ARTICLE
| Ces dossiers sont issus de textes publiés chaque semaine depuis quelques
années dans Bibliomed. Actualisés si nécessaire en fonction des
données les plus récentes, ils ne résultent pas d'une revue systématique
de la littérature, mais d'une veille documentaire en continu des principales
revues médicales publiant des études fondées sur les preuves, ou des
recommandations en résultant. Ils ont pour ambition de fournir au médecin
généraliste une actualisation des données sur les questions pertinentes
pour leur pratique retenues par le comité de rédaction. |
La famille, particulièrement les aidants familiaux, est partie prenante dans
la prise en charge et l'accompagnement des patients atteints de maladie d'Alzheimer.
L'annonce au patient et à sa famille, qui peut (doit ?) accompagner le diagnostic
est une demande sociétale. Sa réalisation n'est pas sans exigences, en raison
des conséquences possibles pour le patient et surtout pour son entourage. Un
domaine particulièrement important pour celui-ci, au-delà du déclin cognitif,
est celui des troubles comportementaux, qui impliquera obligatoirement les proches
tant par son existence que par les mesures à mettre en oeuvre. Il apparaît
ainsi que les familles sont vraiment les « secondes victimes » de la maladie
d'Alzheimer, et que l'aide aux aidants est une responsabilité importante des
soignants1.
1. Les questions auxquelles répond ce dossier ont fait l'objet de
4 publications de Bibliomed : 398 du 13 octobre 2005, 395 du 22 septembre 2005,
329 du 15 janvier 2004, 399 du 20 octobre 2005.
Annoncer le diagnostic ? sous conditions...
Annoncer le diagnostic au patient et à son entourage est une demande largement
formulée. Cependant cette annonce implique de pouvoir répondre à plusieurs questions
: Quelle est la certitude de ce diagnostic ? Quel est le rapport utilité/risques
de l'annonce ? Quels moyens le professionnel peut-il mettre en oeuvre pour en
assumer les conséquences ? Le no 1 des Cahiers de la Fondation
Médéric Alzheimer [3], « Accompagner les personnes au stade précoce de
leur maladie », aborde la question avec 3 articles paraissant bien résumer les
points de vue et principaux aspects de la question [4-6]. La problématique du
diagnostic précoce et de son annonce présentée dans ces textes peut être résumée
par trois réponses : « Oui sûrement », « Oui mais », « Oui si ». Qu'en
retenir plus précisément ?
« Oui sûrement » : 10 arguments
Ils sont convaincants sur l'intérêt des mesures concernant les affaires familiales
et financières, la conduite automobile, moins sur les risques de l'annonce, ou
sur l'intérêt des médicaments, semblant négliger les insuffisances de données
dans ces domaines [3].
« Oui mais » : exigences et bénéfices
L'auteur tente de répondre à trois questions [4] :
Peut-on porter avec une probabilité suffisante le diagnostic de maladie d'Alzheimer
avant la démence ?
Cela implique trois critères : une définition plus précise des caractères
de la plainte mnésique ; la mise en évidence par l'examen neuropsychologique
d'un trouble de la mémorisation et non du simple rappel ; la mise en évidence
par l'imagerie d'une atteinte des régions hippocampiques. Souvent dès ce stade,
il s'y associe un début d'altération d'une autre fonction (langage, fonctions
exécutives), des modifications du comportement (apathie) et une altération des
activités de la vie quotidienne. Si tous ces caractères sont cohérents le diagnostic
de MA paraît légitime. S'ils ne le sont pas il y a risque de diagnostic par
excès. C'est pourquoi le diagnostic ne devrait être posé que par des équipes
spécialisées.
Chez ces sujets peu diminués, est-il utile de révéler le diagnostic ?
