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La DMLA se traduit par une baisse progressive de la vision aboutissant à
une perte de la vision centrale. On distingue les formes atrophiques des formes
exsudatives. La DMLA atrophique se traduit par une perte progressive de l'épithélium
pigmentaire, des photorécepteurs et de la choriocapillaire. La DMLA exsudative
se caractérise par l'apparition de vaisseaux choroïdiens non compétents
responsables d'une exsudation dans les tissus rétiniens avec une baisse
d'acuité visuelle consécutive (figures
1 et 2). Le traitement des formes néovasculaires de la maladie a
reposé longtemps sur les lasers thermiques qui permettent de détruire
les plages de néovaisseaux au prix d'une destruction des tissus nobles
adjacents et d'un scotome définitif ainsi que sur la photothérapie
dynamique utilisant la vertéporfine qui permet une occlusion des vaisseaux
et une limitation de la baisse d'acuité visuelle au prix d'un schéma
thérapeutique comportant des séances de retraitement tous les
3 mois (études TAP et VIP). De nouveaux traitements sont apparus, préventifs
(basés sur la micronutrition) et curatifs (le chef de file est la classe
des anti-VEGF). Un examen systématique du fond d'oeil après 55
ans permet de dépister des lésions précoces et est indispensable
à la bonne prise en charge des patients.
Traitements préventifs
L'étude AREDS1 est la première étude à avoir validé
un cocktail de micronutriments antioxydants (vitamines A, C, E et leurs cofacteurs
cuivre et zinc) pour prévenir le passage vers les stades évolués
de la DMLA (c'est-à-dire l'atrophie centrale et les néovaisseaux
choroïdiens) : les auteurs observent une diminution du risque d'évolution
de la maculopathie vers une forme sévère de 25 % par rapport au
groupe témoin.
Ces antioxydants mais aussi les caroténoïdes tels que la zéaxanthine
et la lutéine jouent un rôle primordial dans la défense
vis-à-vis du stress oxydatif incriminé dans la pathogénie
de la DMLA. La zéaxanthine et la lutéine ont une concentration
maculaire élevée et sont les principaux éléments
du pigment maculaire auquel elles confèrent notamment un rôle physique
de filtration de la composante bleue de la lumière solaire. Ces pigments
sont significativement diminués dans la rétine des sujets atteints
[2]. Une étude récente a permis de montrer une diminution de risque
de DMLA chez les patients ayant un taux élevé de zéaxanthine
plasmatique [3]. À noter qu'il faut exclure les bêta-carotènes
chez les fumeurs car ils majorent le risque de cancer bronchique.
Les acides gras polyinsaturés oméga-3 (acide alphalinolénique
et ses dérivés, l'acide docosahexénoïque, ou DHA,
et l'acide eicosapentaénoïque, ou EPA) sont désormais préconisés
dans la prévention des formes exsudatives de DMLA. Ces acides gras sont
très présents dans les membranes des disques des segments externes
des photorécepteurs rétiniens. Leur rôle dans la physiopathologie
de la DMLA est étayé par plusieurs études épidémiologiques
qui ont objectivé la moindre incidence de la DMLA parmi les populations
ayant une consommation régulière d'oméga-3 [4-6]. On les
retrouve dans certaines huiles végétales (colza, soja, noix et
germes de blé) et dans les poissons notamment les poissons gras (saumon,
maquereau, hareng, sardine).
L'apport du DHA et des pigments maculaires est exclusivement alimentaire.
Il faut donc conseiller à nos patients une alimentation équilibrée
: poisson 1 à 3 fois par semaine, aliments riches en lutéine (épinards,
brocoli, jaune d'oeuf, poivron, maïs, carottes, oranges) et en vitamines
A, C et E. Les compléments alimentaires à visée oculaire
qui inondent actuellement le marché, proposés dès les stades
précoces de la maladie, ne sont pas remboursés. Les doses préconisées
par l'étude AREDS1 sont nettement supérieures aux AJR. Les études
d'intervention NAT2 et AREDS2 sont en cours et étudient l'effet d'un
apport quotidien en oméga-3 sur l'incidence de la DMLA.
