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Qualité et santé. Pour sortir de l'impasse actuelle...


Médecine. Volume 4, Numéro 8, 358-9, Octobre 2008, Concepts et outils

DOI : 10.1684/med.2008.0327

Résumé  

Auteur(s) : Dominique Dupagne , Médecin généraliste, Université Paris VI .

Résumé : Dans le domaine de la santé, le concept de qualité a subi une profonde évolution : initialement centré sur le résultat, il concerne désormais les procédures de soin, aboutissant à leur normalisation. Ce dossier propose une nouvelle approche de la qualité fondée sur un partage et une pondération de la subjectivité.

Mots-clés : qualité des soins, relation médecin patient

ARTICLE

Les articles de ce dossier sont nés d'un débat sur la « Médecine 2.0 », sur le site internet http:/www.atoute.org/

Pourquoi « Médecine 2.0 » ? C'est traduire l'idée d'une évolution majeure de la relation entre le médecin, le malade et la maladie : comme ce nombre « 2.0 » le traduit en informatique, cette évolution est en rupture avec les précédentes (1.1, 1.2... 1.9, 1.9.1, etc.). C'est donc une forme de révolution. Elle reprend le concept de « Web 2.0 » dont elle utilise le principe et les outils.

Quels sont les points forts de cette révolution ?

Les patients créent de la connaissance

Les patients ont eu accès à une information médicale étendue grâce à Internet. Mais après avoir absorbé cette information sans trop savoir quoi en faire, ils créent une nouvelle forme de connaissance de leur maladie, fondée sur leurs échanges d'expériences ou de théories, tout à fait passionnants à défaut d'être scientifiques. Le monde des blogs et surtout des forums fait naître une nouvelle matière médicale qui comble un énorme vide : celui créé par l'appropriation de la maladie par le médecin.

Les patients découvrent ou inventent de nouvelles maladies

La notion de maladie est née de l'observation par un même homme, le médecin, de malades présentant des symptômes proches faisant suspecter une origine commune. Cette période semble être révolue car le médecin n'est plus le passage obligé pour faire circuler l'information : Internet et ses forums fournissent un nouvel outil de communication et d'archivage des observations naïves. Les patients sont en train de créer sur Internet de nouvelles maladies en comparant leurs symptômes. Le médecin n'est plus au coeur de cette néonosologie (ou plus simplement néosologie, la nosologie étant la science qui étudie la classification des maladies).

Le savoir des soignants s'étend lui aussi

Les soignants ne sont pas en reste qui ont accès à une masse d'information considérable en temps réel et peuvent de plus communiquer avec des réseaux de confrères, également en temps réel. À partir d'une connaissance générale de la médecine, le médecin de base peut accéder facilement à un immense savoir lui permettant de se rapprocher de celui de ses confrères spécialistes.

La qualité et la disponibilité de l'information augmentent

La science médicale est déjà et sera de plus en plus rédigée par de nombreux contributeurs qui équilibrent leurs points de vue en se contrôlant mutuellement (exemple Wikipédia), et non par des experts plus ou moins liés à divers lobbies, notamment pharmaceutiques. Contrairement à ce que beaucoup croient, ce n'est pas une régression vers la moyenne ; c'est une progression vers la neutralité qui permet d'exprimer dans le même document des points de vue différents, chacun étant sourcé et accessible (alors que la majorité de la littérature médicale actuelle est verrouillée par les éditeurs de revues scientifiques).

La mesure de la qualité en médecine fera intervenir des critères inhabituels mais enfin pertinents

La mesure de la qualité (des soins, des soignants, des structures) ne fera plus intervenir les éléments objectifs traditionnels (respect de procédures, taux d'infections, complications opératoires, formation du personnel, audits externes...), mais des éléments subjectifs bien plus efficaces comme le taux de familles de médecins soignées dans une clinique, ou le jugement des confrères et des patients.

Quel est le meilleur critère pour définir la meilleure classe de 6e dans un collège ? Est-ce la qualification des enseignants ? Leur âge ? Leur notation académique ? Le taux de passage en 5e ?

Non : C'est celle où les enseignants mettent leurs enfants.

Quel est l'employé d'une entreprise le plus performant ? Est-ce celui que le patron juge le plus efficace ou celui que ses collègues (ou ses clients) jugent le plus utile à l'entreprise ?

