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2007, Médecine, année 3 : informer utile et parler vrai...


Médecine. Volume 3, Numéro 1, 4-5, Janvier 2007, Editorial

DOI : 10.1684/med.2007.0055


Auteur(s) : La rédaction de Médecine , .

Mots-clés : indépendance, information, médecine factuelle

ARTICLE

Informer utile

Nous pensons que l'information médicale doit être complète, fiable, et indépendante. Nous avons l'ambition de faire partie des « veilleurs », ceux qui tentent de trier, parmi une information surabondante et de qualité très variable, celle qui est essentielle. Notre objectif n'a pas changé depuis le premier numéro de Médecine : fournir à tous des informations validées, indépendantes de tout intérêt commercial, en prise directe avec nos pratiques, créant du lien entre professionnels, autour d'une seule obsession, la qualité des soins [1].

La revue s'adresse en priorité aux professionnels des soins dits primaires. Si l'adjectif a pu pour certains prendre dans ce passage au français une connotation péjorative qu'il n'a pas dans le primary care anglo-saxon, il a le mérite de la précision. Il rassemble différents professionnels de santé - médecins généralistes, pharmaciens d'officine, infirmiers, kinésithérapeutes, et d'autres - au plus près des patients en construisant de fait une « toile d'araignée » (net plutôt que réseau ?) définie non par une pathologie, mais par la personne qui est au centre. Nous avons choisi délibérément d'être une revue spécifique de ce premier cercle pour participer pleinement à la qualité de l'ensemble. Cette qualité dépend pour une grande part de la définition claire de niveaux d'accès successifs au système de soins, ce qui n'a de sens et d'efficacité que si chacun de ces niveaux a la culture du respect des autres. Cette exigence est la seule garantie de pérennité d'un système fondé sur la solidarité. Médecine participe à cet effort commun de cohérence où tous sont également partie prenante et dont tous sont également bénéficiaires. Au-delà de Médecine, il nous semble qu'il y a aujourd'hui plus que jamais urgente nécessité d'une « discrimination positive » en faveur des soins primaires, sans aucun doute les grands oubliés de la réforme Debré de 1958, à l'origine du système de santé actuel.

« Médecine factuelle » avant tout...

Nous avons préféré ce terme à celui de médecine fondée sur les preuves, parce qu'il nous paraît plus conforme à la réalité des pratiques. Simple question de terminologie, peut-être, mais qui marque bien notre volonté de parler de décision médicale autant que de preuves, de faits plus que de théories, de patient plus que de maladie. Au point de convergence des données actuelles de la science, de l'expérience clinique des praticiens et des préférences des patients, les trois données indissociables des « pères fondateurs » de l'EBM [2].

Ce numéro le montre après d'autres : qu'il s'agisse des problèmes très actuels de l'ostéoporose post-ménopausique [3-5], de ceux que pose de manière récurrente en cette saison la bronchiolite du nourrisson [6, 7], ou encore et toujours des conflits d'intérêts en médecine [8]. Si nous avons choisi de ne pas publier ad integrum les textes de recommandations des agences (il n'y en a d'ailleurs pas dans ce numéro), c'est parce qu'il nous paraît plus opérationnel d'en extraire les points-clés pour la pratique. Ce n'est pas nier le travail considérable fait par les groupes d'experts interdisciplinaires dans ces documents, mais en dégager une plus-value immédiatement utilisable au quotidien. Et si nous abordons parfois des thèmes, notamment thérapeutiques, qui ressortent davantage de soins de type secondaire et tertiaire, c'est pour permettre à nos lecteurs de mieux accompagner et suivre ces quelques patients en tant que « médiateur » professionnel dans un parcours de plus en pluscomplexe. Il nous manque encore, très concrètement, une « voix autorisée » des patients, mais nous ne doutons pas de parvenir à les intégrer à notre démarche.

Médecine n'a pas d'« objectif caché »...

Qui sommes-nous pour oser ce genre de pari ? Premier atout : l'acceptation du projet déposé au FOPIM. Il nous a permis de réunir un comité de rédaction interdisciplinaire, ce qui a du « sens » pour les soins primaires : les choix éditoriaux qui les concernent en priorité préoccupent l'ensemble des acteurs ; les travaux réalisés dans ce secteur de la santé doivent se faire connaître, et ne le seront pas ailleurs que dans une revue qui leur est propre. L'APNET et l'UNAFORMEC, qui « parrainent » la revue, sont deux associations dont on connaît les priorités, la première dans l'enseignement universitaire de thérapeutique, la seconde dans la formation médicale continue et l'évaluation des pratiques professionnelles. D'autres apports non moins essentiels, notamment issus de la Cochrane française, mais aussi des confrères pharmaciens et d'autres professionnels, y ajoutent leurs compétences.

