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Brèves de pharmacovigilance


Médecine. Volume 4, Numéro 8, 349-50, Octobre 2008, Thérapeutiques

DOI : 10.1684/med.2008.0324


Auteur(s) : Samy Babai, Hélène Brocvielle, Hervé Le Louet, Guy Sonna, Laure Thomas , CRPV Henri Mondor pharmacovigilance - henri-mondor@hmn.aphp.fr .

Mots-clés : iatrogène, antiépileptique, AINS, antibiotique, antiseptique, allergie

Illustrations

ARTICLE

Effet indésirable médicamenteux : 4 % des hospitalisations

Une étude prospective multicentrique ayant pour objectif principal d'estimer l'incidence des hospitalisations motivées par la survenue d'un effet indésirable a été réalisée par le réseau des 31 centres régionaux de pharmacovigilance sur une période de 14 jours consécutifs. Près de 2 700 malades hospitalisés dans des services tirés au sort, à partir de l'ensemble des Centres Hospitaliers Universitaires et des Centres Hospitaliers en France métropolitaine, y ont participé.

Une centaine de cas d'effets indésirables ont été recueillis. Il s'agit surtout d'affections vasculaires (21 %), essentiellement représentées par des hémorragies, des affections du système nerveux (11 %), des affections gastro-intestinales (9 %) et des troubles généraux et anomalies au site d'administration (9 %). Dans un tiers des cas, l'effet a été jugé comme évitable.

Environ 170 médicaments étaient en cause dans la survenue d'un effet indésirable. Les classes pharmacologiques le plus souvent citées étaient les médicaments antithrombotiques (13 %) et les médicaments antinéoplasiques (13 %), suivis par les diurétiques (9 %) et les analgésiques (9 %).

Au total, le nombre d'hospitalisations dues à des effets indésirables médicamenteux en France a été estimé à 3,60 %.

Référence : Afssaps. Compte-rendu de la réunion de la Commission nationale de pharmacovigilance du 25 mars 2008. Sur http://afssaps.sante.fr/htm/1/indcom.htm


Médicaments antiépileptiques : ne pas substituer sans expliquer...

L'épilepsie touche 400 à 500 000 personnes en France dont environ deux tiers sont équilibrés par le traitement. Pour le tiers restant, les crises convulsives peuvent survenir en dépit d'une observance du traitement satisfaisante. Ainsi, plusieurs facteurs favorisants peuvent être à l'origine de ces crises. Une enquête a été mise en place pour savoir si la substitution des médicaments antiépileptiques princeps par leur générique respectif constituait un facteur favorisant supplémentaire dans la recrudescence de crises convulsives. Sur une période de 7 ans, l'ensemble des cas français de crises convulsives, de recrudescence de crises et d'inefficacité thérapeutique rapportés dans la base nationale de pharmacovigilance ou dans les bases de données des laboratoires commercialisant les médicaments princeps et/ou génériques ont été analysés.

À ce jour, la substitution des médicaments antiépileptiques princeps par leur générique respectif ne constitue pas un facteur favorisant de survenue de crises épileptiques. Les données de l'enquête ne permettent pas d'affirmer que les cas rapportés sont liés à un défaut de bioéquivalence des génériques par rapport aux princeps. L'efficacité et la sécurité des génériques ne sont donc pas remises en cause et il est important de rassurer le patient sur ce sujet.

Toutefois, si des réticences ou des craintes persistent chez le patient, le prescripteur peut s'opposer à la substitution en portant la mention « non substituable » sur l'ordonnance. Ce droit peut s'exercer sur un médicament princeps ou générique.

Référence : Afssaps. Lettre aux professionnels de santé : Substitution des médicaments antiépileptiques dans l'épilepsie.


Arrêt de commercialisation de la phénylbutazone

La phénylbutazone (Butazolidine® comprimés et suppositoires) commercialisée depuis 1975 est indiquée chez l'adulte et l'enfant de plus de 15 ans dans le traitement symptomatique de courte durée des poussées aiguës de rhumatismes abarticulaires (périarthrite scapulohumérale, tendinites, bursite), d'arthrites microcristallines (goutte), de radiculalgies sévères ainsi que dans le traitement symptomatique au long cours de certains rhumatismes inflammatoires chroniques.

Malgré un rapport bénéfice/risque en faveur de la phénylbutazone [1], le laboratoire a décidé l'arrêt de sa production et de sa commercialisation. Les motivations de cette décision seraient d'ordre économique : molécule peu coûteuse, tombée dans le domaine du public, population cible restreinte et par conséquent moins rentable.

