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Informer utile
Nous pensons que l'information médicale doit être complète,
fiable, et indépendante. Nous avons l'ambition de faire partie des «
veilleurs », ceux qui tentent de trier, parmi une information surabondante
et de qualité très variable, celle qui est essentielle. Notre
objectif n'a pas changé depuis le premier numéro de Médecine
: fournir à tous des informations validées, indépendantes
de tout intérêt commercial, en prise directe avec nos pratiques,
créant du lien entre professionnels, autour d'une seule obsession, la
qualité des soins [1].
La revue s'adresse en priorité aux professionnels des soins dits primaires.
Si l'adjectif a pu pour certains prendre dans ce passage au français
une connotation péjorative qu'il n'a pas dans le primary care anglo-saxon,
il a le mérite de la précision. Il rassemble différents
professionnels de santé - médecins généralistes,
pharmaciens d'officine, infirmiers, kinésithérapeutes, et d'autres
- au plus près des patients en construisant de fait une « toile
d'araignée » (net plutôt que réseau ?) définie
non par une pathologie, mais par la personne qui est au centre. Nous avons choisi
délibérément d'être une revue spécifique de
ce premier cercle pour participer pleinement à la qualité de l'ensemble.
Cette qualité dépend pour une grande part de la définition
claire de niveaux d'accès successifs au système de soins, ce qui
n'a de sens et d'efficacité que si chacun de ces niveaux a la culture
du respect des autres. Cette exigence est la seule garantie de pérennité
d'un système fondé sur la solidarité. Médecine participe
à cet effort commun de cohérence où tous sont également
partie prenante et dont tous sont également bénéficiaires.
Au-delà de Médecine, il nous semble qu'il y a aujourd'hui plus
que jamais urgente nécessité d'une « discrimination positive
» en faveur des soins primaires, sans aucun doute les grands oubliés
de la réforme Debré de 1958, à l'origine du système
de santé actuel.
« Médecine factuelle » avant tout...
Nous avons préféré ce terme à celui de médecine
fondée sur les preuves, parce qu'il nous paraît plus conforme à
la réalité des pratiques. Simple question de terminologie, peut-être,
mais qui marque bien notre volonté de parler de décision médicale
autant que de preuves, de faits plus que de théories, de patient plus
que de maladie. Au point de convergence des données actuelles de la science,
de l'expérience clinique des praticiens et des préférences
des patients, les trois données indissociables des « pères
fondateurs » de l'EBM [2].
Ce numéro le montre après d'autres : qu'il s'agisse des problèmes
très actuels de l'ostéoporose post-ménopausique [3-5],
de ceux que pose de manière récurrente en cette saison la bronchiolite
du nourrisson [6, 7], ou encore et toujours des conflits d'intérêts
en médecine [8]. Si nous avons choisi de ne pas publier ad integrum les
textes de recommandations des agences (il n'y en a d'ailleurs pas dans ce numéro),
c'est parce qu'il nous paraît plus opérationnel d'en extraire les
points-clés pour la pratique. Ce n'est pas nier le travail considérable
fait par les groupes d'experts interdisciplinaires dans ces documents, mais
en dégager une plus-value immédiatement utilisable au quotidien.
Et si nous abordons parfois des thèmes, notamment thérapeutiques,
qui ressortent davantage de soins de type secondaire et tertiaire, c'est pour
permettre à nos lecteurs de mieux accompagner et suivre ces quelques
patients en tant que « médiateur » professionnel dans un parcours
de plus en pluscomplexe. Il nous manque encore, très concrètement,
une « voix autorisée » des patients, mais nous ne doutons pas
de parvenir à les intégrer à notre démarche.
Médecine n'a pas d'« objectif caché »...
Qui sommes-nous pour oser ce genre de pari ? Premier atout : l'acceptation
du projet déposé au FOPIM. Il nous a permis de réunir un
comité de rédaction interdisciplinaire, ce qui a du « sens
» pour les soins primaires : les choix éditoriaux qui les concernent
en priorité préoccupent l'ensemble des acteurs ; les travaux réalisés
dans ce secteur de la santé doivent se faire connaître, et ne le
seront pas ailleurs que dans une revue qui leur est propre. L'APNET et l'UNAFORMEC,
qui « parrainent » la revue, sont deux associations dont on connaît
les priorités, la première dans l'enseignement universitaire de
thérapeutique, la seconde dans la formation médicale continue
et l'évaluation des pratiques professionnelles. D'autres apports non
moins essentiels, notamment issus de la Cochrane française, mais aussi
des confrères pharmaciens et d'autres professionnels, y ajoutent leurs
compétences.
