ARTICLE
Ces dossiers sont issus de textes publiés chaque semaine depuis quelques
années dans Bibliomed. Actualisés si nécessaire en fonction des données
les plus récentes, ils ne résultent pas d'une revue systématique de la littérature,
mais d'une veille documentaire en continu des principales revues médicales publiant
des études fondées sur les preuves, ou des recommandations en résultant. Ils
ont pour ambition de fournir au médecin généraliste une actualisation des données
sur les questions pertinentes pour leur pratique retenues par le comité de rédaction.
Qui sont les personnes âgées ? On avait coutume de parler de personne âgée
à partir de 60 à 65 ans, âge de la retraite professionnelle [1]. En fait avec
l'amélioration des conditions de vie et des possibilités thérapeutiques, l'état
de santé des moins de 80 ans est souvent proche de celui des « adultes ». L'âge
de 75 ans est actuellement le plus souvent retenu pour inclure spécifiquement
des personnes âgées dans des essais thérapeutiques afin d'identifier les bénéfices
et risques pour ce type de population. Les problèmes spécifiques liés au vieillissement,
avec la réduction ou la perte d'autonomie fonctionnelle, apparaissent de façon
importante beaucoup plus tard, entre 80 et 85 ans, tout en restant minoritaires
jusqu'à un âge très avancé : 63 % des personnes de plus de 85 ans, selon l'INSEE,
vivaient seules ou en couple en 1999. Il est de plus en plus admis de retenir
une catégorie de « très vieux » qui commence à 85 ans. Mais parallèlement il
est de plus en plus constaté des nonagénaires et même des centenaires vivant
seuls et restés autonomes [2]. La fragilité, le risque de perte d'autonomie,
l'isolement et les problèmes médico-sociaux vont bien sûr croissant avec l'âge,
mais chez ces « aînés » bien-portants, selon l'appellation en cours au Québec,
l'importance de préserver les capacités de « bien vieillir » est considérable.
Les questions auxquelles répond ce dossier ont fait l'objet de 5 publications
de Bibliomed : 494 du 21 février 2008, 496 du 7 mars 2008, 392 du 20 juin 2005,
542 du 16 avril 2009, 545 du 7 mai 2009.
L'activité physique : bénéfique pour les personnes âgées
Chez les personnes âgées, la réduction de l'espérance de vie fait souvent penser
que le temps de la prévention est passé. En fait il n'en est rien, particulièrement
dans le domaine des actions sur le mode de vie. De nombreuses études ont montré
le bénéfice de la promotion de l'activité physique chez les personnes âgées, et
ceci à tout âge. Ce bénéfice est prouvé dans de nombreux domaines (maladies cardiovasculaires,
diabète de type 2, ostéoporose) mais surtout sur des situations spécifiques :
prévention des chutes, de la dépendance et du déficit cognitif. Une synthèse [3]
et plusieurs études récentes [4-6] nous permettent de faire le point.
Elle est bénéfique pour nombre de maladies
Les maladies cardiovasculaires et le diabète de type 2 voient leur incidence réduite
dans de nombreuses études comprenant des adultes avant et après 65 ans. La perte
osseuse post-ménopausique est limitée, les douleurs arthrosiques et le sommeil
améliorés [3].
Elle réduit la mortalité
Le suivi de 17 000 anciens élèves de Harvard a montré une réduction de 50 % de
la mortalité toutes causes chez ceux qui avaient une forte activité physique,
quel que soit l'âge. Une étude chez des sujets de plus de 65 ans montrait une
réduction de 30 % de la mortalité des actifs par rapport aux sédentaires [3].
Chez 302 adultes (70 à 82 ans) suivis 6 ans, le taux de mortalité était inversement
proportionnel à l'activité physique [4].
Elle est un facteur prédictif d'un vieillissement sans besoin d'aide
Une étude française a suivi 20 ans 869 sujets âgés de 60 ans et plus au début.
