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L'année 2008 du médicament


Médecine. Volume 5, Numéro 2, 59-64, Février 2009, Thérapeutiques

DOI : 10.1684/med.2009.0378

Résumé  

Auteur(s) : Charles Caulin, Hôpital Lariboisière, Paris .

Résumé : L'article ci-dessous est une rétrospective 2008 concernant un choix de spécialités mises à la disposition des prescripteurs (ou retirées du marché). Ce regard est d'abord orienté sur les médicaments utilisables en soins primaires, puis plus rapidement quelques autres à usage plus spécifique, et enfin ceux qui ont disparu... Une telle évaluation est bien sûr incomplète, ne serait-ce que parce que les médicaments récents sont, par nature, encore mal connus et que seul le temps leur donnera leur véritable profil. Les informations citées sont tirées de la banque des éditions du Vidal© (Vidal pro©) et des données de l'Afssaps, de la HAS et de l'EMEA.

Mots-clés : évaluation, médicament

ARTICLE

Cinq nouveaux principes actifs

La mélatonine (Circadin®)

La plainte d'un sommeil insuffisant ou d'une insomnie est fréquente. Il nous a été dit qu'il fallait éviter la prescription d'hypnotiques et notamment de benzodiazépines, mais les conseils d'hygiène du sommeil sont difficiles à exposer et paraissent peu efficaces ou décevants, même pour les patients qui veulent bien tenter de les suivre.

L'utilisation de la mélatonine remonte à plusieurs années, dans divers pays, notamment aux États-Unis et en Europe. C'est une hormone sécrétée par la glande pinéale selon un rythme circadien avec élévation de la tombée de la nuit jusqu'à 2 à 4 h du matin. Elle jouerait un rôle dans l'établissement du sommeil.

Les présentations étaient jusqu'alors soit des « compléments nutritionnels », soit des « préparations magistrales ». Or voici que la mélatonine apparaît avec une AMM européenne dans l'indication « en monothérapie, traitement à court terme de l'insomnie primaire caractérisée par un sommeil de mauvaise qualité chez des patients de 55 ans ou plus ».

La mélatonine était espérée, attendue... mais le dossier présenté n'apporte actuellement qu'un faible niveau de preuve

Trois études (Neurim I, Neurim IV et Neurim V) ont été négatives et n'ont pas permis de conclure. La relation dose-effet n'a pas été parfaitement établie.

Deux études de phase III sont positives chez des patients de 55 ans ou plus souffrant d'insomnie selon les critères du DSM-IV.

• Dans Neurim VII, 188 patients ont été randomisés et ont reçu en double insu mélatonine LP 2 mg ou placebo durant 3 semaines. Le critère principal était la variation du score qualité du sommeil (QOS) d'un questionnaire LSEQ (Leeds Sleep Evaluation Questionnaire).

• Dans Neurim IX, 354 patients ont été randomisés et ont reçu en double insu mélatonine LP ou placebo durant 3 semaines. Le critère principal était le pourcentage de répondeurs définis par une amélioration de la qualité du sommeil (QOS) et du comportement au réveil.

Si les différences constatées sont statistiquement significatives, le bénéfice n'est observé que chez 10 à 20 % des patients et la taille de l'effet thérapeutique est d'interprétation difficile (variation d'échelles subjectives), dans tous les cas réduite (modifications inférieures à 10 mm sur une échelle de 100 mm). Les effets indésirables observés ont été limités. Il n'y a pas eu de traitement supérieur à 3 semaines.

En résumé, les données paraissent très limitées et décevantes

L'avis de la commission de la transparence précise que les différences observées sont modestes et de pertinence clinique limitée. Il remarque également que ces résultats ne concernent pas de patients de plus de 65 ans polypathologiques ou très âgés. La commission de la transparence considère que compte tenu de la faiblesse des données cliniques d'efficacité présentées, le Circadin® n'apporte pas d'amélioration du service médical rendu.

