ARTICLE
| Ces dossiers sont issus de textes publiés chaque semaine depuis
quelques années dans Bibliomed. Actualisés si nécessaire
en fonction des données les plus récentes, ils ne résultent
pas d'une revue systématique de la littérature, mais d'une
veille documentaire en continu des principales revues médicales publiant
des études fondées sur les preuves, ou des recommandations
en résultant. Ils ont pour ambition de fournir au médecin
généraliste une actualisation des données sur les questions
pertinentes pour leur pratique retenues par le comité de rédaction. |
L'usage du cannabis, produit classé stupéfiant, reste interdit
en France (loi du 31 décembre 1970). Cette loi a une double conséquence
: le cannabis représente la proportion la plus importante des interpellations
pour usage de stupéfiants (80 %), alors que par exemple les peines d'emprisonnement
prévues par la loi pour sanctionner l'usage seul ne sont pas appliquées
en pratique. Les circulaires de politique pénale recommandent aux procureurs
de privilégier l'orientation sanitaire et sociale, au travers de sanctions
alternatives aux poursuites et à l'incarcération [1]. Il y a eu
en 2005 plus de 90 000 interpellations d'usagers de cannabis : à quelques
exceptions près (2001 et 2005), leur nombre est en hausse constante depuis
plus de 20 ans, et les régions française les plus concernées
ne varient pas depuis 1999 : Ile-de-France (28 % des interpellations), PACA
(10 %), Rhône-Alpes (9 %) et Nord-Pas-de-Calais (8,5 %). Ces « consommateurs
» se sentent-ils en danger et demandent-ils une aide médicale ?
Quel est notre rôle, en tant que médecins généralistes
? Y a-t-il une réponse « sociétale » à cette
question, autre que celle de la répression ? Depuis 2004, un dispositif
de consultations spécialisées, anonymes et gratuites, destinées
aux jeunes consommateurs de cannabis et autres substances psychoactives et à
leurs familles, a été mis en place.
Ce deuxième dossier fait le point des données récentes
sur ce sujet.
Les questions auxquelles répond ce dossier ont fait l'objet de 5 publications
de Bibliomed : 468 du 31 mai 2007, 470 du 14 juin 2007, 471 du 21 juin 2007,
413 du 9 février 2006, 505 du 15 mai 2008.
Qui sont aujourd'hui les consommateurs français ?
Le cannabis est le produit psychoactif le plus consommé en France [3].
Depuis 15 ans, on a noté un doublement des expérimentations et
un triplement des usages répétés [3, 4]. En 2005, on relevait
12,4 millions d'expérimentateurs, 3,9 millions de consommateurs occasionnels
et 1,2 millions de consommateurs réguliers définis par au moins
10 prises dans le mois. Même si la part des adultes a un peu augmenté
ces dernières années, ce sont essentiellement les jeunes qui sont
concernés : 14 % des 18-25 ans sont des usagers occasionnels, 9 % des
usagers réguliers. Qui sont exactement ces consommateurs, quel est leur
type d'usage, quelles sont leurs motivations ? Des données françaises
nous apportent des informations [3-7].
Types d'usage
Pour le cannabis, la fréquence d'usage définit l'expérimentation
(au moins une fois dans la vie), l'usage occasionnel (au moins une fois dans
l'année) et l'usage régulier (au moins 10 fois dans le mois) [3].
Selon l'importance et le risque, trois niveaux sont admis :
* L'usage simple qui peut rester bénin pendant un certain temps, en
particulier s'il apparaît socialement réglé. Il est à
risque, surtout associé à d'autres consommations (alcool, tabac,
autres drogues) ou à la conduite automobile, le travail ou la grossesse.
* L'abus ou usage nocif est une consommation répétée
entraînant des dommages physiques, psychiques, sociaux ou judiciaires.
* La dépendance concerne 10 à 15 % des usagers. Elle est plus
fréquente chez les jeunes, entraînant un besoin du produit pour
toutes les activités [4].
