Accueil > Revues > Médecine > Médecine > Texte intégral de l'article
 
      Recherche avancée    Panier    English version 
 
Nouveautés
Catalogue/Recherche
Collections
Toutes les revues
Médecine
Médecine
- Numéro en cours
- Index thématique
- Archives
- S'abonner
- Commander un       numéro
- Plus d'infos
Biologie et recherche
Santé publique
Agronomie et Biotech.
Mon compte
Mot de passe oublié ?
Activer mon compte
S'abonner
Licences IP
- Mode d'emploi
- Demande de devis
- Contrat de licence
Commander un numéro
Articles à la carte
Newsletters
Publier chez JLE
Revues
Ouvrages
Espace annonceurs
Droits étrangers
Diffuseurs



 

Texte intégral de l'article
 
  Version imprimable
  Version PDF

Conflits d'intérêts : nous sommes tous concernés


Médecine. Volume 2, Numéro 10, 456-61, Décembre 2006, Stratégies

DOI : 10.1684/med.2006.0047

Résumé  

Auteur(s) : Pierre Gallois, Jean-Marc Charpentier, Jean-Pierre Vallée, Yves Le Noc , Société française de documentation et de recherche en médecine générale .

Résumé : Les conflits d'intérêts sont omniprésents dans tous les domaines. Dans le secteur de la santé, ils sont particulièrement importants du fait des spécificités de l'organisation du système de soins : prise en charge collective, interdiction de la publicité sur les médicaments en direction du public qui conduit l'industrie à centrer ses efforts promotionnels sur les prescripteurs, financement industriel majoritaire de la recherche sur les médicaments, insuffisance des financements non professionnels de la FMC... La notion de conflit d'intérêts qui peut résulter de toutes ces circonstances est assez rarement abordée dans la presse professionnelle française, en dehors de la Revue Prescrire. Il n'en est pas de même dans la presse médicale anglo-saxonne. Pourtant, les conflits d'intérêts nous concernent tous, comme le montrent les analyses ci-dessous de façon concrète. Il ne s'agit pas de porter un quelconque jugement moral, mais de les reconnaître, les gérer et assurer l'indépendance de notre information.

Mots-clés : conflit d'intérêts, industrie pharmaceutique, FMC, médicament, prescription, information, indépendance

ARTICLE

Ces dossiers sont issus de textes publiés chaque semaine depuis quelques années dans Bibliomed. Actualisés si nécessaire en fonction des données les plus récentes, ils ne résultent pas d'une revue systématique de la littérature, mais d'une veille documentaire en continu des principales revues médicales publiant des études fondées sur les preuves, ou des recommandations en résultant. Ils ont pour ambition de fournir au médecin généraliste une actualisation des données sur les questions pertinentes pour leur pratique retenues par le comité de rédaction.

Les conflits d'intérêts influencent fréquemment l'information médicale. Nous commençons ce texte par un exemple concret issu d'une étude américaine, qui montre bien comment les conflits d'intérêts peuvent modifier la présentation des données issues de la recherche scientifique. D'autres montrent que même les recommandations peuvent être influencées par les conflits d'intérêts. Comment dans la société qui est la nôtre prendre conscience du problème posé, alors que nous sommes conditionnés dès le début de nos études, par l'omniprésence de l'industrie pharmaceutique, à minimiser cette notion ? Les réponses possibles passent par deux voies parallèles : celle de l'analyse critique de l'information, et celle de mesures assurant l'indépendance et l'objectivité de cette information. Nous cherchons dans les trois textes suivants à montrer des exemples étrangers et à ouvrir des pistes.

Littérature scientifique et conflits d'intérêts

Le financement des chercheurs et des universitaires par l'industrie pharmaceutique influence-t-il leur enseignement, leurs positions et leurs écrits ?

Beaucoup le pensent ; pour d'autres, cela n'empêche pas de garder l'objectivité. Le problème est cependant suffisamment important pour que l'American Medical Association ait proposé des règles d'éthique pour la formation médicale continue, que certains journaux, comme le British Medical Journal, fassent préciser par les auteurs d'articles leurs relations avec l'industrie ainsi que les modalités de financement de l'étude, et que l'Agence du médicament et l'Andem1 demandent à leurs collaborateurs des précisions dans ce sens. Au-delà de ce qui pourrait être considéré comme un procès d'intention, l'étude canadienne rapportée ci-dessous a confirmé la réalité de ces influences [1].

