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Fer et alimentation
Le contenu en fer des aliments doit être considéré sur le plan nutritionnel
de manière différente suivant que son origine est végétale ou animale. Le
problème essentiel provient de la grande difficulté à absorber ce métal quand
il n'est pas sous forme héminique, c'est-à -dire lié à une globine (hémo-
ou myoglobine). Le fer héminique est contenu en quantité importante dans la
viande rouge (2 Ã 5 mg/100 g) mais surtout le foie (10 Ã 15 mg/100 g). Le fer
non héminique d'origine animale peut être trouvé dans les oeufs (7 mg/100
g). Quant aux végétaux, les concentrations peuvent aller de 10 mg/100 g dans
certaines graines (haricots) à 1 à 1,2 mg/100 g dans les feuilles et les herbacées,
moins encore pour les fruits (0,4 Ã 1 mg/100 g). Certaines noix peuvent contenir
3 mg/100 g de fer. Très schématiquement, environ 10 % du fer contenu dans
l'alimentation est absorbé avec des différences très importantes pour la
viande rouge (10 à 15 %) et seulement 3 à 5 % pour les végétaux. Cette dernière
valeur peut néanmoins se trouver augmentée quand la teneur en vitamine C de
l'alimentation est importante. Les besoins journaliers pour un homme moderne
sont de 1 à 2 mg/24 h et du double pour la femme en période génitale du fait
des pertes entraînées par les menstruations [1].
Le manque chronique de fer dans l'alimentation aboutit à la carence martiale,
puis à l'anémie microcytaire.
L'apport alimentaire en fer a beaucoup varié au cours de l'évolution, suivant
l'adaptation de l'homme au biotope :
•Pendant, ou avant la période australopithèque (comprendre quand
nos ancêtres étaient ou vivaient avec les Australopithèques), l'alimentation
frugivore n'apportait que des quantités réduites de fer, phénomène compensé
par une faible consommation de plantes ligneuses, mais surtout par la grande
richesse en vitamine C des fruits qui facilitait l'absorption du fer. La sécrétion
de sueur apocrine, plus pauvre en fer que la sueur eccrine, limitait les pertes
sudorales.
•La deuxième période (de  3 millions à  1 million d'années) est
certainement, sur le plan des apports en fer, la plus délicate. La faiblesse
d'apport en vitamine C et la grande quantité de fibres ingérées limitent
considérablement l'absorption intestinale. Il semble qu'un apport suffisant
ne puisse être réalisé sans une consommation d'oeufs et d'un minimum de viande
rouge, même si cette dernière n'est plus très fraîche (charognes), notre
opportunisme à cette époque permet d'éviter l'installation d'une anémie par
carence martiale [4].
•Lors de la période suivante l'apport en viande est considérable, et
même si l'alimentation d'Homo Erectus apparaît pauvre en vitamine C,
le fer héminique (viande de rennes, de mammouths, ou de chevaux sauvages...)
pourvoit sans problème à l'apport martial. ÃÄ cette époque les sécrétions
sudorales eccrines se substituent aux sécrétions apocrines, augmentant de
ce fait les pertes cutanées en fer. L'étude des os des populations du paléolithique
supérieur (environ  40 000 ans) ne permet pas de retrouver des signes de
carence martiale. La nourriture, composée des produits de la chasse et de la
cueillette, apporte sans difficulté les oligo-éléments indispensables, dont
le fer.
•Rapidement le mode de vie des sociétés humaines change, le chasseur
se sédentarise, devient cultivateur et éleveur. Nous passons à l'ÃÊge du bronze,
puis à l'ÃÊge du fer, les outils forgés permettent des récoltes plus abondantes.
L'alimentation essentiellement camée de l'homme du paléolithique se transforme.
Les réserves de céréales, les plantes cultivées dans ces premiers jardins
supplantent peu à peu les protéines animales qui sont de plus en plus difficiles
à se procurer et vont bien vite devenir l'apanage des classes dominantes. Les
carences martiales deviennent pratiquement endémiques : « L'ÃÊge du fer
marque le début de la carence en fer. »
•Chez l'Homo Sapiens Sapiens des temps modernes, l'apport en fer
reste une préoccupation constante des nutritionnistes [2]. Le moindre écart
alimentaire secondaire à une diminution de l'apport protéique d'origine économique
(pays du tiers-monde), ou philosophique (végétarisme) induit à moyen terme
(quelques mois) une carence martiale qui pourra éventuellement être à l'origine
d'une anémie (10 à 15 % des cas).
