ARTICLE
« Mais qu'est ce que j'ai ? » ou la prise de conscience de la maladie
La maladie d'Alzheimer ne surgit pas brusquement. Elle répond à
la manifestation progressive et répétée de symptômes
où les troubles de la mémoire se mêlent aux modifications
du caractère, du comportement et à la diminution des activités.
« J'ai du mal à m'y retrouver. J'oublie où je range
les choses et j'ai besoin qu'on m'aide pour les retrouver alors que j'ai toujours
été ordonnée. Je téléphone souvent à
mon frère. Mon mari a dû mettre un grand papier avec son numéro
sur le mur au-dessus du téléphone... »
« Ma femme m'a plusieurs fois rappelé qu'il ne fallait pas
laisser traîner les factures sans les payer. Elle m'a dit : "Mais, tu
ne t'occupes donc de rien à la maison." Je sens bien qu'elle est en colère.
Moi, je fais ce que je peux. »
D'une part, le malade perçoit une modification de soi qu'il ne comprend
pas. Il se rend compte qu'il oublie, qu'il a du mal à retrouver les objets,
qu'il a des difficultés à réaliser certaines activités
complexes comme téléphoner (se rappeler les numéros et
les marquer), faire sa déclaration de revenus, planifier un trajet compliqué
et inhabituel dans les transports en commun. Il perçoit que « quelque
chose ne va pas », très souvent avant que sa famille ne s'inquiète.
Il prend conscience de difficultés qu'habituellement on rattache à
l'âge. De même, il prend conscience que son caractère change
: il porte moins d'intérêt aux choses qu'il considérait
comme source de plaisir, il a moins envie de participer, de sortir, de voir
des amis. Les évènements de la vie le touchent moins : il devient
peu à peu indifférent. Il a aussi conscience que ses déficits
peuvent nuire à son image au sein de la famille et mettre en péril
son rôle dans la dynamique de l'unité familiale. Il trouvera des
raisons logiques pour les justifier, ce qui explique qu'elle puisse faire longtemps
illusion [4].
D'autre part, ces modifications ne passent pas inaperçues de ceux qui
vivent avec lui. Il est en butte aux remarques de son entourage : «
Ah ! Tu as encore oublié ce que je viens de te dire », « Où
as-tu fourré les clés de la maison ? », « Ton père
n'a plus sa tête »... ce qui ne fait qu'accroître son irritabilité.
D'abord, il se posera la question de savoir ce qui lui arrive, puis à
mesure que ses troubles se répètent, la perplexité fera
place à l'anxiété : c'est le passage de l'interrogation
: « Mais qu'est ce que j'ai ? » à « Mais est-ce
que je deviens fou ? »
« J'oublie tout » ou les difficultés de mémoire
« Tout le monde me dit que j'oublie. Je demande où est mon frère.
Ma soeur me répète, énervée, qu'il est venu nous
voir hier, dimanche, et qu'on a même déjeuné tous ensemble.
J'ai pas le souvenir. Pourtant, mon frère, je m'en souviens très
bien quand on était gamins et qu'on faisait des bêtises ensemble.
»
La plupart des personnes âgées se plaignent de leur mémoire.
Mais la majeure partie de ces plaintes sont « bénignes » et
ne témoignent pas d'une pathologie démentielle. Comment discerner
celles qui relèvent d'une maladie d'Alzheimer [5] (encadré 1)
?
On est toujours frappé qu'une personne qui a des pertes de mémoire
soit capable de raconter en détail ce qui lui est arrivé dans
sa jeunesse. Ses souvenirs du temps passé, les événements
marquants de sa vie sont restés gravés dans sa mémoire.
Les difficultés de mémoire qui ne portent que sur les événements
récents (ce qui s'est passé les jours ou les semaines précédents)
et épargnent le passé ancien et tout ce qui est relatif à
notre connaissance du monde sont très évocatrices de la maladie
: elles témoignent d'un défaut de mémorisation des informations
nouvelles. Le malade répète les questions car il oublie les réponses
qu'on lui donne et il oublie aussi qu'il a déjà posé la
question, ce qui énerve l'entourage : « Mais qu'est ce que tu
as à me répéter toujours la même question ? »
Il ne se rappelle plus un événement survenu les jours précédents
: « Tu ne te rappelles pas que ton frère est venu hier ?
