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2010 : bonne année ?


Médecine. Volume 6, Numéro 1, 4-5, Janvier 2010, Editorial

DOI : 10.1684/med.2010.0512


Auteur(s) : Jean-Pierre Vallée , Rédacteur en chef de Médecine .

Mots-clés : évaluation, développement professionnel continu, médecine générale

ARTICLE

Nouvelles pratiques sous le signe du « DPC » ?

Le métier de médecin, comme tout métier à forte responsabilité, exige le maintien d'un niveau de compétence élevé tout au long de la vie professionnelle. Assurer des soins de la meilleure qualité possible au patient exige un « travail » permanent, vie (professionnelle) durant. Vieille histoire : pour autant que nous le sachions, elle remonte pour « notre » médecine à Hippocrate et Gallien. Les chamans d'autrefois étaient sans doute persuadés de la même chose.

Le patient n'est pas nécessairement ni toujours au « centre » du système de santé. Il est à coup sûr l'un des éléments du maillage, comme chacun de ceux de la « toile », du « Web » où les connexions se font simultanément entre une infinité d'acteurs possibles. Représentation trop contemporaine ? Elle est souvent plus proche de la réalité que celle du « colloque singulier » d'hier. La médecine se veut centrée sur le patient. Celui-ci demande à être un interlocuteur à part entière. Rencontre opportune, « nouvelle » médecine ? Souhaiter mieux communiquer avec le patient, c'est-à-dire lui apporter une information passée au crible critique de l'analyse et répondant à sa véritable demande ne devrait pas être si novateur... et concerne tous les professionnels.

Le DPC devrait répondre à ce nouveau contexte. C'est ainsi que l'envisagent les professionnels de différents pays, évolution logique et positive des avancées antérieures, comme le montre un article de ce numéro [1]. L'imbroglio de ces dernières années entre deux artefacts, FMC et EPP « décrétés », avec les majuscules qui s'imposent, ne pouvait être résolu qu'en remettant les compteurs à zéro. C'est l'objet d'un petit article de la loi Hôpitaux/Patients/Santé/Territoires [2]. Ilfaut espérer que les décrets d'application ne se feront pas autant attendre que les précédents ; espérer surtout que la montagne n'accouche une fois de plus d'une souris...

Repenser le soin primaire ?

La question se pose partout. Les débats et les décisions autour du « professionnalisme médical » et du « développement professionnel continu » se tiennent parallèlement au constat désespérant d'une désaffection universelle envers le soin primaire, alors même que sa nécessité est partout réaffirmée avec la même force [2, 3]. Le malaise de la médecine est profond, dans tous les pays occidentaux. « Il est manifestement lié à toutes les évolutions économiques et sociologiques qui accompagnent le développement de la médecine moderne [...] Adapter la profession médicale à cette nouvelle donne implique pour les médecins une réflexion sur les fondements de leur exercice, leur adaptation aux conditions actuelles, tout en respectant ce qui est la base du métier de médecin : une personne détentrice d'un savoir, face à une demande d'aide d'une autre personne qui a aussi son savoir. C'est une nouvelle autonomie du médecin qu'il faut découvrir » [3]. La réflexion en cours parmi les généralistes français est un début de réponse. Il ne sera sans doute pas facile de dépasser les anciennes rancoeurs, les querelles de chapelle, les antagonismes individuels... Le travail commencé depuis de nombreux mois déjà entre 4 sociétés scientifiques de médecine générale, accompagné par la HAS, puis avec toutes les composantes de la profession, devrait sans doute voir aboutir un projet de « collège » au sens rassembleur du terme ­ respecter les différences mais potentialiser les effets ­ dans le courant de l'année 2010. C'est en tout cas un voeu à formuler en ce début d'année pour une profession soumise à d'innombrables questions aux réponses improbables.

AH1N1...

Il serait difficile d'aborder la nouvelle année sans y faire allusion. Nous avons analysé dans un numéro précédent les données décevantes des antiviraux [4], dans ce numéro les maigres éléments concernant les vaccins disponibles [5]. L'épidémie pose de multiples questions, pas seulement en France. Nous aurons peut-être quelques réponses après l'épisode en cours. Le site ministériel précise, au 1er janvier 2010, qu'il y a eu 263 décès en rapport avec le virus AH1N1 depuis le début de l'épidémie, dont 40 chez des personnes sans risque connu, et que ce virus représente la quasi-totalité des virus grippaux isolés ces dernières semaines. Parmi d'autres, J.G. Bartlett, de l'université J. Hopkins de Baltimore, rappelle [6] que depuis le « cas zéro » d'une petite mexicaine de 6 mois, le 24 février 2009, l'OMS a officialisé une « pandémie de classe 6 » le 11 juin, annonçant en août qu'un tiers de la population mondiale serait frappé en deux ans, avec environ 36 000 décès. Parlons-nous vraiment de « médecine factuelle » ? Bartlett rapporte les données pédiatriques du CDC américain : fin octobre, 74 décès d'enfants attribués à la grippe AH1N1 aux USA, comparativement aux 117, 88 et 78 des grippes saisonnières de 2006-2007, 2007-2008 et 2008-2009 ; indicateur parmi d'autres qui relativise certaines déclarations quelque peu outrancières...

