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Buflomédil : retrait des comprimés à 300 mg


Médecine. Volume 3, Numéro 1, 18-9, Janvier 2007, Thérapeutiques

DOI : 10.1684/med.2007.0059

Résumé  

Auteur(s) : Michel Gerson , Hôpital Monod, Le Havre - mgerson@ch-havre.fr .

Résumé : Fin novembre 2006, l'Afssaps informait du retrait du marché des comprimés de buflomédil dosés à 300 mg (Fonzylane® et génériques) et de la limitation des indications des dosages à 150 mg1 [1]. Elle fondait cette décision sur deux enquêtes de pharmacovigilance et toxicovigilance. Le compte rendu de la réunion de la Commission nationale de Pharmacovigilance du 30 juin concernant le buflomédil est disponible [2], ainsi que des données à la fois sur la toxicité en cas de surdosage et sur les effets indésirables en utilisation normale. Buflomédil : retrait des

Mots-clés : artérite, effet adverse, vasodilatateur

ARTICLE

Intoxication grave dès 3 grammes (10 cp)

L'intoxication aiguë par le buflomédil entraîne dans un délai très court (15 à 90 minutes) deux types de symptômes [3] :

- des convulsions souvent récidivantes pouvant conduire à un état de mal convulsif ;

- des complications cardiovasculaires : troubles du rythme ou de la conduction, choc cardiogénique, arrêt cardiaque.

La gravité et la rapidité d'installation de ces symptômes imposent le recours au Samu.

Une observation de réanimateurs lyonnais illustre ce fait : 2 heures après l'ingestion d'une quantité importante de buflomédil, une jeune fille de 18 ans a fait des convulsions et une arythmie ventriculaire. À l'arrivée dans le service de réanimation, elle était en arrêt cardiocirculatoire [4].

Des réanimateurs de Tours avaient rapporté 5 cas survenus chez des jeunes femmes. Pour 3 d'entre elles, la dose de buflomédil ingérée était connue : 3 à 10,8 g. Deux ont présenté un arrêt cardiaque d'évolution favorable [5].

Les Centres Anti-Poisons ont recensé, sur 233 intoxications volontaires, 25 décès par arrêt cardiaque [6]. Un décès a été rapporté chez un adulte pour une dose de 3 g [3].

Au total, comme le note l'Afssaps, « ce médicament à marge thérapeutique étroite est responsable d'intoxications dont l'évolution peut être fatale et dont la prise en charge est rendue difficile en raison de la possibilité de survenue rapide et brutale des symptômes des symptômes neurologiques et cardiaques après l'ingestion ».

Effets indésirables en utilisation normale

Les effets indésirables les plus fréquents sont neurologiques. Sur 188 effets indésirables graves enregistrés dans la base française de pharmacovigilance et analysés par le Centre de pharmacovigilance de Lyon, 31 % sont neurologiques dont 36 cas de convulsions [7]. Chez 16 % des patients, il s'agissait d'effets indésirables cardiaques dont 8 arrêts cardiaques. Sur 16 patients décédés, la responsabilité du buflomédil était jugée possible dans 16 cas. Une insuffisance rénale est notée dans plus d'un quart des cas. L'Afssaps met l'accent sur l'absence d'adaptation posologique chez les sujets âgés ou insuffisants rénaux.

Vasodilatateurs : une habitude française

La prescription large des vasodilatateurs est une habitude française sans équivalent dans la plupart de nos voisins européens [9].

À titre d'exemple, en 2002 l'Assurance-maladie a remboursé en France 228 millions d'euros pour les

prescriptions de vasodilatateurs, soit 3 829 euros pour 1 000 habitants. La même année, en Angleterre, la dépense était de 6 millions de livres soit 181 euros pour 1 000 habitants.

À l'issue d'une série de comparaisons avec trois pays européens (Allemagne, Espagne et Royaume-Uni) et le Canada, la HAS note que « l'étude des diagnostics à l'origine des prescriptions [...] ne fait pas apparaître de motif de diagnostic précis qui pourrait expliquer le besoin de recourir aux vasodilatateurs plus en France que dans ces pays ».

Service médical rendu insuffisant

Dans l'artériopathie des membres inférieurs, la classe vasodilatateurs n'a fait la preuve au cours d'une méta-analyse d'aucun effet sur la morbidité cardiovasculaire et sur la mortalité totale [10].

Il s'agit donc au mieux de traitements symptomatiques. Dans une synthèse Cochrane publiée sur l'efficacité du buflomédil dans la claudication intermittente, les auteurs ont identifié 6 essais randomisés versus placebo d'une durée d'au moins 3 mois et ayant inclus plus de 30 sujets [11]. Ils n'en ont retenu que 2, la qualité méthodologique des 4 autres étant trop médiocre. Ces deux essais montrent un effet faiblement positif (significatif dans un seul essai). Les auteurs concluent à l'absence de preuve d'efficacité du buflomédil chez les patients atteints de claudication intermittente et à la nécessité de réévaluer le bien fondé de son autorisation de mise sur le marché.

Le buflomédil n'est pas recommandé ou pas cité dans les recommandations étrangères [12].