L'exenatide (Byetta®)

L'exenatide est un incrétino-mimétique. L'incrétine est une hormone favorisant la sécrétion de l'insuline par les cellules pancréatiques. L'exenatide est indiquée « dans le traitement du diabète de type 2 en association à la metformine et/ou un sulfamide hypoglycémiant », en injection sous-cutanée à la cuisse, à l'abdomen ou au bras.

Le dossier clinique comporte 6 études

3 études ont été réalisées versus placebo, après échec des antidiabétiques oraux :

­ Étude 112 en association à la metformine chez 336 patients ;

­ Étude 113 en association à un sulfamide chez 377 patients ;

­ Étude 115 en association à metformine et à un sulfamide chez 733 patients.

Le critère d'efficacité était l'évolution de l'hémoglobine HbA1c après 30 semaines de traitement. Par rapport au placebo, sous exenatide, l'hémoglobine HbA1c a diminué d'environ 0,5 à 1 % en 30 semaines (avec relation dose effet entre 5 et 10 mg d'exenatide).

3 études ont été réalisées en comparaison versus insuline (études randomisées ouvertes) :

­ Étude GWAA en association à bithérapie orale metformine +sulfamide chez 455 patients ;

­ Étude GWAD en association à cette même bithérapie orale chez 446 patients ;

­ Étude GWAO en association à une monothérapie metformine ou sulfamide chez 114 patients.

Dans les conditions de ces études, sur le critère hémoglobine HbA1c, l'exenatide n'a pas été inférieure à l'insulinothérapie après 26 ou 52 semaines et a été associée à une perte de poids de 2 à 4 kg.

Effets indésirables possibles

L'exenatide ne semble pas provoquer d'hypoglycémies lorsqu'elle est associée avec la metformine. En revanche, en association avec un sulfamide, le nombre d'hypoglycémies est augmenté d'environ 10 à 20 %. Dans les études versus insulinothérapie, le nombre total d'hypoglycémies n'est pas différent sous insuline et sous exenatide, mais les hypoglycémies nocturnes sont moins fréquentes sous exenatide.

Des anticorps antiexenatide sont apparus chez certains patients.

Des pancréatites aiguës et des interactions avec la warfarine ont également été observées.

Que peut-on en conclure aujourd'hui ?

Les études correctement menées ont montré que l'exenatide pouvait participer au contrôle de l'hyperglycémie exprimée en taux d'HbA1c au cours du diabète de type 2 au prix d'un risque d'hypoglycémie qui doit être expliqué et géré avec le patient. La sujétion est celle d'un traitement injectable.

La question essentielle est celle de l'absence à ce jour d'étude avec des critères d'efficacité clinique. Le but du traitement du diabète est l'espoir de réduire les complications cardiovasculaires et les complications de la microangiopathie. Les critères pertinents d'une étude clinique devraient donc être des critères de morbimortalité : il n'existe aucune donnée pour l'exenatide.

En résumé, en l'absence de ces études, la place de Byetta® ne peut être définie aujourd'hui

À ce jour, la Commission de la transparence estime que l'amélioration du service médical rendu est mineure (ASMR niveau IV) et recommande que la prescription soit limitée à la prise en charge du diabète de type 2 chez les patients traités par l'association metformine et sulfamide hypoglycémiant n'ayant pas obtenu un contrôle glycémique adéquat aux doses maximales tolérées de ces traitements.

La sitagliptine (Januvia® et Xelevia®)

La sitagliptine est également proposée dans le traitement du diabète de type 2. Les problèmes posés au prescripteur sont proches de ceux évoqués pour l'exenatide.

La sitagliptine appartient à la classe des inhibiteurs de la dipeptidylpeptidase-4 (DPP-4). Ces inhibiteurs pourraient augmenter le taux de l'incrétine. Chez les patients diabétiques de type 2, Januvia® et Xelevia® sont indiqués « pour améliorer le contrôle de la glycémie :

­ en association à la metformine, lorsque celle-ci, utilisée en monothérapie avec régime alimentaire et exercice physique, ne permet pas d'obtenir un contrôle adéquat de la glycémie ;

­ en association à un sulfamide hypoglycémiant, lorsque celui-ci, utilisé en monothérapie, à la dose maximale tolérée, avec régime alimentaire et exercice physique, ne permet pas d'obtenir un contrôle adéquat de la glycémie et lorsque la metformine est contre-indiquée ou n'est pas tolérée ;

­ en association à un sulfamide hypoglycémiant et à la metformine, lorsqu'une bithérapie avec ces deux médicaments avec régime alimentaire et exercice physique ne permet pas d'obtenir un contrôle adéquat de la glycémie.