Pour l'auteur, la vraie question est moins « Faut-il dire la vérité au malade
» que « Comment la dire » et « Quand la dire ». Il faut ici prendre en compte
les craintes, exprimées ou non du patient et de la famille, et les représentations
qu'ils se font de la maladie. L'annonce du diagnostic devrait marquer « le
début d'une relation thérapeutique » dans le cadre d'un contrat moral entre
le malade, sa famille et le médecin. « Livrer le diagnostic à ce stade sans
établir cette relation doit être considéré comme une erreur. »
Quel type de prise en charge alors proposer ?
Les anticholinestérasiques ne doivent pas être prescrits sans révélation du
diagnostic, et les incertitudes à leur sujet doivent faire préférer le plus
souvent les antioxydants et nootropes, malgré leur efficacité incertaine. L'essentiel
reste la prise en charge non pharmacologique et surtout l'information
sur les troubles, leurs risques, les mesures personnelles et familiales à prendre.
« Ce travail est lent et difficile et demande un suivi régulier du patient
et de sa famille. »
« Oui si » : l'annonce, un acte fondateur
On est loin d'avoir mesuré l'impact de l'annonce sur les patients et sur les
aidants. Dans une enquête sur 323 aidants [5], la révélation du diagnostic
a entraîné chez le patient 40 % d'indifférence, plus de 40 % d'anxiété,
de nervosité. Chez les aidants elle a eu un impact assez négatif : anxiété
(45 %), résignation (28 %), souvent rejet, déni ou colère, et seulement 12
% de soulagement (contrairement aux affirmations du « Oui sûrement »). Surtout
les réactions des aidants sont très liées aux conditions de l'annonce par
le médecin : la froideur, le temps insuffisant sont des éléments de perte
de confiance et d'aggravation de la souffrance, de rejet des aides proposées,
alors qu'une annonce bien faite permettra d'assumer la souffrance engendrée,
d'accepter l'aide, de prévoir l'organisation du futur.
Que conclure pour notre pratique ?
Ces trois textes représentent trois attitudes souvent rencontrées
: la première, volontariste, affirme pour agir ; la seconde cherche Ã
mieux connaître les bases du diagnostic et ses conséquences concrètes
pour le patient et son entourage ; la troisième cherche à mieux comprendre
tout l'environnement de l'annonce.
C'est dire la prudence nécessaire à l'annonce du diagnostic pour
qu'elle soit un nouveau départ et non le cataclysme qu'elle représente
encore trop souvent [5].
Reste le principal dans la prise en charge de la maladie d'Alzheimer
: ne pas oublier le patient en tant que personne, et ne pas négliger
l'aide aux aidants qui sont de grandes victimes de la maladie.
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Traiter les troubles comportementaux
Au cours des démences, Alzheimer ou autre type, les symptômes neuropsychiatriques
concernent 60 à 98 % des patients, spécialement au stade tardif. Ils sont souvent
un facteur d'institutionnalisation. Agitation, agressivité, hallucinations, fugues,
troubles du sommeil, dépression sont une préoccupation pour les soignants et
un facteur de stress pour l'entourage [7]. Leur traitement est difficile et mal
codifié. Plusieurs études récentes apportent des données concernant les approches
pharmacologiques et non pharmacologiques [7, 8].
Traitements pharmacologiques
Antipsychotiques conventionnels (neuroleptiques). 14 essais
contrôlés, 2 méta-analyses concluaient qu'il n'y a pas de données claires
prouvant leur utilité. Un léger bénéfice sur l'agressivité existe peut-être
avec l'halopéridol, au prix d'effets adverses possibles et importants : somnolence,
symptômes extrapyramidaux [7].
 Antipsychotiques atypiques (neuroleptiques de seconde génération).
Sur 6 essais contrôlés avec olanzapine et rispéridone, 4 montrent un bénéfice
modeste dans des démences modérées à sévères. Aux doses utilisées, l'incidence
des symptômes extrapyramidaux apparaît assez basse, mais la somnolence est
une préoccupation, ainsi qu'une augmentation du nombre des AVC [7]. Une étude
récente avec la quétiapine ne montre aucun bénéfice sur l'agitation, mais
une accélération du déclin cognitif [9].