Consommation en France
Depuis le début des années 90, l'expérimentation et l'usage
occasionnel ont crû régulièrement puis se sont stabilisés
depuis 2002 à 31 % et 8 % des 18-64 ans, surtout du fait des jeunes générations,
plus les hommes que les femmes. L'usage régulier continue à croître
[1, 3, 4].
La consommation des adolescents est l'une des plus élevées
d'Europe
Elle occupe la 5e place pour les expérimentations (38 % des 15-16 ans),
1re pour les consommations au cours du dernier mois (22 % des 15-16 ans) [1].
Le début se situe vers 14 ans. En 2000, l'expérimentation concernait
46 % des jeunes de 17 ans, en 2004 50 %. En 2005, 14 % des 18-25 ans ont fumé
du cannabis au cours du dernier mois, 9 % en font un usage régulier et
4 % un usage quotidien. Depuis 2002, une légère baisse s'amorce,
plus nette chez les filles [1, 3, 5].
En 2005, Il y a très peu de consommateurs au-delà de 50 ans
Avant 50 ans, toutes les tranches d'âge sont concernées par l'expérimentation
[3], dans tous les milieux socio-professionnels, sans différences marquées
[4].
La consommation de cannabis est fréquemment associée
Particulièrement chez les jeunes, elle est largement associée
à celle du tabac et de l'alcool, surtout pour les garçons. En
2001, 17 % des garçons de 18 ans avaient une consommation régulière
de tabac et de cannabis, et 8 % de tabac, cannabis et alcool [4].
Motivations et facteurs de vulnérabilité
Vécus et comportements différents selon les adolescents
L'enquête LYCOLL a montré que la fréquence des difficultés
familiales et du passage à l'acte violent est proportionnelle aux quantités
de tabac consommées et à leur cumul avec des drogues illicites.
Viennent s'y ajouter - sans corrélation - les sentiments d'ennui et les
idées dépressives [6].
Facteurs de gravité et de vulnérabilité
Les facteurs de risque sont communs aux trois substances : l'adolescence,
des traits de personnalité (impulsivité, recherche de sensations,
personnalité antisociale), des facteurs génétiques pouvant
être communs avec l'alcool.
La précocité et l'intensité des consommations, particulièrement
avant 15 ans, l'usage à des fins d'autorégulation, voire d'auto-médication,
l'usage solitaire, et aussi les « défonces » répétées
et polyconsommations peuvent aggraver les éléments précédents.
Certains traits de personnalité (besoin de sociabilité, difficultés
relationnelles), des troubles des conduites alimentaires, des idées dépressives,
des problèmes scolaires et familiaux sont autant de facteurs de vulnérabilité.
Par contre, le milieu social n'est pas déterminant [7].
L'association entre abus ou dépendance au cannabis et troubles mentaux
(troubles de l'humeur, tentatives de suicide, troubles des conduites et troubles
de la personnalité antisociale, schizophrénie) a fait l'objet
de nombreuses études. On ne peut dire si la consommation est cause ou
conséquence des troubles. Mais elle semble représenter un facteur
aggravant de certains troubles.
Que conclure pour notre pratique ?
La consommation de cannabis concerne une part importante de la population
des 16-25 ans. La France est parmi les pays européens l'un des
plus touchés. Si l'augmentation de fréquence semble se stabiliser
pour les garçons, elle persiste pour les filles.
L'usage simple reste possible, l'abus n'est jamais loin. Les usages
problématiques ou la dépendance ont des conséquences
importantes psychiques, physiques et sociales, les co-addictions fréquentes.
En soins primaires, la connaissance des modes de consommation et des
consommateurs potentiels permet d'orienter l'offre de soins et de préciser
le rôle des médecins généralistes dans le dépistage
et les soins à apporter à ces patients.
