La cohorte anglaise MWS (Million Women Study) continue à fournir
des données essentielles, cette fois sur l'association entre traitement
hormonal de la ménopause (THM) et cancer de l'ovaire.
Sur les 948 576 femmes ménopausées incluses suivies en moyenne
5,3 ans pour un cancer de l'ovaire incident et 6,9 ans pour le décès
dû à ce cancer, 287 143 (30 %) utilisaient couramment un THM et
186 751 (20 %) l'avaient utilisé auparavant. Durant le suivi, 2 273 cancers
de l'ovaire et 1 591 décès dus à ce cancer ont été
enregistrés. Les femmes du groupe THM avaient significativement plus
de risque de développer un cancer de l'ovaire (RR : 1,20 ; 1,09-1,32;
p = 0,0002) et d'en mourir (RR : 1,23 ; 1,09-1,38 ; p = 0,0006) que les non-utilisatrices.
Pour les utilisatrices habituelles de THM, l'incidence du cancer ovarien augmentait
avec la durée du traitement, mais ne changeait pas significativement
selon le mode de traitement. Les risques associés au THM variaient selon
l'histologie tumorale (p < 0,0001), et chez les femmes ayant des tumeurs
épithéliales, le risque associé au THM était plus
important et significatif pour les tumeurs séreuses (1,53 ; 1,31-1,79).
Il n'était pas significatif pour les tumeurs mucineuses (0,72 ; 0,52-1,00),
endométrioïdes (1,05 ; 0,77-1,43), ou à cellules claires
(0,77 ; 0,48-1,23). Chez les anciennes utilisatrices de THM, il n'y avait pas
d'accroissement du risque de cancer (0,98 ; 0,88-1,11) ou de décès
par cancer (0,97 ; 0,84-1,11). Après 5 ans, l'incidence standardisée
de cancer de l'ovaire était pour 1 000 femmes de 2,6 (2,4-2,9) chez les
utilisatrices habituelles de THM vs 2,2 (2,1-2,3) chez les non-utilisatrices,
ce qui correspond à 1 cancer supplémentaire pour 2 500 utilisatrices,
les taux de décès étant respectivement de 1,6 (1,4-1,8)
et 1,3 (1,2-1,4), soit un décès supplémentaire par cancer
de l'ovaire pour 3 300 utilisatrices.
Beral V and Million Women Study Collaborators. Ovarian cancer and hormone
replacement therapy in the Million Women Study. Lancet. 2007;369:1703-10.
Narod SA. Ovarian cancer and HRT in the Million Women Study. Lancet. 2007;369:1667-8.
Commentaires de la rédaction
* La MWS a déjà ajouté aux données de l'étude
randomisée WHI pour ce qui concerne le risque accru de cancer du sein.
Il s'agit cette fois de celui du cancer de l'ovaire...
* Les "précautions d'emploi" pour le THM sont donc maintenant confirmées
: traitement des symptômes, pour une durée brève... On peut
regretter le "feminine forever", mais le sur-risque est confirmé par
toutes ces données et il paraît raisonnable maintenant de faire
le deuil de ce brillant slogan. C'est en tout cas la conclusion de l'éditorial
qui accompagne cet article, en soulignant que bien qu'il s'agisse d'un faible
sur-risque (RR : 1,2), le nombre de femmes exposées conduit à
des catastrophes.
* On peut ajouter comme l'éditorialiste que l'on ne comprend pas très
bien pourquoi la situation est si différente avec la contraception estroprogestative...
(cf. note sur l'article de Hannaford et al. dans cette revue de presse)
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