Traitements curatifs
Anti-VEGF
Administrés en injection intravitréenne, les anti-VEGF sont
actuellement au coeur de la prise en charge des DMLA exsudatives. Le VEGF est
impliqué dans la néovascularisation choroïdienne. Les anti-VEGF
visent à rétablir un équilibre entre les cytokines pro-
et anti-angiogéniques.
Leur effet est triple : sur l'angiogenèse, l'inflammation et la perméabilité
vasculaire. Le but des anti-VEGF est d'une part de diminuer l'exsudation entraînée
par la néovascularisation choroïdienne, d'autre part de freiner
ou de supprimer toute extension néovasculaire et donc toute prolifération
de cellules endothéliales.
Efficacité
Plusieurs grandes études ont démontré l'efficacité
des anti-VEGF dans la DMLA exsudative : le bevacizumab (Avastin®) [7, 8],
le ranibizumab (Lucentis®) [9-11], le pegaptanib de sodium (Macugen®)
[12] ont ainsi démontré leur efficacité. Le bevacizumab
est un anticorps monoclonal humanisé qui se fixe à toutes les
isoformes du VEGF. Le ranibizumab est un anticorps monoclonal humanisé
mis au point à partir du bevacizumab et qui se fixe également
sur tous les récepteurs du VEGF-A. Le pegaptanib de sodium est un aptamère
ayant une haute affinité pour l'isoforme 165 du VEGF-A, bloquant sa fixation
sur le récepteur VEGFR2 des cellules endothéliales. Les pegaptanib
de sodium et le ranibizumab ont été spécifiquement mis
au point pour un usage ophtalmologique, contrairement au bevacizumab initialement
utilisé pour le traitement des cancers coliques métastasés.
Cette molécule, contrairement aux deux autres, est donc utilisée
hors AMM et préparée par les pharmacies hospitalières ou
privées. Sa toxicité locale et systémique reste à
préciser par des études contrôlées ; cependant, son
utilisation a littéralement explosé ces derniers mois car son
coût est plus de 100 fois inférieur aux deux autres, avec un coût
par patient inférieur à 10 euros.
Les protocoles thérapeutiques actuellement utilisés comportent
une injection toutes les 4 (pour le ranibizumab) à 6 semaines (pour le
pegaptanib). De nouvelles études sont en cours afin de définir
des protocoles de surveillance et de retraitement moins contraignants.
Les premiers résultats sont très encourageants. Ainsi, on observe
une stabilisation de l'acuité visuelle chez 92 % des patients et une
amélioration de la vision de plus de 3 lignes dans 33 % des cas pour
le ranibuzimab (étude Anchor et Marina). Pour le pegaptanib de sodium,
on observe une stabilisation dans 70 % des cas (étude Vision). L'efficacité
du bevacizumab n'a pas encore été évaluée de façon
prospective et randomisée. Une étude multicentrique le comparant
au ranibizumab est en cours.
Tolérance
La tolérance systémique du ranibuzimab et du pegaptanib est
bonne dans les études princeps et il ne semble pas y avoir de majoration
des accidents thromboemboliques, hypertensifs ou hémorragiques liés
à ces traitements [9]. Cependant, ces études initiales, menées
par les laboratoires, manquent de puissance pour mettre en évidence de
petites différences et ne donnent des résultats qu'à court
et moyen termes. Par ailleurs, le passage systémique de ces molécules
injectées dans l'oeil n'est pas négligeable et leur demi-vie plasmatique
est longue avec une pharmacocinétique encore mal étudiée
chez l'homme. On ne sait pas ce que peuvent être les conséquences
d'injections mensuelles intravitréennes d'anti-VEGF sur plusieurs années,
notamment sur le développement de réseaux vasculaires de suppléance
dans les tissus ischémiques. Le laboratoire Genentech a émis cet
été une alarme sur le risque possible d'augmentation des infarctus
chez les patients traités par 0,5 mg de ranibuzimab par injection par
rapport à ceux traités par 0,3 mg. L'ensemble des résultats
de cette étude (SAILOR) sera disponible fin 2007. Quant au bevacizumab,
son usage intraveineux est associé à un risque significatif d'accidents
thromboemboliques mais aucune étude randomisée n'a pour l'instant
étudié sa sécurité d'emploi en usage intravitréen.
