ARTICLE
La PR est une maladie complexe où interviennent des facteurs psychologiques,
hormonaux, environnementaux, génétiques, et immunologiques. L'antigène
en cause n'a pas été identifié à ce jour, mais les
mécanismes immunitaires et inflammatoires mis en jeu sont de mieux en
mieux connus. L'apparition précoce dans l'évolution de la maladie
d'une inflammation de la synoviale, qui s'auto-entretient ensuite, entraîne
une destruction cartilagineuse et osseuse. La synovite rhumatoïde est la
conséquence de l'hyperplasie synoviale associée à un infiltrat
de cellules inflammatoires dans la membrane synoviale. Les monocytes et les
macrophages présents en abondance dans le tissu synovial rhumatoïde
jouent un rôle majeur en sécrétant des cytokines pro-inflammatoires,
en particulier le facteur de nécrose tumorale (TNFalpha) pour les phénomènes
inflammatoires locaux et systémiques et les interleukines (IL1 et IL6)
qui conduisent à la destruction de l'os et du cartilage [1-6]. Les principaux
acteurs cellulaires de l'inflammation sont les lymphocytes T, les macrophages,
les lymphocytes B, mais aussi les cellules résidentes comme les synoviocytes.
De nombreux processus sont impliqués comme l'angiogenèse, le trafic
cellulaire vers la synoviale, mais également la mise en jeu de cellules
productrices d'enzymes protéolytiques (synoviocytes, chondrocytes et
ostéoclastes) à l'origine de la dégradation de la matrice
ostéoarticulaire. Le choix des molécules ou des cellules régulant
ces différentes étapes comme cible thérapeutique semble
donc pertinent. Plusieurs agents biologiques dirigés contre le TNFalpha
sont actuellement commercialisés (tableau
1), d'autres en cours de développement.
Efficacité
Infliximab
L'étude ATTRACT [7, 8] a montré l'efficacité clinique
et radiographique (stabilisation des lésions radiographiques sur les
mains et les pieds) de l'infliximab (3 ou 10 mg/kg) associé avec le méthotrexate
(MTX) chez des patients atteints de PR insuffisamment améliorés
par le MTX. Au bout d'un an de traitement, 42 à 59 % des malades du groupe
infliximab/MTX étaient considérés comme répondeurs
aux critères ACR 20 versus 17 % des patients du groupe MTX seul (33 vs
9 % selon les critères ACR 50, 18 vs 3 % selon les critères ACR
70).
L'étude ASPIRE sur des PR récentes (3 mois à 3 ans) confirmait
à 1 an l'efficacité clinique et structurale de l'association infliximab/MTX
dans les PR débutantes [9].
Etanercept
Plusieurs études contrôlées [10-12] ont démontré
une efficacité clinique et structurale de l'etanercept globalement comparable.
TEMPO [13] (682 patients atteints de PR active, suivis 3 ans) a comparé
l'association etanercept/MTX à l'etanercept seul ou au MTX seul. À
6 mois et 1 an de traitement, il n'y avait pas de différence entre les
deux groupes en monothérapie (efficacité plus rapide de l'etanercept).
Par contre l'association etanercept/MTX était significativement supérieure
aux monothérapies : 35 % de patients en rémission à un
an, soit plus du double de celui des monothérapies. Il n'y avait pas
de progression radiographique significative lorsque l'etanercept était
utilisé en monothérapie ou en association au MTX : dans ce dernier
groupe, la tendance à une progression « négative » fait
actuellement parler d'une possibilité de réparation radiographique
sous anti-TNFalpha.
Adalimumab
Efficacité globalement comparable aux précédentes [14-17]
: l'étude ARMADA [17] a été réalisée chez
des répondeurs partiels au MTX (n = 271), randomisés pour recevoir
un placebo ou de l'adalimumab (20, 40 ou 80 mg en sous-cutané, toutes
les 2 semaines). Cette étude a montré la supériorité
de l'association adalimumab/MTX en termes d'efficacité clinique et structurale
; l'étude STAR a confirmé l'efficacité de l'adalimumab
40 mg toutes les 2 semaines par rapport au placebo chez des patients recevant
différents traitements de fond dont le MTX, le leflunomide mais également
la sulfasalazine ou les antipaludéens de synthèse [15].
Associations médicamenteuses
Les études contrôlées ont montré que l'efficacité
des agents anti-TNFalpha dans la PR est nettement supérieure s'ils sont
associés au MTX. Leurs AMM indiquent cette association. La monothérapie
n'est justifiée qu'en cas d'intolérance ou d'inadaptation à
la poursuite du traitement avec le MTX.
