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Hyperactivité vésicale : quels médicaments ? Première partie : les « anciens »


Médecine. Volume 4, Numéro 3, 106-8, Mars 2008, Thérapeutiques

DOI : 10.1684/med.2008.0251

Résumé  

Auteur(s) : B. Mintzes, V.M. Musini, T.L. Perry, J.M. Wright , 1 University of British Columbia .

Résumé : Ce premier texte a été publié en anglais dans le numéro 57 (septembre-décembre 2005) de la Therapeutics letter2, publication indépendante du département de pharmacologie et thérapeutique de l'Université de Colombie britannique (Canada). Il nous a semblé intéressant de le publier en français à l'intention des lecteurs de Médecine avec son complément sur l'apport des « nouveaux médicaments » dans ce domaine (prochain numéro), avec l'accord de Jim Wright, directeur de la Therapeutics letter. La synthèse présentée ci-dessous, résultat d'une recherche systématique des auteurs et du comité de rédaction, a été soumise à la relecture de 40 experts et généralistes afin de corriger d'éventuelles incohérences et de vérifier que l'information - fond et forme - correspondait bien à l'approche clinique du problème.

Mots-clés : anticholinergique, incontinence, vessie

Illustrations

ARTICLE

Les patients qui souffrent d'un syndrome de « vessie hyperactive » présentent les symptômes suivants : mictions impérieuses, pollakiurie ou incontinence par impériosité mictionnelle [1]. Ces symptômes ne sont pas vitaux, mais peuvent être cause de désagrément et d'inconfort. L'incontinence, qui pose le plus de problèmes, affecte surtout les femmes et touche environ 1/3 de celles qui ont une vessie hyperactive [2]. Certains médicaments peuvent induire ou exacerber les symptômes de vessie hyperactive [3].

Le traitement a pour objectifs de :

- prévenir ou réduire les épisodes d'« urgence urinaire » quand l'accès aux toilettes est limité ;

- prévenir ou réduire les épisodes d'incontinence (fuites urinaires).

Thérapeutiques non médicamenteuses

Deux revues systématiques Cochrane ont évalué les effets de la rééducation vésicale (augmentation croissante de la durée intermictionnelle) sur l'incontinence urinaire [4] et ceux d'une rééducation du plancher musculaire périnéal [5]. La 1re méta-analyse ne décrit que 2 petits essais dont les données sont insuffisantes pour répondre à la question. La seconde montre que la rééducation périnéale réduit l'incidence de l'incontinence urinaire chez les femmes souffrant d'incontinence de stress et d'incontinence mixte (stress et impériosité) de 1,25 (0,9-1,6) épisode par 24 heures [5].

Un essai de 8 semaines chez 197 patients a comparé une thérapie comportementale (contrôle musculaire pelvien et stratégies en cas d'urgence) et de rétro-contrôle à la prise d'oxybutynine [6]. La thérapie comportementale diminue le nombre d'épisodes d'incontinence de 0,4 (0,03-0,8) par 24 heures comparativement à l'oxybutynine [5].

Thérapeutiques médicamenteuses

Deux médicaments, l'oxybutynine et la toltérodine(tableau 1), ont au Canada l'indication « vessies hyperactives symptomatiques ». Les deux sont des bloqueurs des récepteurs muscariniques de l'acétylcholine, qui inhibent la contraction musculaire du détrusor et la vidange vésicale. Les effets adverses les plus communs sont dus aux actions anticholinergiques des médicaments : sécheresse de la bouche, constipation, rétention urinaire, troubles de l'accommodation, perturbation de l'idéation, et délire. Le risque d'effets anticholinergiques est plus grand chez les personnes âgées et en cas de comorbidité.

L'oxybutynine est absorbée rapidement par le tube digestif et se transforme dès le premier passage en un métabolite actif, la N-déséthyloxybutynine. L'élimination se fait par le métabolisme hépatique du CYP3A4 [7].

La toltérodine a une cinétique variable : 90 % à 95 % des Caucasiens sont « métaboliseurs extensifs », 5 à 10 % « faibles métaboliseurs ». Chez les premiers, la plus grande partie du médicament est convertie par le CYP2D6 en un métabolite actif, la 5-hydroxyméthyl toltérodine, de demi-vie apparente de 2-3 heures. Chez les seconds, la toltérodine agit sous sa forme initiale, qui est éliminée par métabolisme hépatique via CYP3A4, avec une demi-vie apparente de 9 heures. À des doses similaires, le pic actif de concentration du médicament est environ 4 fois plus élevé chez les faibles métaboliseurs [8].

Quels sont les effets du traitement médicamenteux ?