532 sujets sont décédés dans les 20 ans. Chez 53 % des survivants (âge moyen 87
ans) la grande majorité jugeaient bonnes leur santé (4 hommes sur 5, 1 femme sur
2) et leur qualité de vie (2 hommes sur 3, 1 femme sur 2) ; près de 60 % n'avaient
pas besoin d'aide dans les activités de base de la vie quotidienne. Le facteur
prédictif le plus puissant de ce vieillissement sans besoin d'aide était le niveau
d'activité physique, corrélé également à une mortalité moindre [5].
Elle retarde la dépendance
Plusieurs études ont montré moins d'incapacités fonctionnelles, de troubles de
la marche chez les sujets actifs que chez les sédentaires. Le maintien de l'activité
physique contribue au maintien de la mobilité et des capacités à effectuer les
activités de la vie quotidienne. Trois séances hebdomadaires de 20 mn d'entraînement
permettent de limiter la réduction des aptitudes physiques observée chez les personnes
âgées, à condition de poursuivre les séances au long cours, même chez les sujets
très âgés. La force musculaire, peut être maintenue, voire augmentée, même à un
âge très avancé [3].
Elle réduit l'incidence des chutes et fractures
Un entraînement spécifique améliore contrôle postural, fonction d'équilibration,
marche, dont les déficits sont un facteur important de chutes. Plusieurs études
ont montré, avec des programmes d'activité physique, un recul de survenue de la
première chute, une réduction de l'incidence et de la sévérité des chutes [3].
Elle semble améliorer le fonctionnement cognitif
Cette amélioration est assez spécifique du sujet âgé et, aussi, proportionnelle
au degré de vieillissement cognitif. Plusieurs études ont montré une amélioration
des performances cognitives après un entraînement. Une sous-étude de la Nurses'
Health Study, chez 18 766 infirmières de 70 à 81 ans, a montré qu'une activité
physique régulière, incluant la marche, était associée à une fonction cognitive
significativement meilleure et un moindre déclin de la fonction cognitive [6].
Une autre étude dans le même numéro du JAMA publiant cette étude suggère même
une réduction de l'incidence des démences.
Que conclure pour notre pratique ?
L'activité physique est bénéfique chez les personnes âgées.
Elle réduit la morbidité cardiovasculaire et diabétique, la mortalité,
mais surtout retarde et limite les déclins de nombreuses fonctions : marche,
équilibre, force musculaire, fonction cognitive, retardant ainsi la dépendance.
Ces bénéfices sont constatés même chez les sujets très âgés.
L'activité proposée doit être personnalisée, après évaluation
des possibilités (cardiaques, articulaires...) et des déficits d'aptitude
physique (endurance, force musculaire, équilibre...). On peut privilégier
l'échauffement, l'association d'exercice en endurance (en particulier
la marche) et en résistance (musculation), la récupération et la durée
plutôt que l'intensité [3]. L'aide d'un kinésithérapeute peut être utile.
De tels conseils doivent être largement proposés, quel que soit l'âge. |
Prescrire l'activité physique chez les personnes âgées
L'activité physique est donc largement bénéfique chez les personnes âgées sur
la morbidité, la mortalité, la prévention des chutes et de la dépendance, mais
comment et quoi prescrire ? Jusqu'à quel âge ? N'est-il pas parfois trop tard
? Une synthèse du BMJ apporte des éléments importants [7], bien que l'absence
de référence des études citées et de preuves pour les méthodes proposées ne permette
pas de faire le partage entre données validées et opinions ou consensus (il en
est de même de la recommandation de l'ANAES [8]).
L'activité physique « rajeunit » la force et l'endurance
En dehors de toute maladie, les personnes âgées perdent par an 1 à 2 % de leur
force musculaire et 3 à 4 % de leur puissance motrice (force × vitesse), altérant
les activités de la vie quotidienne. Dans une étude chez des sujets de 70 à 74
ans, près de 50 % des femmes et 15 % des hommes ne peuvent monter une marche de
30 cm sans rampe (force trop faible) ; 80 % des femmes et 35 % des hommes ne peuvent
marcher confortablement à 5 km/h (capacité d'endurance diminuée) ; chez 1/3 des
femmes et 1/4 des hommes l'abduction de l'épaule est altérée rendant difficile
le lavage des cheveux (flexibilité diminuée).
