À partir du cas clinique d’une patiente en situation pronostique mauvaise,
les auteurs suisses s’interrogent sur les « limites du raisonnable »…
Que faire lorsque le médecin et le proche « aidant » le ou la patiente en incapacité
de discernement sont en désaccord à la suite d’une perception différente des
risques ou bénéfices d’une décision ? Ce qui est déraisonnable semble pouvoir
être défini par 3 questions : la décision envisagée a-t-elle du sens dans l’histoire
de vie du patient ? A-t-elle des effets négatifs ? Une fois pesés le pour et
le contre, contribue-t-elle à l’épanouissement global du patient ? Il n’en reste
pas moins que les « seuils » sont subjectifs et varient selon le moment et la
personne qui se pose ces questions. La seule issue est « la négociation dans
le but d’éviter un conflit et de privilégier la relation de confiance pour aborder
le problème de fond et la conduite à tenir si la situation devait se répéter
». Dans le cas d’une personne incapable de discernement et n’ayant pas écrit
de directives anticipées, c’est au médecin qu’il revient, d’après le témoignage
des proches, de déterminer l’attitude thérapeutique au plus près des intérêts
du patient. Les auteurs concluent, à propos du projet de révision du code civil
suisse, que confier cette responsabilité au parent le plus proche risque d’avoir
pour celui-ci de graves conséquences psychologiques.
Ray S, Hurst S, Perrier A. Que faire en cas de désaccord entre le médecin
et le patient : quelques balises juridiques et éthiques. Rev Med Suisse. 2008;180:2538-41.
Les questions que se pose la rédaction
• Comme le soulignent les auteurs, c’est avant la décompensation aiguë qu’il
faut envisager avec le malade encore capable de participer à la discussion l’attitude
à adopter, pour éviter les éventuels conflits avec les proches.
• La désignation d’une « personne de confiance » prévue en France depuis les
lois Kouchner de 2002 et Léonetti de 2005 rejoint les préoccupations des auteurs,
mais ne modifie en rien leurs conclusions : « les études montrent que sa capacité
à prendre une décision conforme à ce qu’aurait souhaité le patient est limitée
» ; la responsabilité finale revient au médecin.
|