ARTICLE
On considère qu'un couple est infertile s'il reste sans enfants après
deux ans de rapports sexuels sans aucune contraception. Il faut donc dédramatiser
la situation lorsqu'un couple jeune consulte au bout de quelques mois de désir
de grossesse, prendre le temps d'expliquer la reproduction naturelle. À
l'inverse, les moyens pour permettre un diagnostic et mettre en place un traitement
adapté devront être mis en oeuvre plus rapidement lorsque le couple
consulte à un âge plus tardif.
Il n'y a aucune raison de prescrire ou de pratiquer des explorations pour
un bilan de stérilité, chez un couple ayant des rapports sexuels
réguliers sans méthode contraceptive depuis moins d'un an, sauf
si la femme a plus de 35 ans ou a des troubles du cycle patents, ou s'il existe
une pathologie de l'appareil génital connue ou suspectée chez
l'homme ou la femme.
Que demander ?
Au couple
Il est nécessaire d'en connaître la durée de vie commune,
la notion d'absence pour cause professionnelle ou autre d'un des deux conjoints
depuis le début de leur désir de grossesse, les horaires, la nature
(notion d'exposition à des agents chimiques, à la chaleur...)
et la pénibilité de leur travail, la sexualité du couple
(fréquence et qualité des rapports sexuels, leurs moments par
rapport au cycle menstruel), les antécédents familiaux (notamment
la difficulté à concevoir ou l'existence de fausses couches chez
d'autres membres de la famille), une éventuelle consanguinité,
une conduite addictive (tabac, alcool, autres drogues).
Est-ce une première union pour les deux ? L'un des deux a-t-il déjà
eu des enfants d'une précédente union, dans quelles conditions
(spontanément, après traitement de stérilité) ?
Ces questions ne pourront pas toujours être abordées dès
la 1re consultation mais devront alors être posées ultérieurement.
À la femme
On précisera les traitements en cours, l'activité sportive,
l'alimentation. Certains éléments peuvent orienter vers une cause
de l'infertilité ou influencer une grossesse future (demander les comptes
rendus opératoires des interventions gynécologiques et obstétricales,
le groupe sanguin, le statut sérologique : rubéole, toxoplasmose,
le cas échéant Chlamydiae trachomatis) :
- sur le plan médical : diabète, HTA, pathologie thyroïdienne,
phlébites et embolie pulmonaire, anorexie, pathologie psychiatrique,
transfusion sanguine ;
- sur le plan chirurgical : chirurgie abdomino-pelvienne en notant les suites
opératoires (une appendicite et une péritonite appendiculaire
n'entraînent pas les mêmes conséquences sur la fertilité)
;
- sur le plan gynéco-obstétrical : âge des premières
règles, régularité et durée des cycles, dysménorrhée,
dyspareunie, syndrome prémenstruel (évoquant une insuffisance
lutéale), notion d'une période de spanioménorrhée
ou d'aménorrhée, prise de contraception et son type, infection
pelvienne (endométrite, salpingite) et le traitement instauré,
grossesses et leur déroulement (pathologie pendant la grossesse et mode
d'accouchement, fausse couche avec ou sans curetage, grossesse extra-utérine
traitée médicalement ou chirurgicalement), pathologie du col (conisation,
laser). Des douleurs pelviennes chroniques, dysménorrhées, dyspareunies,
dysurie, douleurs à la défécation, le caractère
cataménial de ces signes, pourront orienter vers une endométriose.
À l'homme
Sur le plan médical, une pathologie pulmonaire (dilatation des bronches,
mucoviscidose), un diabète compliqué de neuropathie (risque d'éjaculation
rétrograde, de troubles de l'érection), une hernie discale sont
en général déjà connus. Les troubles de l'olfaction
du syndrome de Kallman-De Morsier sont exceptionnels
Plus spécifiquement, divers antécédents urogénitaux
: malformation urétrale, trouble de la puberté, infection génito-urinaire
(urétrite, orchi-épididymite, prostatite) ou oreillons compliqués
d'une orchite à la puberté, cryptorchidie (traitée médicalement
ou chirurgicalement), torsion ou traumatisme testiculaire, cure de varicocèle
seront recherchés. Une chirurgie abdominale (en particulier cure de hernie
inguinale dans l'enfance) a pu entraîner une section du canal déférent.
Que rechercher ?
Chez la femme
* Une surcharge ou une insuffisance pondérale (poids, taille, indice
de masse corporelle), une hyperthyroïdie (tachycardie, palpation de la
thyroïde), responsables de troubles de l'ovulation.