 Antidépresseurs. Les tricycliques, doivent être évités
en raison de leurs effets secondaires anticholinergiques. Les sérotoninergiques
ont été évalués dans 5 essais contrôlés. Un seul avec le citaprolam a
montré un bénéfice sur l'agitation. La sertraline a montré un bénéfice
sur la dépression, mais non sur les troubles comportementaux. En conclusion,
malgré leur bonne tolérance, les antidépresseurs sérotoninergiques ne sont
pas vraiment efficaces sur les symptômes autres que la dépression [7].
 Normothymiques. Ni le valproate (3 essais sans efficacité
et avec des effets adverses), ni la carbamazépine (2 essais contradictoires)
ne sont à recommander [7].
 Anticholinestérases. Ils ont été étudiés de ce point
de vue dans 2 méta-analyses et 6 essais supplémentaires. Cinq de ces 8 études
rapportent des bénéfices statistiquement significatifs, mais leur amplitude
limitée (1,72 points sur l'échelle NPI de 120 points) conduit à s'interroger
sur leur signification clinique [7]. Concrètement : galantamine (2 essais positifs
sur 3), donézépil (2 positifs, 1 incertain, 1 négatif) [7], rivastigmine,
(1 essai négatif sur l'agitation) [9].
 Mémantine. 2 essais sont discordants et sans signification
clinique [7].
 Benzodiazépines. Elles doivent être évitées, surtout
à long terme. Elles peuvent augmenter la confusion, les chutes, et même l'agitation
[7, 8].
Traitements non pharmacologiques
De nombreuses approches alternatives ont été proposées, avec l'avantage d'absence
d'effets secondaires [9].
 Les stimulations sensorielles ont montré leur efficacité
dans de nombreux essais : Stimulations visuelles sur le sommeil [10]
; stimulations auditives avec des musiques personnalisées, des enregistrements
de voix ou de bruits naturels [3, 10]. L'aromathérapie avec melissa
officinalis en inhalation ou lavendula officinalis en application
cutanée était bénéfique sur l'agitation.
 Un programme d'exercices destiné au patient et géré
par les aidants familiaux formés à cet effet a amélioré la santé physique
et la dépression des patients, et retardé l'institutionnalisation [7].
 Un programme structuré de soutien aux aidants familiaux
a permis de retarder l'institutionnalisation [2]. Les techniques cognitivo-comportementales
destinées aux aidants peuvent avoir des effets bénéfiques sur les troubles
comportementaux des patients [9]. Une étude récente a montré une réduction
de l'usage des antipsychotiques et des épisodes de troubles comportementaux
[20].
Que conclure pour notre pratique ?
Les données sont globalement bien incertaines...
D'abord se souvenir que des résultats statistiquement significatifs
ne sont pas toujours cliniquement significatifs, utiles pour le patient
et son entourage. Il faut privilégier les données concernant
la qualité de vie, la dépression, le fardeau des aidants, l'institutionnalisation.
Les anticholinestérases ont montré une très modeste activité, ainsi
que 2 antipsychotiques atypiques, rispéridone et olanzapine dont la sécurité
est actuellement en débat [12]. Aucun n'est le médicament miracle [3].
L'approche non médicamenteuse est à privilégier. Toujours
débuter par une recherche de causes relationnelles et environnementales
des troubles comportementaux. Si les troubles persistent, essayer d'abord
les moyens non pharmacologiques et l'éducation des aidants.
Si un traitement médicamenteux doit être envisagé, deux approches
sont possibles : centrer le traitement sur le trouble clinique
dominant, ou agir de façon progressive, avec d'abord des anticholinestérases,
ensuite des antipsychotiques atypiques. Il est conseillé d'éviter les
benzodiazépines, et les contraintes physiques. Aucune médication psycho-active
ne doit être poursuivie indéfiniment [3].
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Familles : les « secondes victimes » ?
