Un groupe d’experts du CDC d’Atlanta fait le point sur la pharmacovigilance
concernant le Gardasil®. Deux médecins et sociologues analysent la forte implication
des fabricants auprès des associations de professionnels à propos de ce vaccin.
Les données de pharmacovigilance américaine ont été recueillies par le VAERS
(US Vaccine Adverse Event Reporting System) durant les 2,5 premières années
de commercialisation (1/6/06-31/12/08). Plus de 23 millions de doses ont été
vendues durant cette période, plus de 12 000 effets indésirables signalés (54
pour 100 000 doses), dont 772 graves, incluant 32 décès, en moyenne dans les
40 jours après vaccination. Pour 100 000 doses distribuées, il a été signalé
8,2 syncopes, 7,5 réactions locales au site d’injection, 6,8 états vertigineux,
5 états nauséeux, 4,1 céphalées, 3,1 réactions d’hypersensibilité, 2,6 urticaires,
0,2 événements thromboemboliques, maladies auto-immunes et syndromes de Guillain-Barré,
0,1 accidents d’anaphylaxie et décès, 0,04 myélites transverses et pancréatites,
et 0,09 atteintes de neurones moteurs. L’imputabilité est toujours aussi difficile
à démontrer, de même, d’ailleurs, que la non-imputabilité… Les auteurs soulignent
que le taux d’incidents est comparable à celui d’autres vaccinations, avec cependant
un nombre disproportionné de syncopes et d’événements thromboemboliques ; mais
aussi que le mode de recueil des données (volontariat…) sous-estime sans doute
le taux réel. Ils soulignent également qu’une surveillance étroite des possibles
effets adverses de la vaccination doit être poursuivie.
Rothman SM, Rothman DJ. Marketing HPV Vaccine. Implications for Adolescent
Health and Medical Professionnalism. JAMA. 2009;302:781-6.
Le second article a une approche très différente, puisqu’il s’intéresse à l’environnement
sociologique de la mise sur le marché du vaccin. Les auteurs rappellent qu’aux
USA, 25 % des filles de 13 à 17 ans ont reçu au moins une dose de vaccin (1,4
billion de doses ont été vendues dans le monde en 2008). L’argument le plus
souvent mis en avant a été celui de « vaccin contre le cancer », s’adressant
à l’ensemble de la population, et non aux sous-groupes où la mortalité par cancer
du col est plus élevée. Les auteurs analysent donc les « outils » de formation
mis à disposition d’associations médicales américaines, principalement l’American
College of obstetricians and gynecologists, plus accessoirement l’American College
Health Association et les sociétés de colposcopie et d’oncologie gynécologique.
Au vu de cette analyse, les auteurs concluent que les informations dispensées
par ces sociétés négligent le côté « populations à risque » et les aspects coût/efficacité
de la vaccination, minimisent la possibilité d’effets adverses, et occultent
les nombreuses questions fondamentales que pose cette vaccination. Ils rappellent
avec force que les sociétés de formation professionnelle doivent clairement
faire état de leurs conflits d’intérêt avec l’industrie…
Slade BA, Leidel L, Vellozi C, Woo EJ, Hua W, Sutherland A et al. Postlicensure
Safety Surveillance for Quadrivalent Human Papillomavirus Recombinant Vaccine.
JAMA. 2009;302:750-7.
L’éditorial (norvégien) qui accompagne ces deux publications pose les questions
qui « dérangent ».
et en particulier celle-ci : « Quand les médecins en saventils assez sur les
effets bénéfiques d’une nouvelle technique médicale pour commencer à la recommander
ou à l’utiliser ? » en rappelant que le savoir médical est par définition incomplet
et ambigu. Entre la théorie (prévenir l’infection HPV pour éviter le cancer)
et la réalité (une centaine de virus, des délais allant de 20 à 40 ans, l’atteinte
d’un petit nombre de femmes impossibles à prédéterminer, etc.), il y a au moins
de nombreuses inconnues. Le premier vaccin a été commercialisé en 2006, recommandé
pratiquement en même temps à l’âge de 11-12 ans, malgré l’absence d’études,
puisque les premiers essais de phase III ont été publiés en mai 2007, et qu’aucun
résultat nouveau n’a été publié depuis. L’éditorialiste s’interroge sur les
programmes de formation diffusés auprès des professionnels par les industriels
avant toute publication de ces données, et souligne que, compte tenu des données
de pharmacovigilance à court terme, le bénéfice réel de la vaccination HPV chez
la femme est à ce jour inconnu faute d’études prospectives contrôlées.
Hang C. The Risks and Benefits of HPV Vaccination. JAMA. 2009;302:795-6.
Les questions que se pose la rédaction
• Il y a peu de choses à ajouter aux questions de l’éditorialiste. Nous avions
envisagé un certain nombre de ces questions dans la revue (Cancer du col de
l’utérus : l’urgence reste le dépistage. Médecine. 2007;3(5):215- 23), de même
que la question plus générale du « À quoi ça sert ? » posée dans un éditorial
par JP Boissel en décembre dernier.
• L’analyse très précise des documents de formation mis à disposition des professionnels
par l’industrie nous rappelle l’importance d’une information totalement indépendante
de ses intérêts, par ailleurs parfaitement logiques. Mais disons-le encore,
cette indépendance a un prix à payer. Pour ce qui est de la presse d’information
médicale, cela ne peut se faire que grâce et par les abonnés.
Mots clés : balance, bénéfice, risque, HPV, vaccin
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