ARTICLE
Situations cliniques
L'écho-Doppler (ED) complète l'examen clinique dans deux situations
:
- asymptomatiques : par exemple, découverte d'un souffle sur le trajet
des vaisseaux, d'une abolition de pouls, surtout chez un diabétique de
type 1 ou 2 où l'artérite peut être silencieuse et la claudication
peu invalidante. L'ED recherchera alors des lésions artérielles
associées digestives ou rénales. L'examen est systématique
si une greffe rénale est envisagée, ou en cas de pathologie polyvasculaire
(coronaire et/ou carotidienne) ;
- symptomatiques : claudication intermittente, douleurs de décubitus,
troubles trophiques, ulcères et gangrènes des jambes ; suivi d'une
AOMI sous traitement médical ou après revascularisation endoluminale
ou conventionnelle ; confirmation des données de l'artériographie
(degré d'une sténose, retentissement sur les flux d'aval).
Les résultats de l'ED (tableau
1) doivent être confrontés aux données cliniques : d'autres
pathologies, parfois intriquées, peuvent être responsables de claudication
: canal lombaire étroit (fatigabilité et douleur à la marche
pouvant obliger à l'arrêt et cédant lors du repos mais n'a
pas la régularité de la claudication ischémique) ; sciatalgie
; coxarthrose (douleur dès l'appui) ; gonarthrose ; affaissement de la
voûte plantaire ; tendinite ; névrites ; myalgies (les crampes
des fibrates ou statines) ; syndrome post-thrombotique...
Commentaires
L'échographie Doppler est actuellement l'examen de référence
non invasif, reproductible, peu onéreux pour confirmer le diagnostic
d'AOMI et orienter le choix d'un traitement médical ou d'une revascularisation,
puis pour surveiller l'évolution [1, 2].
L'examen suppose une bonne connaissance de l'échographie morphologique
des vaisseaux. Combinée avec l'analyse vélocimétrique par
le Doppler (vitesses enregistrées des flux circulants au niveau de la
sténose, en amont et en aval), cela permet de quantifier les sténoses
(tableaux 2 et 3). L'examen est très
opérateur-dépendant, ce qui exige une formation spécifique
en médecine vasculaire (angiologie).
L'index de pression systolique (IPS) est le rapport pression à
la cheville/pression au bras effectué à l'aide d'un brassard à
tension et d'une sonde de Doppler continu de 4 ou 8 MHz ("Doppler de poche"
: coût environ 300 e, durée de l'examen environ 15 mn par opérateur
entraîné). L'examen, à effectuer en cas d'AOMI avérée,
est normal entre 1,30 et 0,95, signe une artériopathie bien compensée
entre 0,95 et 0,75, moyennement compensée entre 0,75 et 0,40, sévère
au-dessous de 0,40. Il a des limites : des artères calcifiées
(médiacalcose) deviennent incompressibles (les valeurs restent supérieures
à 1,3 chez le diabétique ou l'insuffisant rénal) ; une
péronière normale avec occlusion de l'artère tibiale postérieure
et/ou antérieure (stade I de la classification de Leriche) donne un IPS
normal.
On peut mettre en évidence une sténose asymptomatique au
repos qui se décompense à l'effort, par une marche sur tapis
roulant (épreuve de Strandness) ou après 15 à 30 accroupissements
rapides. On la réalise quand l'ED ou l'IPS sont discordants avec la clinique
(une lésion courte iliaque ou fémorale peut passer inaperçue),
ou quand la sévérité des lésions en ED est discordante
avec les flux relevés en aval (pour évaluer la qualité
de la suppléance).
Qu'apporte surtout l'écho-Doppler ?
Les auteurs de la méta-analyse [1] suggèrent que le bénéfice
principal de l'ED est d'éviter une angiographie diagnostique préopératoire
chez les patients affectés d'une maladie sous-poplitée. Cependant,
toutes ces études sont faites avec des opérateurs très
entraînés dans la pathologie artérielle. Une des principales
sources d'erreurs est l'existence de sténoses multiples : une sténose
très serrée en amont entraîne un amortissement sur les flux
d'aval et ne permet pas d'apprécier une accélération d'une
sténose serrée plus en aval. Mais des éléments non
quantifiables dans une étude peuvent intervenir dans la pratique quotidienne
: demandes multiples dans le même temps (par exemple ED artériel
plus veineux des membres inférieurs plus ED artériel des troncs
supra-aortiques..., surtout quand il existe une pathologie dans chaque territoire
!), retards dans la consultation, fatigue de l'opérateur...
Conclusion
Malgré le développement et l'accès plus facile de nouvelles
techniques : angio-IRM (ARM) ou de l'angioscanner multibarrettes, l'ED, technique
ancienne, reste l'examen de première intention. L'amélioration
des échographes (Doppler couleur, Doppler puissance) rend cet examen
plus fiable mais une bonne connaissance de la pathologie vasculaire reste indispensable
pour guider les différents choix thérapeutiques.
Références
- Koelemay MJ, den Hartog D, Prins MH, et al. Diagnosis of arterial disease
of the lower extremities with duplex ultrasonography. Br J Surg. 1996;83:404-409.
- Carter SA Indirect systolic pressures and pulse waves in arterial occlusive
disease of the lower extremities Circulation. 1968;37:624-37.
- Franceschi Claude. Investigation vasculaire par ultrasonographie Doppler.
Paris: Masson; 1977.
- Franceschi C, Franco G, Luizy F, Tanitte M. Précis d'échotomographie
vasculaire. Paris: Vigot Maloine; 1991.
- Anaes. Échographie-Doppler dans l'artériopathie oblitérante
des membres inférieurs. Anaes/Service d'évaluations des technologies.
Juin 2002.
En pratique : échographie-Doppler dans l'AOMI
- L'ED peut préciser le diagnostic d'AOMI suspecté sur
la clinique (patients symptomatiques) ou certaines situations "à
risque" (diabète, pathologie plurivasculaire...).
- Elle peut compléter un examen artériographique et aider
à la surveillance d'un patient artéritique.
- Examen très opérateur-dépendant, l'ED exige une
compétence particulière que l'apparition d'appareils plus
performants ne permet pas de négliger.
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Note :
L'artériographie ne doit être pratiquée que lorsqu'une
décision de revascularisation est envisagée et non à visée
diagnostique.
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