Selon les estimations actuelles, la prévalence de la maladie d'Alzheimer va continuer
d'augmenter. Les systèmes de santé doivent tenter d'en anticiper les conséquences,
y compris économiques. La majorité des personnes atteintes d'Alzheimer vivent
à domicile jusqu'à un stade avancé de la maladie. Les premiers intervenants auprès
de ces malades sont les aidants familiaux. Leur implication permet de retarder
le placement institutionnel [2]. Plusieurs études ont tenté d'évaluer les répercussions
de cette implication sur la santé des aidants familiaux et ses conséquences
économiques.
Quelle est l'importance du fardeau pour les aidants familiaux ?
Une étude française multicentrique [13] suit depuis 2000 une cohorte de 700
patients atteints d'une maladie d'Alzheimer, vivant au domicile et pris en charge
par un aidant familial. L'importance du fardeau ressenti par les aidants familiaux
a été évaluée lors de la visite d'inclusion. Les femmes perçoivent une charge
un peu plus lourde, peut-être parce qu'elles effectuent plus de tÃÊches ou que
l'affectivité est plus marquée. Le lien de parenté, la cohabitation avec le
patient, le recours aux aides non médicales (aides ménagères, gardes, centres
de jour...), la mise sous traitement spécifique n'allègent pas le fardeau. La
sévérité de la démence est l'élément principal de la charge ressentie, liée
plus aux troubles du comportement qu'aux incapacités pour les actes de la vie
quotidienne. Cette perception est identique ou plus sévère encore dans d'autres
études françaises ou étrangères.
Quel est le retentissement pendant la maladie et après la mort du soigné
?
Une étude américaine [14] a suivi 1 222 couples soignants-patients durant 4
ans ; 265 patients sont décédés ; 217 de leurs aidants familiaux ont pu être
interrogés sur le temps qu'ils ont quotidiennement consacré au patient directement
(soins quotidiens, toilette, habillage, nourriture) ou indirectement (téléphone,
repas, lessive, courses...), le temps de liberté qui leur restait, les médicaments
qu'ils prenaient eux-mêmes et les problèmes psychologiques qu'ils ont vécus
avant et après le décès du patient. Un score de dépression était régulièrement
réalisé, avec l'échelle CES-D (1 à 60).
Les aidants familiaux (85 % de femmes, répartis également entre conjointes
et enfants) avaient un ÃÊge moyen de 65 ans. Les patients étaient pour 54 %
des hommes (ÃÊge moyen : 81 ans, MMSE moyen : 11 ± 7, soit une démence modérée
à sévère). La moitié des aidants familiaux consacrait au moins 46 heures/semaine
au patient, 59 % déclaraient se sentir responsable 24 heures/24, 48 % ont dû
réduire leur activité professionnelle, 18 % la cesser. 46 % des aidants familiaux
bénéficiaient d'aides sanitaires à domicile, et 56 % étaient aidés par d'autres
membres de la famille.
Avant la mort du patient, 16 % des aidants familiaux prenaient des antidépresseurs,
19 % des anxiolytiques. Le score CES-D était en faveur d'une dépression pour
43 % des aidants familiaux.
Après la mort, 21 % prenaient des antidépresseurs, 18 % des anxiolytiques
; 21 % disaient avoir eu besoin d'aides diverses : groupes de soutien (65 %),
entretiens individuels (53 %). Le CES-D moyen montait rapidement lors de la
mort de 15 à 22, mais revenait en 15 semaines au niveau antérieur. ÃÄ 1 an,
le score moyen était à 9, et moins d'1/3 des aidants familiaux avaient un score
évocateur de dépression. En comparaison, pour les patients qui avaient dû
être institutionnalisés, le score CES-D des aidants familiaux augmentait un
peu plus après placement qu'après la mort, et surtout restait plus élevé
1 an après le placement.
Quel est le coût des aidants familiaux pour la société ?