Des auteurs d'articles de synthèse ont un comportement différent selon leurs liens avec l'industrie

Cette étude a été centrée sur le débat qui s'était élevé dans la communauté médicale sur la tolérance des antagonistes calciques après la publication en mars 1995 d'une étude cas-contrôle suggérant une possible association entre l'usage d'antagonistes calciques et une augmentation de la mortalité chez les hypertendus.

Les auteurs de l'étude ont recherché dans la littérature médicale anglo-saxonne tous les articles publiés entre mars 1995 et septembre 1996 sur le thème de la tolérance des antagonistes calciques. Soixante-dix articles ont été retenus, analysés et classés en « favorables », « neutres », ou « critiques » à l'égard de l'utilisation des antagonistes calciques. Les auteurs des articles ont été parallèlement interrogés sur leurs relations financières avec les fabricants de ces médicaments et ceux de produits concurrents (bêtabloquants, IEC, diurétiques, nitrés).

Sur 86 auteurs contactés, 69 répondirent (80 %). Cela représentait 69 % des « favorables », 83 % des « neutres » et 91 % des « critiques » (p = 0,02). Les auteurs « favorables » à l'utilisation des antagonistes calciques étaient significativement plus susceptibles que les auteurs « neutres » ou « critiques » d'avoir des relations financières avec les fabricants des antagonistes calciques (96 % vs. 60 % et 37 %, p < 0,001). Les auteurs favorables étaient également plus susceptibles que les autres d'avoir des relations financières avec un laboratoire pharmaceutique quelconque, indépendamment du produit concerné (100 % vs. 67 % et 43 %, p < 0,001). Pour les auteurs de l'étude, celle-ci révèle une association étroite entre les avis publiés dans les articles sur la tolérance des antagonistes calciques et les relations financières de leurs auteurs avec les laboratoires pharmaceutiques.

 

Que conclure pour notre pratique ?

Cette étude nous a paru intéressante à plus d'un titre :

- elle montre l'exemple des grandes revues anglo-saxonnes qui ne craignent pas d'aborder clairement des questions sur lesquelles nous aurions tendance à faire un silence gêné ou pudique ;

- elle montre qu'il est possible d'aborder ces questions de façon scientifique. Les auteurs n'ont cependant retrouvé que 4 études précises. Une de ces études, par exemple, montrait que les demandes des praticiens pour ajouter un médicament précis sur un formulaire hospitalier étaient nettement associées avec les relations que ces praticiens entretenaient avec le fabricant [2] ;

- elle montre que des relations financières avec l'industrie semblent entraîner une attitude globalement plus « favorable » vis-à-vis des médicaments, au-delà d'un fabricant particulier ;

- elle insiste sur la responsabilité du corps médical pour développer une politique plus efficace en matière de conflits d'intérêts. Les auteurs préconisent une transparence totale sur les relations entre, d'une part les laboratoires pharmaceutiques, d'autre part les cliniciens et chercheurs qui publient des articles sur les produits pharmaceutiques. Cette transparence n'est pas toujours facile [3], d'autant qu'il n'est pas question de dénoncer ou de culpabiliser des praticiens dont la bonne foi et l'honnêteté n'ont pas à être mise en cause. C'est cependant semble-t-il dans la voie de la clarté qu'il faut s'orienter, en développant parallèlement les capacités d'analyse critique de l'information chez les lecteurs.

 

Formation, exercice professionnel, recherche et conflits d'intérêts

Quatre grands principes fondent la formation médicale continue (FMC) : qualité scientifique, qualité pédagogique, adaptation à la pratique, indépendance. Le dernier est le plus difficile à garantir. Les conflits d'intérêts qui mettent en question cette indépendance peuvent être la conséquence de liens financiers, notamment avec l'industrie, mais aussi d'autres liens (personnels ou familiaux, compétition académique, passion intellectuelle). Les professionnels en situation de conflit d'intérêts, sont rarement conscients de leur influence sur le jugement scientifique [4]. De nombreuses études anglo-saxonnes ont été publiées sur ce thème.