* Une galactorrhée, une hyperandrogénie (acné, hirsutisme,
hypertrophie clitoridienne), une dysthyroïdie responsable d'aménorrhée.
* L'examen gynécologique peut révéler divers problèmes
: malformation vaginale (cloison) ou utérine (utérus bicervical),
anomalies du col utérin, utérus polyfibromateux, masse latéro-utérine,
signes d'endométriose : nodule bleuté au niveau du cul-de-sac
vaginal postérieur ; douleur à la mise en tension des ligaments
utérosacrés, utérus rétroversé fixé,
masse latéro-utérine (endométriome).
Chez lhomme
De la même manière, on examine le partenaire sur un plan général
: morphotype, pouls, tension artérielle, pilosité pubienne et
axillaire (imprégnation en testostérone), recherche d'une gynécomastie
(hyperprolactinémie, testostérone basse).
L'examen génital recherchera :
- un hypospadias ;
- une varicocèle (plus fréquent à gauche) en palpant
le cordon spermatique, le patient étant debout ;
- examen de la prostate au toucher rectal (apprécier sa sensibilité,
sa consistance) ;
- examen du scrotum :
*un testicule normal a un volume de plus de 15 ml, est non douloureux et ferme
à la palpation ;
*l'épididyme doit être palpé de la tête vers le corps
et la queue : en cas d'agénésie épididymodéférentielle,
seule une portion non dilatée est perçue ; en cas d'obstruction
distale, il peut être dilaté ; en cas de séquelles d'infection,
des nodules durs et indolores peuvent être palpés sur son trajet
; *le canal déférent sera absent en cas d'agénésie
déférentielle.
Examens de 1re intention
À l'issue de l'entretien et de l'examen clinique, certains éléments
peuvent orienter d'emblée. En absence de causes évidentes, il
faut poursuivre l'exploration minimale du couple infertile [1].
La femme
Courbe ménothermique
Elle permet d'apprécier la qualité du cycle menstruel (présence
d'une ovulation et à quelle date, évaluation de la 2e phase du
cycle). Elle est basée sur l'élévation thermique liée
à la sécrétion de progestérone par le corps jaune.
Elle devra être réalisée sur une période maximale
de 3 mois. En cas d'aménorrhée, elle ne sera bien sûr pas
demandée. La patiente devra noter sa température prise par voie
rectale tous les matins avant le lever, à partir du 1er jour des règles,
à horaire fixe. Sur les courbes ainsi réalisées, elle marquera
ses règles, les dates des rapports sexuels, d'éventuels saignements
intermenstruels ou douleurs pelviennes, les thérapeutiques prises.
En 1re partie, la température est basse. L'ovulation se fait au point
le plus bas de la courbe (nadir), normalement vers le 14e jour. Il y a ensuite
un décalage thermique d'au moins 0,3 oC qui se poursuit pendant un minimum
de 11 jours (plateau thermique).
En cas d'anovulation, la courbe est plate. Une dysovulation peut se révéler
par une ovulation trop tardive avec un plateau thermique court. En cas de difficulté
d'interprétation de la courbe thermique, un dosage de la progestéronémie
en 2e partie de cycle (J21) pourra s'avérer utile pour vérifier
la qualité de l'ovulation et du corps jaune (progestéronémie
> 10 ng/mL).
Dosages hormonaux
Ils permettent d'explorer l'axe hypothalamo-hypophyso-ovarien. Ils sont réalisés
au 3e jour du cycle et comprennent au minimum le dosage de la FSH (follicle
stimulating hormone), de l'oestradiol, de la LH (luteinising hormone), de la
prolactine. Ce bilan est complété par un dosage de la TSH-US (thyreostimuline
hormone ultrasensible) à la recherche d'une dysthyroïdie et par
celui de l'AMH (antimüllerian hormone) qui peut être dosée
à n'importe quel moment du cycle.
Le dosage de la FSH doit être interprété en fonction des
résultats du dosage de l'oestradiol. C'est un reflet de la réserve
ovarienne. Une élévation de la FSH détecte une insuffisance
ovarienne primitive (FSH > 40 UI/L), une diminution de la réserve
ovarienne (FSH > 10 UI/L ou FSH normal avec oestradiol > 60 pg/mL) [2].
Une FSH basse dans un contexte d'aménorrhée traduit une insuffisance
hypophysaire.
Une élévation de la LH est en faveur d'un syndrome des ovaires
polykystiques, mais n'est pas nécessaire pour faire le diagnostic [3].
