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Point-clé 1 : une clinique particulière
La dépression de l'enfant ou de l'adolescent répond aux critères
du DSM-IV, avec des modes d'expression particuliers (tableau
1). L'appréciation de l'intensité des symptômes relève
de l'évaluation clinique (éventuellement d'échelles validées).
L'évaluation du risque suicidaire doit être systématique
avant toute prise en charge.
La dépression est rare chez l'enfant (prévalence 0,5 %). Elle
s'accompagne de difficultés comportementales, relationnelles, familiales
et scolaires, durables et souvent d'apparition brutale. Elle se traduit le plus
souvent par une attitude générale de retrait ou au contraire par
une irritabilité et une agitation inhabituelle.
Elle est plus fréquente chez l'adolescent (prévalence 3 %, avec
un sex ratio de 2 filles pour 1 garçon, inverse de celui de l'enfant
[1]). Elle peut s'exprimer par un désinvestissement scolaire brutal,
des plaintes somatiques masquant la dépression chez les filles, ou des
passages à l'acte (agressifs ou anti-sociaux) chez le garçon.
Ces troubles sont distincts de la « crise d'adolescence » et le risque
de les sous-estimer est important. Selon les conclusions d'une expertise de
l'Inserm, la dépression chez l'enfant et plus particulièrement
chez l'adolescent est fréquemment associée à un risque
suicidaire important [1]. En France, le suicide des jeunes est la deuxième
cause de décès entre 15 et 24 ans (700 décès par
an).
Point-clé 2 : psychothérapie toujours...
La psychothérapie est le traitement de première intention chez
l'enfant. S'il n'y a pas d'amélioration, un traitement antidépresseur
peut être envisagé pour en faciliter le déroulement.
C'est aussi la règle dans la plupart des cas chez l'adolescent. Cependant,
le recours à un antidépresseur pourra se justifier en première
intention dans les épisodes dépressifs « caractérisés
» (selon la définition du DSM-IV) d'intensité sévère
(définie en fonction de l'évaluation du nombre et de l'intensité
des symptômes dépressifs et de leur retentissement) et durables.
En cas d'efficacité insuffisante de la prise en charge psychothérapique
ou en cas d'aggravation, la prescription d'un antidépresseur pourra s'envisager
en deuxième intention.
Il est recommandé, dans tous les cas, d'accompagner la prescription
d'antidépresseur d'une prise en charge psychothérapique adaptée
: écoute du patient et soutien psychologique, sensibilisation de l'entourage
et de la famille (en les associant au suivi) ; suivi de l'évolution des
symptômes.
Point-clé 3 : traitement pharmacologique ?
La mise en évidence d'un risque de comportement suicidaire (idées
suicidaires, tentatives de suicide) et/ou hostile (agressivité, comportement
d'opposition, colère) associé à l'utilisation chez l'enfant
et l'adolescent des antidépresseurs inhibiteurs de la recapture de la
sérotonine (ISRS) et apparentés a conduit l'Agence européenne
du médicament (EMEA) à réévaluer le risque de ces
médicaments et en avril 2005, à les déconseiller dans le
traitement de la dépression chez l'enfant et l'adolescent. Les données
disponibles aujourd'hui pour les antidépresseurs tricycliques justifient
qu'ils soient également déconseillés dans cette même
indication [3-6]. Par ailleurs, les conséquences d'un traitement par
ISRS et apparentés sur le développement de l'enfant, notamment
la croissance, sont méconnues [2].
La prescription d'antidépresseurs n'est pas adaptée aux situations
d'urgence, qui nécessitent une prise en charge immédiate, éventuellement
en milieu hospitalier.
L'éventuelle prescription doit s'accompagner d'une surveillance étroite
et de la recherche d'un comportement hostile (agressivité, comportement
d'opposition, colère) ou suicidaire (idées et/ou menaces suicidaires,
tentatives de suicide), particulièrement en début de traitement.
La survenue récente (ou l'aggravation) de symptômes tels qu'insomnie,
irritabilité, anxiété, agitation, nervosité et a
fortiori des idées suicidaires nécessite des consultations plus
fréquentes.
Au vu des données disponibles, il n'est pas possible de recommander
un antidépresseur plutôt qu'un autre. Il est recommandé
de commencer par la dose la plus faible, avec comme objectif d'atteindre progressivement
la posologie minimale efficace en tenant compte du poids et de la réponse
clinique. La durée totale du traitement d'un épisode pourrait
se situer entre 6 mois et un an.
L'arrêt du traitement sera toujours progressif sur plusieurs semaines
ou mois pour prévenir le risque de rechute et programmé avec le
patient et son entourage. Une prise en charge psychothérapique adaptée
constitue l'élément essentiel de la prévention des récidives,
dont la fréquence élevée constitue un risque de pronostic
péjoratif.
Point-clé 4 : attention au syndrome de sevrage
Il peut survenir à l'arrêt trop rapide d'un traitement, surtout
s'il a été prolongé, à posologie élevée,
ou avec un antidépresseur à demi-vie courte.
Les risques d'apparition de ce syndrome sont réduits en diminuant progressivement
la posologie. Les symptômes (irritabilité, anxiété,
vertiges ou troubles du sommeil) sont transitoires (une semaine en moyenne).
Ils nécessitent de revenir temporairement à la posologie précédente
de l'antidépresseur avant de reprendre un sevrage encore plus progressif.
L'information des patients et de leur entourage sur la dépression et
ses modalités de traitement répond aux dispositions de la loi
du 4 mars 2002 sur le droit des malades concernant les mineurs. Une information
grand public est disponible sur le site de l'Afssaps (« Vous et votre traitement
par antidépresseur »).
Références
- Expertise collective Inserm. Troubles mentaux. Dépistage et prévention
chez l'enfant et l'adolescent. Inserm: Paris; 2003.
- The use of medication in treating childhood and adolescent depression:
information for physicians. American Psychiatric Association (APA) and American
Academy of Child and Adolescent Psychiatry (AACAP) 2005. PhysiciansMedGuide.
Sur www.ParentsMedGuide.org.
- Maneeton N, Srisurapanont M. Tricyclic antidepressants for depressive disorders
in children and adolescents: a meta-analysis of randomized-controlled trials.
J Med Assoc Thai. 2000;83:1367-74.
- Hazell P, O'Connell D, Heathcote D, Robertson J, Henry D. Efficacy of tricyclic
drugs in treating child and adolescent depression: a meta-analysis. BMJ. 1995;310:897-901.
- Hazell P, O'Connell D, Heathcote D, Henry D. Tricyclic drugs for depression
in children and adolescents. The Cochrane Database of systematic Reviews 2002;
Issue 2.
- Jick H, Kaye JA, Jick SS. Antidepressants and the risk of suicidal behaviors.
JAMA. 2004;292:338-43.
Notes :
Voir l'article de Garland et Wright dans ce même numéro de Médecine,
pages 109-111.
Texte intégral disponible sur www.afssaps.sante.fr
Il s'agit de 13 antidépresseurs dont 2 ne sont pas autorisés
en France (atomoxétine et reboxétine). Les 11 autres sont : fluvoxamine,
fluoxétine, citalopram, paroxétine, venlafaxine, milnacipran,
sertraline, mirtazapine, escitalopram, miansérine et duloxétine.
DOI : 10.1684/med.2007.0090
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