Chez les patients diabétiques de type 2 pour lesquels l'utilisation d'un agoniste des récepteurs PPARgamma (thiazolidinedione) est appropriée, la sitagliptine est indiquée, en association à cet agoniste des récepteurs PPARgamma, lorsque celui-ci, utilisé en monothérapie avec régime alimentaire et exercice physique, ne permet pas d'obtenir un contrôle adéquat de la glycémie ».

Nous pensons que la complexité de ce libellé (européen) traduit la perplexité des évaluateurs lorsqu'ils ont voulu cerner les situations pertinentes de prescription...

Les données cliniques sont issues essentiellement de 3 études cliniques

• 2 études versus placebo (durée 24 semaines) : l'étude 020 en association à la metformine chez 701 patients insuffisamment contrôlés par la metformine, et l'étude 019 en association à la pioglitazone chez 353 patients insuffisamment contrôlés par la pioglitazone.

• Une étude randomisée versus le glipizide, sulfamide hypoglycémiant (traitement de 52 semaines) : étude 024 visant à démontrer la non-infériorité de l'association metformine-sitagliptine versus metformine-sulfamide chez 1 172 patients.

Dans tous ces cas, le critère d'efficacité était l'évolution de l'hémoglobine HbA1c.

Dans les conditions de ces études, l'efficacité hypoglycémiante de la sitagliptine a été mise en évidence (baisse de 0,6 à 0,8 % de l'HbA1c). L'effet n'a pas été inférieur à celui du glipizide.

Effets indésirables

• Essentiellement troubles digestifs, infections, troubles musculosquelettiques (douleurs des extrémités) et réactions cutanées.

• La fréquence des épisodes d'hypoglycémie n'était pas significativement plus élevée que celle sous placebo.

• Après la mise sur le marché, des réactions d'hypersensibilité ont été rapportées : anaphylaxie, angio-oedème, toxidermie exfoliative y compris syndrome de Stevens Johnson. En cas de réaction de ce type, le traitement doit évidemment être immédiatement interrompu.

Que peut-on en conclure aujourd'hui ?

Il est difficile de ne pas se répéter : les études correctement menées ont montré que la sitagliptine pouvait participer au contrôle de l'hyperglycémie exprimée en taux d'HbA1c au cours du diabète de type 2 au prix de risques actuellement encore mal définis. La question essentielle est celle de l'absence à ce jour d'étude avec des critères d'efficacité clinique. Comme précédemment, il n'existe pas d'études de morbimortalité avec la sitagliptine...

En résumé, en l'absence de ces études, la place de la sitagliptine ne peut être définie aujourd'hui

À ce jour la commission de la transparence estime que l'amélioration du service médical rendu est mineure (ASMR niveau IV).

Le vaccin antipapillomavirus Humain types 16 et 18 (Cervarix®)

Le vaccin divalent antipapillomavirus 16, 18 a été enregistré par l'EMEA avec l'indication « prévention des néoplasies intra-épithéliales cervicales de haut grade (CIN de grade 2 et 3) et du cancer du col de l'utérus dus aux papillomavirus humains (HPV) de types 16 et 18 ».

Cette prévention de l'infection à papillomavirus est un espoir majeur. Les données épidémiologiques estiment que l'infection par les génotypes 16 et 18 du HPV est à l'origine d'environ 50 % des lésions précancéreuses du col de l'utérus chez les femmes jeunes et de 70 % des cancers du col.

