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Dépister le cancer de la prostate Données et incertitudes


Médecine. Volume 2, Numéro 4, 168-72, Avril 2006, Stratégies


Résumé  

Auteur(s) : Pierre Gallois, Jean-Pierre Vallée, Jean-Marc Charpentier et Yves Le Noc , Société française de documentation et de recherche en médecine générale unadoc@wanadoo.fr .

Résumé : Des données pour décider en médecine générale Nous avons déjà envisagé dans un précédent numéro de Médecine les grands principes du dépistage du cancer [1] : il doit toujours être considéré selon les deux points de vue de la santé publique et du patient. Du point de vue de la santé publique doivent être pris en compte l'importance du problème posé par la maladie, la connaissance de son histoire naturelle, la fiabilité du test, les bénéfices du dépistage en termes de santé publique. Du point de vue du patient, c'est l'acceptabilité du test et des examens qui pourront le suivre, les bénéfices du dépistage sur l'espérance et la qualité de vie. Ce sont ces aspects que nous allons développer ici à propos du cancer de la prostate. Que dire au patient, et surtout comment le dire, a fait l'objet d'une recommandation de l'Anaes en 2004, dont les points-clés ont été présentés antérieurement dans Médecine [2].

Mots-clés : dépistage, cancer, prostate, histoire naturelle, mortalité, chirurgie

ARTICLE

Ces dossiers issus de Bibliomed ne résultent pas d'une revue systématique de la littérature, mais d'une veille documentaire en continu des principales revues médicales publiant des études fondées sur les preuves, ou des recommandations en résultant. Ils ont pour ambition de fournir au médecin généraliste une actualisation des données sur les questions pertinentes pour leur pratique retenues par le comité de rédaction. Ils rassemblent des textes publiés chaque semaine depuis quelques années, actualisés si nécessaire en fonction des données les plus récentes.

Le dépistage du cancer de la prostate est l'objet d'une vive controverse. D'un côté les urologues, en France l'Association Française d'Urologie (AFU), multiplient les campagnes pour le dépistage, de l'autre les instances professionnelles non spécialisées et de santé publique, américaines comme françaises (Anaes), rappellent qu'aucune étude n'en a prouvé le bénéfice en termes de mortalité [3, 4].

Ces controverses rejoignent celles constatées dans bien d'autres domaines entre spécialistes et non spécialistes d'une pathologie donnée. Mais elles sont particulièrement importantes ici. Elles sont liées ici à une triple incertitude concernant le devenir spontané de la maladie, le bénéfice réel du dépistage et son rapport bénéfice/risque. L'histoire naturelle du cancer de la prostate est mal connue, particulièrement pour les cancers identifiés par le PSA à la phase préclinique. Le bénéfice du dépistage en termes de mortalité est encore difficile à déterminer, les essais comparant sur un temps suffisant le traitement précoce par rapport à la surveillance active sont encore peu nombreux, et surtout on ne dispose pas d'essais de ce type pour les cancers décelés par le seul PSA. Il en résulte que le rapport avantages/inconvénients du traitement précoce est insuffisamment analysé. Dans ce dossier, après avoir rappelé les données générales, nous analyserons les données actuelles sur ces trois points.

Les questions auxquelles répond ce dossier ont fait l'objet de 6 publications de Bibliomed : numéros 94 du 20 mars 1997, 114 du 24 septembre 1998, 115 du 1er octobre 1998, 157 du 14 octobre 1999, 282 du 14 novembre 2002, 415 du 23 février 2006. Nous les avons restructurés pour une meilleure compréhension et pour actualisation.

La controverse...

L'objet du dépistage du cancer de la prostate est d'identifier des cancers à un stade précoce, donc localisé. Les incertitudes concernant le mode de prise en charge du cancer localisé, et le bénéfice de cette prise en charge, rejoignent et expliquent sans doute celles concernant le dépistage. Dans un éditorial, le BMJ [5], à partir de l'analyse d'une étude montrant la diversité des pratiques des urologues britanniques [6], résume bien "les controverses et le chaos" qui règnent à ce sujet au Royaume-Uni, mais aussi ailleurs.

Des opinions divergentes des urologues britanniques en 1998

Savage avait interrogé 247 urologues britanniques.

•  Pour un cancer localisé peu différencié, avant 70 ans, 9 sur 10 étaient en faveur d'une attitude active (5 par irradiation, 3 par prostatectomie radicale, et 1 avec traitement hormonal immédiat). Au-dessus de 70 ans, 3 recommandaient une attitude active, le plus souvent une irradiation.

•  Pour les cancers localisés bien différenciés dont le pronostic est bon sans traitement, 4 recommandaient malgré tout chez l'homme de moins de 70 ans une prostatectomie radicale et 3 une irradiation. Après 70 ans, 7 sur 10 étaient en faveur d'une simple surveillance.

Deux explications possibles à ces divergences

•  L'absence de données solides : plusieurs essais randomisés comparant surveillance et traitement actif étaient en cours, mais en raison de la longue durée d'évolution de ce cancer, leurs résultats ne devraient pas être connus avant 2008.