» Il a des difficultés à savoir quel est le jour de la semaine...
Comme il oublie qu'il oublie, il a tendance à minimiser ses difficultés.
Lui comme son entourage peuvent considérer ces difficultés de
mémoire comme banales jusqu'à ce que l'attention soit attirée
par un fait marquant. Elles prennent alors leur vraie signification. «
J'ai oublié l'anniversaire de ma femme. En 22 ans de mariage, cela ne
m'était jamais arrivé. », « C'est le voisin qui m'a
ramené à la maison. Je ne savais plus où j'étais.
»
Encadré 1.
Toute plainte de mémoire n'est pas l'expression d'une maladie
d'Alzheimer
Les difficultés de mémoire caractéristiques de
la maladie d'Alzheimer sont très différentes des «
plaintes bénignes » qui sont, en fait, un trouble du rappel
d'une information correctement mémorisée.
L'exemple le plus démonstratif est celui du nom propre que l'on
recherche désespérément lors de la présentation
d'une personne connue. Cette information, inaccessible au moment où
on en a besoin, revient spontanément quelques instants plus tard.
Beaucoup de ces plaintes sont liées à un trouble de l'attention.
On ne porte pas suffisamment d'attention à un évènement
déterminé, ce qui provoque un défaut d'enregistrement
immédiat de l'information, ce qu'illustre la phrase classique :
« Je ne sais plus ce que je suis venu chercher dans cette pièce.
»
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« Je n'ai plus envie de rien » ou la perte de motivation
La maladie d'Alzheimer, dès le début, entraîne une perte
de motivation qu'on appelle apathie. Il en résulte une diminution des
activités sociales, des loisirs puis des activités quotidiennes
[5] (encadré 2).
« Elle veut toujours m'emmener avec elle faire les courses. Mais,
moi, je préfère rester tranquille à la maison. »
« Avant les visites, j'aimais bien. Mais maintenant, ça me
fatigue. Je comprends pas bien ce qu'on me dit surtout quand ils sont plusieurs.
»
« Je n'ai même plus envie de regarder la télé.
»
Encadré 2.
L'apathie est très fréquente dans la maladie d'Alzheimer
Dès le début de la maladie, une diminution des activités
est observée dans deux cas sur trois, une diminution des relations
amicales et familiales dans un cas sur deux. Très souvent cette
apathie est prise pour une dépression. Toutefois, le malade est
plus indifférent que triste. Il n'est pas inquiet de sa santé.
Cette perte de motivation n'est pas la conséquence exclusive des
lésions cérébrales qui touchent certaines régions
du cerveau dont l'activité est nécessaire à la motivation
et à notre vie affective.
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L'apathie a des conséquences graves pour le malade. Elle entraîne
une réduction importante des activités de la vie et des relations
sociales. Il n'a plus envie de sortir. Il est de moins en moins motivé
pour voir ses amis ou parents, pour aller au cinéma ou au restaurant.
L'inactivité, la baisse des réactions affectives retentit sur
ses relations avec les proches et l'entourage d'autant que la représentation
sociale de la maladie reste malheureusement encore négative [6, 7] et
contribue à l'isolement et à l'exclusion sociale, voire familiale.
Il est de plus en plus seul... et son aidant aussi, d'autant que cette diminution
de la motivation s'accompagne d'une modification de ses réactions émotionnelles
: il réagit moins aux événements heureux ou malheureux.
C'est ce qu'on appelle l'« émoussement affectif ». Ces moments
d'indifférence alternent volontiers avec des périodes d'anxiété,
dans lesquelles il se met à pleurer, s'emporte, crie. Un comportement
difficile à comprendre par ceux qui viennent le voir, les met mal à
l'aise... ce qui contribue à leur éloignement progressif.