La Commission de la Transparence, saisie par le ministre de la Santé, avait rendu en 2004 un avis sur le Fonzylane® [8]. Elle notait, après étude des 5 essais randomisés versus placebo fournis par le fabricant, qu'« on ne peut juger de la pertinence de l'effet observé qui peut être considéré en moyenne comme faible [...] Malgré 20 ans de commercialisation de ces spécialités, aucun élément ne permet de documenter son efficacité en pratique réelle ». Elle concluait à un service médical rendu (SMR) insuffisant pour justifier une prise en charge. Néammoins, les résultats positifs de l'essai LIMB justifiaient pour la Commission d'AMM le maintien de l'indication « traitement symptomatique de la claudication intermittente ».

Au total :

* La Commission nationale de Pharmacovigilance a estimé défavorable le rapport bénéfice/risque du buflomédil [2].

* La Commission de la Transparence a réexaminé en 2006 les données disponibles sur Fonzylane® (resté remboursable) dont l'essai LIMB [12]. Elle confirme que le rapport bénéfice (efficacité)/risque (effets indésirables) est « faible ». Elle conclut que le service médical rendu est faible dans l'indication traitement symptomatique de la claudication intermittente des artériopathies chroniques oblitérantes des membres inférieurs (au stade II) et insuffisant dans l'autre indication de l'AMM (syndrome de Raynaud).

Références

  1. Marimbert J. Pharmacovigilance et la sécurité d'emploi du buflomédil. Lettre aux professionnels de santé du 13/11/06 publié le 23/11/2006 sur www.afssaps.sante.fr
  2. Complément au compte rendu publié de la Commission nationale de pharmacovigilance publié le 30/11/2006 sur www.afssaps.sante.fr
  3. Pulce C. Intoxication aiguë par le buflomédil. Vigitox 2002;18:3-5. Sur www.centres-pharmacovigilance.net/lyon
  4. Pirou V, Jacques D, Guérin C, et al. Intoxication aiguë grave au buflomédil. Ann Fr Anesth Réanim. 1995;14:432-4.
  5. Legras A, Piquemal R, Furet Y, et al. Buflomedil poisoning: five cases with cardiotoxicity. Intensive Care Med. 1996;22:1432-8.
  6. Montastruc JL. Buflomédil (Fonzylane®) : attention au risque convulsif et cardiaque. Bip. 2006;13(2):11. Sur www.bip31.fr
  7. es journées de pharmacovigilance. Montpellier, avril 2006.
  8. Commission de la transparence. Avis de la Commission. Fonzylane® 150 mg, Fonzylane® 300 mg. 25 février 2004. sur www.has-sante.fr
  9. Annexe 6. Comparaisons européennes. http://has.presstvnews.fr/recos2/docs/annexes-reco/Annexe%206.pdf (visité le 3/12/06)
  10. Nony P, Boissel JP. Artérite médicamenteuse des membres inférieurs. Autres traitements médicamenteux. Médecine. 2006;2(6):249-52.
  11. De Backer TLM, Vander Stichele RH, Bogaert MG. Buflomedil for intermittent claudication. Cochrane Database of Systematic Reviews 2005, Issue 3. Art. No.: CD000988. DOI: 10.1002/14651858.CD000988
  12. Commission de la transparence. Avis de la Commission. Buflomédil 150 et 300 mg. 25 juin 2006. Sur www.has-sante.fr

 

En résumé

- Retrait de l'autorisation de mise sur le marché du dosage 300 mg comprimé le 28 novembre 2006 (avec rappel de tous les lots).

- Maintien du dosage 150 mg dans la seule indication du traitement symptomatique de la claudication intermittente des artériopathies chroniques oblitérantes des membres inférieurs au stade 2 (suppression de l'indication amélioration du phénomène de Raynaud).

- Renforcement du résumé des caractéristiques : notion de marge thérapeutique étroite, contrôle de la fonction rénale avant et régulièrement pendant le traitement (contre-indication pour une clairance de la créatinine < 30 mL/min, adaptation posologique à 1 comprimé à 150 mg matin et soir entre 30 et 80 mL/min).

Risque mortel en cas d'intoxication aiguë, possibilité d'effets indésirables graves, effet clinique au mieux modeste : au prescripteur d'en tirer les conséquences. Notre souhait est que la Commission d'AMM fasse un point actualisé par ces données récentes sur le rapport efficacité/sécurité du buflomédil dans l'artériopathie chronique oblitérante.

 

Notes :

1, L'indication « amélioration du phénomène de Raynaud » est supprimée pour les comprimés. L'indication de la forme injectable est inchangée (traitement de l'ischémie sévère des membres inférieurs). La Commission de la transparence a conclu que « le buflomédil administré par voie injectable n'a pas de place dans la prise en charge de l'ischémie sévère des membres inférieurs » et que « le service médical rendu par ces spécialités est insuffisant » [12].

2. Cet essai randomisé versus placebo a été mené en France, Russie, République tchèque et Hongrie et a inclus plus de 2 000 personnes. Le critère principal de jugement était un critère clinique combinant « détérioration clinique » ou « amputation » ou « événement cardiovasculaire, fatal ou non fatal » [10]. Il n'a pas, à notre connaissance, encore été publié.

DOI : 10.1684/med.2007.0059


 

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