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Nouvelles pratiques sous le signe du « DPC » ?
Le métier de médecin, comme tout métier à forte responsabilité,
exige le maintien d'un niveau de compétence élevé tout au long de la vie professionnelle.
Assurer des soins de la meilleure qualité possible au patient exige un « travail
» permanent, vie (professionnelle) durant. Vieille histoire : pour autant que
nous le sachions, elle remonte pour « notre » médecine à Hippocrate et Gallien.
Les chamans d'autrefois étaient sans doute persuadés de la même chose.
Le patient n'est pas nécessairement ni toujours au « centre » du système de
santé. Il est à coup sûr l'un des éléments du maillage, comme chacun de ceux
de la « toile », du « Web » où les connexions se font simultanément entre une
infinité d'acteurs possibles. Représentation trop contemporaine ? Elle est souvent
plus proche de la réalité que celle du « colloque singulier » d'hier. La médecine
se veut centrée sur le patient. Celui-ci demande à être un interlocuteur à part
entière. Rencontre opportune, « nouvelle » médecine ? Souhaiter mieux communiquer
avec le patient, c'est-à-dire lui apporter une information passée au crible
critique de l'analyse et répondant à sa véritable demande ne devrait pas être
si novateur... et concerne tous les professionnels.
Le DPC devrait répondre à ce nouveau contexte. C'est ainsi que l'envisagent
les professionnels de différents pays, évolution logique et positive des avancées
antérieures, comme le montre un article de ce numéro [1]. L'imbroglio de ces
dernières années entre deux artefacts, FMC et EPP « décrétés », avec les majuscules
qui s'imposent, ne pouvait être résolu qu'en remettant les compteurs à zéro.
C'est l'objet d'un petit article de la loi Hôpitaux/Patients/Santé/Territoires
[2]. Ilfaut espérer que les décrets d'application ne se feront pas autant attendre
que les précédents ; espérer surtout que la montagne n'accouche une fois de
plus d'une souris...
Repenser le soin primaire ?
La question se pose partout. Les débats et les décisions autour du « professionnalisme
médical » et du « développement professionnel continu » se tiennent parallèlement
au constat désespérant d'une désaffection universelle envers le soin primaire,
alors même que sa nécessité est partout réaffirmée avec la même force [2, 3].
Le malaise de la médecine est profond, dans tous les pays occidentaux. « Il
est manifestement lié à toutes les évolutions économiques et sociologiques qui
accompagnent le développement de la médecine moderne [...] Adapter la profession
médicale à cette nouvelle donne implique pour les médecins une réflexion sur les
fondements de leur exercice, leur adaptation aux conditions actuelles, tout en
respectant ce qui est la base du métier de médecin : une personne détentrice d'un
savoir, face à une demande d'aide d'une autre personne qui a aussi son savoir.
C'est une nouvelle autonomie du médecin qu'il faut découvrir » [3]. La réflexion
en cours parmi les généralistes français est un début de réponse. Il ne sera sans
doute pas facile de dépasser les anciennes rancoeurs, les querelles de chapelle,
les antagonismes individuels... Le travail commencé depuis de nombreux mois déjà
entre 4 sociétés scientifiques de médecine générale, accompagné par la HAS, puis
avec toutes les composantes de la profession, devrait sans doute voir aboutir
un projet de « collège » au sens rassembleur du terme respecter les différences
mais potentialiser les effets dans le courant de l'année 2010. C'est en tout
cas un voeu à formuler en ce début d'année pour une profession soumise à d'innombrables
questions aux réponses improbables.
AH1N1...
Il serait difficile d'aborder la nouvelle année sans y faire allusion. Nous avons
analysé dans un numéro précédent les données décevantes des antiviraux [4], dans
ce numéro les maigres éléments concernant les vaccins disponibles [5]. L'épidémie
pose de multiples questions, pas seulement en France. Nous aurons peut-être quelques
réponses après l'épisode en cours. Le site ministériel précise, au 1er
janvier 2010, qu'il y a eu 263 décès en rapport avec le virus AH1N1 depuis le
début de l'épidémie, dont 40 chez des personnes sans risque connu, et que ce virus
représente la quasi-totalité des virus grippaux isolés ces dernières semaines.
Parmi d'autres, J.G. Bartlett, de l'université J. Hopkins de Baltimore, rappelle
[6] que depuis le « cas zéro » d'une petite mexicaine de 6 mois, le 24 février
2009, l'OMS a officialisé une « pandémie de classe 6 » le 11 juin, annonçant en
août qu'un tiers de la population mondiale serait frappé en deux ans, avec environ
36 000 décès. Parlons-nous vraiment de « médecine factuelle » ? Bartlett rapporte
les données pédiatriques du CDC américain : fin octobre, 74 décès d'enfants
attribués à la grippe AH1N1 aux USA, comparativement aux 117, 88 et 78 des grippes
saisonnières de 2006-2007, 2007-2008 et 2008-2009 ; indicateur parmi d'autres
qui relativise certaines déclarations quelque peu outrancières...