À l'inverse, une LH basse évoque une pathologie hypothalamo-hypophysaire.
Une élévation modérée de la prolactine (< 5
fois la normale) doit être contrôlée avant de conclure à
une hyperprolactinémie. Après avoir éliminé une
cause médicamenteuse, une hypothyroïdie, un syndrome des ovaires
polykystiques, une imagerie par résonance magnétique cérébrale
sera demandée en 2nde intention à la recherche d'un adénome.
Le taux d'AMH est corrélé à la réserve ovarienne.
Son dosage peut se faire à n'importe quel moment du cycle. Une valeur
basse (< 2 ng/mL) est péjorative. Par contre, son taux est élevé
en cas de syndrome des ovaires polykystiques.
Lorsque l'interrogatoire et l'examen clinique sont évocateurs d'une
hyperandrogénie et/ou de troubles du cycle, un dosage des androgènes
(testostérone, D4-androstènedione, 17ahydroxyprogestérone,
sulfate de déhydroépiandrostérone) et de la SBHG (sex binding
hormon globulin) sera effectué. L'élévation de la 17ahydroxyprogestérone
(10 ng/mL) est spécifique d'un déficit surrénalien en 21-hydroxylase.
Le sulfate de déhydroépiandrostérone est produit uniquement
par les glandes surrénales et son élévation franche est
un signe de tumeur virilisante surrénalienne.
Échographie pelvienne
C'est un moyen simple, non invasif permettant d'explorer les causes ovariennes
et utérines de l'infertilité :
- au 3e jour du cycle : le comptage des follicules antraux permet d'explorer
la réserve ovarienne. Elle est diminuée lorsque l'on retrouve
moins de 6 follicules entre 4 et 10 mm entre les deux ovaires [4] ;
- en milieu de cycle : on recherche un follicule pré-ovulatoire et
on vérifie la qualité de l'endomètre (épaisseur
> 7 mm, aspect en triple feuillet).
L'échographie permet de diagnostiquer une kyste ovarien (fonctionnel,
endométriome, dermoïde), un syndrome des ovaires polykystiques (6
12 follicules de taille < 10 mm par ovaire et/ou un volume ovarien > 10
cm3) [3], une anomalie utérine (malformation utérine, fibromes,
polypes), une endométriose.
Hystérosalpingographie
Elle fait partie du bilan de 1re intention [1] pour vérifier l'absence
d'anomalie tubaire. C'est un examen radiographique contrasté avec une
opacification rétrograde de la cavité utérine et des trompes.
Elle est réalisée en 1re partie de cycle (afin d'éviter
une grossesse débutante) en dehors d'une période de métrorragie
(risque de reflux endométriaux dans la cavité péritonéale
pouvant favoriser une endométriose). Ses contre-indications sont l'allergie
aux produits iodés, l'infection génitale. En cas d'antécédent
infectieux, l'examen sera encadré par une antibiothérapie préventive
(amoxicilline 2 g/j pendant 8 jours à débuter 3 jours avant l'examen).
En cas de cycles irréguliers, un dosage plasmatique de b-HCG est demandé
avant sa réalisation. Elle comprend 5 clichés : sans préparation,
de remplissage, d'évacuation, de profil et tardif (réalisé
20 minutes après l'examen) pour apprécier le passage péritonéal.
Elle permet de mettre en évidence :
- une anomalie utérine : utérus cloisonné ou bicorne,
utérus Distilbène, polype, synéchie, béance cervicale
;
- une imperméabilité tubaire : uni ou bilatérale, proximale
ou distale ;
- des signes d'endométriose tubaire et/ou d'adénomyose.
Il existe des faux positifs d'imperméabilité tubaire par mauvais
remplissage de la trompe dû à un problème technique (fuite
cervicale du produit de contraste, remplissage insuffisant), à un spasme
tubaire. Une coelioscopie de 2nde intention permet le cas échéant
de lever le doute.
L'homme
Spermogramme/spermocytogramme
Il est demandé soit en 1re intention devant un signe d'appel anamnestique
ou clinique, soit après un test de Hühner négatif à
au moins deux reprises. Le prélèvement se fait dans un laboratoire
de référence, par masturbation, après 3 à 5 jours
d'abstinence. En cas d'altération du spermogramme, il faut faire un nouveau
contrôle à 3 mois avant de conclure car les paramètres spermatiques
peuvent varier dans le temps [5] et la durée de la spermatogenèse
est de 74 jours. Les valeurs normales du spermogramme sont définies par
l'OMS [6] (tableau 1). À partir
d'un taux de leucocytes > 100 000/mL, un bilan infectieux doit être
réalisé (spermoculture, ECBU, prélèvement urétral).