Dans la spondylarthrite ankylosante, l'association du MTX à l'infliximab
n'apporte pas de bénéfice supplémentaire [18]. Les AMM
recommandent la monothérapie dans ce cas.
Lorsqu'il existe une intolérance ou une contre-indication au MTX, il
est possible d'associer les agents anti-TNFalpha à un autre traitement
de fond conventionnel (tel que leflunomide ou sulfasalazine). Cependant il n'existe
pas d'études contrôlées évaluant ces associations.
Les études ouvertes les évaluant ne montrent pas de majoration
de la toxicité, mais ne permettent pas de conclure en terme d'efficacité
comparativement aux anti-TNFalpha en monothérapie.
Tolérance
Réactions immédiates
Les réactions locales aux injections sous-cutanées, fréquentes
(10 à 50 %), n'entraînent qu'exceptionnellement l'arrêt du
médicament.
Des effets généraux bénins peuvent s'observer au moment
de la perfusion intraveineuse d'infliximab ou dans les 2 heures qui suivent
(dans les études 19 % versus 8 % chez les patients traités par
placebo), le plus souvent lors de l'une des trois premières perfusions.
Des réactions allergiques plus sévères sont possibles,
mais plus rares.
Immunogénicité
Des anticorps dirigés contre la molécule anti-TNFalpha ont été
retrouvés, le plus souvent avec l'infliximab. L'apparition d'anticorps
humains antichimériques (HACA pour Human Anti Chimæric Antibodies)
a été observée chez 50 % des patients traités pour
une PR. Des réactions d'hypersensibilité tardive (comportant des
signes de maladie sérique), associés à une forte élévation
des HACA, ont été observées à l'occasion de retraitements
effectués plusieurs années après une première injection.
Ils peuvent aussi entraîner une perte d'efficacité de la molécule.
L'adjonction de MTX a permis de réduire de façon importante l'incidence
de ces anticorps.
Infections
Les complications infectieuses représentent une préoccupation
majeure au cours du traitement, non du fait de leur fréquence (analogue
à celle des groupes contrôles dans la plupart des études
[7, 12, 17]), mais du fait qu'elles peuvent être particulièrement
sévères et mettre en jeu le pronostic vital : complications bactériennes
graves, infections virales ou mycosiques sévères, infections opportunistes
(notamment le risque de réactivation tuberculeuse chez les patients traités
par anti-TNFalpha [19-21]). Les tuberculoses peuvent être particulièrement
sévères et de diagnostic difficile avec notamment une plus grande
fréquence des formes extrapulmonaires (plus de 50 % des cas), avec infliximab
plus qu'etanercept. Le dépistage de la tuberculose est recommandé
dans le bilan pré-thérapeutique [22, 23]. Une étude espagnole
très récente [24] a montré son efficacité, avec
une réduction de 80 % de l'incidence des tuberculoses sous anti-TNFalpha
(taux actuel comparable à celui des PR non traitées par anti-TNFalpha
de 0,09 cas pour 100 patients versus 0,564 avant le dépistage).
Néoplasies
a ayant un rôle dans la surveillance anti-tumorale, on pouvait craindre
l'apparition de tumeurs solides et surtout de syndromes lymphoprolifératifs.
Concernant les cancers solides, les données sont assez rassurantes après
quelques années d'utilisation (une étude a récemment montré
une augmentation du risque de cancers cutanés autres que mélanome)
[25, 26]. Concernant les lymphomes, les études n'indiquent pas d'augmentation
du risque.
Auto-immunité
Certains auto-anticorps et notamment des anticorps antinucléaires et
des anticorps anti-ADN natif (de type IgM le plus souvent, alors qu'il s'agit
d'anticorps de type IgG dans le lupus systémique) ont été
rapportés chez des patients traités par anti-TNFalpha. On retrouve
des anticorps antinucléaires chez 20 à 50 % des patients traités
par anti-TNFalpha, et des anticorps anti-ADN dans 15 à 20 % des cas.
Le taux de ces anticorps peut être très élevé.
Ces anticorps semblent plus fréquents sous infliximab que sous etanercept.
Ils ont très rarement des conséquences cliniques. De très
rares cas de lupus induits ont été rapportés ; l'évolution
clinique a été bénigne. Ce sont des cas de lupus bénin,
limités le plus souvent à des manifestations cutanées,
réversibles à l'arrêt du traitement. Ils n'ont pas compromis
l'efficacité du traitement.
