ARTICLE
Quels médicaments ?
L'élément central de physiopathologie de la maladie d'Alzheimer
est le déficit cholinergique central. Une autre voie d'exploration existe
dans la production et l'accumulation pathologique de peptide bêta-amyloïde.
La connaissance de la physiopathologie a conduit au développement des
anticholinestérasiques1 : tacrine en premier (Cognex®)2,
puis rivastigmine (Exelon®), chlorhydrate de donezepil (Aricept®), galantamine
(Reminyl®), et de la mémantine, antagoniste non compétitif
NMDA3, qui n'a pas d'effet sur la voie cholinergique. Les anticholinestérasiques
sont prescrits aux stades de démence légère (MMSE4 24 à
15), à modérément sévère (15 à 10),
pour améliorer les performances cognitives, préserver l'autonomie
et retarder l'entrée en institution.
L'efficacité des traitements a été démontrée
au cours d'essais cliniques, pour des patients atteints de maladie d'Alzheimer
sans pathologie associée, sur trois critères : cognition, appréciée
par l'échelle d'ADAS Cog, évaluation clinique globale, et retentissement
dans les activités de vie quotidienne. Les études ont toutes été
faites versus placebo, et ont montré au bout de six mois un bénéfice
considéré par les experts comme cliniquement pertinent (4 points
à l'ADAS Cog) sur un petit nombre de sujets, sans bénéfice
clinique général [2-6]. Au stade de MCI5, seul le chlorhydrate
de donezepil (Aricept®) a été étudié, retardant
de 6 mois [7, 8] l'installation de la maladie, sans montrer de différence
significative dans les résultats à trois ans.
La mise en route de ces médicaments est progressive, les effets secondaires
principaux sont digestifs (nausées, vomissements) et peuvent nécessiter
un arrêt du traitement ; aucune surveillance biologique n'est nécessaire.
Pour réduire les troubles psychocomportementaux, classiques dans la
démence sévère (MMSE 10 à 3), les anticholinestérasiques
ne font pas mieux que le placebo [4, 9, 10], la mémantine a montré
un léger bénéfice à 6 mois chez les patients ayant
une démence d'Alzheimer modérée à sévère
[11].
Le médecin généraliste, s'il veut initier la prescription
annuelle, doit être titulaire de la capacité de gériatrie.
Un essai clinique de vaccin anti-amyloïde a été arrêté
en 2004 à la suite de la survenue d'encéphalites chez près
de 6 % des patients [8, 12]. Les recherches s'orientent vers l'immunisation
passive. La vitamine E n'a pas fait la preuve d'un rôle dans le retard
d'installation de la maladie selon les études récentes [7, 8,
13].
Aucune recommandation thérapeutique n'a été établie
à ce jour.
La prise en charge non pharmacologique
Plus de 60 % des patients malades d'Alzheimer vivent à leur domicile
[14], ou sont accueillis par des proches, souvent en début de maladie.
Quels conseils donner à la famille dans l'organisation de la surveillance
ou des activités familiales ?
Dès le diagnostic, l'arrêt d'activités potentiellement
dangereuses (conduite, chasse), doit être envisagé avec le patient.
L'aide doit s'adapter progressivement à la perte d'autonomie du patient
[15], préservant sa vie sociale, et l'associant autant que possible aux
décisions qui le concernent. On fera aménager le logement, avec
un ergothérapeute, favorisant sécurité (gaz) et autonomie.
Un CLIC (encadré 1) peut aider à la prise en charge, il évalue
les besoins et coordonne les aides : portage des repas, blanchisserie, livraison
des courses, téléalarmes, matériel médical. On mettra
en place des activités pour animer la vie quotidienne, (stimulation,
activités ludiques, physiques...), en privilégiant les repères
du patient (horaires, espaces de vie).
Encadré 1.
Les « CLIC » (centres locaux d'information et de coordination)
Ces centres ont pour but de faciliter la coordination des interventions
dans le cadre du suivi. Ils informent les patients, l'entourage et les
professionnels, facilitant pour ces derniers le travail en réseau.