Les prescripteurs sont invités à informer leurs patients actuellement traités de cet arrêt de commercialisation [2]. Le laboratoire dispose d'un stock résiduel très limité, réservé au maintien sous traitement des patients traités, le temps qu'un traitement substitutif puisse être mis en place. Pour permettre au laboratoire de mieux maîtriser l'utilisation de ce stock, un numéro vert reste ouvert aux pharmaciens d'officine et hospitaliers : Tél. : 0800 940 118.

Références :
Haute Autorité de Santé : examen du dossier des spécialités Butazolidine® 100 mg Comprimé, Butazolidine® 250 mg suppositoire, 18 Janvier 2006.
Novartis Pharma, lettre d'information destinée aux professionnels de santé, 29 avril 2008.


Acide borique : un antiseptique qui peut être à risque

L'acide borique est traditionnellement employé comme antiseptique. Il entre dans la composition de nombreuses spécialités (tableau 1). Son passage systémique, faible à travers une peau intacte, peut devenir important en cas de lésions préexistantes. Il diffuse alors dans l'organisme et traverse la barrière hématoméningée. Une enquête de pharmacovigilance montre que les réactions d'intolérance lors de son utilisation conforme sont principalement des réactions irritatives locales modérées. Cependant, quelques cas d'intoxications sévères au bore parfois fatales, suite à un mésusage de préparations magistrales ou hospitalières d'eau boriquée 3 % ont été rapportés. Nous souhaitons donc attirer l'attention des pharmacies hospitalières, préparatrices de ces eaux boriquées ainsi que des cliniciens prescripteurs de ce traitement (dermatologues, ophtalmologues, ORL...) sur les précautions d'emploi de ces produits. L'utilisation d'eau boriquée doit être évitée :

­ sur des plaies profondes et/ou ;

­ sur une grande surface et/ou ;

­ durant plusieurs semaines ;

­ chez des patients présentant une altération de l'état général.

Par ailleurs, une présentation en poudre (sachet de 30 g d'acide borique) est disponible en officine. La prise d'un seul sachet constitue une dose létale en cas d'intoxication accidentelle chez l'adulte et donc a fortiori chez l'enfant. La boîte contient 15 sachets !

Référence : Afssaps. Bulletin de l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé. Juin 2008. No 41.


Tatouages éphémères : attention aux allergies

Depuis quelques années, les tatouages dits temporaires ou pseudo-tatouages sont proposés, sans aucune régulation, sur les marchés et les plages par des « artistes de rue » en période estivale. Ces tatouages intéressent particulièrement les enfants et les adolescents désireux d'arborer sans autorisation parentale, une « décoration fantaisiste » durant quelques semaines.

Si, pour les tatouages au henné naturel (henné orangé), les complications étaient rares, l'ajout illégal de divers ingrédients dont la paraphénylènediamine (PPD), interdite en application cutanée, s'accompagne de nombreux cas de dermatites de contact [1]. L'éruption est papulo-vésiculeuse, douloureuse et localisée au site du tatouage (cf. figure 1). Elle apparaît 7 à 15 jours après l'application du tatouage. Cet eczéma de contact peut secondairement se généraliser. Il évolue généralement favorablement mais très lentement sous corticoïdes locaux voire per os. Un traitement antibiotique peut s'avérer nécessaire. Les cicatrices hypertrophiques ou chéloïdes sont malheureusement définitives. Plus rarement, des réactions d'hypersensibilités de type 1 (urticaire, angio-oedème, choc anaphylactique) ont été rapportées.

Ces tatouages temporaires (henné noir), sont également responsables de sensibilisations de contact à de nombreux produits. Ainsi, toute personne ayant présenté un eczéma de contact à un tatouage temporaire, contenant a priori de la PPD et étant donc sensibilisé à cet ingrédient, ne pourra plus se colorer les cheveux avec les colorations capillaires contenant cet ingrédient ; c'est-à-dire, à ce jour, toutes les colorations permanentes et semi-permanentes.

Pour réglementer ces substances ou préparations colorantes destinées à créer, par effraction cutanée, une marque sur les parties superficielles du corps, un décret, fixant notamment un système national de vigilance a été promulgué en mars 2008. Désormais, la composition et les concentrations de ces produits doivent être transmises sans délai à l'Afssaps sur simple demande. Quant aux professionnels de santé, ils ont pour obligation de déclarer à cette même instance, tout effet indésirable grave provoqué par un produit de tatouage [2].

Références :
Kluger N, Raison-Peyron N, Guillot B. Tatouages temporaires au henné : des effets indésirables parfois graves. Presse méd. 2008;37:1138-42.
Afssaps. Communiqué du 21 juillet.


 

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