Fer et activité physique
L'apport en fer, déjà problématique chez les sédentaires, s'accompagne
d'une augmentation des pertes chez le sportif
Les troubles gastro-intestinaux secondaires au mécanisme d'ischémie-reperfusion
sont présents chez plus de 30 % des marathoniens. Lors de la pratique, les masses
sanguines sont distribuées vers les muscles actifs et la peau pour favoriser
la thermorégulation. Ce phénomène est à l'origine d'ischémie et même de nécroses
des tissus digestifs momentanément spoliés en oxygène. Lors du rétablissement
des masses sanguines, ces mini-lésions saignent et provoquent des pertes relativement
importantes de fer.
Le claping concerne essentiellement le caecum (mal stabilisé dans la
cavité abdominale) et la vessie (surtout si l'exercice est pratiqué avec une
vessie non totalement vidée). Les mouvements répétés de ces deux organes,
mal arrimés contre la paroi abdominale, provoquent des saignements (intestinaux,
hématurie).
L'hémolyse intravasculaire (présente lors de toutes activités intenses)
peut avoir pour origine une cause chimique (acidification du milieu, hyperoxydation
des membranes érythrocytaires) ou mécanique pas écrasement des érythrocytes
entre le talon et le sol. Même si une part importante du fer peut être captée
par le système réticulaire, cette hémolyse se caractérise par la présence
d'une hémoglobinurie dans les heures qui suivent la compétition.
La sueur contient des quantités non négligeables de fer. Tout phénomène
tendant à augmenter le débit sudoral (gymnase trop chauffé, courses en ambiance
chaude) peut conduire à une carence martiale.
La rhabdomyolyse contribue également, par libération vasculaire, puis
urinaire, de myoglobine, à déstabiliser les réserves en fer.
Les menstruations chez les athlètes doublent pratiquement les pertes
de fer mensuelles. On peut considérer que la sportive est systématiquement
en carence martiale. Seules les athlètes féminines surentraînées, et donc
en aménorrhée secondaire, bénéficient d'un statut martial plus favorable.
Carence martiale et complémentation en fer
La découverte d'une carence martiale peut être fortuite, mais elle est plus
souvent suspectée chez une sportive :
 asthénique,
 s'entraînant avec difficulté, mais plusieurs heures par jour,
 incapable de progresser, avec même parfois une diminution significative
de ses performances,
 aux téguments décolorés,
 présentant des règles abondantes et/ou prolongées,
 végétarienne...
La carence doit alors être confirmée par dosage de la ferritine plasmatique
: sa diminution est le signe majeur signalant la carence. Le dosage du fer seul
est totalement insuffisant. Une anémie microcytaire est présente dans 10 Ã
15 % des carences.
Au XIXe et au début du XXe siècle, cette carence était
très fréquemment rencontrée chez les jeunes filles recevant une alimentation
insuffisante en viande rouge. La « chlorose » des jeunes filles (teint couleur
de chlore) était efficacement combattue par l'absorption de sang aux abattoirs,
d'eau de rouille (verre d'eau dans lequel on laissait tremper des clous), et
grÃÊce à une technique typiquement « ch'timi » qui consistait à immerger un
tisonnier chauffé au rouge dans un bock de bière.
Chez le sportif et surtout chez la sportive ne désirant pas modifier son alimentation
pour diverses raisons, il est utile de prescrire des cures trisannuelles de
fer et de vitamine C à raison de 100 mg le matin pendant un mois [3]. Le comprimé
doit être pris à jeun pour éviter une éventuelle association avec des fibres
alimentaires.
Pour épicuriens (ils existent même chez les marathoniens) : on augmentera
la proportion des viandes rouges (cuites ou crues) dans l'alimentation et l'on
proposera un verre de médoc à jeun deux fois/jour (le médoc est en effet le
seul vin contenant des quantités pharmacologiques de fer. Ce dernier est d'autant
plus facile à absorber que le vin est peu tannique, donc vieux).
Références
- Creff AF. Manuel de diététique en pratique médicale courante. Paris :
Masson (4e édition); 2000.
- Brouns F. Les besoins nutritionnels de l'athlète. Paris: Masson; 1994.
- Nielsen P, Nachtigall D. Iron Supplementation in Athletes  Current Recommendations.
Sports Med. 1998;26(4):207-16.
- Pilardeau P. Etiopaléopathologie ou le syndrome de Lucy. Bobigny : DERMS.
2002.
En résumé : fer et activité physique
 Proscrire, si possible, les régimes végétariens (complémentation
en fer si nécessaire).
 Gérer sa thermorégulation en évitant les sudations dues à des vêtements
inadaptés.
 Vider sa vessie avant toute activité sportive.
 S'hydrater abondamment pendant l'activité pour limiter les effets
ischémiques mésentériques.
 Porter des semelles amortissantes pour limiter l'hémolyse mécanique.
 S'entraîner sérieusement pour limiter l'acidose et la rhabdomyolyse.
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