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Effet hypoglycémiant largement démontré
Les inhibiteurs des alpha-glucosidases (IAG) ont fait l'objet de dizaines
d'études visant à démontrer leur effet hypoglycémiant,
ainsi que d'une synthèse et méta-analyse Cochrane [1].
En monothérapie, l'effet hypoglycémiant est de l'ordre
de 0,6 % à 0,9 % d'hémoglobine glyquée aux doses usuelles.
La méta-analyse Cochrane a inclus 41 essais randomisés au cours
desquels un IAG administré en monothérapie a été
comparé à un placebo ou à un autre antidiabétique
oral ; 30 essais ont concerné l'acarbose, 7 le miglitol et 1 le voglibose.
Les IAG se sont montrés plus efficaces que le placebo pour diminuer l'hémoglobine
glyquée (HbA1c) : - 0,77 % de différence moyenne pour l'acarbose
(intervalle de confiance à 95 % : - 0,64 à - 0,90) et - 0,68 %
pour le miglitol (- 0,44 à - 0,93). La méta-analyse ne montre
pas d'effet dose pour l'acarbose mais en trouve un pour le miglitol.
Avec l'acarbose, on note une tendance à un effet hypoglycémiant
plus important à mesure que l'hémoglobine glyquée de départ
augmente (baisse moyenne de 0,56 % à moins de 7 % d'hémoglobine
glyquée et de 0,93 % à plus de 9 %).
Dans les études versus sulfamide hypoglycémiant, on note un
effet hypoglycémiant moindre de 0,38 % avec les IAG mais la différence
n'est pas significative.
En association à un autre hypoglycémiant, l'effet hypoglycémiant
persiste lorsque les IAG sont associés à la metformine ou à
un sulfamide hypoglycémiant, du même ordre qu'en monothérapie
[2-5]. Un essai en association avec à un sulfamide hypoglycémiant
ne montre pas de différence significative avec la metformine [5]. En
association avec l'insuline, l'effet hypoglycémiant de l'acarbose est
aussi du même ordre [6].
Une sous-étude de l'UKPDS a inclus 1 946 patients traités par
régime seul (n = 273), sulfamides hypoglycémiants (SH) (n = 505),
metformine (n = 117), insuline (n = 662) ou association SH + insuline ou metformine
(n = 389) qui ont reçu pendant 3 ans un placebo ou de l'acarbose [7].
Au bout de 3 ans, 58 % des patients du groupe placebo et 39 % des patients du
groupe acarbose poursuivaient leur traitement (p < 0,05) ; l'analyse en intention
de traiter montre une hémoglobine glyquée inférieure de
0,2 % (p < 0,001) dans le groupe acarbose, tandis que la différence
est de 0,5 % (p < 0,0001) si l'analyse se limite aux patients ayant poursuivi
leur traitement. La fréquence des évènements cliniques
majeurs n'est pas significativement différente dans les deux groupes.
Une méta-analyse [8] a étudié l'effet de l'acarbose sur
le risque d'infarctus du myocarde. Elle a inclus 7 études randomisées,
en double aveugle, acarbose versus placebo, d'une durée minimale de 52
semaines ; au total, 1 248 patients diabétiques de type 2 ont reçu
de l'acarbose et 932 du placebo. Cette méta-analyse montre une réduction
significative de 35 % du risque relatif d'événement cardiovasculaire
(RR 0,65 ; IC 0,48-0,88 ; p = 0,0061) et de 64 % du risque d'infarctus du myocarde
(RR 0,36 ; IC 0,16-0,80 ; p = 0,0120). Pour les autres critères (mort
cardiovasculaire et autres évènements cardiovasculaires pris un
par un comme accident vasculaire cérébral) les différences
(en faveur de l'acarbose) ne sont pas significatives. Ces résultats doivent
être considérés avec prudence ; en effet, les auteurs ne
précisent pas comment a été constituée la base de
données à partir de laquelle ont été sélectionnées
ces 7 études.
La méta-analyse Cochrane [1] ne trouve pas de différence significative
pour la morbimortalité (3 études comportent des données).
Effets indésirables
Ils sont surtout digestifs : flatulence, météorisme,
inconfort digestif, diarrhée, douleurs abdominales. Leur fréquence
est variable d'un essai parfois très élevée (73 % de flatulence
dans une étude avec l'acarbose [2]). Ces effets sont dose-dépendants.
