarrhées aiguës en France : quel progrès ? Arch péd. 2007;14:S181-5.
  7. Prescrire Rédaction. Diarrhées aiguës à rotavirus chez les nourrissons. Fréquentes, mais les décès sont rares. Rev Prescrire. 2006;26:766-8.
  8. Khanna R, et al. on behalf of the Guideline Development Group and the technical team. Diarrhoea and vomiting caused by gastroenteritis in children under 5 years: summary of NICE guidance. BMJ. 2009;338:1009-13.
  9. Lapeyre-Mestre M, Pin M. Prise en charge de la diarrhée aiguë du nourrisson : enquête sur le conseil pharmaceutique à l'officine dans la région midi-Pyrénées. Arch Péd 2004;11:898-902.
  10. Uhlen S, Toursel F, Gottrand F, l'AFPA. Traitement des diarrhées aiguës : les habitudes de traitement des pédiatres libéraux. Arch péd 2004;15:903-7.
  11. Topuz F. La mauvaise prise en charge de la diarrhée de l'enfant en France. Santé publique 2003;15:27-35.
  12. Martinot A. Le traitement des diarrhées aiguës du nourrisson encore trop éloigné des recommandations. Arch Péd 2004;15:895-7.
  13. NICE. Clinical guideline. Diarrhoea and vomiting diagnosis, assessment and management in children younger than 5 years caused by gastroenteritis. April 2009.

 

En résumé : diarrhées du nourrisson

­ La prise en charge des diarrhées aiguës du nourrisson s'est améliorée en France ces dernières années, notamment grâce à une plus grande utilisation des solutés de réhydratation orale.

­ La vaccination contre le rotavirus ne semble pas aujourd'hui une priorité de santé publique. Elle peut être discutée à titre individuel.

­ Seuls quelques rares cas de gastroentérites nécessitent des examens et une prise en charge autre qu'une approche avant tout clinique, efficace, simple et peu coûteuse : solutés de réhydratation, réalimentation aussi précoce que possible, laitages compris, inutilité des médicaments, importance du lavage de mains.

­ L'information soigneuse et l'implication active des parents font partie des éléments de succès de la prise en charge, pour qu'ils sachent proposer les SRO disponibles dans la pharmacie familiale sans même attendre une consultation médicale.


 

Qui sommes-nous ? - Contactez-nous - Conditions d'utilisation - Paiement sécurisé
Actualités - Les congrès
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - Tous droits réservés
[ Informations légales - Powered by Dolomède ]