Le fait que le malade ne se sente plus sûr de lui, qu'il ait peur de
montrer ses difficultés aux autres, entraîne un repli sur soi qui
ne fait que s'accentuer avec les déficits. De peur de l'échec,
il préfère ne pas s'engager dans l'action. L'apathie devient alors
un mécanisme de défense contre l'échec.
« Je ne suis plus bon a rien » ou la perte de l'estime personnelle
Un des grands moteurs de notre vie est l'estime que nous avons de nous-même
et l'image que l'on donne de nous aux autres. La notion d'être responsable,
de prendre des décisions, d'assumer nos choix, de nous sentir utile et
apprécié est un élément psychologique fondamental
de notre vie. Il en est de même pour la personne atteinte par la maladie
d'Alzheimer. Le but essentiel que se fixe l'aidant en prenant en charge son
proche à domicile est de préserver son autonomie et son estime
personnelle.
« Pour moi, m'habiller, c'est devenu difficile. Je me trompe de vêtement,
je n'arrive plus à boutonner ma chemise. Les boutons sont trop petits,
ils me roulent sous les doigts. Je mets un temps fou... et ma femme râle
parce que je traîne. C'est trop difficile, je préfère rester
en pyjama. »
Comment le malade peut-il avoir une bonne estime personnelle alors qu'il affronte
tout au long de la journée des situations d'échec : il n'arrive
plus à réaliser correctement des tâches qu'avant il effectuait
tout seul ; il n'arrive plus à enfiler sa chemise, à se déshabiller
rapidement quand il va aux toilettes, à allumer la télévision
ou la radio ; elle peine pour assumer les tâches domestiques qui ont toujours
été son domaine ; elle ne se rappelle plus les séquences
à suivre pour réaliser les recettes qui faisaient sa renommée
; elle a du mal à dominer le maniement des appareils électroménagers.
Autant de situations vécues douloureusement par une personne qui se rend
compte de ses difficultés progressives et met en doute ses capacités
à les résoudre.
Il se lève le matin en ayant la perspective de ne pas achever ou de
mal faire tout ce qu'il entreprend. Faut-il s'étonner qu'il préfère
se réfugier dans l'inaction plutôt que de se confronter à
des échecs successifs ? Faut-il s'étonner qu'il refuse de faire
ce que lui demande son aidant de peur de se tromper et de subir la réprobation
de celui (ou celle) avec lequel (laquelle) il vit en permanence ? Faut-il s'étonner
de ce qu'il considère que la vie ne vaille pas la peine d'être
vécue ? Rien n'est plus humiliant pour lui que de voir quelqu'un se substituer
à lui pour achever, plus vite et correctement, une tâche qu'il
a entreprise. Rien n'est plus réconfortant pour lui que de se sentir
aidé pour finaliser ce qu'il a commencé. Plus que le résultat,
souvent décevant, c'est sa participation qui compte. C'est elle qui lui
rendra son estime personnelle (encadré 3).
Encadré 3.
Il n'existe aucun médicament qui puisse restaurer l'estime personnelle
Ce sera à l'aidant de trouver les stratégies qui ont un
impact positif sur l'estime de soi. Ce sera à lui de choisir, de
proposer et d'aider son proche à réaliser des activités
qui lui rendront confiance en lui-même et qui lui démontreront
qu'il est encore utile à quelque chose [8].
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« Je me débrouille très bien tout seul » ou le refus
de reconnaître ses difficultés
Il est fréquent que le malade nie ses propres difficultés, en
minimise la portée en accusant l'âge (« mon père
était pareil à cet âge-là ») ou en utilisant
toutes sortes de prétextes (« je n'ai pas l'éducation
pour... », « Pourquoi retenir des choses qui ne m'intéressent
pas ?»). Il justifie le fait qu'il peut très bien se débrouiller
tout seul dans la vie sans l'aide de personne.
« Il y a des choses que, toute ma vie, j'ai fait tout seul... et je
ne veux pas qu'on m'aide pour les faire. Je me rase tous les matins avec le
rasoir à lame qui était à mon père. Je préfère
me couper plutôt que quelqu'un m'aide. Et il y a plein de choses comme
ça dans la vie. Je dis toujours non et que je suis capable de me débrouiller
tout seul. »
Ce refus d'être aidé est difficile à supporter par l'aidant
et la famille : il fait des bêtises, devient agressif si on lui fait remarquer
ses erreurs. L'introduction d'une intervenante extérieure (aide-ménagère,
auxiliaire de vie, infirmière...) se heurtera au même problème.