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Les enseignements des « consultations cannabis »
La France est l'un des pays d'Europe les plus touchés par la croissance
de la consommation de cannabis chez les adolescents et les jeunes, le plus souvent
associée au tabac et à l'alcool. Face aux risques que représente
cette situation, la MILDT a mis en place des consultations spécifiques
dans tous les départements. Une étude fait le premier bilan sur
ces « consultants » spécifiques, leurs motivations et les modalités
de consultations proposées [8]. Ces données nous ont paru utiles
pour analyser le rôle possible du généraliste dans ce domaine.
Qui sont les consommateurs consultants ?
L'enquête concerne 15 200 usagers de cannabis, consultants des «
consultations cannabis » créées récemment en France.
Ces consommateurs consultants ont à 90 % entre 14 et 25 ans. L'âge
moyen est de 21 ans, avec des extrêmes de 10 à 59 ans. Parmi eux,
les garçons sont nettement majoritaires (80 %). À 18 ans la majorité
est scolarisée, mais moins que l'ensemble des usagers, (78 % vs. 96 %),
et s'ils le sont c'est plus dans des filières d'apprentissage ou de formation
alternée (25 % vs. 12 %). Les actifs occupés ou en recherche d'emploi
sont majoritaires à partir de 23 ans, avec 20 % de chômeurs.
Le mode de consommation est occasionnel pour 35 % des consultants, régulier
non quotidien pour 20 %, et régulier quotidien pour 45 %. Un tiers est
dépendant, la dépendance croissant avec l'âge. Inversement
la part des usages occasionnels sans nocivité décroît avec
l'âge. En outre la fréquence et l'intensité de consommation
sont fortement corrélées. La précocité des expérimentations
favorise une fréquence élevée d'usage. L'expérimentation
est plus précoce que celle déclarée lors des enquêtes
observationnelles (14,5 ans vs. 15,2).
Les coaddictions sont fréquentes. La quasi-totalité des usagers
dépendants fument du tabac (90 % des usagers réguliers et 93 %
des usagers quotidiens de cannabis) ; près de 20 % des consultants font
un usage régulier d'alcool, augmentant avec la fréquence de consommation
; 1 sur 4 a expérimenté l'ecstasy, à peine plus que ce
qui est déclaré chez l'ensemble des usagers de cannabis.
Quels sont les motifs de consultation ?
Dans 28 % des cas, le consultant est un membre de l'entourage demandant soit
un conseil sur la conduite à tenir vis-à-vis du jeune, soit une
prise en charge ou un soutien psychologique, soit une information sur les risques
et les modalités de prise en charge.
Pour les garçons consultants, 40 % des recours relèvent d'une
injonction judiciaire, 30 % d'une suggestion d'un tiers, 30 % sont spontanées.
Chez les filles, les demandes spontanées sont plus fréquentes
(41 %). Les modes du recours varient avec l'âge : avant 20 ans près
de 50 % sur demande d'un tiers ; entre 20 et 28 ans 46 % sur décision
de justice ; après 29 ans surtout spontanées.
Comment se déroulent ces consultations ?
Plus de 90 % sont des consultations individuelles. Le suivi dépend
du type d'usage diagnostiqué à la première rencontre. L'usage
simple (occasionnel) entraîne 70 % des consultations uniques. Mais il
peut conduire à orienter vers d'autres structures (groupes d'échange
ou de parole, point accueil/écoute...). L'usage nocif ou la dépendance
motivent 73 % des consultations répétées, et souvent l'orientation
vers des structures spécialisées. Un consultant sur 3 ne donne
pas de suite à la première consultation. L'adhésion au
suivi est liée à la facilité et la proximité des
consultations, la profession du clinicien, la présence d'un médecin
à la première consultation. Par contre le motif de consultation
initial n'intervient pas.
Que conclure pour notre pratique ?
Les consultants de ces consultations sont différents de l'ensemble
des consommateurs : ces consultations se font en effet surtout sur demandes
de la justice, de la famille ou d'un tiers : plus de garçons, plus
de consommations importantes et de dépendants. Ce n'est que chez
les plus âgés que les demandes spontanées sont importantes.