Le coût annuel attribuable à la seule perte de productivité des aidants familiaux
et à leur remplacement a été estimé aux USA à 36 milliards de dollars [15].
S'y ajoutent les coûts importants engendrés par la dépression induite par le
fardeau ressenti. Par contre, les aidants familiaux permettent à la société
une importante réduction du coût du traitement de la maladie d'Alzheimer, y
compris pour les soins de fin de vie, car ils semblent bénéficier rarement des
services de soins palliatifs [15].
Les aidants familiaux ont-ils une surmortalité spécifique ?
Une réponse indirecte est apportée par un suivi de cohorte de personnes ÃÊgées
atteintes de pathologies diverses [16]. Les auteurs ont analysé la relation
entre l'implication des aidants familiaux (ici le conjoint) et leur mortalité.
Parmi 819 personnes ÃÊgées (66 à 96 ans) suivies, la moitié avait besoin d'un
conjoint aidant familial pour au moins une activité de la vie quotidienne,
en raison de problèmes de santé ou de confusion. Après 4 ans de suivi, il
y avait 103 décès parmi les conjoints, aidants familiaux ou non. Après ajustement
en fonction de l'ÃÊge, du sexe, de l'état de santé, le risque de décès était
de 63 % plus élevé chez les conjoints aidants familiaux stressés que chez
ceux non aidants familiaux. L'étude n'était pas centrée sur les démences,
ce qui peut sous-estimer le risque de surmortalité. Deux autres études ont
montré une sensibilité plus élevée au virus grippal des conjoints aidants
familiaux de maladie d'Alzheimer [17].
Que conclure pour notre pratique ?
La charge des aidants familiaux est lourde, et ressentie par eux de
façon pénible.
Ils paient un lourd tribut en termes de santé, particulièrement de
dépression. Un surcroît de mortalité lié au stress de l'aidant familial
est probable.
Certains indicateurs permettraient d'identifier les aidants familiaux
susceptibles de justifier une attention particulière et de bénéficier
de mesures d'aide adaptées : le sexe de l'aidant familial, la sévérité
de la maladie, l'existence chez le patient de troubles du comportement,
le nombre de tÃÊches effectuées par l'aidant familial. Des recherches
sont nécessaires pour mieux prendre en compte cette détresse des aidants
familiaux [3].
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Aider les aidants...
Vivre avec un patient atteint d'une maladie d'Alzheimer, que le diagnostic ait
été annoncé ou non, est une lourde charge pour les aidants proches, le plus
souvent conjoint ou enfant. Savoir accompagner la personne malade, comprendre
le ressenti des aidants, accepter les soutiens institutionnels proposés sont
les voies principales à explorer. Des études [2, 18] et ouvrages [19] récents
apportent des éléments de réponses concrètes. Ces données ont été peu évaluées,
mais apportent des éléments de réflexion d'un grand intérêt.
Savoir accompagner la personne malade
De tous les textes de ces ouvrages, on peut déjà retenir la volonté d'oeuvrer
pour un changement de regard qui préserve l'humanité des patients [18, p. 98],
et la nécessité d'apprendre à l'aidant à ne pas contrarier la personne aidée,
à ne pas la mettre en échec, et surtout à la valoriser [18, p. 137]. Derouesné
et Selmès [19] donnent dix conseils fondamentaux aux aidants pour faire face
aux modifications du comportement et de l'humeur du patient : essayer de rester
calme, abandonner toute idée d'argumentation logique, ne pas intervenir systématiquement
dans sa manière de vivre, savoir que tout trouble du comportement ou de l'humeur
a une signification, essayer de ne pas lui en vouloir, essayer de se mettre Ã
sa place, écrire à l'avance ce qu'il faut faire dans d'éventuelles situations
critiques, ne pas se sentir coupable, en parler aux autres (parents, amis, professionnels),
prendre soin de soi. L'ouvrage détaille ensuite des situations susceptibles d'être
rencontrées et apporte des réponses claires et pratiques. Et ces situations
sont multiples : citons l'anxiété, l'agressivité, la répétition des questions,
les fausses accusations, la déambulation, le refus de l'aide, l'incontinence
urinaire... Les conseils donnés par les auteurs permettent de mieux comprendre
les attitudes à avoir face à ces malades, et de mieux conseiller les aidants familiaux.