Le CLIC est un « guichet » d'accueil de proximité, d'information,
de conseil et d'orientation, destiné aux personnes âgées
et à leur entourage. Il rassemble les informations, évalue
les situations, mobilise les ressources, coordonne les professionnels
pour répondre aux besoins des personnes âgées dans
leur vie quotidienne. Les CLIC permettent d'organiser les réponses
multiprofessionnelles indispensables dans la prise en charge des problèmes
chroniques invalidants les personnes âgées vivant à
leur domicile sur un territoire défini.
Les CLIC remplissent trois missions principales en fonction de leur
niveau de labellisation technique :
- label 1 : assurer l'information des particuliers et des professionnels
du territoire ;
- label 2 : procéder à des évaluations individuelles
multidimensionnelles de situations complexes de personnes en incapacité
afin de proposer un plan d'aide ;
- label 3 : assurer la coordination des interventions dans le cadre
du suivi des situations au cours du temps.
Une évaluation globale est le préalable à une prise
en charge de qualité des maladies chroniques stabilisées
et de leurs conséquences. Elle nécessite l'intervention
de plusieurs professionnels pour être réellement multidimensionnelle
: état de la personne (ses maladies chroniques, ses déficiences,
ses incapacités), son environnement social, son habitat, ses ressources
économiques et sa protection sociale.
Elle définit les différentes interventions nécessaires
(plan d'aide personnalisé) pour améliorer les conditions
de vie de la personne et de son entourage (aides humaines, matérielles
et techniques). Le CLIC rassemble les ressources financières nécessaires
en s'appuyant notamment sur les connaissances et le savoir-faire des professionnels
du secteur social. La coordination des professionnels rendre leur travail
plus cohérent et évite l'éparpillement des prestations.
Le suivi des personnes dépendantes inscrit cette prise en charge
dans la durée.
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Les activités de stimulation peuvent aussi être organisées
hors du domicile : les hôpitaux de jour sont des structures hospitalières,
à orientation diagnostique, mais une partie d'entre eux assure aux patients
en début de maladie un programme de soins plus complexe favorisant le
maintien de l'autonomie. En tant que structure hospitalière, la prise
en charge est remboursée intégralement au titre de l'ALD 30. Les
accueils de jour sont des structures non médicalisées qui permettent
au patient de conserver une vie sociale et des activités, et procurent
un répit à l'aidant. Elles sont à la charge du patient.
Pour un patient dont on favorise l'autonomie, une hospitalisation est délétère.
Plus que pour tout autre patient, il faut peser les bénéfices
et les risques au moment de la décision. Lors d'évènements
aigus, l'intervention du service de soins infirmiers à domicile (SSIAD)
pourra l'éviter, ou permettre à son issue un retour dans de bonnes
conditions. Il permet également, au cours de l'évolution, de retarder
l'institutionnalisation.
La maladie est une épreuve familiale, il faut soutenir les aidants
principaux, en leur conseillant de préserver leur propre vie relationnelle,
de s'autoriser des moments de détente, d'être attentifs à
leurs limites et fragilités, de demander conseil auprès d'associations,
de partager leurs difficultés avec leur entourage, avec d'autres familles
vivant les mêmes situations. De nombreuses associations ont vu le jour
ces dernières années et ont des relais dans la majorité
des régions [16].
Quelle aide sociale ? Quelles aides financières mettre en place, et
quand ? Quand discuter d'une aide juridique ?
La démence d'Alzheimer appartient à la liste des ALD 30, la
demande doit être faite par le médecin traitant. Un patient en
activité professionnelle doit être mis en arrêt maladie.
De nombreuses aides sont possibles : allocation personnalisée autonomie
(APA : GIR 1 à 4, patient âgé de plus de 60 ans, demande
CCAS), allocation compensatrice pour tierce personne (patient âgé
de moins de 60 ans, taux d'incapacité ? 80 %, demande COTOREP ou CCAS),
aide à l'aménagement du logement.
D'un point de vue fiscal, un patient justifiant d'une carte d'invalidité
COTOREP 80 % peut bénéficier lors de sa déclaration d'une
demi-part supplémentaire. Les frais d'accueil d'une personne âgée
au domicile donnent droit à un abattement. Une pension alimentaire allouée
à un ascendant peut être déduite des revenus (montant plafonné)
Quand parler des mesures de protection des majeurs ?
