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Paracétamol : des règles d'utilisation strictes


Médecine. Volume 3, Numéro 2, Février 2007, Thérapeutiques

DOI : 10.1684/med.2007.0073

Résumé  

Auteur(s) : Michel Gerson , Endocrinologue Hôpital Monod Le Havre - mgerson@ch-havre.fr .

Résumé : Le paracétamol est le type même du médicament utilisé en automédication, vendu en pharmacie sans qu'il soit nécessaire d'avoir une ordonnance médicale. Il est un antalgique considéré comme dénué de risque d'interaction médicamenteuse : le RCP n'en mentionne aucune. La posologie recommandée va jusqu'à 3 à 4 grammes par jour chez l'adulte. Mais n'y a-t-il vraiment aucun problème ?

Mots-clés : AVK, paracétamol

ARTICLE

Majoration de l'effet des antivitamines K

La pertinence clinique d'une interaction paracétamol-antivitamine K (AVK) est fortement suggérée par plusieurs types de données résumées par Vigitox [1] :

*Des observations isolées dont une récente et détaillée d'une femme de 46 ans traitée par fluindione (Previscan®) pour phlébites et embolies pulmonaires à répétition [2]. Six jours après l'augmentation de la posologie à 3 g/j du paracétamol, l'INR est à 4,46 alors qu'auparavant il était stable autour de 3 ; l'INR revient au niveau antérieur après l'arrêt du paracétamol.

*Une étude épidémiologique comparant 96 patients traités par warfarine (Coumadine®) avec INR > 6 et 196 témoins avec INR dans la cible. Une interaction dose-dépendante avec la prise de paracétamol a été notée.

*Des travaux expérimentaux en faveur d'une action d'un métabolite toxique du paracétamol inhibant certains enzymes impliqués dans le cycle de la vitamine K.

*Et surtout, une étude française en cross-over, randomisée en double aveugle versus placebo qui montre une augmentation de l'INR de 1,04 (± 0,55), maximale dès le 4e de jour de traitement, chez des patients traités par warfarine et recevant 4 g de paracétamol.

L'essentiel de ces données concerne la warfarine, antivitamine K la plus prescrite dans les pays anglo-saxons alors qu'en France la fluindione est de loin la plus prescrite.

L'incidence clinique de l'interaction paracétamol-AVK paraît modeste et limitée aux posologies les plus élevées mais elle concerne potentiellement un grand nombre de patients et relève d'une « précaution d'emploi »En pratique, ces données doivent nous inciter à :

- contrôler l'INR dès le 4e jour suivant l'introduction du paracétamol.

- rapporter les cas d'interaction à son centre régional de pharmacovigilance.

Les doses thérapeutiques conseillées sont-elles totalement sans danger ?

La question se pose après plusieurs études rapportées dans le Lancet [3]. Dans la plupart des pays, la posologie maximum recommandée chez l'adulte est de 4 grammes par jour, en raison de l'hépato- et de la néphrotoxicité du paracétamol au-delà de cette dose : durant les 15 dernières années, surtout en Europe et aux États-Unis, le paracétamol est devenu la principale cause d'insuffisance hépatique aiguë, pathologie gravissime puisque plus de 85 % des patients atteints et non transplantés décèdent ; elle a été constatée à l'occasion de surdosages accidentels (plus fréquents que les intentionnels) à partir de 7 grammes par jour.

Une étude randomisée paracétamol vs. placebo a montré que même au dessous de 4 grammes journaliers, le tiers des volontaires sains augmentait son taux d'alanine aminotransférase de plus de 3 fois (jusqu'à 8 fois chez 27 % d'entre eux), suggérant une atteinte hépatique, alors que ce taux n'était majoré chez aucun des sujets du groupe placebo.

Trois autres études ont confirmé que le paracétamol à dose thérapeutique peut être associé à une atteinte hépatique chez certains patients : deux concernaient des patients atteints d'hépatite virale (leurs transaminases augmentent davantage en cas de prise de paracétamol), la troisième des patients tuberculeux traités.

Les auteurs anglais en concluent que les recommandations à ce sujet devront être revues. Ils rappellent cependant qu'il faut toujours tenir compte du contexte, afin de ne pas favoriser la prise d'autres médicaments potentiellement plus toxiques. Il préconisent surtout la prudence chez les patients « à risque » (notamment d'une fait d'une possible altération des fonctions hépatiques) : abus d'alcool, dénutrition sévère, consommation chronique de paracétamol, tabagisme, hépatite aiguë, prise de médicaments hépatotoxiques...

Références

  1. Vial T. Majoration de l'effet anticoagulant des antivitamines K par le paracétamol ou le tramadol. Vigitox. 2006;30:2.
  2. Wilouin F, Baune B, Lidove O, Papo T, Farinotti R. Interaction entre le paracétamol et la fluindione : à propos d'un cas. Thérapie. 2006;61:75-7.
  3. Jalan R, Williams R, Bernuau J. Paracetamol: are therapeutic doses entirely safe? Lancet. 2006;368:2195-6.
Notes :

1. Vigitox est édité par les Centres Antipoison et de Pharmacovigilance de Lyon sur www.centres-pharmacovigilance.net/lyon

2. Dans les RCP, les interactions médicamenteuses sont classées en 3 niveaux : associations contre-indiquées, déconseillées et nécessitant une précaution d'emploi.

 

DOI : 10.1684/med.2007.0073


 

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