L'exercice régulier améliore force, endurance et flexibilité, comme chez des
plus jeunes. Dans 2 études chez des femmes de 75 à 93 ans, 12 semaines d'entraînement
améliorent la force de 24 à 30 % (« rajeunissement » de la force de 15 à 20
ans), 24 semaines d'entraînement à l'endurance l'améliorent de 15 % (« rajeunissement
» de l'endurance de 15 ans).
Quel type d'activité prescrire ?
Le programme doit être progressif et agréable, intéresser force, endurance, flexibilité
et coordination. Il doit utiliser les principaux groupes musculaires avec des
exercices permettant d'effectuer sans douleurs le plus large type de mouvements,
renforcer les postures, la conscience du corps et l'équilibre. Une combinaison
d'activités récréatives régulières de marche et de natation, d'une intensité qui
reste confortable, de préférence combinée avec des exercices spécifiques visant
la force et la souplesse, peut répondre à ces critères. Il peut être intéressant
de réaliser collectivement certaines activités, ce que souhaitent de nombreuses
personnes âgées.
Quelle intensité conseiller ?
Des exercices vigoureux, s'ils ne sont pas obligatoires, peuvent renforcer le
bénéfice. Mais de nombreuses données montrent que des bénéfices substantiels peuvent
être obtenus avec une intensité modérée, mais probablement prolongée. Pour les
activités d'endurance, telles que la marche et la natation, il est conseillé 30
minutes d'exercice 5 fois par semaine, l'effort ressenti devant rester « confortable
», avec un léger essoufflement, l'intensité variant selon les personnes. On peut
aller progressivement de 5 mn à 30 mn. Toute activité est meilleure que rien,
une par semaine mieux qu'aucune. Il n'est jamais trop tard pour commencer. Les
activités récréatives comme la danse sont bénéfiques.
Chez les personnes très âgées ou fragiles, le bénéfice potentiel est grand
avec des exercices de renforcement musculaire, d'assouplissement, d'équilibre
et de coordination des mouvements, centrées sur la réalisation des activités
de la vie quotidienne, avec l'aide d'un professionnel spécialisé [8].
Garantir la sécurité
Le médecin doit connaître les pathologies et traitements en cours, sélectionner
les exercices adaptés. Mais il ne faut pas assurer la sécurité par l'exclusion.
Un hypertendu diabétique tirera ainsi un grand bénéfice d'une activité progressive.
Un insuffisant cardiaque stabilisé doit savoir qu'un essoufflement modéré est
normal, mais que sa survenue plus facile que lors des exercices antérieurs est
anormale. Les médecins, souvent moins compétents dans ce domaine que les professionnels
de l'exercice physique, sont cependant les responsables cliniques.
Que conclure pour notre pratique ?
La baisse des capacités motrices liée à l'âge n'est pas inéluctable.
Il est prouvé que des exercices physiques adaptés permettent non seulement
de l'arrêter, mais d'obtenir une récupération, et ceci à tout âge. Il
est donc bénéfique de conseiller l'activité physique aux personnes âgées,
et il n'est jamais trop tard pour cela.
La prescription (le conseil) doit être adaptée à chaque personne.
Elle doit viser le bien-être, assurer un certain plaisir, avoir un caractère
récréatif et être diversifiée. Sa réalisation en groupe peut apporter
une facilité supplémentaire. Son intensité peut rester modérée, mais la
répétition dans la durée est un gage de bénéfice.