Dans la sous-étude de l'UKPDS [7], les principales causes d'arrêt
du traitement ont été la flatulence (30 % avec l'acarbose versus
12 % avec le placebo (p > 0,001)) et les diarrhées (16 % avec l'acarbose
versus 8 % avec le placebo (p > 0,05)).
Les autres effets indésirables sont rares : des cas d'atteinte
hépatique ont été rapportés avec l'acarbose [9].
Des cas d'interaction acarbose-digoxine ont été rapportés,
avec diminution de l'absorption digestive de la digoxine ; les auteurs conseillent
d'espacer la prise des deux médicaments [10].
Cas particuliers
* Chez les sujets âgés, les IAG ont fait l'objet d'essais cliniques
avec une efficacité et une tolérance du même ordre que chez
les sujets plus jeunes [11, 12].
* Les IAG peuvent être utilisés dans l'insuffisance rénale
modérée ; ils sont contre-indiqués lorsque la clairance
de la créatinine est supérieure à 45 mL/mn.
* En cas d'hypoglycémie induite par un sulfamide hypoglycémiant
ou l'insuline associé à un IAG, le RCP conseille de resucrer le
patient avec du glucose et non du saccharose. En effet, l'absorption intestinale
du glucose n'est pas affectée par les IAG à l'inverse de celle
du saccharose.
Indications actuelles dans le diabète de type 2
Les IAG ne sont pas des antidiabétiques de première intention
dans le diabète de type 2 de l'adulte.
En cas de contre-indication ou d'intolérance de la metformine, ils
peuvent être proposés dans toutes les situations où le risque
hypoglycémique des sulfamides hypoglycémiant paraît élevé
:
- en cas d'hyperglycémie modérée ;
- chez les sujets âgés et en cas d'insuffisance rénale
modérée.
En bithérapie, les IAG trouvent une place lorsque la metformine ou
les sulfamides hypoglycémiants sont contre-indiqués.
En trithérapie (en association avec la metformine et les sulfamides
hypoglycémiants), ils sont en concurrence avec les glitazones que nous
aborderons dans un prochain numéro.
En association avec l'insuline, leur place paraît limitée et
incertaine.
En résumé, les IAG peuvent être considérés
comme une « alternative chez les patients incapables d'utiliser d'autres
antidiabétiques oraux » [13].
Prévention du diabète
L'essai STOP-NIDDM a randomisé 1 429 sujets (dont 1 368 finalement
inclus) non diabétiques âgés de 40 à 70 ans, dont
l'IMC était compris entre 25 et 40 (IMC moyen 31) et qui présentaient
une élévation des glycémies à jeun et post-charge
[3]. Ces sujets ont reçu du placebo ou de l'acarbose (100 mg 3 fois/jour).
Le suivi moyen a été de 3,3 ans [14].
La proportion de sujets qui n'ont pas été au bout de l'étude
est élevée : 31 % (dont 20 % pour effets indésirables)
dans le groupe acarbose et 19 % (dont 5 % pour effets indésirables) dans
le groupe placebo. Les sujets du groupe traité ont reçu une dose
moyenne d'acarbose de 194 mg.
L'incidence cumulée de diabète a été de 32 % dans
le groupe acarbose et de 42 % dans le groupe placebo, soit une baisse de 25
% dans le groupe traité : RR = 0,75 (0,63-0,90 ; p = 0,0015). Le nombre
de personnes à traiter par l'acarbose pendant 3,3 ans pour prévenir
un cas de diabète est de 11.
Ce même essai a permis de mesurer dans chaque groupe l'incidence des
évènements cardiovasculaires majeurs (atteinte coronaire, mort
cardiovasculaire, insuffisance cardiaque, accident vasculaire cérébral,
artériopathie des membres inférieurs) ainsi que de l'HTA [15].
Il a été observé dans le groupe acarbose une réduction
significative, après ajustement pour les principaux facteurs de risque,
de l'incidence des évènements cardiovasculaires majeurs : RR =
0,47 (0,24-0,90) ; p = 0,02) et de l'HTA : RR = 0,62 (0,45-0,86) ; p = 0,004.
Cet essai a fait l'objet de critiques méthodologiques [16, 17] ; l'analyse
sur le risque cardiovasculaire porte sur un petit nombre d'évènements
observés.
Un panel d'experts aux États-Unis ne recommande pas la prévention
médicamenteuse du diabète [18].
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