Seules l'attitude... et la patience de l'aidant permettront de contrôler
la situation. Il ne sert à rien de raisonner le malade. Il ne sert à
rien de le gronder. Il faut essayer de lui rappeler les choses sans le mettre
en situation d'échec : lui rappeler régulièrement où
sont les objets qu'il utilise plusieurs fois par jour : ses lunettes, sa canne,
son livre, sa couture, faire des listes qui puissent l'aider à se souvenir.
Ce refus de reconnaître ses propres difficultés relève
de deux mécanismes différents : d'une part, un mécanisme
de défense psychologique (le maintien de l'estime de soi est largement
utilisé par les gens « normaux » pour surmonter leurs échecs
ou leur insuffisance. Le déni peut même toucher certains membres
de la famille qui refusent d'accepter la réalité de la maladie
de leur proche), d'autre part l'« anosognomie », en relation avec
les lésions cérébrales de la maladie.
« Mais, Madame, qu'est ce que vous faites dans mon lit ? » ou les
modifications du comportement
La non-reconnaissance des personnes, y compris familières, est l'une
de conduites, a priori incohérentes, qui émaillent l'évolution
de la maladie. Dans le cas présent, il s'agit de non-reconnaissance de
personnes proches du malade et pas seulement de leur nom ou de leur visage,
en l'occurrence « l'étrangère » qui vient se coucher,
comme tous les soirs, à côté du malade : il ne la reconnaît
plus comme sa femme. Ce trouble d'identification peut s'étendre aux autres
membres de la famille, aux enfants, voire à des lieux : « Cette
maison n'est pas ma maison. ». Ce n'est que l'un des troubles du comportement
susceptible d'apparaître mais il illustre bien le choc psychologique que
ressentira l'aidant devant toute conduite aberrante.
Et elles sont nombreuses. Certaines sont simplement irritantes pour l'aidant
comme la répétition des questions (« Quelle heure est-il
? » « Quelle heure est-il ? »...), d'autres gênent
l'aidant et l'entourage comme la déambulation nocturne, voire les activités
nocturnes (« La nuit, elle se lève, vide son armoire puis remet
les vêtements en place. Elle recommence plusieurs fois ce manège
et dérange tous le monde. »), d'autres, enfin, peuvent être
dangereuses pour l'aidant (une réaction agressive) ou pour le malade
(errance, fugue).
Les troubles du comportement [8] font partie du quotidien de la maladie au
même titre que les troubles de la mémoire, du langage ou du raisonnement.
Ils peuvent même la révéler. C'est souvent un changement
brusque de comportement qui fait comprendre à la famille que « quelque
chose ne va pas » et qui justifie une consultation médicale. La
survenue de telles conduites, surtout si elles se répètent, crée
une situation stressante pour l'aidant et l'entourage et rend la vie de tous
les jours difficile à supporter. Elles sont la principale cause du placement
du malade en établissement.
Il faut tenter de comprendre ces troubles du comportement (encadré
4). Ils veulent toujours dire quelque chose : le malade essaie de s'exprimer
quand il ne peut plus le faire normalement. Il traduit ce qu'il ressent devant
une situation donnée. Il tente de faire comprendre son inquiétude,
son anxiété, sa solitude... Autrement dit, il ne s'agit pas seulement
d'évaluer les répercussions de ces comportements mais aussi de
rechercher une éventuelle cause déclenchante sur laquelle il est
possible d'agir. Mais chaque malade est un cas particulier. Si aucun n'échappe
à un moment ou à un autre de l'évolution à des troubles
du comportement, chacun les exprimera à sa façon. L'un sera agressif,
l'autre se livrera à des gestes répétitifs, un autre aura
des hallucinations... Quoi qu'il en soit, toute modification brusque du comportement
justifie le recours au médecin traitant, en particulier pour la détection
d'une cause physique susceptible d'être la responsable de l'état
actuel du malade.