Bénéfices

Une revue systématique Cochrane a montré, à partir des données de 32 essais randomisés versus placebo à court terme (12 semaines au maximum) que 60 % des personnes souffrant d'hyperactivité vésicale traitées par anticholinergiques rapportaient une guérison ou une amélioration symptomatique, contre 45 % de celles traitées par placebo, soit une réduction du risque absolu (ARR) de 15 %, en nombre de sujets à traiter (NNT) 6 à 7 [1]. Pour l'incontinence, le bénéfice moyen était de 0,6 épisode de fuites urinaires en moins par 24 heures.

L'oxybutynine à diffusion retard n'a été comparée au placebo dans aucun essai publié. L'oxybutynine transdermique n'a pas eu plus d'effets objectifs (incontinence) ou subjectifs (bien-être) que le placebo dans un essai à 12 semaines (n = 378) [9]. Dans un autre essai à 12 semaines (n = 371), à la fois l'oxybutynine transdermique et la toltérodine à diffusion retard entraînaient en moyenne un épisode de fuites urinaires de moins par jour [10].

Effets adverses

Le plus fréquemment rapporté dans la revue Cochrane est la sécheresse de bouche (37 % vs. 15 % pour le placebo) : augmentation du risque absolu (ARI) de 22 %, nombre de sujets nécessaires (NNH) 4 à 5 [1].

Dans deux essais récents non inclus dans la revue Cochrane, l'ensemble des effets adverses les plus graves survenait plus fréquemment avec la toltérodine retard : 2,9 % vs. 0,2 % pour le placebo ; ARI : 2,7 % (1-4) ; NNH 37 [11, 12]. L'un de ces essais incluait un bras oxybutynine : 2,9 % des patients sous oxybutynine avaient des effets adverses graves, vs. aucun sous placebo [12].

Les effets indésirables graves étaient les convulsions, les chutes, les accidents de la voie publique, la bradycardie et l'anxiété [11].

Quels médicament, forme, et dose ?

Une récente revue Cochrane d'essais comparatifs de médicaments anticholinergiques n'a montré aucune différence d'amélioration des symptômes pour les formes transdermiques par rapport aux formes orales, ou pour les formes immédiates par rapport aux formes retard, ou pour l'oxybutynine vs. la toltérodine. La toltérodine à 1 mg/jour était aussi efficace qu'à 2 ou 4 mg par jour et entraînait moins de sécheresse de bouche. Celle-ci était moins fréquente avec la toltérodine, 31 %, qu'avec l'oxybutynine, 47 % [13].

 

Que retenir pour la pratique ?

Les données des essais randomisés montrent que l'oxybutynine et la toltérodine ont un bénéfice symptomatique modeste : 6 à 7 personnes doivent être traitées pour que l'une bénéficie d'un résultat supérieur à celui du placebo. Il est prouvé que les thérapeutiques non médicamenteuses de type comportemental (incluant la rééducation du plancher pelvien) sont au moins aussi efficaces, avec moins d'effets adverses. Puisque 45 % des malades répondent au placebo, une placebothérapie ou une simple surveillance attentive peut être du plus grand intérêt dans la moitié des cas.

Par ailleurs, avant toute prescription, les avantages limités de l'oxybutynine et de la toltérodine doivent être mis en balance avec leurs effets adverses, y compris les plus graves (aboutissant à une hospitalisation). Les médecins et les pharmaciens doivent avertir leurs patients que la sécheresse buccale est habituelle et qu'un dysfonctionnement cognitif peut survenir. Les variations individuelles dans l'élimination du médicament suggèrent que chacun répond différemment à une dose donnée.

Pour les personnes souhaitant cependant une tentative médicamenteuse, il est prudent de débuter avec 2,5 mg d'oxybutynine et d'augmenter progressivement si nécessaire, selon des objectifs thérapeutiques fixés individuellement et pondérés par le risque d'effets adverses. Très peu de malades nécessitent un traitement continu : une utilisation intermittente peut être plus appropriée. Les interactions médicamenteuses dues aux inhibiteurs des CYP3A4 et CYP2D6 sont possibles. Un suivi clinique adapté reste indispensable.