Comprendre le ressenti des aidants
Parler de maladie d'Alzheimer à la personne malade paraît difficile à plus d'un
aidant sur deux, surtout pour les conjoints, faute de savoir faire, alors que
90 % disent désirer être informés s'ils étaient eux-mêmes dans cette situation
[18, p. 14-28].
Le ressenti d'un fardeau élevé est lié à la maladie d'Alzheimer plus qu'Ã
l'incapacité physique. La simple annonce du diagnostic est un facteur de stress.
Un fardeau lourd est d'autant plus ressenti qu'il y a cohabitation, aide quotidienne,
besoin de recourir à des services professionnels, ou que l'aidant est une femme.
Il est à l'inverse atténué par le sentiment de soutien de l'entourage, et
la qualité de la relation entre l'aidant et l'aidé [18, p. 29-43].
La rupture de la relation d'aide, facteur d'institutionnalisation, est plus
fréquente si l'aidant est un enfant qu'un conjoint. La dépression de la personne
malade, la majoration des déficits cognitifs et fonctionnels, la nécessité
de recours à des aidants professionnels sont des facteurs reconnus [18, p. 72-74].
Utiliser les moyens institutionnels
Des professionnels sont souvent nécessaires pour des tÃÊches trop difficiles
ou astreignantes ; mais cette intervention dans l'univers familial est souvent
perçue comme une intrusion [18, p. 56-68].
D'autres formes d'aide sont proposées : les consultations mémoire,
les lieux d'information et de coordination gérontologique, les lieux d'accueil
à la journée. Tous sont centrés sur la personne malade, mais ont aussi pour
objectif le soutien à l'aidant familial [18, p. 126-32].
Les structures spécifiques d'aide aux aidants sont assez variées,
avec diverses formes de soutien psychologique, notamment des groupes de parole
[18, p. 126-32]. Venir à un groupe de paroles n'est pas toujours facile pour
un aidant, mais tous les témoignages confirment leur intérêt : rupture du
sentiment de solitude, déculpabilisation, lutte contre « l'oubli de soi »,
aide à la solution de moments difficiles et à penser à réaménager son temps.
Si l'évaluation de ces groupes reste encore limitée, elle semble confirmer
ces témoignages [2].
Que conclure pour notre pratique ?
Le patient atteint d'une maladie d'Alzheimer doit être considéré
comme une personne, mais l'aidant a un fardeau très lourd et doit être
aidé par des moyens très diversifiés. Ce soutien est indispensable
pour éviter les conséquences du fardeau subi par l'aidant, et particulièrement
la dépression souvent sévère.
Les aspects concrets de l'accompagnement sont largement développés
dans les ouvrages que nous avons analysés et dans la série d'articles
que J. Selmès et C. Derouesné proposent aux lecteurs de Médecine
[1]. De plus, dans chaque région il y a des associations de patients
Alzheimer où l'on peut trouver les moyens disponibles [3].
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Références
- Selmès J, Derouesné C. Maladie d'Alzheimer : cinq protagonistes en quête
d'identité. Médecine, 2006, 2(7), 307-8, et articles suivants en cours de
parution.
- Collectif. Intervenir au niveau de la famille pour retarder le placement
institutionnel des patients atteints de maladie d'Alzheimer. Bibliomed. 1997:47.
Sur www.unaformec.org
- Fondation Médéric Alzheimer, 30 rue de Prony, 75017 Paris. www.fondation-mederic-alzheimer.org
- Brodaty H (Australie). Dix arguments en faveur du diagnostic précoce. Les
cahiers de la Fondation Médéric Alzheimer. 2005;1:12-8.