Pour faire un repérage des autres consommateurs, le généraliste
semble bien placé, à l'occasion d'une consultation «
banale ». Des études ont montré qu'il est un interlocuteur
privilégié pour les jeunes (90 % des consultants). Divers
outils sont disponibles pour définir le type de consommation [7,
9].
Reste à mettre en oeuvre des méthodes adaptées
à la médecine générale, et à des motivations
aux changements comportementaux très spécifiques dans ce
cas, avec un rapport particulier au risque et aux interdits.
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Consommateurs de cannabis et généralistes
Les risques de la consommation de cannabis ne peuvent plus être banalisés
et négligés [10]. La clientèle des « consultations
cannabis » est loin de représenter la réalité des
consommateurs. À côté de cette prise en charge inévitablement
limitée du problème, il faut sans doute intervenir précocement
chez les usagers et promouvoir ici, comme pour le tabac et l'alcool, une politique
de repérage, d'information et éventuellement d'intervention brève
de professionnels en contact avec les populations à risque (médecins
généralistes, médecins et infirmières scolaires
et du travail).
Chez qui faire un repérage ?
Les consommateurs sont rarement demandeurs : dans les consultations spécialisées,
les demandes spontanées sont minoritaires, et concernent surtout des
usages réguliers. Le repérage et l'information qui peut l'accompagner
sont sans doute plus aisément efficaces au stade précoce, et le
généraliste apparaît comme le professionnel le plus facilement
accepté par les jeunes [9].
C'est à partir d'une consultation banale, pour tout autre motif, parfois
à la demande d'un tiers, que pourra souvent se réaliser l'intervention
du généraliste. Mais cette opportunité reste souvent dans
l'ombre : seule la moitié des jeunes d'une étude ont parlé
de leur problème de consommation [9].
Des facteurs de vulnérabilité seront plus incitatifs : traits
de personnalité, idées dépressives, troubles des conduites
alimentaires, problèmes socio-familiaux [11].
Conduire l'entretien
D'abord aborder la question : plutôt que systématiquement, ce
peut être en présence de signes de vulnérabilité.
La question peut être directe, en respectant l'empathie, l'écoute,
le respect chez des jeunes qui sont souvent dans l'ignorance ou le déni
de la dangerosité [7, 11].
Évaluer la consommation et son niveau de risque : les tests biologiques
sont déconseillés, il faut préférer le dialogue
[7, 11], en s'appuyant éventuellement sur divers questionnaires en cours
de validation (CAST [11], ADOSPA, CAGE-cannabis [7]) qui permettent de préciser
les usages à risque, nocifs, ou la dépendance. Les signes de sévérité
sont les polyconsommations, les consommations solitaires, le repli sur soi,
l'absentéisme scolaire, le début avant 15 ans.
Enfin expliquer et rechercher les conséquences : une information personnalisée
peut aider le patient à éviter le glissement vers la dépendance.
L'explication doit être claire, montrant qu'au-delà du plaisir
immédiat de la consommation, souvent dans un cadre festif, on constatera
très souvent des troubles de mémoire, de l'attention pouvant altérer
les performances scolaires, professionnelles et la conduite automobile. Cela
peut aboutir à une perte de motivation, un désinvestissement voire
une désinsertion scolaire ou sociale, et à des états dépressifs
caractérisés. Il peut aussi survenir des problèmes respiratoires.
Et après le repérage ?
Une intervention brève est possible par le généraliste,
pour peu qu'il se soit formé à l'entretien motivationnel, à
l'image des méthodes proposées pour l'alcool et le tabac (encadré
1). Il s'agit de faire le point sur les circonstances et les contextes de la
consommation, les alternatives comportementales à trouver. Il faudra
aussi soutenir la motivation et peut-être proposer d'autres interventions
plus structurées [7, 10, 11]. Il n'existe aucun médicament spécifique
d'aide sur ce point.