Démyélinisation
D'autres pathologies dysimmunitaires ont été plus rarement rapportées.
Les agents inhibiteurs du TNFalpha ont été associés à
de rares cas d'atteinte démyélinisante du système nerveux
central. Des cas d'aggravation d'une sclérose en plaques existante active,
ou la survenue d'une nouvelle poussée dans le cadre d'une maladie contrôlée,
ou la révélation d'une maladie inconnue ont été
décrits. D'autres signes neurologiques divers ont été rapportés
: des névrites optiques rétrobulbaires, des dysesthésies,
des paresthésies, des déficits moteurs ou des troubles des fonctions
supérieures (adalimumab : 2 cas récemment décrits, 4 lors
de suivi d'essais cliniques [27, 28] ; etanercept : 17 cas ; infliximab : 2
cas [28]). Ces observations sont rares, mais le rapport bénéfice/risque
doit être évalué chez des patients présentant des
antécédents personnels de pathologie démyélinisante.
Risque d'aggravation d'une insuffisance cardiaque congestive
Des cas d'aggravation d'une insuffisance cardiaque congestive parfois fatale
ont été observés chez des patients ayant reçu de
l'infliximab à la dose de 10 mg/kg dans le cadre d'une étude de
phase II. Il est donc proposé actuellement de ne pas initier de traitement
chez des patients atteints d'insuffisance cardiaque de stade III ou IV, d'arrêter
le traitement chez des patients présentant une aggravation de l'insuffisance
cardiaque préalable et de surveiller étroitement la fonction cardiaque
chez les patients déjà traités par anti-TNFalpha et présentant
une insuffisance cardiaque stable.
Autres effets indésirables
Des cas d'augmentation des transaminases, de leucopénie ou de thrombopénie,
et de vascularites cutanées ont été rapportés.
Stratégie thérapeutique
Il n'y a pas de hiérarchie des anti-TNFalpha
Le choix se fait en fonction des caractéristiques du patient, des modalités
de prescription et de délivrance, et des données de tolérance
disponibles. Les données de tolérance montrent que le risque infectieux
est identique, en dehors du risque de tuberculose qui semble plus important
avec les anticorps monoclonaux (infliximab et adalimumab).
L'association au MTX ou à un autre traitement est toujours recommandée
avec l'infliximab. Si cette association n'est pas possible pour des raisons
de tolérance, il est recommandé d'utiliser l'etanercept ou l'adalimumab
qui peuvent s'utiliser en monothérapie.
Les anti-TNFalpha sont contre-indiqués en cas :
d'hypersensibilité au produit,
d'infection aiguë ou chronique évolutive, bactérienne,
virale, fongique, ou parasitaire (en particulier la tuberculose, le VIH, et
l'hépatite B chronique) ;
de situation à haut risque infectieux : ulcère cutané,
antécédent de tuberculose non traitée, sepsis sur prothèse
les 12 derniers mois, cathétérisme urinaire à demeure ;
de néoplasie ou hémopathie (sauf carcinomes basocellulaires,
et cancers traités depuis plus de 5 ans et considérés comme
guéris) ;
de lésion précancéreuse (polypes coliques ou vésicaux,
dysplasie du col de l'utérus, gammapathie monoclonale, myélodysplasie)
en l'absence d'avis d'un hématologue ou d'un cancérologue ;
d'une maladie démyélinisante ;
d'une grossesse, ou d'un allaitement ;
et d'insuffisance cardiaque modérée à sévère
(NYHA classe III/IV).
La recherche de ces contre-indications fait partie du bilan initial avant
prescription et du suivi des anti-TNFalpha selon les recommandations de 2006
[29]. Un bilan complet doit être réalisé avant d'initier
le traitement afin d'éliminer toute contre-indication, en particulier
infectieuse ou néoplasique.
Nota : La surveillance et le suivi du traitement sont communs à
toutes les biothérapies et seront traités dans le prochain article.
Déclaration d'intérêts : L'auteur est chef de clinique-assistante
dans l'unité clinique d'immuno-rhumatologie thérapeutique, Hôpital
Lapeyronie, Montpellier.
Conflits d'intérêts financiers : néant.
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Les anti-TNFalpha dans la polyarthrite rhumatoïde
Notes :
- Le texte intégral de cet article est disponible sur demande auprès
de la revue.
- Ce bilan préthérapeutique, clinique, biologique et radiographique,
est de la responsabilité du rhumatologue prescripteur. Il peut être
consulté dans la version complète de cet article, disponible
sur demande à la revue.
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