Données d'efficacité

Une étude de phase II, l'étude HPV-001, a concerné 1 113 femmes et évalué l'efficacité du vaccin dans la prévention des infections liées au HPV de type 16 ou 18. Une étude de phase III, l'étude HPV-008, a concerné 18 644 femmes et évalué l'efficacité versus placebo (vaccin hépatite A) dans la prévention des lésions intraépithéliales de haut grade (CIN2 ou plus). Le suivi moyen a été de 15 mois. La prévention de ces infections peut être considérée comme démontrée. Les effets indésirables observés sont peu significatifs.

Que peut-on en conclure aujourd'hui ?

Cervarix® et Gardasil® ont montré leur efficacité comme vaccins préventifs de l'infection à papillovirus pour les génotypes concernés. La durée de la protection, les données de sécurité à long terme, sont mal connues.

La prévention du cancer du col reste à ce jour un espoir et le libellé des indications traduit plus cet espoir que la réalité des données.

Il est rappelé que certains cancers du col sont liés à d'autres génotypes. Il est essentiel de conserver et de développer le dépistage des lésions du col par frottis.

En l'absence de comparaison entre les deux vaccins, la HAS a recommandé, en l'état actuel des connaissances, le recours préférentiel au vaccin contenant 4 génotypes (le Gardasil®).

En résumé la place du Cervarix® ne peut être définie aujourd'hui

Le dabigatran exetilate (Pradaxa®)

Les traitements anticoagulants se résument jusqu'à maintenant à l'héparine par voie injectable (non fractionnée ou de bas poids moléculaire) et aux antivitamines K par voie orale, mais nécessitent une adaptation selon un suivi biologique parfois aléatoire (chez les sujets âgés ou polymédicamentés ou sujets à des erreurs d'observance...). On attend de nouveaux anticoagulants actifs par voie orale n'imposant pas une surveillance biologique trop difficile à mettre en oeuvre.

Le dabigatran est un inhibiteur direct de la thrombine libre ou fixée à la fibrine. C'est donc un anticoagulant « général » agissant en fin de processus de coagulation. Le développement en cours concerne de nombreuses situations médicales ; il apparaît sur le marché avec la première indication reconnue par l'EMEA. Elle est limitée (et encore éloignée des préoccupations usuelles du médecin de soins primaires) : « prévention primaire des évènements thromboemboliques veineux chez les patients adultes ayant bénéficié d'une chirurgie programmée pour prothèse totale de hanche ou de genou ». L'administration est simple : une gélule, 1 à 4 h après la fin de l'intervention chirurgicale, puis une prise de deux gélules par jour ensuite.

Dossier clinique

Il comporte 2 études de recherche de dose (phase II) dites Bistro I, puis Bistro II chez 1 973 patients et 2 études cliniques randomisées en double aveugle de non-infériorité versus enoxaparine :

• RE-Novate durant 28 à 35 jours en chirurgie programmée de pose de prothèse totale de hanche (chez 3 494 patients)

• RE-Model durant 6 à 10 jours en chirurgie programmée de pose de prothèse totale du genou (chez 2 101 patients).

Le critère principal d'efficacité était un critère composite associant des événements thromboemboliques veineux asymptomatiques détectés à la phlébographie et des événements cliniques (embolies pulmonaires, thromboses veineuses profondes, décès de toute cause). La marge de non-infériorité a été définie à 7,7 % des événements dans RE-Novate et à 9,2 % dans RE-Model et paraît justifiée (1/3 de l'estimation basse de la valeur de la différence d'incidence des événements thromboemboliques entre placebo et enoxaparine). Les hémorragies majeures ou considérées comme cliniquement significatives ont été relevées. Il n'y a pas eu d'hépatotoxicité notée, contrairement à ce qui avait été le cas pour le melagatran autre inhibiteur de la thrombine.

Dans les conditions de ces études, le dabigatran n'est pas inférieur à l'enoxaparine chez les patients ayant une intervention programmée de pose de prothèse totale de hanche ou de genou. Le risque hémorragique n'apparaît pas différent (moins de 2 % d'hémorragies majeures ; moins de 15 % d'hémorragies de tout type).

Que peut-on en conclure aujourd'hui ?