Le médecin est responsable de la sécurité : les fréquentes
pathologies existantes ne doivent pas être facteurs d'exclusion, mais
d'adaptation. La bonne tolérance doit être évaluée. La mise en oeuvre
concrète gagne souvent à être confiée à un professionnel spécialisé, surtout
chez les personnes très âgées ou fragiles. |
Régime méditerranéen et mode de vie adaptés à l'âge
Les données épidémiologiques ont mis en évidence de fortes disparités entre le
sud et le nord de l'Europe, non seulement pour le risque cardiovasculaire puisque
la mortalité coronarienne varie de 1 à 4, mais aussi pour certains cancers et
pour la mortalité globale [9, 10]. Le régime méditerranéen ou crétois a été considéré
comme l'une des explications possibles de ce gradient. Une étude lyonnaise avait
montré en 1994 le bénéfice d'un tel régime sur la mortalité après infarctus du
myocarde [9, 10]. Deux études récentes en prévention primaire, sur des populations
de plus de 60 ans, apportent de nouvelles données [11, 12].
L'étude EPIC
Près de 520 000 volontaires sans pathologie avérée ont été recrutés dans 23 centres
de 10 pays européens (Allemagne, Danemark, Espagne, France, Grèce, Italie, Norvège,
Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède) [11]. Ils ont été suivis entre 1992 et 2000. Les
apports quotidiens (en poids et valeur énergétique) de 14 groupes d'aliments étaient
évalués selon un questionnaire adapté aux habitudes alimentaires locales. La consommation
de composants bénéfiques (légumes, céréales, fruits, poisson) était cotée 0 quand
elle était au-dessous de la moyenne, 1 au-dessus. Celle des composants pouvant
être préjudiciables (viande rouge, produits laitiers) était inverse : 1 au-dessous
de la moyenne, 0 au-dessus ; une cotation de 1 était attribuée pour les consommations
modérées de boissons alcoolisées ; le rapport entre graisses non saturées et saturées
était pris en compte. Un score de 6 à 9 témoignait d'une forte adhésion au régime
de type méditerranéen. Les facteurs confondants (poids du corps, mode de vie,
statut tabagique, activité physique, niveau éducationnel) ont été analysés.
Parmi les 74 607 participants de plus de 60 ans, indemnes de maladies cardiovasculaires
et de cancer à l'inclusion (EPIC-elderly cohort), 4 047 décès ont eu lieu durant
l'étude. Chaque augmentation de 2 points du score du régime méditerranéen était
associée à une réduction de la mortalité globale de 8 %. Ce résultat était significatif,
même en tenant compte des facteurs confondants. Plus marqué en Grèce et en Espagne,
il persistait pour les autres pays pris isolément.
L'étude HALE
Cette étude a suivi de 1988 à 2000 une cohorte de 2 339 personnes âgées de 70
à 90 ans apparemment en bonne santé, issues de 11 pays européens dans le cadre
de deux études plus importantes [12]. Des informations étaient recueillies sur
les habitudes alimentaires (avec les scores de l'étude EPIC), le statut tabagique,
le niveau d'activité physique. Durant un suivi moyen de dix ans, il y a eu 935
décès (371 de cause cardiovasculaire, 233 de cancers). Un régime de type méditerranéen
attesté par un score à plus de 4 points, une consommation modérée d'alcool, une
activité physique régulière, l'absence de tabagisme étaient associées à un taux
de mortalité plus bas de maladies cardiovasculaires, de cancers ou d'autres causes,
de taille voisine pour chacune de ces causes. Le bénéfice allait croissant selon
que 2, 3, ou 4 de ces comportements à bas risque étaient associés par rapport
aux patients n'en observant aucun ou un seul. Le risque relatif de mortalité,
par rapport aux patients n'observant qu'un de ces facteurs de bas risque, était
de 0,55 à 0,65 pour 2 facteurs, 0,38 à 0,45 pour 3 facteurs, 0,27 à 0,35 pour
4 facteurs. La combinaison des 4 était ainsi associée à une réduction du taux
de mortalité de 65 % ; la non-adhésion à ces 4 comportements était retrouvée dans
60 % de toutes les morts.
Que conclure pour notre pratique ?
De telles études sur les données concernant le régime de vie sont toujours
difficiles. Ces deux études prospectives sont de grande qualité : méthodologie
rigoureuse, nombre de participants suffisamment important pour que les
données soient exploitables, biais et facteurs confondants analysés de
façon précise.
