Les premiers cas de céphalées chroniques par abus d'antalgiques
et d'antimigraineux ont été rapportés il y a plus de 50
ans. Cette entité est maintenant bien définie et les mécanismes
physiopathologiques responsables commencent à être précisés.
Il s'agit d'une forme épisodique de migraine ou de céphalée
de tension devenue progressivement chronique à la suite d'une surconsommation
(avec un risque croissant) d'anti-inflammatoires antirhumatismaux, d'antalgiques
simples, de triptans, de préparations avec du tartrate d'ergotamine,
d'antalgiques combinés contenant de la codéine et de la caféine.
La prévalence dans la population générale est de 1 à
2 % mais elle atteint 15 à 20 % dans les consultations spécialisées
pour céphalées. La symptomatologie est en général
réversible après sevrage médicamenteux.
Concernant les mécanismes responsables, des anomalies des systèmes
monoaminergiques centraux ont été envisagées. Une étude
par tomographie à émission de positons chez 16 patients avant
et après sevrage a montré l'existence d'un hypométabolisme
persistant du cortex orbitofrontal médial lequel joue un rôle capital
dans la prise de décision et les dépendances. L'hypoactivité
de cette zone pourrait prédisposer des sous-groupes de migraineux à
entrer dans le cercle vicieux des céphalées par abus d'antalgiques
et à récidiver après sevrage.
Au point de vue thérapeutique, le sevrage médicamenteux est
un prérequis pour pouvoir espérer une efficacité des traitements
de fond et une amélioration des céphalées. La majorité
des patients peuvent être traités en ambulatoire à condition
d'assurer un soutien psychologique efficace et de ne pas négliger de
traiter éventuelles comorbidités, dont surtout la dépression.
Fumal A et al. Les céphalées par abus d'antalgiques et d'antimigraineux.
Rev Med Liege. 2006;61:217-22.
Les questions que se pose la rédaction
Les céphalées chroniques quotidiennes ont fait l'objet d'une
recommandation de l'Anaes en 2004. Médecine vous a proposé une
mise au point reprenant les données essentielles de l'argumentaire sur
ce sujet dans son numéro de mai.
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