Encadré 4.
Quelques causes déclenchantes des troubles du comportement
D'abord l'inconfort physique : arthralgies, lombalgies, constipation
douloureuse (en particulier un fécalome), rétention d'urines,
infection débutante...
Puis les modifications de l'environnement : visites, irritation
devant des interdictions ou des situations de refus (« Non ! Tu
ne sortiras pas »), mise en situation conflictuelle, surstimulation
par des questions répétées (« Dis-moi quel
jour on est »).
Enfin les difficultés de communication : le malade aura
de plus en plus de difficultés à communiquer par le langage
et à se faire comprendre par son aidant et la famille. Son comportement
peut traduire un sentiment de frustration, d'impuissance, de désespoir
en s'apercevant qu'il n'est pas compris [8].
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« À quoi bon vivre comme ça ? » ou les idées
dépressives
C'est une réflexion que formulent beaucoup de malades, souvent associée
à d'autres plaintes : « je n'y arriverai pas », « ça
ne m'intéresse plus », « mais qu'est ce que je fais là
? » et à des idées noires : « qu'est ce que je
vais devenir quand mon mari ne pourra plus s'occuper de moi ? »
Le malade a perdu son entrain : il a le sentiment d'être inutile et
de ne plus trouver sa place dans le foyer. Il se préoccupe de ce qui
pourrait lui arriver dans le futur. Les idées dépressives sont
surtout des réactions à la mise en échec permanente liée
aux difficultés intellectuelles progressives et à la baisse de
l'estime de soi. Elles sont d'autant plus importantes que le malade avait une
personnalité qui investissait beaucoup sur l'image de lui-même,
sur ses capacités de travail et sur ses responsabilités, et qu'il
supporte mal sa dépendance progressive. Elles sont passagères
et varient dans la journée, alternant avec des périodes d'humeur
normale, voire de bonne humeur. Elles ont l'inconvénient majeur de «
contaminer » l'aidant qui se sentira impuissant à les soulager et...
souvent coupable de les avoir générées.
Ces « idées dépressives » sont à distinguer
d'une dépression caractérisée qui peut être associée
et nécessite une prise en charge immédiate. Dans ce cas, le malade
est triste en permanence, il se croit responsable de sa situation («
C'est ma faute. Je paye mes erreurs. »), il se réveille pendant
la deuxième partie de la nuit en ruminant des idées noires, émet
des idées de suicide, qui est le grand risque de cette situation, surtout
dans certaines circonstances comme l'établissement d'un testament, un
partage des biens, une déclaration d'adieux. En réalité,
le passage à l'acte et, encore plus, les suicides « réussis
» sont rares chez ces malades. Si les antidépresseurs sont utiles,
ils ne sont pas une panacée et leur prescription mérite d'être
pesée en termes d'efficacité et de tolérance.
Conclusion : la maladie de la personne
La maladie d'Alzheimer n'est pas seulement une maladie du cerveau caractérisée
par des lésions bien définies. Il s'agit aussi de la maladie d'un
individu qui a sa propre personnalité. Lorsque les symptômes de
la maladie s'aggravent et altèrent non seulement la mémoire mais
aussi d'autres fonctions comme le langage, la capacité de gérer
des situations complexes, de planifier..., les activités de la vie quotidienne
sont progressivement perturbées et la vie relationnelle modifiée.
Le malade perçoit ces modifications comme une altération de son
identité, il perd confiance en lui et, nous l'avons vu, son estime personnelle
baisse. Les conséquences de ces modifications varient selon la personnalité
de chacun et la charge affective que la personne accorde à ses symptômes.
Le sentiment d'identité, d'être un être unique, à
travers notre histoire et les changements des différentes étapes
de notre vie, s'est construit dès l'enfance, plus ou moins fort, plus
ou moins solide selon les individus. C'est de la solidité de ce sentiment
d'identité que dépend la résistance aux agressions, aux
modifications d'identité qu'apporte le simple vieillissement. À
plus forte raison quand il s'agit de la maladie d'Alzheimer et de ses conséquences.
Références
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