ARTICLE
Biothérapies autres que les anti-TNFalpha
Rituximab
Le rituximab (Mabthera®) est un anticorps monoclonal chimérique
murin/humain qui se lie spécifiquement à l'antigène de
surface CD20 exprimé par 90 à 95 % des lymphocytes B normaux ou
malins [1]. Il entraîne une cytotoxicité sur les lymphocytes B,
et induit une profonde déplétion des lymphocytes B matures, mais
n'a pas d'action sur les cellules souches hématopoiétiques, ni
sur les lymphocytes B mémoires.
Résultats des essais cliniques
Des études récentes ont montré son intérêt
dans certaines maladies auto-immunes comme la maladie lupique et surtout la
PR (étude DANCER et REFLEX) avec une efficacité clinique importante
chez les patients réfractaires en particulier aux anti-TNFalpha et un effet
sur la progression radiographique (étude REFLEX) [2]. La corticothérapie
n'améliore pas l'efficacité mais la tolérance (DANCER).
Un effet suspensif pendant plusieurs mois a été noté chez
les patients atteints de PR après seulement 2 perfusions initiales de
1g chacune (induction de rémission clinique prolongée, en moyenne
de 9 mois). Cette efficacité est supérieure en cas d'association
au MTX.
Tolérance
Globalement la tolérance du rituximab est bonne, comme le confirme
la très large expérience dans les lymphomes, avec plus de 300
000 patients traités. Dans les essais cliniques évaluant le rituximab
dans la PR, il n'est pas mis en évidence d'augmentation des infections
sévères après un deuxième traitement par rituximab
[3]. L'effet des cures répétées à long terme est
inconnu.
Indications
Le rituximab est actuellement indiqué dans les lymphomes B. L'agence
européenne (EMEA) lui a délivré en juin 2006 une AMM dans
la PR active, en combinaison avec le méthotrexate (MTX), pour le traitement
de patients adultes souffrant de PR sévère ayant une réponse
insuffisante ou une intolérance à d'autres médicaments
anti-rhumatismaux dont au moins un inhibiteur TNFalpha (tableau
1).
En pratique
Le rituximab s'administre sous forme de 2 perfusions à 1 g à
15 jours d'intervalle, éventuellement renouvelées en cas de rechute
au bout de 6 mois à un an en moyenne (retraitement par une ou deux perfusions
de 1 g). Le rituximab est proposé si possible en association au MTX.
Des réactions de type allergique au moment des perfusions sont possibles
justifiant l'administration de 100 mg de méthylprednisolone 30 minutes
avant chaque perfusion, de 1 g de paracétamol per os, et d'une ampoule
d'antihistaminique IV.
Le suivi du traitement est comparable à celui des autres biothérapies
telles que les anti-TNFalpha.
Nota : la qualité de la réponse vaccinale est modifiée
par le rituximab [4, 5].
Anakinra
L'anakinra (Kineret®) est un antagoniste des récepteurs de l'interleukine-1
(IL-1 ra) : il entrave l'action de cette cytokine dans le processus inflammatoire
et la destruction articulaire au cours de la PR. La posologie recommandée
dans le RCP pour la PR est de 100 mg/j en sous-cutané (tableau 1).
Résultats des essais cliniques
Il a montré une efficacité satisfaisante mais moindre que celle
des anti-TNFalpha, à la fois sur les signes cliniques et sur l'évolution
radiographique Par contre sa tolérance notamment sur le plan infectieux
est bonne. Il peut exister des réactions importantes aux points d'injection
ou des réactions allergiques transitoires. Le risque oncogène
paraît actuellement nul, mais un nombre insuffisant de patients a été
traité de manière prolongée pour conclure. Du fait de son
efficacité modérée, et de son coût proche des anti-TNFalpha,
ce médicament est actuellement peu utilisé et souvent réservé
aux contre-indications aux anti-TNFalpha [6, 7].
