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Brèves de pharmacovigilance


Médecine. Volume 3, Numéro 5, 209-10, Mai 2007, Thérapeutiques

DOI : 10.1684/med.2007.0131


Auteur(s) : Michel Gerson, Endocrinologue, Hôpital Monod, Le Havre - mgerson@ch-havre.fr .

Mots-clés : acidose lactique, AINS, torsades de pointe, mort subite, Parkinson

ARTICLE

Méthadone : risque de torsades de pointes

Une lettre d'information de l'Afssaps [1] attire l'attention sur la modification du résumé des caractéristiques du produit (RCP) du chlorhydrate de méthadone en raison de la survenue de cas de torsades de pointes et d'allongement de l'intervalle QT (encadré).

La première série publiée fait état de 17 cas de patients traités par méthadone qui ont présenté des torsades de pointes [2]. La dose moyenne journalière était de 400 mg de méthadone. Sur les 17 patients, 7 présentaient une hypokaliémie et 9 recevaient un autre médicament susceptible d'allonger l'intervalle QT.

Une équipe suisse a observé 5 cas sur une population de 1 800 toxicomanes traités par méthadone (soit 0,3 %) [3], avec une dose quotidienne allant de 140 à 600 mg. Quatre de ces patients recevaient depuis peu un antibiotique allongeant l'intervalle QT et le cinquième avait une hypokaliémie.

L'analyse des 43 notifications reçues par la FDA [4] et de 40 cas publiés [5] retrouve les mêmes facteurs favorisants : posologie élevée, hypokaliémie, interactions médicamenteuses, pathologie cardiaque.

Seule l'association au sultopride (Barnétil® : neuroleptique antipsychotique) est contre-indiquée dans le RCP. Mais de nombreuses associations médicamenteuses sont en fait déconseillées. Outre les antiarythmiques, plusieurs classes médicamenteuses sont concernées, notamment :

­ de nombreux neuroleptiques, y compris des neuroleptiques cachés comme le véralipride (Agréal®) ;

­ des anti-infectieux comme l'érythromycine IV et la spiramycine IV ;

­ des antiparasitaires comme l'halofantrine et la pentamidine...

En pratique, tout patient recevant de la méthadone doit faire l'objet d'une surveillance renforcée y compris électrocardiographique dès lors que la posologie dépasse 120 mg/j ou qu'il existe un des facteurs de risque mentionnés ci-dessus.

Encadré.

Risque de mort subite et médicaments non cardiaques allongeant l'espace QT

Une vaste étude cas-témoin hollandaise a inclus environ 500 000 patients suivis par des généralistes et a étudié le risque de mort subite chez les patients recevant des médicaments non cardiaques connus pour allonger l'espace QT [6].

Le risque de mort subite est multiplié par 2,7 (IC 95 % : 1,6-4,7), ce qui équivaudrait à 320 cas de mort subite pouvant être attribués chaque année aux Pays-Bas à ce type de médicaments. Les médicaments pour lesquels le risque est significativement augmenté sont la dompéridone et des neuroleptiques.

 

Références

  1. Sur www.afssaps.sante.fr
  2. Krantz MJ, Lewkowiez L, Hays H, et al. Torsades de pointes associated with very-high-dose methadone. Ann Intern Med. 2002;137:501-4.
  3. Sticherling C, Schaer BA, Amman P, et al. Methadone-induced torsades de pointes tachycardia. Swiss Med Wkly. 2005;135:282-5.
  4. Pearson EC, Woosley RL. QT prolongation and torsades de pointes among methadone users : reports to the FDA spontaneous reporting system. Pharmacoepidemiol Drug Saf. 2005;14:747-53.
  5. Justo D, Gal-Oz A, Paran Y, et al. Methadone-associated torsades de pointes (polymorphic ventricular tachycardia) in opioid-dependant patients. Addiction. 2006;101:1333-8.
  6. Straus SMJM, Sturkenboom MCJM, Bleumink GS, et al. Non-cardiac QTc-prolonging drugs and the risk of sudden cardiac death. Eur Heart J. 2005;26:2007-12.

Pergolide : retrait du marché américain

L'Afssaps a annoncé le retrait du marché américain du pergolide, agoniste dopaminergique commercialisé en France pour le traitement de la maladie de Parkinson sous le nom de Celance® [1]. Ce retrait du marché américain intervient après la publication de deux études européennes confirmant le risque de valvulopathie lié à ce médicament.

Une étude cas-témoins a été effectuée à partir d'une cohorte de 11 417 patients britanniques suivis par des généralistes et traités par antiparkinsonien. Elle a permis d'identifier 31 cas de valvulopathies récemment diagnostiquées [2]. Ces 31 cas ont été comparés à 663 témoins. L'incidence de la valvulopathie est multipliée par 7,1 (IC 95 % : 2,3-2,23) chez les patients exposés au pergolide et par 4,9 (IC 95 % : 1,5-15,6) chez les patients exposés à la cabergoline. Elle n'est pas accrue avec les autres agonistes dopaminergiques.