Le dabigatran est un anticoagulant actif par voie orale. Dans l'indication d'intervention programmée de prothèse totale de hanche ou de genou, son efficacité et le risque hémorragique sont du même ordre que ceux de l'enoxaparine. Il ne nécessite pas de surveillance biologique. Les problèmes persistants sont :

­ ceux de la transposabilité des études cliniques à « la vraie vie ». La survenue de vomissements post-anesthésiques peut-elle par exemple compromettre le suivi du schéma thérapeutique optimal ?

­ ceux liés à la prescription chez les sujets très âgés (ayant souvent une fonction rénale altérée) ;

­ ceux liés à la poursuite éventuelle du traitement ;

­ l'absence de comparaison à une antivitamine K.

Les demandes du plan de gestion de risque requis par l'EMEA comportent un recueil exhaustif des cas d'hémorragie et d'hépatotoxicité, des études randomisées Pradaxa® versus warfarine, des études chez les patients à risque et notamment ayant une insuffisance rénale ou à risque hémorragique. La Commission de la transparence a demandé un suivi de cohorte de patients traités en France.

En résumé, le dabigatran est certainement « un médicament à suivre »

Sa place est aujourd'hui limitée à une situation de chirurgie orthopédique programmée et de plus amples investigations sont nécessaires.

Extensions d'indication en soins primaires

Association possible pioglitazone-insuline

La réflexion sur l'utilisation de la pioglitazone (Actos®) rejoint celle exprimée pour les autres antidiabétiques. L'essentiel est la prévention des complications à long terme du diabète. Ceci n'a pas été montré avec la pioglitazone. Au contraire la possibilité de survenue de rétention hydrique et d'insuffisance cardiaque est un élément péjoratif qui doit être pris en compte.

Venlafaxine et trouble panique

Cet inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline était indiqué dans les épisodes dépressifs majeurs (c'est-à-dire caractérisés), y compris la prévention des récidives, dans l'anxiété généralisée, dans l'anxiété sociale (phobie sociale). Il est maintenant reconnu dans le trouble panique avec ou sans agoraphobie.

4 études d'efficacité ont été présentées

Le critère d'évaluation était l'absence de crise de panique durant les 15 jours précédant l'évaluation. La venlafaxine (Effexor®) a été montrée efficace versus placebo dans 2 de ces études, avec bénéfice net pour 10 à 20 % des patients.

Les effets indésirables

Ils associent les effets sérotoninergiques (communs aux inhibiteurs spécifiques de recapture de la sérotonine) et des effets cardiovasculaires.

L'essentiel dans la prise en charge de ce trouble est le choix thérapeutique et notamment la place de l'antidépresseur face à la psychothérapie. Le trouble panique est de longue durée. Le traitement médicamenteux est préventif des nouvelles attaques, ce qui suppose de peser le risque du traitement à long terme préventif face au bénéfice attendu, variable selon les circonstances de survenue de l'attaque de panique. Il faut aussi choisir, si la décision d'un traitement antidépresseur est prise, entre un inhibiteur de recapture spécifique de la sérotonine (comme la paroxétine) et un inhibiteur de sérotonine et noradrénaline comme la venlafaxine.

Duloxétine et douleur neuropathique diabétique périphérique chez l'adulte

La duloxétine (Cymbalta®) est inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, dans la lignée des antidépresseurs actuellement disponibles. L'indication initiale est « traitement des épisodes dépressifs majeurs (c'est-à-dire caractérisés) ». L'indication du traitement de la douleur de la neuropathie diabétique est attribuée à plusieurs antidépresseurs.

Le dossier duloxétine comporte deux essais versus placebo

Une amélioration des douleurs neuropathiques (diminution de 30 % d'une échelle subjective) est observée chez environ 25 % des patients.

Les effets indésirables

Ils sont ceux des inhibiteurs de recapture de la sérotonine (hémorragies, notamment digestives, hyponatrémie), les effets cardiovasculaires des inhibiteurs de recapture de l'adrénaline (hypertension artérielle), ainsi que des hépatites, des syndromes de Stevens Johnson, des interactions médicamenteuses, des troubles de la miction, des rétentions urinaires et un risque suicidaire. Ces risques doivent être pris en compte dans la décision thérapeutique.