 

Références

  1. Hay-Smith J, Herbison P, Ellis G, Moore K. Anticholinergic drugs versus placebo for overactive bladder syndrome in adults. The Cochrane Database of Systematic Reviews 2002, Issue 3. Art. No.: CD003781. DOI: 10.1002/14651858.CD003781.
  2. Stewart WF, Corey R, Herzog AR, et al. Prevalence of overactive bladder in women: results from the Noble Program. Int Urogynecol J. 2001;12 (Suppl 3):S66.
  3. Gill SS, Mamdani M, Naglie G, et al. A prescribing cascade involving cholinesterase inhibitors and anticholinergic drugs. Arch Intern Med. 2005;165:808-13.
  4. Wallace, SA. Roe B. Williams K, et al. Bladder training for urinary incontinence in adults. The Cochrane Database of Systematic Reviews 2004, Issue 1. Art. No.: CD001308.pub2. DOI: 10.1002/14651858.CD001308.pub2.
  5. Hay-Smith EJC, Bo K, Berghmans LCM, et al. Pelvic floor muscle training for urinary incontinence in women. The Cochrane Database of Systematic Reviews 2001, Issue 1. Art. No.: CD001407. DOI: 10.1002/14651858.CD001407.
  6. Burgio KL, Locher JL, Goode PS, et al. Behavioral vs. drug treatment for urge urinary incontinence in older women: a randomized controlled trial. JAMA. 1998;280:1995-2000.
  7. Gupta SK, Sathyan G. Pharmacokinetics of an oral once-a-day controlled release oxybutynin formulation compared with immediate-release oxybutynin. J Clin Pharmacol. 1999;39:289-96.
  8. Brynne N, Dalen P, Alvan G, et al. Influence of CYP2D6 polymorphism on the pharmacokinetics and pharmacodynamic of tolterodine. Clin Pharmacol Ther. 1998;63:529-39.
  9. Dmochowski RR, Davila GW, Zinner NR, et al. Efficacy and safety of transdermal oxybutynin in patients with urge and mixed urinary incontinence. J Urol. 2002;168:580-6.
  10. Dmochowski RR, Sand PK, Zinner NR, et al. Comparative efficacy and safety of transdermal oxybutynin and oral tolterodine versus placebo in previously treated patients with urge and mixed urinary incontinence. Urology. 2003;62:237-42.
  11. Pfizer Inc. Assessment of the efficacy of tolterodine ER versus placebo for the symptom of urgency and the improvement of bladder condition. Protocol: DETAOD-0084-047. Sept30, 2002-Aug 5, 2003. Accessed Dec 8, 2005 at: http://www.clinicalstudyresults.org/documents/company-study_494_0.pdf
  12. Homma Y, Paick JS, Lee JG, Kawabe K. Japanese and Korean Tolterodine Study group. Clinical efficacy and tolerability of extended-release tolterodine and immediate-release oxybutynin in Japanese and Korean patients with an overactive bladder: a randomized, placebo-controlled trial. [erratum appears in BJU Int. 2004;93:1135]. BJU Int. 2003;92:741-7.
  13. Hay-Smith J, Herbison P, Ellis G, Morris A. Which anticholinergic drug for overactive bladder symptoms in adults. The Cochrane Database of Systematic Reviews 2005, Issue 3. Art. No.: CD005429. DOI: 10.1002/14651858.CD005429.

 

En résumé

- L'oxybutynine et la toltérodine (toutes formes) n'ont pas été testées dans des essais contrôlés au-delà de 12 semaines, nichez des patients âgés ou ayant de sérieuses comorbidités.

- Toutes les formes d'anticholinergiques offrent un bénéfice équivalent. Cependant, les preuves d'efficacité sont moindres pour les formes transdermiques d'oxybutynine.

- Le traitement par anticholinergiques améliore de façon symptomatique 60 % des personnes atteintes d'hyperactivité vésicale, contre 45 % de celles traitées par placebo (ARR 15 %, NNT 6 to 7).

- Les effets adverses des anticholinergiques, notamment la sécheresse buccale, sont fréquents : ARI 22 %, NNH 4 to 5.

- Les avantages des médicaments anticholinergiques (0,6 épisode de fuites urinaires de moins par jour) doivent être mis en balance avec les effets adverses (3 % des patients traités pendant 12 semaines souffrent d'effets adverses sérieux).

 

Notes :

  1. Traduction-adaptation JP Vallée, rédacteur en chef de Médecine, avec la permission de J. Wright, co-auteur et éditeur de la Therapeutics letter.
  2. Therapeutics letter s'appuie sur l'analyse critique des données factuelles issues en priorité des essais contrôlés, donc à des patients semblables à ceux qui ont été inclus dans les essais. Ce qui ne permet pas nécessairement de les extrapoler à d'autres patients. Therapeutics Initiative a le soutien financier du ministère de la santé de Colombie britannique. La Therapeutics letter est en accès libre et gratuit sur www.ti.ubc.ca.
  3. En France, Ditropan® et similaires.
  4. En France, Détrusitol®.


 

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