Le recours à des consultations spécialisées peut être
une solution, particulièrement s'il existe des indices d'usage nocif
ou de dépendance, de fortes co-addictions, des troubles psychiatriques
associés.
Chacun d'entre nous est confronté quotidiennement aux très fréquents
échecs des simples conseils à des patients qui fument, boivent,
mangent trop, ne bougent pas assez, ne prennent pas leurs médicaments...
L'entretien motivationnel est un outil modélisé de la relation
patient-médecin dont l'efficacité a largement été
démontrée [13]. Il n'est réservé ni à certaines
catégories de patients, ni à certains modes d'exercice, parfaitement
adapté à la médecine de premier recours. Différents
aspects doivent encore faire l'objet d'études spécifiques, tels
que sa durée, le nombre de rencontres nécessaires, l'influence
de l'expérience du praticien ou de son propre mode relationnel avec ses
patients, mais les résultats actuels suffisent à une large diffusion
et utilisation de la méthode. Tous insistent sur la nécessité
d'une formation spécifique, qui demande quelques heures. Elle concerne
la formation initiale et la formation continue des médecins.
Que conclure pour notre pratique ?
La consommation de cannabis ne doit plus être banalisée,
particulièrement chez les jeunes. Les risques et conséquences
sont bien identifiés [10].
Le repérage des consommateurs et des consommateurs à risque
est réalisable au mieux en soins primaires. Le généraliste
est ici bien placé. Des outils sont disponibles pour identifier
la consommation et sa gravité. Mais il faut surtout une qualité
d'écoute, un respect de la personne pour mettre en place une relation
thérapeutique durable [7, 10, 11].
Au-delà du repérage, la prise en charge du patient à
risque est faisable par le généraliste, pour peu qu'il se
soit formé à des techniques de communication simples du
type entretien motivationnel [12].
Mais le changement de comportement nécessite souvent des intervenants
multiples, tels qu'il en existe dans les structures spécialisées
auxquelles il ne faut pas hésiter à avoir recours [10, 11].
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Encadré 1.
Entretien motivationnel : concepts et mise en oeuvre [12]
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| Côté patient, 3 concepts |
Côté médecin, 3 principes |
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Ambivalence
Quel que soit le choix (changer ou ne pas changer), il présente
pour le patient des coûts et des bénéfices.
C'est donc à lui de formuler les raisons, les avantages et
inconvénients d'un éventuel changement. Cela prend
parfois du temps, alors que la situation médicale semble
recommander une prescription d'urgence, mais c'est indispensable...
Lenteur du processus
Tout changement lié aux habitudes de vie nécessite
plusieurs étapes successives ou intriquées : précontemplation
(je ne suis pas concerné), contemplation (je suis indécis),
préparation au changement, puis action et maintenance, parfois
rechutes. Durant ce long processus, le déni ou la résistance
sont les principaux obstacles.
Un choix personnel
Une fois le patient prêt au changement, c'est encore à
lui de fixer les objectifs et le rythme de prise en charge, même
si cela paraît insuffisant.
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Empathie
Style chaleureux et bienveillant, bonne qualité d'écoute.
Prise en compte des préoccupations et priorités
du patient, au stade où il en est.
Valorisation des objectifs que le patient s'est lui-même
fixés, quand vient le moment du changement. Pour
répondre aux inévitables résistances, l'entretien
motivationnel les prend en compte en les reformulant, donnant de
l'information de manière neutre.
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Cannabis : quelle prise en charge « sociétale » ?
La consommation de cannabis est largement répandue dans la population,
notamment jeune [1]. Ses dangers sont bien connus, qu'il s'agisse de ses effets
somatiques, du risque de dépendance induit, ou des effets cognitifs ou
psychiatriques. Malgré cela, une minorité seulement des consommateurs
demande une aide médicale. Les « consultations cannabis » récemment
mises en place concernent une population bien particulière, surtout à
la demande de la justice, de la famille ou d'un tiers. Si le généraliste
est au premier rang des intervenants possibles chez ceux qui ne demandent rien,
il ne peut être considéré comme le « gardien »
d'une société à la dérive, ni assumer seul les responsabilités
de la prise en charge. La société française de 2008 commence
à prendre acte d'une responsabilité plus globale que celle de
la simple répression.