En résumé, ces extensions d'indication ne paraissent pas apporter, en fonction des données actuelles, d'avantage thérapeutique « majeur », au prescripteur de soins primaires.

Nouvelles présentations

Ces présentation « nouvelles » (doses unitaires, voies, associations...) peuvent rendre quelques services...

­ Actonel 75® : en une prise mensuelle (2 jours consécutifs par mois), l'acide risédronique à 75 mg ne paraît pas inférieur à une prise quotidienne de 5 mg. Mais les effets indésirables notamment digestifs pourraient être plus fréquents.

­ Avamys® : nouvelle présentation de la fluticasone en pulvérisation nasale dans la rhinite allergique.

­ Exelon® : dispositif transdermique de rivastigmine dans la maladie d'Alzheimer.

­ Geltim LP® : gel ophtalmique de timolol antiglaucomateux.

­ Micardisplus® : association de telmisartan et hydrochlorotiazide dans l'hypertension artérielle.

­ Stalevo® : association de lévodopa, carbidopa et entacapone dans la maladie de Parkinson.

­ Versatis® : emplâtre médicamenteux contenant de la lidocaïne dans le traitement symptomatique des douleurs post-zostériennes.

Médicaments à usage spécialisé

Nouveaux principes actifs, notamment en oncologie et hématologie

- Nilotinib (Tasigna®) : traitement de la leucémie myéloïde chronique chromosome Philadelphie positive.

- Aminolévulinate de méthyle chlorhydrate (Metvixia® crème) : agent photosensibilisant dans le cadre d'une thérapeutique photodynamique de kératoses actiniques et de certains carcinomes cutanés.

­ Lapatinib (Tyverb®) : traitement du cancer du sein métastasé en cas de surexpression du récepteur HER2.

Extensions d'indication

Celecoxib (Celebrex®)
dans les symptômes de la spondylarthrite ankylosante.

­ Imatinib (Glivec®) dans diverses hémopathies malignes et certains fibrosarcomes cutanés.

­ Leveteracitam (Kepra®) dans les crises épileptiques tonicocloniques.

­ Sorafenib (Nexavar®) dans le carcinome hépatocellulaire. La durée de survie est allongée d'environ 3 mois, ce qui est un résultat assez nouveau.

­ Natalizumab (Tysabri®) anticorps monoclonal anti-intégrine de leucocytes dans le traitement de la maladie de Crohn. Rappelons que ce traitement peut entraîner une leucoencéphalopathie multifocale progressive (LEMP) de pronostic redoutable.

­ Capecitabine (Xeloda®) dans le cancer gastrique avancé. Ce médicament est administrable par voie orale.

Médicaments à usage hospitalier

Certains des médicaments à usage spécialisé cités ci-dessus sont essentiellement hospitaliers.

Trois autres sont potentiellement intéressants dans le traitement de l'infection par le VIH en cas de résistance aux traitements classiques (trithérapie avec antiprotéase) bien conduits.

­ Raltegravir (Isentress®) : antiviral inhibiteur de l'intégrase, efficace contre le virus HIV dans certaines situations d'échec de multithérapies antivirales.

­ Maraviroc (Celsentri®) : antiviral antagoniste des récepteurs CCR5, proposé dans le traitement de l'infection par le VIH-1, en association avec d'autres antiviraux après contrôle de détection du tropisme CCR5.

­ Etravirine (Intelence®) : inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse du HIV, proposé lui aussi aujourd'hui dans des situations de résistance aux traitements classiques bien conduits.

Parmi les autres médicaments à usage hospitalier sortis en 2008, on peut enfin signaler l'époétine bêta pégylée (Mircera®), 5e érythropoïétine indiquée dans le traitement de l'anémie de l'insuffisance rénale chronique.

Médicaments des maladies rares

Eculizumab (Soliris®) : immunodépresseur réduisant les besoins transfusionnels au cours de l'hémoglobinurie paroxystique nocturne.