Une étude de prévalence échographique a inclus 155 patients traités par un agoniste dopaminergique pour une maladie de Parkinson et 90 témoins [3]. La fréquence d'une régurgitation valvulaire importante est significativement plus élevée chez les patients traités par pergolide (23 %) et cabergoline (28 %) mais pas chez les patients traités par d'autres agonistes dopaminergiques (0 %) par rapport aux témoins (5 %).

L'Afssaps rappelle que le pergolide est réservé en France aux seuls patients résistants aux autres agonistes dopaminergiques et qu'une surveillance échocardiographique doit être effectuée pour tout traitement. La cabergoline (Dostinex®) n'est pas indiquée en France dans le traitement de la maladie de Parkinson mais seulement dans l'hyperprolactinémie.

Références

  1. Sur www.afssaps.sante.fr
  2. Schade R, Andersohn F, Suissa S, et al. Dopamine agonists and the risk of cardiac-valve regurgitation. N Engl J Med. 2007;356:29-38.
  3. Zanettini R, Antonini A, Gatto G, et al. Valvular heart disease and the use of dopamine agonists for Parkinson's disease. N Engl J Med. 2007;356:39-46.


Télithromycine, suite...

Après la FDA (voir notre précédent numéro), l'Agence européenne du médicament (EMEA) et l'Afssaps ont décidé de restreindre l'utilisation de la télithromycine (Ketek®) en dehors des pneumonies. Les indications demeurent plus larges qu'aux États-Unis : la télithromycine reste indiquée dans les poussées aiguës de bronchites, les sinusites aiguës, les angines et les pharyngites, mais seulement en cas de résistance aux bêtalactamines et aux macrolides [1].

L'Afssaps conseille la prise de la télithromycine au coucher afin de « réduire les conséquences potentielles des troubles visuels ou d'une perte de connaissance ».

Référence

  1. Sur www.afssaps.sante.fr


Metformine et décès par acidose lactique

L'acidose lactique est une complication métabolique rare mais très grave puisque la mortalité est proche de 30 % liée à l'accumulation de metformine. L'analyse des cas récemment rapportés en pharmacovigilance montre que dans un certain nombre de cas, les signes prémonitoires n'ont pas été reconnus à temps, retardant ainsi le diagnostic et donc le traitement.

La survenue de crampes musculaires, de troubles digestifs avec douleurs abdominales dans un contexte de grande asthénie, doivent dans un contexte évocateur de possible accumulation de metformine faire suspecter une acidose lactique, nécessitant un arrêt immédiat de la metformine et une hospitalisation en urgence.

L'Afssaps rappelle les contre-indications de ce traitement : diabète acidocétosique, insuffisance rénale et toutes affections aiguës susceptibles d'affecter la fonction rénale, éthylisme, insuffisance hépatocellulaire ou toute affection aiguë ou chronique pouvant entraîner une hypoxie tissulaire.

Référence

  1. Porokhov B. Metformine et décès par acidose lactique. Vigilances. 2007;35:3. Sur www.afssaps.sante.fr


AINS et tolérance cardiovasculaire

L'Afssaps a rappelé lors du MEDEC [1] que des données récentes, issues d'essais cliniques et d'études épidémiologiques, suggèrent que les AINS classiques* peuvent entraîner une élévation du risque d'infarctus du myocarde et d'accident vasculaire cérébral, en particulier lorsqu'ils sont utilisés à des doses élevées et au long cours :

• Message fort pour le diclofénac, particulièrement à doses > 150 mg/j et pendant une durée longue de traitement.

• Message intermédiaire pour l'ibuprofène, particulièrement à doses > 2 400 mg/j et pendant une durée longue de traitement (cette augmentation du risque n'est pas retrouvée avec les doses X 1 200 mg/j).

• Message plus rassurant pour le naproxène, pour lequel l'augmentation du risque serait moindre avec 1 000 mg/j de naproxène qu'avec les coxibs et d'autres AINS classiques.

Après réévaluation, le Comité européen des spécialités pharmaceutiques a conclu le 18 octobre 2006 que le rapport bénéfice/risque des AINS reste favorable, bien que ceux-ci puissent être associés à une faible élévation du risque de thrombose artérielle (d'infarctus du myocarde ou d'accident vasculaire cérébral).

Il est rappelé notamment que les AINS doivent être utilisés à la dose minimale efficace pendant la durée la plus courte possible, en choisissant le médicament en fonction non seulement de son profil de sécurité d'emploi mais aussi des facteurs de risque individuels du patient, et, en cas de substitution d'un AINS par un autre, en prenant en considération les profils de sécurité respectifs de chacun et les facteurs de risque individuels du patient [2].

* diclofenac, etodolac, ibuprofen, indomethacin, ketoprofen, ketorolac, meloxicam, nabumetone, naproxène, nimesulide et piroxicam.

Références

  1. Castot A, Kreft-Jaïs C, Caron J. Ateliers « topos » du Medec 2007, 14 & 16 mars 2007
  2. Sur http://afssaps.sante.fr/pdf/1/medec07_pharmaco_vigilance_adulte.pdf
  3. Sur http://agmed.sante.gouv.fr/htm/10/ains/rappel_bonusage_ains.pdf


 

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