Il y a là des arguments forts en faveur du régime méditerranéen
: il fait la preuve de son efficacité chez les personnes âgées
en prévention primaire sur la mortalité, globale et par maladie cardiovasculaire
et cancer, résultats également retrouvés chez les patients plus jeunes
; le bénéfice est renforcé par l'association à une activité physique régulière
et l'absence de tabagisme, et ceci même chez les personnes âgées.
Comment en obtenir la mise en oeuvre ? Le régime est
assez simple à expliquer et adapter : privilégier les légumes, fruits,
céréales, limiter la consommation de viandes rouges au profit des volailles
ou du poisson, privilégier l'huile d'olive ou de colza, les margarines
de colza plutôt que le beurre. Il est sans doute plus difficile de convaincre
de réduire l'apport calorique global et augmenter l'activité physique,
ce qui va à contre-courant des tendances actuelles du mode de vie « occidental
» qui tend à s'imposer partout. La prescription diététique, comme toutes
celles concernant le style de vie, n'a de sens et de chance d'être suivie
que s'il s'agit d'une décision réellement partagée avec le patient : c'est
sans doute là l'enjeu principal [10]. |
Attention, personne âgée « fragile »...
Le concept de « fragilité » de la personne âgée individualisé dans les années
1980-90 pose encore de nombreuses questions [2, 13-15]. Ce serait un stade intermédiaire
du vieillissement, avant la survenue des incapacités, qui permettrait des interventions
visant à les éviter ou les retarder. Conjonction d'un ensemble de conditions plus
que réelle entité clinique, apporte-t-il des données spécifiques pour la décision,
notamment en termes de santé et de devenir, donc de conséquences sur l'autonomie
et le maintien à domicile ?
Qu'entend-on généralement par « fragilité » ?
Elle concerne des personnes âgées autonomes. On l'identifie actuellement sur 5
critères cliniques : perte de poids non intentionnelle, sensation de fatigue et
de manque d'endurance, baisse de l'activité physique, de la vitesse de marche,
de la force musculaire. La présence de 3 de ces critères signe la fragilité [2,
14]. Celle-ci n'entraîne pas d'incapacités dans les activités courantes (toilette,
habillement, alimentation) ou instrumentales (téléphone, ménage, courses, cuisine...)
de la vie quotidienne. Selon cette définition, 7 % des plus de 65 ans, 25 à 40
% des plus de 80 ans, sont « fragiles ».
La fragilité est souvent isolée. L'isolement de la personne âgée, mais aussi
des troubles psychiques de type anxio-dépressif en sont des indicateurs importants.
Elle peut être associée à une maladie chronique qui constitue un élément de
vulnérabilité supplémentaire.
Un syndrome encore discuté, mais pertinent
Il ne s'agit ni d'en faire un regroupement artificiel de symptômes, comme par
exemple pour le syndrome métabolique, ni une médicalisation du vieillissement,
dont elle est difficilement dissociable : l'avancée en âge s'accompagne d'une
baisse régulière, variable selon les individus, de la force musculaire [14-15],
l'obésité ou la dépression parfois associés peuvent masquer ou aggraver les symptômes.
Il faut éviter l'étiquette qui pourrait porter atteinte à l'image que la personne
âgée se fait d'elle-même [2, 14].
La reconnaissance peut ne pas être simple : la fragilité ne rentre pas dans
le modèle classique de maladie, le déclin est progressif, ne conduit pas toujours
à chercher un avis médical, le patient et son entourage peuvent l'attribuer
à un vieillissement inéluctable.
Les auteurs s'accordent sur l'intérêt d'identifier précocement la « fragilité
» [2, 13-14] : elle précède les incapacités chez des personnes âgées indépendantes,
qu'elles soient en apparente bonne santé ou porteuses de maladies chroniques.
Elle semble prédictive d'événements péjoratifs : hospitalisation, chutes, fractures,
dépendance, entrée en institution, mortalité [14]. L'enjeu est de proposer à
temps des mesures préventives.