Devant une azoospermie ou une oligoasthénospermie sévère,
un caryotype, une recherche de microdélétion sur le chromosome
Y et des dosages hormonaux (testostérone, FSH, Inhibine B) seront demandés
en 2nde intention pour déterminer la cause de l'anomalie spermatique.
Explorations échographiques
L'échographie est scrotale et/ou endorectale. Elle n'est pas systématique
mais pourra être demandée en fonction des antécédents
(cryptorchidie, torsion testiculaire, prostatite), de l'examen clinique (atrophie
testiculaire, testicule irrégulier, anomalie à la palpation de
l'épididyme...) ou devant une azoospermie ou une oligoasthénospermie
sévère à la recherche d'une tumeur testiculaire.
Le couple : test post-coïtal de Hühner
Il permet de vérifier la qualité de la glaire (score d'Insler)
et d'évaluer le nombre et la mobilité des spermatozoïdes
dans la glaire cervicale [7]. Pour être interprétable, il doit
être réalisé en période préovulatoire (entre
le 12e et le 14e jour du cycle en cas de cycles réguliers de 28 jours
et/ou en présence d'un follicule pré-ovulatoire à l'échographie
pelvienne). Il est effectué idéalement 12 heures après
un rapport sexuel avec une abstinence préalable de 3 jours. On informe
la patiente de ne pas faire de toilette vaginale. En pratique, il ne faut pas
être trop strict sur les conditions de réalisation du test car
on risque de « bloquer » le couple. Parfois, en expliquant ce test,
on peut déjà corriger des facteurs d'infertilité (rapports
sexuels en dehors de la période ovulatoire, toilette vaginale «
agressive » après les rapports). Il faut aussi dire au couple qu'un
seul test négatif ne permet pas de conclure et doit être répété.
Le test post-coïtal est interprétable que si le score d'Insler est
correct (> 8/12) (tableau 2).
Déclaration d'intérêts : L'auteur est gynécologue
dans le département de gynécologie obstétrique et médecine
de la reproduction du CHU de Rennes
Conflits d'intérêts financiers sur cet article : néant
Références
- Afssaps. Les médicaments inducteurs de l'ovulation. Recommandation
de bonne pratique. 2004.
- Hazout A, Bouchard P, Seifer DB, Aussage P, Junca AM, Cohen-Bacrie P. Serum
antimullerian hormone/mullerian-inhibiting substance appears to be a more
discrimi-natory marker of assisted reproductive technology outcome than follicle-stimulating
hormone, inhibin B, or estradiol. Fertil Steril. 2004;82(5):1323-9.
- Revised 2003 consensus on diagnostic criteria and long-term health risks
related to polycystic ovary syndrome (PCOS). Hum Reprod. 2004;19(1):41-7.
- van Rooij IA, Broekmans FJ, Scheffer GJ, Looman CW, Habbema JD, de Jong
FH, et al. Serum antimullerian hormone levels best reflect the reproductive
decline with age in normal women with proven fertility: a longitudinal study.
Fertil Steril. 2005;83(4):979-87.
- Cooper TG, Jockenhovel F, Nieschlag E. Variations in semen parameters from
fathers. Hum Reprod. 1991;6(6):859-66.
- Organisation WH. WHO Laboratory Manual for the Examination of Human Semen
and Sperm-Cervical Mucus Interaction. Cambridge University Press ed. Cambridge;
1999.
- Zorn JR. Current place of the Huhner test in the work-up of couple infertility.
Gyne-col Obstet Fertil. 2006;34(2):142-6
En résumé : première consultation pour infertilité
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- L'origine de l'infertilité est souvent plurifactorielle. Une
cause évidente ne doit pas faire oublier de rechercher d'autres
causes.
- Il faut savoir prendre le temps d'écouter le couple, expliquer
les différents examens demandés afin d'instaurer une relation
de confiance.
- À partir de cette 1re consultation et des résultats
des divers examens, l'origine de l'infertilité peut souvent être
évoquée. D'autres examens seront demandés en fonction
des résultats.
- Les 2 grands écueils à éviter : se précipiter
sur les examens complémentaires et devenir iatrogène ; à
l'inverse, être trop attentiste et diminuer les chances de grossesse
du couple en ne les prenant pas en charge assez rapidement.
- 10 % des infertilités restent inexpliquées.
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