­ Mecasermine (Increlex®) : destinée au traitement à long terme des retards de croissance chez l'enfant et l'adolescent présentant un déficit primaire sévère en IGF-1 (IGFD primaire).

Vente de médicaments en officine « devant le comptoir »

Cette mise à disposition donne au patient la liberté de choisir un médicament adapté à une situation qu'il souhaite prendre en charge sans avis médical : prévention d'un mal des transports, traitement d'un mal de gorge, d'une diarrhée aiguë, d'une toux récente, ou encore aide à la désaccoutumance du tabac ou contraception d'urgence.

Ces médicaments qui n'exigent pas la prescription médicale sont dits « de prescription facultative ». Cette désignation a pris la suite de celle de « médicaments hors liste », notion ancienne qui permettait au pharmacien de délivrer certains médicaments sans ordonnance. La nouveauté réside dans l'accès direct du patient au médicament.

Cette disposition est reconnue depuis de longues années dans différents États américains et européens. Elle suppose, pour qu'elle puisse être développée sans danger pour la santé publique, une information sérieuse et contrôlée des patients sur les situations pouvant être prises en charge sans avis médical, sur les précautions à suivre, sur les dangers médicamenteux. Enfin, un choix de médicaments efficaces et adaptés aux situations d'automédication devrait être proposé. Ce choix est fait en fonction de critères de sécurité (par la mise sur liste de « prescription facultative »), mais hélas pas clairement, en tout cas actuellement, en fonction de critères d'efficacité : il n'est pas certains que tous les médicaments vendus comme antidiarrhéiques ou antitussifs apportent une aide majeure aux patients...

L'automédication risque ainsi de se développer en France sans claire politique d'information et sans claire implication des médecins traitants ce qui est évidemment préjudiciable à tous.

Retraits D'AMM

Le rimonabant (Acomplia®), dérivé cannabinoïde proposé comme anorexigène, bénéficiait d'une AMM européenne depuis 2006. Son efficacité était limitée et l'on pouvait espérer la perte de quelques kilos. Les effets indésirables étaient marqués par des troubles psychiques avec tendance dépressive et parfois idées suicidaires. Cette tendance suicidaire a été confirmée et a conduit à la recommandation de retrait de l'AMM par l'EMEA en octobre 2008 (cf. notre dossier de septembre 2008).

Un dispositif transdermique de fentanyl (Ionsys®) a été mis sur le marché puis retiré en raison d'anomalie du système de diffusion transcutanée.

Conclusion

Certains spécialistes, notamment en oncologie et dans le traitement de l'infection par le VIH ont eu à disposition en 2008 des médicaments potentiellement utiles, pour de petits groupes sélectionnés de patients.

Pour le médecin de soins primaires, l'année 2008 est nettement plus décevante : rien de nouveau sous le froid soleil, il va falloir affronter 2009 avec les armes de 2007... Après tout, peut-être est-ce un bien ? Les médicaments les plus adaptés sont également ceux que l'on connaît de longue date...

On peut surtout retenir qu'il faudra prendre le temps d'expliquer aux patients français les avantages et les aléas des nouvelles procédures de mise à disposition de spécialités d'automédication afin de les guider, le cas échéant, dans leur choix.

Références

­ Banque des éditions du Vidal©/Vidal pro©

­ Site de l'Afssaps : www.afssaps.sante.fr

­ Site de la HAS : www.has-sante.fr

­ Site de L'EMEA : www.emea.europa.eu

Rappelons que toute la documentation de Médecine reste disponible à tous, en libre accès pour tous les articles de plus d'un an, réservée aux abonnés pour les plus récents, sur le site de la revue : www.revue-medecine.com

Rappelons que des recommandations sur la prise en charge du diabète de type 2 ont été publiées par l'Afssaps et la HAS. Les points clés de ces recommandations ont été présentées dans la revue Médecine en mai 2007.

Notes :

  1. L'autre vaccin mis sur le marché est le Gardasil®, vaccin quadrivalent HPV 6, 11, 16 et 18.
  2. Les intégrines se lient à des récepteurs intestinaux et permettent aux leucocytes de migrer dans la paroi intestinale.


 

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