Second atout : nous bénéficions pour ces trois premières années d'une subvention publique qui nous permet une totale indépendance financière. Notre éditeur, John Libbey Eurotext, l'un des grands éditeurs européens de littérature médicale, avait pris l'engagement - promesse tenue - d'une totale indépendance de notre ligne éditoriale.

Forts de ces atouts essentiels, nous tentons de convaincre un lectorat plus habitué à d'autres modèles d'information qu'une presse médicale indépendante et diversifiée est nécessaire à notre pays, donc qu'il faut accepter d'en assumer directement les coûts. Nous sommes souvent interrogés sur une éventuelle « rivalité » avec Prescrire. La question ne se pose pas en ces termes : il nous semble au contraire qu'élargir les choix possibles est une chance supplémentaire d'intéresser un lectorat plus important encore à nos objectifs communs. La diversité enrichira la rigueur nécessaire. Pourquoi pas demain d'autres titres ?

Parler vrai...

Toute vérité dans notre domaine de compétence est bonne à entendre, même si elle gêne ici ou là. Nous n'avons jamais fait, nous ne ferons pas, d'auto-censure. Certains de nos articles - cet éditorial en fait partie - sont signés « la rédaction » : ce n'est pas parce que l'un ou l'autre se cache derrière une étiquette facile, mais bien parce que ces articles reflètent notre position et notre engagement commun. Nous tentons d'obtenir de nos auteurs une argumentation aussi factuelle que possible de leurs affirmations, et ceux que nous sollicitons le sont parce que nous savons qu'ils travaillent dans cet esprit. Vous avez le droit de savoir d'où vient ce qui est écrit, même si ce n'est pas encore une habitude dans la presse médicale française. Comme le soulignait notre dernier courrier des lecteurs [9], ce n'est pas faire injure à qui que ce soit que de lui demander de préciser ses engagements, voire ses principaux centres d'intérêt. C'est seulement vous permettre de juger par vous-mêmes de la qualité de l'argumentation. C'est notre engagement de revue de « formation », au sens où l'entendent certains représentants de la profession au sein du conseil national de formation continue.

Autant de choix éditoriaux : pour que vive Médecine très au-delà de cette troisième année. Au service de tous. Avec nos meilleurs voeux à tous pour l'année qui commence.

Références

  1. Vallée JP. Après la tempête... Médecine. 2005;1:4-5.
  2. Boissel JP. Données actuelles de la science et pratique : seule une solution systémique peut éviter les écarts actuels. Médecine. 2005;1:52-3.
  3. Cornu C. Ostéoporose de la femme ménopausée (2e partie) : médicaments. Médecine. 2007;3:10-7.
  4. Bonnet C. Du bon usage de la densitométrie osseuse. Médecine. 2007;3:20-3.
  5. Gallois P, Vallée JP, Le Noc Y. Ostéoporose de la femme ménopausée : facteur de risque ou maladie ? Médecine. 2007;3:29-33.
  6. Évenou D, Pelca D, Fausser C, Sebban S. Kinésithérapie de la bronchiolite du nourrisson : modalités pratiques actuelles. Médecine. 2007;3:24-6.
  7. Vallée JP. Bronchiolite : kinésithérapie ? Oui, mais... Médecine. 2007;3:27-8.
  8. Boissel JP. Conflits d'intérêts (2e partie) : acteurs et processus. Médecine. 2007;3:34-7.
  9. La Rédaction de Médecine. Votre avis nous intéresse. Médecine. 2006;2:47-8.

 

Note :

Le FOPIM (Fonds pour la Promotion de l'Information Médicale) avait été créé à partir d'une taxe exceptionnelle sur les bénéfices industriels pour permettre la mise en oeuvre d'une information médicale indépendante et diversifiée. Nous avions répondu à l'appel d'offres et notre projet a été retenu, ce qui nous a permis de lancer Médecine avec l'aide de fonds publics, comme Prescrire en son temps.

 

DOI : 10.1684/med.2007.0055


 

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