Indications
L'anakinra est actuellement indiqué dans la PR active et réfractaire
de l'adulte, après échec à au moins un traitement de fond.
Compte tenu de son efficacité modérée par rapport aux anti-TNFalpha
et d'un profil de tolérance satisfaisant, il peut être initié
chez les patients « fragiles » ayant une contre-indication relative
aux anti-TNFalpha (en particulier infectieuse). Ce traitement est indiqué
et efficace dans d'autres pathologies inflammatoires comme la maladie de Still
et les maladies auto-inflammatoires.
D'autres médicaments inhibiteurs de l'IL-1 sont actuellement en développement
sans néanmoins une perspective de commercialisation à court terme.
Abatacept
L'abatacept ou CTLA4-Ig (Orencia®) est un inhibiteur des voies de costimulation
(CD80/CD86-CD28) entre les cellules présentatrices de l'antigène
et les lymphocytes T. Il empêche la stimulation et l'activation des lymphocytes
T, interrompant ainsi la cascade inflammatoire.
Résultats des essais cliniques
L'abatacept associé au méthotrexate a montré une efficacité
clinique et radiographique très intéressante proche de celle des
anti-TNFalpha. Il a même été récemment montré
que l'on pouvait obtenir une réponse clinique chez 50 % des patients
ayant échoué aux anti-TNFalpha [8].
Tolérance
Jusqu'à présent la tolérance est bonne, y compris sur
le plan infectieux. Les effets indésirables le plus souvent signalés
(qui sont survenus chez au moins 10 % des patients) ont été les
céphalées, les infections des voies respiratoires supérieures,
la rhinopharyngite et les nausées [8].
Indications
L'abatacept a l'AMM depuis fin août 2007. Il est indiqué dans
la polyarthrite rhumatoïde active modérée à sévère
chez les patients adultes ayant eu une réponse insuffisante ou une intolérance
à d'autres traitements de fond incluant au moins un anti-TNFalpha.
En pratique
L'abatacept s'administre en perfusion intraveineuse de 30 minutes à
10 mg/kg à J0, J14, J28 puis toutes les 4 semaines. Une forme sous-cutanée
est en développement. L'abatacept est proposé si possible en association
avec le MTX si ce dernier est bien toléré. La tolérance
de cette association est bonne dans les essais cliniques.
Le suivi du traitement est comparable à celui des autres biothérapies.
Surveillance et suivi des biothérapies
L'efficacité clinique et un dépistage clinique des effets secondaires
doivent être réalisés régulièrement, tous
les 3 mois au début, puis de façon plus espacée (tableaux
2 et 3) [9].
Conclusion
Les anti-TNFalpha ont démontré leur efficacité clinique
et structurale dans la PR. Ils ont significativement modifié l'impact
de la maladie sur le handicap et la qualité de vie des patients. Après
plus de 10 ans de pratique, les indications, les contre-indications, et les
effets secondaires en particulier infectieux sont mieux connus. Le bilan préthérapeutique
a d'ailleurs été adapté, ce qui a permis de diminuer le
nombre de tuberculoses apparues au cours du traitement. Enfin, aujourd'hui il
n'a pas été démontré que ces traitements augmentent
significativement le risque de tumeurs solides. Cependant des effets secondaires
peuvent survenir à long terme. Il reste beaucoup de précisions
à apporter sur les indications extra-rhumatologiques. Nous ne connaissons
pas encore quelle est la séquence thérapeutique la plus adaptée
(association de biothérapies, traitements séquentiels alternés
?), ni la durée de traitement nécessaire. Les biothérapies
autres que les anti-TNFalpha permettent de cibler d'autres mécanismes
physiopathologiques que la voie du TNFalpha. Elles sont aujourd'hui une alternative
thérapeutique pour les patients atteints de PR réfractaires ou
intolérants aux anti-TNFalpha. La vigilance reste la même concernant
la surveillance des effets secondaires en particulier infectieux.