Longue vie à Médecine
2010 sera la sixième année de Médecine. Nous avons fait il y a maintenant
déjà 6 ans le pari insensé de créer une revue de médecine générale totalement
indépendante de l'industrie des produits de santé. Certains me « galègent » parfois
de retrouver souvent certaines mêmes signatures d'un numéro à l'autre. Bien sûr,
l'engagement initial était d'abord celui d'une petite équipe. Elle ne demande
qu'à s'agrandir, bénéficier des expériences et des écrits de toute nature et de
toutes origines. Nous n'avons pas à rougir de la longue liste des auteurs qui
ont accepté le jeu depuis 2005. Il est du souhait du comité de rédaction que Médecine
devienne vraiment une revue de référence pour les médecins généralistes, sans
exclusive et sans volonté d'hégémonie.
Nous avons bénéficié à l'origine des fonds publics du FOPIM. Comme vous le
constatez dans certains numéros, des institutions publiques continuent à nous
soutenir, qu'il s'agisse de la HAS, de l'INPES, de la DGS ou du ministère de
la Santé. Qu'ils en soient remerciés. Nous restons persuadés que Médecine
répond à une nécessité. Les colonnes de Médecine sont ouvertes à toutes
les forces vives de la médecine générale, pour tout ce qu'elles ont à dire,
dans la ligne éditoriale que nous avons développée depuis près de 50 numéros.
Le pari reste ouvert : tant que nous n'aurons pas un lectorat suffisant et suffisamment
passionné pour assurer par le simple montant de ses abonnements l'équilibre
financier de la revue, rien ne sera gagné, rien ne sera durable. C'est de vous
tous que dépend la suite...
Post-scriptum 1 : cette année encore, le jury du Syndicat national de
la presse médicale a décerné à Médecine le premier prix du « meilleur article
de formation » dans une revue de médecine générale pour l'article « syndrome
de la cinquième ligne » [7]
Post-scriptum 2 : Bernard Junod a ouvert un débat fondamental et passionnant
sur le dépistage du cancer du sein [8]. Après 1 an passé dans le service de
Robert Kaplan, à Los Angeles, il a souhaité reprendre ses activités à l'École
Nationale de Santé Publique de Rennes pour apporter sa contribution à la résolution
du problème du surdiagnostic avec des chercheurs et des soignants de tous
les pays. Il a appris alors sa mise à la retraite d'office. Nous nous associons
pleinement à sa démarche de protestation en l'assurant de notre fidèle soutien.
Références
- Vallée JP, Drahi E, Le Noc Y, pour le groupe de travail de la SFDRMG. Développement
professionnel continu : Habits neufs pour vieux concepts ? Médecine. 2010;6(1):31-7.
- Loi n°2009-879 du 21 juillet 2009 portant réforme de l'hôpital et relative
aux patients, à la santé et aux territoires (NOR : SASX0822640L). Version
consolidée au 23 juillet 2009. Renouvellement d'ordonnance chez la personne
âgée, novembre 2008.
- Gallois P. Médecine au quotidien... Soigner et prendre soin : le malade
autant que la maladie. Montreuil: Unaformec; 2009.
- Vallée JP, Coignard H, Leruez M, Lortholary O. Les inhibiteurs de la neuraminidase.
Médecine. 2009;5(8):346-52.
- Caulin C. Année 2009 du médicament : décevante encore... Médecine. 2010;6(1):10-5.
- Bartlett JG. 2009 H1N1 Influenza Just the Facts : Clinical Features and
Epidemiology. Sur www.medscape.com
- . Lepoutre B, Cotassou E, Zerr P. Renouvellement d'ordonnance chez la personne
âgée. Le syndrome de la cinquième ligne. Médecine. 2008;4(9):412-5.
- Duperray B, Junod B. Dépistage du cancer du sein. Une bonne intention, une
mauvaise théorie, un résultat aberrant. Médecine. 2006;2(8):359-67.
Note
- Robert Kaplan est notamment auteur du livre Disease, Diagnoses and Dollars
: Facing the Ever-Expanding Market for Medical Care (New York : Springer
Science ; 2008). Il y démontre comment on a joué sur les critères de définition
des maladies au profit du marché des soins et comment des propositions d'amélioration
par la prévention ont été détournées de leur but par des manipulations statistiques
et l'interventionnisme médical abusif du dépistage. Un Américain pas si tranquille...
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