Quelle est la fréquence des conflits d'intérêts chez les professionnels, la représentation qu'ils en ont et leur impact pratique ?

Une revue systématique [5] de 538 études en a retenu 29 de qualité suffisante. Les interactions entre professionnels et industrie commencent durant le résidanat (surtout des repas) et se poursuivent durant la pratique (honoraires, financements de recherches ou de voyages pour congrès). Résidents et médecins pensent que les visiteurs apportent une information sûre sur leurs propres médicaments, moins sûre sur les autres médicaments. La plupart dénient toute influence des dons reçus sur leur comportement et sont équivoques sur les aspects éthiques. Mais ils reconnaissent que leur participation aux conférences et tables rondes diminuerait en l'absence de repas payés.

Les études ont constaté une association entre les modifications des listes de médicaments hospitaliers ou les prescriptions des médecins et les rencontres avec les visiteurs, les repas ou dons divers, les financements de voyages pour congrès ; ceci indépendamment de l'apport thérapeutique et sans que le rôle de la rencontre soit évoqué pour ces choix, aussi bien par les résidents que les praticiens.

Les exposés faits aux résidents par des visiteurs étaient suivis par des prescriptions discutables. Comparée avec des FMC non sponsorisés, la sponsorisation de la FMC introduisait une présentation préférentielle des médicaments du sponsor. Des modifications de pratique en faveur de ces produits étaient constatées par la suite.

Les recommandations sont-elles bien indépendantes de l'industrie ?

Une étude [6] a tenté de quantifier l'extension et la nature des relations entre les auteurs des recommandations de pratique clinique (RPC) et l'industrie ; 192 auteurs de 44 RPC ont été interrogés ; 102 (52 %) de 37 RPC ont répondu.

87 % des répondants avaient des relations avec l'industrie, 58 % sous forme de financement de recherche et 38 % sous forme de contrats de services. 59 % avaient des relations avec des entreprises dont les produits étaient concernés par la RPC. Une déclaration de ces conflits d'intérêts n'était demandée que dans 45 % des cas, et n'était signalée dans la version publiée que dans 2 cas. La RPC pouvait-elle avoir été influencée par ces relations avec l'industrie ? 7 % le pensaient pour eux-mêmes, 19 % pour les autres.

La sponsorisation est-elle compatible avec l'indépendance des auteurs ?

Douze des plus prestigieuses revues médicales anglo-saxonnes ont rédigé et signé en commun un texte sur ce problème [4]. Il apparaît que le financement des essais cliniques par l'industrie (ou les agences gouvernementales) peut être assorti de conditions de la part du financeur, notamment de l'obligation d'une autorisation avant toute publication, ce qui conduit à la non-publication des essais négatifs. Pour les signataires, une recherche, et le manuscrit qui en est la suite, sont la propriété intellectuelle de ses auteurs et non de ses financeurs ; celui-ci ne peut imposer aucune condition à la publication. Les signataires ont réactualisé leurs exigences pour la publication des études, insistant sur la déclaration des conflits d'intérêts.

Quel rôle joue actuellement l'industrie dans la FMC ?

Un article d'AS Relman, ancien rédacteur en chef du New England Journal of Medicine, apporte des données importantes [7]. Dans de nombreuses activités de FMC, l'industrie, au-delà du soutien financier, apporte une aide à la conception de la formation, propose des conférenciers qu'elle rémunère directement ou indirectement... ce qui n'est pas sans problème pour l'indépendance de la formation. De plus, se développent largement les programmes de FMC réalisés par des structures commerciales et financés par l'industrie

 

Que conclure pour notre pratique ?

Tous ces documents confirment l'importance des relations de l'exercice professionnel, de la recherche ou de la formation médicale avec l'industrie. Ils montrent l'enracinement de ces relations dès les premières étapes de la vie professionnelle, et la méconnaissance que nous avons de leur réalité. Ils confirment aussi l'influence de ces liens sur l'indépendance des informations ou des enseignements. Ces données sont américaines, mais la situation est probablement la même en France.

 

Comment garantir l'indépendance de la formation médicale ?