Déclaration d'intérêts :
L'auteur est chef de clinique-assistante dans l'unité clinique d'immuno-rhumatologie
thérapeutique,
Service du Pr Jorgensen, Hôpital Lapeyronie,
Montpellier.
Conflits d'intérêts financiers : néant.
Références
- Onrust SV, Lamb HM, Balfour JA. Rituximab. Drugs. 1999;58(1):79-90.
- Edwards JC, Szczepanski L, Szechinski J, Filipowicz-Sosnowska A, Emery
P, Close DR et al. Efficacy of B-cell-targeted therapy with rituximab in patients
with rheumatoid arthritis. N Engl J Med. 2004;350(25):2572-81.
- Smolen JS, Keystone EC, Emery P, Breedveld FC, Betteridge N, Burmester
GR et al. Consensus statement on the use of rituximab in patients with rheumatoid
arthritis. Ann Rheum Dis. 2007;66(2):143-50.
- Oren C, Mendelbaum M, Paran D, Ablin J, Litinsky I, Levartovsky D et al.
Vaccination against influenza in Rhumatoid arthritis patients: The effect
of rituximab on the humora respons. ACR abstract, 2006.
- van der Kolk LE, Baars JW, Prins MH, van Oers MH. Rituximab treatment results
in impaired secondary humoral immune responsiveness. Blood. 2002;100(6):2257-9.
- Carmona L, Gomez-Reino JJ, Rodriguez-Valverde V, Montero D, Pascual-Gomez
E, Mola EM et al. Effectiveness of recommendations to prevent reactivation
of latent tuberculosis infection in patients treated with tumor necrosis factor
antagonists. Arthritis Rheum. 2005;52(6):1766-72.
- Chambers CD, Tutuncu ZN, Johnson D, Jones KL. Human pregnancy safety for
agents used to treat rheumatoid arthritis: adequacy of available information
and strategies for developing post-marketing data. Arthritis Res Ther. 2006;8(4):215.
- Weinblatt M, Combe B, Covucci A, Aranda R, Becker JC, Keystone E. Safety
of the selective costimulation modulator abatacept in rheumatoid arthritis
patients receiving background biologic and nonbiologic disease-modifying antirheumatic
drugs: A one-year randomized, placebo-controlled study. Arthritis Rheum. 2006;54(9):2807-16.
- Lipsky PE, van der Heijde DM, St Clair EW, Furst DE, Breedveld FC, Kalden
JR et al. Infliximab and methotrexate in the treatment of rheumatoid arthritis.
Anti-Tumor Necrosis Factor Trial in Rheumatoid Arthritis with Concomitant
Therapy Study Group. N Engl J Med. 2000;343(22):1594-602.
- Maini R, St Clair EW, Breedveld F, Furst D, Kalden J, Weisman M et al.
Infliximab (chimeric anti-tumour necrosis factor alpha monoclonal antibody)
versus placebo in rheumatoid arthritis patients receiving concomitant methotrexate:
a randomised phase III trial. ATTRACT Study Group. Lancet. 1999;354(9194):1932-9.
- Kapetanovic MC, Saxne T, Nilsson JA, Geborek P. Influenza vaccination as
model for testing immune modulation induced by anti-TNF and methotrexate therapy
in rheumatoid arthritis patients. Rheumatology (Oxford). 2007;46(4):608-11.
- Kapetanovic MC, Saxne T, Sjoholm A, Truedsson L, Jonsson G, Geborek P.
Influence of methotrexate, TNF blockers and prednisolone on antibody responses
to pneumococcal polysaccharide vaccine in patients with rheumatoid arthritis.
Rheumatology (Oxford). 2006;45(1):106-11.
- Maini RN, Elliott MJ, Brennan FM, Williams RO, Chu CQ, Paleolog E, Charles
PJ, Taylor PC, Feldmann M. Monoclonal anti-TNF alpha antibody as a probe of
pathogenesis and therapy of rheumatoid disease. Immunol Rev. 1995;144:195-223.
|