- Derouesné C. Le diagnostic précoce de la maladie d'Alzheimer : exigences
et bénéfices. Les cahiers de la Fondation Médéric Alzheimer. 2005;1:19-26.
- Gely-Nargeot MC, Trouillet R. L'annonce du diagnostic, un acte fondateur.
Les cahiers de la Fondation Médéric Alzheimer. 2005;1:27-33.
- Sink KM, Holden KF, Yaffe K. Pharmacological treatment of neuropsychiatric
symptoms of dementia: a review of the evidence. JAMA. 2005;293:596-608.
- Joray S, Ghika J, von Gunten A, Bula C, Gold G, Assal F. Peut-on traiter
la maladie d'Alzheimer ? Rev Med Suisse. 2005;1:1201-8.
- Ballard C, Margallo-Lana M, Juszczak E, Douglas S, Swann A, Thomas A, et
al. Quetiapine anr rivastigmine and cognitive decline in Alzheimer's disease:
randomised double blind placebo controlled trial. BMJ. 2005;330:874-77.
- Burns A, Byrne J, Ballard C, Holmes C. Sensory stimulation in dementia.
BMJ. 2002;325:1312-3.
- Teri L, Gibbons LE, McCurry SM, Logsdon RG, Buchner DM, Barlow WE, et al.
Exercice plus behavioral management in patients with Alzheimer disease. JAMA.
2003;290:2015-22.
- Singh S. Increased mortality among elderly patients with dementia using
atypical antipsychotics. CMAJ. 2005;173:252.
- Andrieu S, Balardy L, Gillette-Guyonnet S, Bocquet H, Cantet C, Albarede
JL, et al. Charge ressentie par les aidants informels de patients atteints
de la maladie d'Alzheimer au sein de l'étude REAL.FR : méthode de mesure
et facteurs associés. Rev Med Int. 2003;24:351s-9s.
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N Engl J Med. 2003;349:1936-42.
- Prigerson HG. Costs to society of family caregiving for patients with end-stage
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- Kiecolt-Glaser JK, Glaser R. Chronic stress and mortality among older adults.
JAMA. 1999;282:2259-60.
- Frémontier L. L'aide aux aidants : l'apport de la recherche médico-sociale.
Actes du colloque de la Fondation Médéric Alzheimer du 19-9-2003. Paris
Fondation Médéric Alzheimer 2003.
- Derouesné C, Selmès J. La maladie d'Alzheimer : Comportement et humeur.
Paris : John Libbey Eurotext : 2005.
- Schulz R, Mendelsohn AB, Fossey J, Ballard C, Juszczak E, James I, et al.
Effect of enhanced psychosocial care on antipsychotic use in nursing home
residents with severe dementia: cluster randomised trial. BMJ. 2006;332:756-8.
En résumé : maladie d'Alzheimer, s'occuper du patient, mais aussi
des aidants familiaux
 Annoncer le diagnostic de maladie d'Alzheimer est une responsabilité
lourde, nécessitant une bonne certitude du diagnostic, et surtout l'organisation
d'un accompagnement du patient et de son entourage. Il s'agit d'un vrai
contrat moral entre le patient, sa famille et le médecin. Annoncer
sans prévoir ce suivi est une erreur.
 Eviter ou réduire dans la mesure du possible les troubles comportementaux
du patient Alzheimer passe par une éducation de l'entourage immédiat.
L'approche médicamenteuse doit être prudente.
 Le patient atteint de maladie d'Alzheimer doit être considéré
comme une personne, et le médecin, comme l'aidant, doivent en tenir
compte en acceptant le patient tel qu'il est, en évitant toute confrontation.
L'information, l'éducation des aidants familiaux est une étape indispensable.
 Le soutien des aidants sous toutes ses formes est un impératif
absolu, et le moyen principal pour retarder le placement institutionnel,
comme pour le faire accepter quand il s'avère indispensable.
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