Second atout : nous bénéficions pour ces trois premières
années d'une subvention publique qui nous permet une totale indépendance
financière. Notre éditeur, John Libbey Eurotext, l'un des grands
éditeurs européens de littérature médicale, avait
pris l'engagement - promesse tenue - d'une totale indépendance de notre
ligne éditoriale.
Forts de ces atouts essentiels, nous tentons de convaincre un lectorat plus
habitué à d'autres modèles d'information qu'une presse
médicale indépendante et diversifiée est nécessaire
à notre pays, donc qu'il faut accepter d'en assumer directement les coûts.
Nous sommes souvent interrogés sur une éventuelle « rivalité
» avec Prescrire. La question ne se pose pas en ces termes : il nous semble
au contraire qu'élargir les choix possibles est une chance supplémentaire
d'intéresser un lectorat plus important encore à nos objectifs
communs. La diversité enrichira la rigueur nécessaire. Pourquoi
pas demain d'autres titres ?
Parler vrai...
Toute vérité dans notre domaine de compétence est bonne
à entendre, même si elle gêne ici ou là. Nous n'avons
jamais fait, nous ne ferons pas, d'auto-censure. Certains de nos articles -
cet éditorial en fait partie - sont signés « la rédaction
» : ce n'est pas parce que l'un ou l'autre se cache derrière une
étiquette facile, mais bien parce que ces articles reflètent notre
position et notre engagement commun. Nous tentons d'obtenir de nos auteurs une
argumentation aussi factuelle que possible de leurs affirmations, et ceux que
nous sollicitons le sont parce que nous savons qu'ils travaillent dans cet esprit.
Vous avez le droit de savoir d'où vient ce qui est écrit, même
si ce n'est pas encore une habitude dans la presse médicale française.
Comme le soulignait notre dernier courrier des lecteurs [9], ce n'est pas faire
injure à qui que ce soit que de lui demander de préciser ses engagements,
voire ses principaux centres d'intérêt. C'est seulement vous permettre
de juger par vous-mêmes de la qualité de l'argumentation. C'est
notre engagement de revue de « formation », au sens où l'entendent
certains représentants de la profession au sein du conseil national de
formation continue.
Autant de choix éditoriaux : pour que vive Médecine très
au-delà de cette troisième année. Au service de tous. Avec
nos meilleurs voeux à tous pour l'année qui commence.
Références
- Vallée JP. Après la tempête... Médecine. 2005;1:4-5.
- Boissel JP. Données actuelles de la science et pratique : seule
une solution systémique peut éviter les écarts actuels.
Médecine. 2005;1:52-3.
- Cornu C. Ostéoporose de la femme ménopausée (2e partie)
: médicaments. Médecine. 2007;3:10-7.
- Bonnet C. Du bon usage de la densitométrie osseuse. Médecine.
2007;3:20-3.
- Gallois P, Vallée JP, Le Noc Y. Ostéoporose de la femme ménopausée
: facteur de risque ou maladie ? Médecine. 2007;3:29-33.
- Évenou D, Pelca D, Fausser C, Sebban S. Kinésithérapie
de la bronchiolite du nourrisson : modalités pratiques actuelles. Médecine.
2007;3:24-6.
- Vallée JP. Bronchiolite : kinésithérapie ? Oui, mais...
Médecine. 2007;3:27-8.
- Boissel JP. Conflits d'intérêts (2e partie) : acteurs et processus.
Médecine. 2007;3:34-7.
- La Rédaction de Médecine. Votre avis nous intéresse.
Médecine. 2006;2:47-8.
Note :
Le FOPIM (Fonds pour la Promotion de l'Information Médicale) avait été
créé à partir d'une taxe exceptionnelle sur les bénéfices
industriels pour permettre la mise en oeuvre d'une information médicale
indépendante et diversifiée. Nous avions répondu à
l'appel d'offres et notre projet a été retenu, ce qui nous a permis
de lancer Médecine avec l'aide de fonds publics, comme Prescrire en son
temps.
DOI : 10.1684/med.2007.0055
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