Les complications locales graves sont celles de l'injection intravitréenne
(endophtalmie, décollement de rétine et plaie cristallinienne)
et concernent dans les études princeps moins de 1 % des patients. Cependant,
ces risques augmentant avec le nombre d'injections peuvent devenir plus importants
à long terme.
Stéroïdes
La triamcinolone, en injection intravitréenne, vise à diminuer
les facteurs inflammatoires impliqués dans la DMLA et aurait par ailleurs
un rôle anti-VEGF [13-15]. Elle est utilisée hors AMM. Elle peut
se compliquer d'hypertonie oculaire le plus souvent contrôlée médicalement,
dans 30 % des cas. Par ailleurs, elle induit des cataractes précoces.
On associe ces injections à une photothérapie dynamique. L'Afssaps
et le laboratoire Bristol-Myers Squibb ont récemment émis une
note de mise en garde près des ophtalmologistes en soulignant le risque
d'endophtalmie, d'inflammation oculaire et d'augmentation de la pression oculaire.
L'acétate d'anécortave est un stéroïde sans activité
glucocorticoïde injecté par voie sous ténonienne tous les
6 mois. Il stabilise l'acuité visuelle avec une efficacité identique
à celle de la photothérapie dynamique. Actuellement on l'envisage
comme traitement préventif chez des patients à haut risque de
DMLA exsudative ayant déjà un premier oeil atteint.
Associations et futur
La prise en charge des patients repose de plus en plus sur des associations
thérapeutiques afin de combiner des traitements ayant des modes d'action
complémentaires : on associe ainsi les injections vitréennes d'anti-VEGF
de triamcinolone et la photothérapie dynamique. Là encore, des
essais cliniques sont en cours afin de déterminer les stratégies
les plus efficaces.
De nouvelles molécules sont en phase de développement, notamment
des siRNA anti-VEGF, des inhibiteurs des intégrines et des inhibiteurs
de l'activité tyrosine kinase.
Conclusion
La prise en charge de la DMLA s'est considérablement améliorée
depuis quelques années mais au prix d'une stratégie thérapeutique
plus complexe. On s'oriente vers une prise en charge plus précoce de
cette maladie et notamment vers des traitements préventifs basés
sur des recommandations et compléments alimentaires. Il faut conseiller
au patient un fond d'oeil de dépistage à partir de 50 ans : un
rythme de surveillance est ensuite proposé par l'ophtalmologiste en fonction
des facteurs de risques personnels du patient. L'introduction récente
des anti-VEGF donne un regain d'espoir au patient puisqu'il s'agit du seul traitement
permettant une amélioration de la vision centrale.
Références
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Am J Ophthalmol. 2006;142:141-3.
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- Rosenfeld PJ, Rich RM, Lalwani GA. Ranibizumab: Phase III clinical trial
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macular degeneration. N Engl J Med. 2006;355:1419-31.
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IL-6- and VEGF-induced angiogenesis downstream of the IL-6 and VEGF receptors.
Invest Ophthalmol Vis Sci. 2006;47:4935-41.
En résumé : La DMLA aujourd'hui
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La DMLA est la première cause de baisse d'acuité
visuelle chez les plus de 50 ans dans les pays développés.
Elle peut être dépistée au fond d'oeil à partir
de 50 ans, un dépistage à conseiller...
Une alimentation riche en caroténoïdes, vitamines
antioxydantes et acides gras polyinsaturés oméga-3 diminue
le risque d'évolution de la DMLA vers des formes sévères.
Des suppléments alimentaires sont aujourd'hui prescrits par l'ophtalmologiste
dès les stades précoces de la maladie afin d'en ralentir
l'évolution.
Les injections intravitréennes d'anti-VEGF donnent des
résultats très encourageants avec désormais une possibilité
d'amélioration visuelle chez les patients.
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Note :
VEGF : vascular endothelial growth factor.
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