L'appréciation de la qualité par les interactions entre les acteurs plus que par le contenu intrinsèque de leurs actions est un des fondements de la réflexion de ce dossier. Les hiérarchies s'estompent pour laisser place à l'émergence d'une intelligence collective, qui va faire céder les barrières du savoir médical et protéger les patients et les médecins de la manipulation de l'information. Un patient mieux informé et qui participe à l'évolution de la médecine par ses apports, un médecin améliorant sa connaissance de la maladie en s'intéressant au point de vue du patient : l'alchimie qui permettra une véritable alliance thérapeutique est en place.

Qualité et santé

Le concept de qualité s'est imposé dans l'organisation et la gestion de la santé publique depuis une vingtaine d'années. La qualité s'appelle accréditation, recommandation thérapeutique ou encore évaluation des pratiques professionnelles. Elle fait intervenir des normes, des référentiels et une logistique qui a pour objectif l'amélioration de la qualité des soins. Notre réflexion est fondée sur trois idées-forces :

• Si c'est l'évaluation de la procédure qui est privilégiée, le risque est grand de voir l'amélioration de la santé des patients passer au deuxième plan.

• Le patient a cédé le pas à la population. Si la procédure est bonne pour la population, elle est censée être applicable à chaque patient. Cette approche réductrice nie la singularité de l'Humain.

• La subjectivité a été progressivement bannie de l'évaluation scientifique. Or la médecine est une science de l'Homme qui est fondamentalement un sujet et non un objet.

Le but de ces articles n'est pas d'asséner de nouvelles vérités, mais de lancer une réflexion sur une nouvelle évaluation de la qualité au sein de la santé. Ils ouvrent un espace de réflexion où chacun est convié à débattre et proposent des solutions pour sortir de l'impasse « normative » où s'est engagé le système de santé :

• Le premier article montre comment cette évolution normative pourrait avoir des effets délétères qui vont à l'encontre de la qualité effective des soins.

• Le deuxième article fait un détour par le moteur de recherche Google qui a révolutionné le classement de l'information grâce à son approche subjective des critères de qualité.

• Dans le troisième article, nous verrons que l'objectivité scientifique, moteur de progrès et de qualité au XXe siècle, atteint aujourd'hui ses limites et doit laisser coexister d'autres approches.

• La « pairjectivité », thème central de ce dossier, est détaillée dans le quatrième article.

• Le cinquième article compare nos procédures qualitatives actuelles à un système pairjectif qui a fait ses preuves depuis 500 millions d'années.

Ces articles évolueront au gré des réactions, critiques et suggestions qu'ils susciteront. Vouloir figer un article définitivement dès sa publication serait aux antipodes des stratégies qualitatives que nous allons détailler. C'est la raison pour laquelle le dossier complet est disponible sur le site http:/www.atoute.org/ Sur internet, l'encre ne sèche jamais. La première publication doit être considérée comme un début, l'amorce d'un dialogue destiné à l'enrichir

Déclaration d'intérêt : Dominique Dupagne est médecin généraliste exerçant à Paris, créateur du site atoute.org, enseignant en médecine générale à Paris VI, consultant dans l'édition médicale (Vidal®), membre du Formindep.

Conflits d'intérêts financiers sur ce thème : néant.

Remerciements : Tous ceux qui ont contribué au débat sur la médecine 2.0, cités dans le désordre Campagnol, autresoir, mariammin, Sybille, à l'ouest..., marcan, somasimple, Pandore, Rapsody, SU(N), Randall, ravel, Jean-Jacques Fraslin et son avatar Dr Hy2.0, Verna, omedoc, Valerianne, letotor, orldiabolo, Groquik, pameline, radiohead, Stéphanie2, thyraguselo, Tin, Katleen, Terence, sepamoi, Annouck, cléo, mowak, Eristikos, Ln2, Ondine, Parrhèsia, delamare georges, jekyll, gustave, marcousse1941, Cafe_Sante, Parrhèsia, Serge et Catherine Frechet, Persouille, dolly_pran, Chéana ; et enfin ma chère épouse qui me reconnecte régulièrement à la réalité.

Notes :

  1. L'emploi de la première personne du pluriel n'est pas une figure de style : cette réflexion s'inscrit dans la continuité des échanges sur le site Atoute.org, observatoire privilégié de l'évolution du monde de la santé avec son million de visiteurs mensuels et ses forums dédiés à la médecine, la santé, leur évolution et leur éthique.
  2. Il en est de même pour la revue Médecine, dont certes l'encre sèche, mais qui peut servir de vecteur à toute réflexion. Le sujet est primordial pour la profession, mais surtout pour les malades, dont on oublie trop qu'ils sont les seuls véritables « destinataires » de toute démarche d'amélioration de la qualité des soins (NDLR).


 

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