La participation de l'industrie à la FMC pose de nombreux problèmes concernant l'indépendance des données utilisées pour la formation. Faut-il promouvoir une séparation totale, au risque de tarir la principale source de financement extraprofessionnel ? Peut-on se contenter de renforcer les règles éthiques qui l'encadrent ? Nous présentons ici les points de vue de trois autorités médicales américaines.

Assurer l'indépendance des données publiées

Dans un texte commun, les responsables de douze grandes revues internationales précisent quelques exigences [8] :

- ils sont fermement opposés à tout accord avec le sponsor d'un essai qui dénie aux investigateurs le droit d'examiner indépendamment les données, et de publier un essai sans l'accord du sponsor ;

- ils exigent la déclaration systématique par les auteurs de leurs rôles propres et de ceux des sponsors (industriel ou autre) dans la réalisation et la rédaction des études ;

- ils pensent que si un sponsor peut avoir le droit de revoir un manuscrit avant publication, il ne peut mettre aucun obstacle, direct ou indirect, à la publication des résultats complets de l'étude ;

- ils affirment qu'un manuscrit est la propriété intellectuelle de ses auteurs, et non du sponsor de l'étude ;

- ils demandent que les contrats assurent aux auteurs d'études une responsabilité réelle dans la conception de l'étude, l'accès aux données de base, l'analyse et l'interprétation des données, et leur publication.

Définir un code d'éthique pour les relations FMC-Industrie

Nous présentons les données principales d'un texte de l'American College of Physicians [9] :

- l'industrie sponsorise de nombreux programmes de FMC. Bien que l'information de l'industrie réponde à un important besoin, les études suggèrent qu'elle est souvent biaisée ;

- les organisateurs de FMC ont le devoir de présenter une information objective et équilibrée. Ils ne doivent accepter aucun financement impliquant le sponsor dans la définition du programme, le choix des intervenants, le contenu de la formation et le matériel pédagogique utilisé ;

- les formateurs doivent assurer la responsabilité du programme de formation : contenu et mise en oeuvre. Ils doivent déclarer les relations qu'ils ont avec l'industrie.

Séparer la FMC du marketing pharmaceutique [7]

Sous ce titre AS Relman, ancien rédacteur en chef du New England Journal of Medicine s'élève contre le caractère permissif et ambigu des recommandations professionnelles, explicable selon lui par la présence parmi les rédacteurs de nombreux consultants de l'industrie et par la crainte de perdre le support financier de l'industrie pour la FMC. Il s'inquiète de voir des responsables de FMC accepter l'aide de l'industrie dans l'organisation d'une FMC, le choix, voire l'indemnisation des intervenants. Il précise quelques règles pour l'indépendance de la FMC :

- si la médecine veut rester une profession autonome, elle doit reconquérir sa pleine responsabilité dans la FMC. Les instances professionnelles ne doivent accréditer que les institutions médicales et les associations qui peuvent prouver leur indépendance. Les FMC organisées par des structures commerciales, ayant ou non des liens directs avec l'industrie, ne doivent pas être accréditées ;

- un support financier pour la FMC peut être accepté (et le programme accrédité) si le sponsor n'intervient ni dans le programme, ni dans le contenu, et si les espaces publicitaires sont clairement séparés de la formation.

Mais l'auteur souhaite une FMC totalement indépendante, le prix à payer lui semblant inférieur aux bénéfices à en attendre pour la profession.

 

Que conclure pour notre pratique ?

Ces données issues du monde anglo-saxon nous ont paru intéressantes. Les autorités morales, les revues de référence s'élèvent contre le « commercialisme menaçant ». Les structures professionnelles sont plus mesurées. Ces données semblent proches de la situation française. Notre vigilance sur les points suivants doit en tout cas être très stricte :

- la FMC doit rester une responsabilité de la profession. Parmi les 4 critères de qualité exigibles, celui de l'indépendance suppose en particulier de maîtriser l'analyse critique de l'information ;

- la responsabilité s'exerce à toutes les étapes : définition du thème et des objectifs, choix des méthodes et moyens utilisés, choix des experts. Les conflits d'intérêts de toute nature doivent être analysés et déclarés ;

- tout apport financier doit être analysé de ces points de vue. Les actions gérées ou influencées directement et indirectement par l'industrie ne devraient pas être accréditées comme FMC stricto sensu.