L'expérience montre qu'il faut être vigilant dans le domaine
et que le mieux est d'aborder les possibilités de curatelle et tutelle
dès les premières consultations, afin que le patient puisse se
familiariser avec ce qui aura pour but de le protéger un jour. L'aide
juridique devient nécessaire quand surviennent des signes montrant que
le patient ne peut gérer lui-même ses affaires ou que le médecin
constate des éléments pouvant faire penser qu'il peut être
abusé par son entourage... La mise en place effective est toujours délicate,
et l'intervention d'une assistante sociale facilite beaucoup la prise en charge
(accord professionnel).
Quand discuter de l'institutionnalisation ?
L'institutionnalisation peut paraître, avec l'évolution de la
maladie, le seul recours possible de par l'importance des troubles du comportement
(sommeil, agressivité), l'installation de la dépendance, l'épuisement
physique ou moral des aidants, ou les comorbidités du patient. Ces solutions
ne sont pas sans inconvénients, au premier plan desquels une culpabilité
ressentie par les familles, des difficultés engendrant une agressivité
à l'égard de l'équipe soignante, la cohabitation de sujets
déments et non-déments, les problèmes de maltraitance ou
un personnel inadapté en nombre ou en qualité aux besoins des
patients déments.
Les conseils généraux possèdent la liste des établissements
de leur département. Divers types de structures peuvent être proposés,
de l'accueil familial aux EHPAD. Le choix se fera en tenant compte des besoins
et des ressources du patient et de la famille.
L'accueil familial contre rémunération, sous certaines conditions
d'accueil, est une solution possible si le patient l'accepte. Les établissements
pour personnes âgées sont nombreux et répondent à
des besoins divers. Parmi eux, citons les logements foyers, favorisant et nécessitant
une autonomie préservée du sujet, les appartements thérapeutiques,
petites unités de vie au sein d'un immeuble d'habitation classique, les
unités de vie développées à proximité du
lieu de vie antérieur du patient, et les Établissements d'hébergement
pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), soumis à
agrément par la DDASS et les conseils généraux.
Pour les patients atteints de maladie d'Alzheimer se développent des
unités de vie spécialisées, au sein d'hôpitaux, qui
peuvent également accueillir le patient pour donner un répit temporaire
à l'entourage. Les CANTOU (centres d'animation naturelle tirée
d'occupations utiles) regroupent des patients en permettant une vie commune
en journée, chaque patient ayant sa chambre la nuit.
En cas de nécessité de surveillance médicale, les services
de soins de suite et réadaptation (SSR) après une hospitalisation
et de soins de longue durée (SLD) doivent accueillir les patients.
Références
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- Sites Internet : www.alzheimer-montpellier.org, www.alois.fr, www.francealzheimer.org
En résumé : traitement de la maladie d'Alzheimer
- Le traitement pharmacologique n'a qu'une place limitée : les
anticholinestérasiques ont montré à 6 mois versus
placebo un bénéfice considéré par les experts
comme cliniquement pertinent sur un petit nombre de sujets, sans bénéfice
clinique général.
- La prise en charge non pharmacologique est essentielle. Le malade
et ses « aidants » sont au coeur de ce débat. Diverses
aides sociales, financières et juridiques sont à bien connaître.
Les « CLIC » peuvent aider efficacement le médecin dans
cette démarche.
- L'institutionnalisation peut devenir le seul recours avec l'évolution
de la maladie.
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Notes :
1 NDLR. Cette observation préliminaire ne préjuge en rien de
l'efficacité ou même de l'utilité clinique réelle
des médicaments ainsi développés tels que les présente
la suite de cet article, qui se veut un simple et bref « état des
lieux » de l'existant. Nous reviendrons ultérieurement sur le vrai
problème de fond : traiter, pour quoi faire ?
2 La tacrine n'est plus recommandée (indisponible au Vidal®) depuis
l'arrivée sur le marché des nouveaux anticholestérasiques.
3 Interviennent dans la connexion synaptique.
4 MMSE : score Mini-Mental State Examination.
5 Mild Cognitive Impairment, forme de troubles mnésiques dont la probabilité
d'évoluer vers un syndrome démentiel semble particulière.
Nous y reviendrons dans un prochain article.
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