Consommation stable, mais élevée en France
En 2005, plus de 12 millions de français âgés de 12 à
75 ans déclaraient avoir consommé du cannabis au moins une fois
dans leur vie. La part des consommateurs réguliers est en hausse. Les
données les plus récentes (ESPAD 2003, ESCAPAD 2005, Baromètre
santé INPES 2005) montrent que l'usage de cannabis a augmenté
chez les adolescents de manière importante dans la décennie 90.
La France figure parmi les pays les plus consommateurs en Europe tant chez les
jeunes adultes que les adolescents [1, 2].
Le coût social du cannabis en France
Il inclut les dépenses de prévention, de répression,
de soins, et les manques à gagner induits. Les dépenses de médecine
ambulatoire ne sont pas connues, faute de données épidémiologiques,
mais celles de l'hôpital atteignent près de 10 Me par an. S'y ajoutent
350 Me pour les pertes de production, revenus et prélèvements
obligatoires imputables au cannabis, du fait de l'accidentologie routière
ou des périodes d'hospitalisation ou d'emprisonnement, 500 Me pour la
répression, 40 Me pour la prévention. Le coût social annuel
total du cannabis est donc proche de 1 milliard d'e, soit en 2003 0,06 % du
PIB, 15 e par habitant, à mettre en parallèle avec les 599 e de
l'alcool (2,37 % du PIB) et 772 e du tabac (3,05 %) [1].
L'évolution de la législation
L'usage de cannabis, son achat et sa détention sont interdits en France
par la loi du 31/12/1970, la conduite sous l'emprise de stupéfiants depuis
la loi du 3/2/2003. En 2005, 90 000 personnes ont été interpellées,
21 000 dépistages de stupéfiants effectués sur les routes,
relevant 5 000 infractions (dont 900 avec alcool). La législation européenne
va globalement, au moins de fait, vers une dépénalisation. Selon
la plupart des études, cela influence peu la consommation de
cannabis. Elle n'est pas plus élevée dans les pays aux législations
les plus libérales, comme au Pays-Bas, où la vente est libre dans
certaines conditions [2]. Le mode « tout répressif » n'a pas
fait la preuve de son efficacité. En France, les affaires d'usage sont
de plus en plus fréquemment traitées par une mesure alternative
aux poursuites (80 % des procédures en 2005, contre 56 % en 2002) [1].
L'approche préventive
Depuis le rapport Parquet de 1997, 3 plans gouvernementaux se sont succédé
: 1999-2001 (abandon du « tout répressif » pour un « préventif
» moins centré sur les produits eux-mêmes que sur les comportements
d'usages, les facteurs de risques et de protection) ; 2004-2008 (programme spécifique
cannabis visant à modifier la perception des risques induits) ; 2007-2011
(nécessité de coupler démarche informative et travail sur
les représentations, pertinence des méthodes interactives, du
développement de compétences psychosociales...). Les idées
ont avancé, les actions restent floues... La première intervention
concrète de l'État a été la diffusion, en 2006,
d'un guide d'intervention en milieu scolaire, du CM2 à la terminale ;
puis 2 campagnes itinérantes, en lien avec les partenaires institutionnels
locaux (une quinzaine de villes en 2006) ; des campagnes médiatiques
grand public, mais si les non consommateurs se sentent concernés, les
consommateurs sont moins convaincus... ; une campagne cannabis/sécurité
routière. Ces actions sont prolongées par une action de «
téléphonie sociale » : « DIS » et « Écoute
cannabis » cumulent jusqu'à 500 appels/j [1].
Que conclure pour notre pratique ?