 

Presse, information médicale et conflits d'intérêts

L'information médicale est pléthorique. Sa crédibilité et sa validité peuvent être mises en cause du fait d'erreurs flagrantes de rigueur scientifique, mais aussi de conflits d'intérêts des auteurs (et/ou des éditeurs). Ce problème fait l'objet de nombreuses recommandations des plus grands journaux médicaux anglo-saxons, dont une déclaration commune fin 2001 [10]. Un conflit d'intérêts existe quand un auteur, un relecteur ou un éditeur a une relation financière ou personnelle avec d'autres personnes ou organisations qui peuvent influencer son action, affecter son jugement scientifique. Le conflit peut survenir pour d'autres raisons que financières, telles que relation personnelle ou familiale, compétition académique et passion intellectuelle [10]. Le Lancet, dans un éditorial, avait précisé sa position [11]. Nous analysons ces deux documents.

Définition et conséquences des conflits d'intérêts

Les conflits d'intérêts ne sont pas uniquement financiers. Par ailleurs, du fait des liens croissants entre l'Université et l'Industrie, la recherche médicale dépend de plus en plus des financements industriels [11]. Les conflits d'intérêts peuvent être à l'origine de biais multiples dans les études, particulièrement pour les essais cliniques. Peuvent être en cause, entre autres, le contrôle des données par le sponsor, la publication soumise à son approbation, la non-publication des essais négatifs. Les auteurs du texte commun s'opposent à ces contrôles. Un manuscrit résultant d'une étude doit rester la propriété intellectuelle de ses auteurs et non du sponsor [10].

Les responsabilités des journaux médicaux

Tout journal médical se doit d'exiger des auteurs une déclaration de leurs conflits d'intérêts potentiels, et la publier avec l'étude. Le Lancet demande de plus que soient précisées les conditions d'exploitation et de rédaction des données. Ces principes s'appliquent aussi aux relecteurs.

La ligne de conduite du Lancet [11] concerne aussi les « éditeurs » (chez nous le rédacteur en chef, celui qui décide de la publication), et ceci tant pour les études originales que pour tous les autres articles :

- les auteurs doivent déclarer leurs conflits d'intérêts, qui seront publiés à la fin du texte. Ils doivent préciser les sources de financement et le rôle des financeurs dans l'étude, le recueil des données, leur analyse, la rédaction et la décision de publication ;

- l'éditeur ne doit pas avoir de conflit d'intérêts personnel, professionnel ou financier avec l'auteur d'un manuscrit. Sinon il doit se récuser. De façon plus générale, il doit informer le journal de ses conflits potentiels ;

- les relecteurs doivent se récuser ou informer l'éditeur s'ils ont un conflit potentiel avec l'auteur. Ils ne devront pas être choisis parmi ses amis ou collaborateurs. L'éditeur devra se demander s'il est judicieux de faire appel à des antagonistes ou des supporters de l'auteur.

 

Que conclure pour notre pratique ?

Des questions à se poser à propos de toute information : L'étude ALLHAT [12] et tous les commentaires qui l'ont accompagné illustrent bien toutes les dérives liées aux conflits d'intérêt. L'étude était sponsorisée et contrôlée par un organisme public, le National Heart, Lung and Blood Institute. Les conclusions donnaient la priorité aux diurétiques. Les laboratoires fabricants des produits utilisés étaient associés au financement. Parmi les commentaires, certains publiés dans des revues sans comité de lecture, étaient centrés sur un des produits non diurétiques étudiés. Les autres, provenant souvent de spécialistes réputés de l'HTA, parfois centrés sur des classes non diurétiques, n'ont pas été accompagnés en France de déclaration de conflits d'intérêts, dont le caractère le plus souvent intellectuel et non financier ne devrait pas être un motif de non-déclaration.

Des principes à mettre en oeuvre lors de toute action de formation : Ils ont été définis dans la charte de qualité de l'Unaformec [13] : séparation entre les financements extérieurs et la formation, impliquant la responsabilité exclusive de la structure de FMC à toutes les étapes (choix des thèmes, objectifs, méthodes et matériels utilisés, choix et rémunération des intervenants) ; transparence concernant les partenaires financiers et les conflits d'intérêts potentiels des intervenants ; pluralité des points de vue au cours de la formation assurant la prise en compte de l'ensemble des données disponibles.