Des moyens d'action simples et efficaces
En dehors du traitement des pathologies éventuellement associées, l'objectif thérapeutique
vise la perte de forces, la perte de poids et de masse musculaire, et par conséquent
la qualité de vie.
La reprise d'une activité physique programmée améliore la force musculaire,
l'équilibre, et l'endurance. L'objectif est un « rajeunissement » de 15 à 20
ans sur ces deux paramètres, et une réduction des chutes. Les activités d'assouplissement,
type Tai Chi, ont montré aussi leur utilité [13, 15].
La majoration des apports protéino-énergétiques permet de lutter contre la
perte de poids et la fonte musculaire. Il faut aussi insister sur le plaisir
alimentaire, sa variété, sans oublier les problèmes financiers, et les problèmes
dentaires.
Aucun apport pharmacologique n'a prouvé son utilité dans ce domaine. Ni les
suppléments alimentaires, les diverses vitamines (hormis peut-être la vitamine
D 4), ni les diverses hormones n'ont prouvé un bon rapport bénéfice/risque [15].
Que conclure pour notre pratique ?
Les incapacités ne sont pas une conséquence inéluctable du vieillissement.
Le premier intérêt de l'identification du syndrome de fragilité est de
mettre en oeuvre ou de renforcer des interventions visant à éviter ou
retarder l'apparition des incapacités et de leurs conséquences.
L'identification du syndrome de fragilité passe par une approche
clinique globale du patient, au-delà de l'approche traditionnelle
« organe par organe » ou « maladie par maladie ». Les échelles d'évaluation
proposées peuvent être utiles, mais l'approche clinique est suffisante
pour proposer des mesures simples.
Les mesures d'hygiène de vie activité physique et
nutrition à mettre en oeuvre dans ce cas sont celles d'un vieillissement
réussi. L'identification du syndrome de fragilité, qu'il y ait ou non
des pathologies associées, signifie seulement l'urgence de cette mise
en oeuvre. Cela nécessite une prise en charge spécifique qui va bien au-delà
du simple conseil. |
Comment prévenir le déclin fonctionnel des personnes âgées ?
Le déclin fonctionnel et la survenue d'incapacités sont-ils des conséquences inéluctables
du vieillissement ? Peut-on les éviter ou les retarder, et si oui, comment ? Ces
questions ont donné lieu à de nombreuses études sur les éventuels bénéficiaires,
les méthodes à mettre en oeuvre et les bénéfices à en attendre. Plusieurs synthèses
des données et leurs analyses [16-20] ainsi qu'une étude randomisée danoise récente
[21] apportent des éléments de réflexion.
Quand commencer cette prévention ?
Comme nous l'avons vu précédemment, de nombreuses études épidémiologiques au long
cours ont montré l'intérêt tout au long de la vie de l'activité physique, d'une
alimentation équilibrée, de l'absence de tabagisme sur l'autonomie et la longévité
des personnes âgées.
La plupart des études d'intervention en prévention du déclin fonctionnel des
personnes âgées ont concerné des sujets identifiés comme à risque, identification
difficile, comme le montrent les débats à propos du syndrome de fragilité. Elles
montrent un bénéfice sur la mortalité, les hospitalisations, les chutes, l'institutionnalisation,
le coût des soins et les capacités physiques. Ce bénéfice est modeste, sans
doute sous-évalué du fait de l'hétérogénéité des participants et de la contamination
des groupes témoins qui recevaient souvent des composantes de l'intervention
[20].
Au total, il semble que la prévention des incapacités commence tôt dans la
vie et concerne l'ensemble des personnes âgées, mais que le bénéfice persiste
chez les personnes âgées à haut risque comme après 80 ans [21] et même chez
les personnes âgées avec démence vivant à domicile, qu'il ne faut pas exclure
[20].