Le cannabis est le produit illicite le plus largement disponible. Sa
consommation régulière peut parfois conduire à la
dépendance et présente des dangers immédiats et à
plus long terme. « Il est irrationnel de vouloir, à tout prix,
diaboliser le produit, mais prétendre l'inverse sans arguments
objectifs, n'est pas non plus recevable » [1].
La prise en charge sociétale du « phénomène
cannabis » s'est longtemps résumée en France à
son versant répressif, à la fois inefficace et inadapté.
« Schématiquement, le cannabis sépare les seniors,
plutôt contre (encore que...), des jeunes, plutôt pour »
[1]. L'évolution récente commence à envisager une
prise en charge plus adaptée à la complexité du problème.
Elle devrait nous aider - nous, médecins - à aborder plus
sereinement la question.
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Références
- OFDT. La consommation de cannabis en France. Sur www.ofdt.fr. consulté
le 25/3/07
- INSERM. Expertise collective. Cannabis. Quels effets sur le comportement
et la santé. Paris; Inserm: 2001 (MAJ 2004).
- Beck F, Legleye S, Spilka S, Briffault X, Gautier A, Lamboy B, et al. Les
niveaux d'usage des drogues en France en 2005. Tendances. 2006;48:1-6. Sur
www.ofdt.fr
- Costes JM, Beck M, Legleye S, Palle C. Épidémiologie des
usages de cannabis. Rev Prat. 2005;55:17-22.
- Beck F, Leglaye S, Spilka S. Les drogues à 17 ans. Résultats
de l'enquête nationale ESCAPAD 2005. Tendances. 2006;46:1-4.
- Binder Ph. Tabac, cannabis et investissements relationnels. Enquête
épidémiologique sur 3 800 adolescents. Rev Prat Med Gen. 2003;17(607):428-33.
- Delile JM. Usages du cannabis : repérage et évaluation des
facteurs de gravité. Rev Prat. 2005;55:51-63.
- Obradovic I. Premier bilan des « consultations cannabis ». Tendances.
2006;50:1-6 Sur www.ofdt.fr
- Chinet L, Meynard A, Narring F. Consommation de cannabis chez les adolescents
et jeunes adultes, la pointe de l'iceberg. Med Hyg. 2003;61:1786-92.
- Sanchez M, Karila L. Sur la banalisation du cannabis et de notre responsabilité
médicale. Presse Med. 2006;35:739-41.
- INPES. Repérage précoce de l'usage nocif du cannabis Document
réservé aux professionnels. www.inpes.sante.fr 2006
- Collectif. Peut-on, et comment, changer les comportements à risque
? Bibliomed. 2006:413.
- Rubak S, Sandbæk A, Lauritzen T, Christensen B. Motivational interviewing:
a systematic review and meta-analysis. Br J Gen Pract. 2005;55:305-12.
En résumé : Cannabis
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- La consommation de cannabis concerne une part importante de la population
des 16-25 ans. Elle semble se stabiliser chez les garçons, continue
à augmenter chez les filles.
- L'usage simple reste possible, l'abus n'est jamais loin.
- Les consultants des « consultations cannabis » sont différents
de l'ensemble des consommateurs, notamment parce qu'elles se font surtout
sur demandes de la justice, de la famille ou d'un tiers.
- Le repérage des consommateurs et des consommateurs à
risque est réalisable au mieux en soins primaires. Le généraliste
est bien placé. Il faut surtout une qualité d'écoute,
un respect de la personne pour mettre en place une relation thérapeutique
durable.
- Au-delà du repérage, la prise en charge du patient à
risque est faisable par le généraliste, pour peu qu'il se
soit formé à des techniques de communication simples du
type entretien motivationnel.
- La prise en charge sociétale du « phénomène
cannabis » s'est longtemps résumée en France à
son versant répressif, à la fois inefficace et inadapté.
L'évolution récente commence à envisager une prise
en charge plus adaptée à la complexité du problème.
Elle devrait nous aider - nous, médecins - à aborder plus
sereinement la question.
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