La déclaration des conflits d'intérêts implique pour nous une véritable « révolution culturelle ». Il faudra bien trouver la manière d'énoncer ce qui devient incontournable.

 

Références

  1. Stelfox HT, et al. Conflict of interest in the debate over calcium-channel antagonists. N Engl J Med. 1998;338:191-206.
  2. Chren M, Landefeld C. Physicians behavior and their interactions with drug companies: a controlled study of physicians who requested additions to a hospital drug formulary. JAMA. 1994;271:684-9.
  3. Maisonneuve H. Les conflits d'intérêts en FMC. In: Gallois P. La Formation médicale continue. Paris; Flammarion Médecine-Sciences: 1997.
  4. Davidoff F, et al. Authorship, authorship, and accountability. Conflict of interest. N Engl J Med. 2001;345:826-7.
  5. Wazana A. Physicians and the pharmaceutical industry. Is a gift ever just a gift? JAMA. 2000;283:373-80.
  6. Choudry NK, et al. Relationships between authors of clinical practice guidelines and the pharmaceutical industry. JAMA. 2002;287:612-7.
  7. Relman AS. Separating continuing medical education from pharmaceutical industry. JAMA. 2001;285:2009-12.
  8. Davidoff F, et al. Sponsorship, authorship, and accountability. Conflict of interest. N Engl J Med. 2001;345:826-7.
  9. Coyle SL, et al. Physician-Industry relations. Part 2: Organisational issues. Ann Int Med. 2002;136:403-6.
  10. Davidoff F, et al. Sponsorship, authorship, and accountability. N Engl J Med. 2001;345:825-7.
  11. James A, Horton R. The Lancet's policy on conflicts of interest. Lancet. 2003;361:8-9.
  12. Collectif. Étude comparée de 3 grandes clases médicamenteuses dans l'hypertension, les diurétiques en tête dans l'étude ALLHAT. Bibliomed. 2003: 288 et 290.
  13. Unaformec. Charte d'indépendance et de qualité de la FMC. Disponible sur le site http://www.unaformec.org/presentation/charte.htm.

 

Les conflits d'intérêts : les reconnaître, les gérer, assurer l'indépendance de notre information

- Les conflits d'intérêts sont omniprésents mais notre conditionnement dès le début de nos études, avec les multiples dons et sponsorisations reçues de l'industrie dès l'internat, nous conduit à les minimiser, si ce n'est à les nier.

- Des conflits d'intérêts peuvent être évoqués devant certaines positions contradictoires dans la présentation des résultats d'études et essais thérapeutiques.

- Les conflits d'intérêts ne sont pas seulement d'ordre financier. Travailler de façon privilégiée sur un thème ou une méthode donnée conduit inévitablement à privilégier ce thème ou cette méthode.

- La déclaration des conflits d'intérêts n'a rien d'infamant ou de stigmatisant. Elle permet seulement au lecteur de comprendre certaines positions, et d'exercer son analyse critique.

- Une revue médicale se doit d'informer ses lecteurs des conflits d'intérêts éventuels de ses auteurs. Une présentation contradictoire des données peut être un moyen pour permettre au lecteur de se faire une opinion.

- La FMC doit rester une responsabilité de la profession. La responsabilité professionnelle doit s'exercer à toutes les étapes. La définition du thème et des objectifs, le choix des méthodes et moyens utilisés, le choix et la rémunération des experts doivent être indépendants des financements extérieurs quand ils ne peuvent être évités.

 

Notes :

Les questions auxquelles répond ce dossier ont fait l'objet de 4 publications de Bibliomed : 91 du 12 février 1998, 263 du 25 avril 2002, 264 du 2 mai 2002, 292 du 6 février 2003.

1. On parlerait bien sûr aujourd'hui d'Afssaps et de HAs, mais ce texte écrit en 1998 reste totalement d'actualité...

DOI : 10.1684/med.2006.0047


 

Qui sommes-nous ? - Contactez-nous - Conditions d'utilisation - Paiement sécurisé
Actualités - Les congrès
Copyright © 2007 John Libbey Eurotext - Tous droits réservés
[ Informations légales - Powered by Dolomède ]