Longue vie à Médecine

2010 sera la sixième année de Médecine. Nous avons fait il y a maintenant ­ déjà ­ 6 ans le pari insensé de créer une revue de médecine générale totalement indépendante de l'industrie des produits de santé. Certains me « galègent » parfois de retrouver souvent certaines mêmes signatures d'un numéro à l'autre. Bien sûr, l'engagement initial était d'abord celui d'une petite équipe. Elle ne demande qu'à s'agrandir, bénéficier des expériences et des écrits de toute nature et de toutes origines. Nous n'avons pas à rougir de la longue liste des auteurs qui ont accepté le jeu depuis 2005. Il est du souhait du comité de rédaction que Médecine devienne vraiment une revue de référence pour les médecins généralistes, sans exclusive et sans volonté d'hégémonie.

Nous avons bénéficié à l'origine des fonds publics du FOPIM. Comme vous le constatez dans certains numéros, des institutions publiques continuent à nous soutenir, qu'il s'agisse de la HAS, de l'INPES, de la DGS ou du ministère de la Santé. Qu'ils en soient remerciés. Nous restons persuadés que Médecine répond à une nécessité. Les colonnes de Médecine sont ouvertes à toutes les forces vives de la médecine générale, pour tout ce qu'elles ont à dire, dans la ligne éditoriale que nous avons développée depuis près de 50 numéros. Le pari reste ouvert : tant que nous n'aurons pas un lectorat suffisant et suffisamment passionné pour assurer par le simple montant de ses abonnements l'équilibre financier de la revue, rien ne sera gagné, rien ne sera durable. C'est de vous tous que dépend la suite...

Post-scriptum 1 : cette année encore, le jury du Syndicat national de la presse médicale a décerné à Médecine le premier prix du « meilleur article de formation » dans une revue de médecine générale pour l'article « syndrome de la cinquième ligne » [7]

Post-scriptum 2 : Bernard Junod a ouvert un débat fondamental et passionnant sur le dépistage du cancer du sein [8]. Après 1 an passé dans le service de Robert Kaplan, à Los Angeles, il a souhaité reprendre ses activités à l'École Nationale de Santé Publique de Rennes pour apporter sa contribution à la résolution du problème du surdiagnostic avec des chercheurs et des soignants de tous les pays. Il a appris alors sa mise à la retraite d'office. Nous nous associons pleinement à sa démarche de protestation en l'assurant de notre fidèle soutien.

Références

  1. Vallée JP, Drahi E, Le Noc Y, pour le groupe de travail de la SFDRMG. Développement professionnel continu : Habits neufs pour vieux concepts ? Médecine. 2010;6(1):31-7.
  2. Loi n°2009-879 du 21 juillet 2009 portant réforme de l'hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires (NOR : SASX0822640L). Version consolidée au 23 juillet 2009. Renouvellement d'ordonnance chez la personne âgée, novembre 2008.
  3. Gallois P. Médecine au quotidien... Soigner et prendre soin : le malade autant que la maladie. Montreuil: Unaformec; 2009.
  4. Vallée JP, Coignard H, Leruez M, Lortholary O. Les inhibiteurs de la neuraminidase. Médecine. 2009;5(8):346-52.
  5. Caulin C. Année 2009 du médicament : décevante encore... Médecine. 2010;6(1):10-5.
  6. Bartlett JG. 2009 H1N1 Influenza ­ Just the Facts : Clinical Features and Epidemiology. Sur www.medscape.com
  7. . Lepoutre B, Cotassou E, Zerr P. Renouvellement d'ordonnance chez la personne âgée. Le syndrome de la cinquième ligne. Médecine. 2008;4(9):412-5.
  8. Duperray B, Junod B. Dépistage du cancer du sein. Une bonne intention, une mauvaise théorie, un résultat aberrant. Médecine. 2006;2(8):359-67.

Note

  1. Robert Kaplan est notamment auteur du livre Disease, Diagnoses and Dollars : Facing the Ever-Expanding Market for Medical Care (New York : Springer Science ; 2008). Il y démontre comment on a joué sur les critères de définition des maladies au profit du marché des soins et comment des propositions d'amélioration par la prévention ont été détournées de leur but par des manipulations statistiques et l'interventionnisme médical abusif du dépistage. Un Américain pas si tranquille...


 

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