Une intervention personnalisée
Il y a consensus sur la nécessité d'une évaluation gérontologique multidimensionnelle
des capacités physiques, instrumentales et cognitives, de l'équilibre, des pathologies
associées, des prises médicamenteuses, des problèmes psychologiques et sociaux,
de l'habitat. L'envoi d'un questionnaire ne permet pas d'identifier avec sûreté
les problèmes présentés ni de sélectionner les patients à qui proposer les mesures
préventives [17]. L'évaluation est faite au mieux à domicile [18]. Elle suppose
de construire une relation de confiance avec la personne âgée, de proposer des
mesures adaptées à ses besoins, centrées sur son style de vie. Elle doit être
renouvelée périodiquement [18]. Elle réduit le risque d'institutionnalisation
[18]. Les programmes basés sur une évaluation unique sont moins efficaces que
des évaluations répétées et un suivi au long cours.
Les modes d'intervention
Visites à domicile par des infirmières spécialement formées Ces visites s'apparentent
à celles proposées dans l'éducation du patient dans le cadre du disease management
[22]. Les infirmières qui les assurent apportent ensuite les conseils utiles
pour les cas ne nécessitant pas d'intervention médicale.
Intervention d'équipes gériatriques ou de généralistes
L'efficacité semble voisine [18]. Le rôle de cette intervention dans la réhabilitation
et les soins des personnes âgées fragiles est mal apprécié dans les essais.
Mais Stott et al., dans leurs commentaires sur la dernière revue systématique,
insistent sur l'importance d'un diagnostic médical sûr, la nécessité d'une analyse
des besoins par des médecins expérimentés, l'importance d'une relation de confiance
pour permettre la mise en oeuvre des mesures concernant le style de vie et la
réhabilitation de la fonction physique [20].
La coordination interdisciplinaire est fondamentale
C'est ce que montre l'étude danoise, où l'intervention est faite essentiellement
par les infirmières mais avec une place majeure des généralistes : participation
à la formation initiale des infirmières et aux réunions intermédiaires, sessions
de formation propres en petits groupes, rôle-clé dans la coordination des soins.
Que conclure pour notre pratique ?
La prévention des incapacités commence très tôt, mais reste
utile à tout âge, comme chez les déments et dans les maladies
chroniques. Elle est particulièrement bénéfique après 80 ans et chez
des personnes âgées à haut risque.
Le bilan précédant sa mise en oeuvre doit être systématique
et répété et s'inclure dans une relation suivie dans la durée,
facteur d'efficacité. Il est fondé sur une évaluation gérontologique
multidimensionnelle. Il peut être réalisé par des infirmières comme
par des médecins.
La mise en oeuvre doit être pluridisciplinaire, faisant
intervenir généralistes, gériatres, infirmières, ergothérapeutes, kinésithérapeutes...
Un suivi dans la durée par le généraliste en tant que médecin traitant
est fondamental. Cela nécessite une formation spécifique, initiale et
continue, notamment en petits groupes d'échanges de pratiques, si possible
interdisciplinaires. |
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En résumé : les règles d'or du « bien vieillir »
L'activité physique est bénéfique chez les personnes âgées,
même très âgées. La baisse des capacités motrices liée à l'âge
n'est pas inéluctable.
Le conseil doit être personnalisé, après évaluation
des possibilités et des déficits d'aptitude physique. Le médecin est
responsable de la sécurité.
Il y a des arguments forts en faveur du régime de type «
méditerranéen ». Il n'a de sens et de chance d'être suivi que
s'il s'agit d'une décision partagée avec le patient.
Les incapacités ne sont pas une conséquence inéluctable du
vieillissement. Les mesures d'activité physique et de nutrition
à mettre en oeuvre sont celles d'un vieillissement réussi. L'identification
du syndrome de fragilité signifie seulement l'urgence de cette mise
en oeuvre.
La prévention des incapacités commence très tôt, mais reste
utile à tout âge. L'évaluation gérontologique multidimensionnelle
peut être réalisée par des infirmières comme par des médecins, mais
le suivi dans la durée par le généraliste en tant que médecin traitant
est fondamental.
La mise en oeuvre doit être pluridisciplinaire. |
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