•  L'importance des facteurs psychologiques dans nos décisions : la grande diversité des pratiques n'est pas due à une insuffisance d'information comme en témoignent les opinions réservées sur l'efficacité du dépistage ; elle est due probablement à la difficulté psychologique d'adopter une attitude attentiste devant une pathologie étiquetée cancer, difficulté qui touche les médecins autant que les patients. C'est dire que l'information du patient sera difficile à conduire, d'autant qu'elle fait intervenir quatre (cinq ?) partenaires : le patient, le généraliste et l'urologue, l'entourage (les médias).

Que conclure pour notre pratique ?

Des recommandations de l'ANDEM rappelaient en 1995 [7] que :

•  La décision thérapeutique devant un cancer localisé de la prostate doit tenir compte de l'âge, de l'espérance de vie, du stade de la tumeur, du degré de différenciation histologique et du taux sérique de PSA.

•  La prostatectomie radicale entraîne 1 à 5 % de mortalité, 26 % d'incontinence urinaire, 85 % d'impuissance. Ces risques sont moindres avec la radiothérapie externe, mais elle entraîne une rectite dans 11 % des cas.

•  Les traitements à visée curative : - semblent indiqués avant 65 ans ; - ne sont pas indiqués après 75 ans, ou en cas de comorbidité réduisant l'espérance de vie à 10 ans ; - entre 65 et 75 ans, il n'existe pas de données montrant une supériorité entre prostatectomie radicale, radiothérapie ou stratégie d'abstention-surveillance.

•  Aucun traitement à visée curative n'est indiqué quel que soit l'âge pour les tumeurs de stade T1a (découverte histologique accidentelle, présence d'éléments tumoraux dans 5 % des prélèvements), sauf avant 65 ans pour une tumeur peu différenciée. Dans la stratégie d'abstention surveillance, orchidectomie ou traitements hormonaux n'ont pas d'indication.

•  Dans de nombreux cas la décision doit tenir compte de l'avis informé du patient, ou à défaut prendre en compte l'importance que peuvent avoir pour lui l'espérance de vie et la qualité de vie, en particulier pour ce qui concerne sa vie sexuelle et sa continence urinaire. Cet aspect, essentiel ici, est sans doute le plus difficile à mettre en oeuvre.

 

L'histoire naturelle de ce cancer incite-t-elle au dépistage ?

Pour dépister un cancer, il est indispensable d'en connaître l'histoire naturelle. Le cancer de la prostate a une évolution très lente, liée au stade et au grade de la tumeur. Sa progression n'est pas inéluctable dans la vie d'un patient. Huit études précisant l'histoire naturelle du cancer de la prostate diagnostiqué sur des signes cliniques ont été relevées par l'Anaes. Parmi celles-ci, les deux plus importantes, et avec le plus long suivi, sont l'étude suédoise de Johansson [8, 9] et l'étude américaine d'Albertsen.

Les données épidémiologiques

Les travaux de McNeal suggèrent que le cancer de la prostate serait une maladie unique comportant une histoire naturelle très lente. Si 30 à 40 % des hommes de plus de 50 ans pourraient être porteurs d'un cancer de la prostate, il semble que seuls 8 % deviendraient symptomatiques, et moins de 5 % auraient une probabilité d'en décéder [4].

Par ailleurs, on a constaté depuis 20 ans une explosion de l'incidence du cancer de la prostate. Ainsi, en France l'incidence a été multipliée par 4, entre 1978 et 2000, alors que la mortalité est restée stable. Les chiffres sont encore plus importants aux états-Unis. Une telle augmentation ne semble pouvoir être imputée qu'au mode de dépistage actuel par le PSA [10]. Il faut donc se demander si ce surdiagnostic correspond à des tumeurs qui auraient évolué.

Des études observationnelles

L'équipe suédoise de Johansson, entre 1977 et 1984, a recruté 648 patients porteurs d'un cancer de la prostate à tous les stades. Parmi ceux-ci, 223, d'un âge moyen de 72 ans, avaient un cancer de la prostate localisé, décelé pour 48 % lors d'une chirurgie pour adénome. Ils étaient soumis à une surveillance simple et traités en cas de symptômes. Ils ont été suivis en moyenne 21 ans. Les résultats à 15 ans

[8] montraient une survie corrigée (ne tenant compte que de la mortalité par cancer de la prostate) de 81 % ; cette survie passait à 54 % à 21 ans [9]. Pour la survie libre de toute progression, les chiffres étaient de 45 % puis 36 %, pour la survie sans métastase de 77 % puis 51 %. La mortalité par cancer de la prostate passe de 15 pour 1 000 personnes-années dans les 15 premières années à 44 pour 1 000 personnes-années au-delà. Dans les études de sous-groupes, la mortalité par cancer de la prostate était plus élevée avant 70 ans (14 %) qu'après (9 %).

L'étude américaine d'Albersten [11] est une étude rétrospective, donc de moindre niveau de preuve. Elle apporte les données de survie à 20 ans de 767 patients avec cancer de la prostate localisé et non opéré, diagnostiqués entre 1971 et 1984, pour 71 % des cas lors d'une chirurgie pour adénome. La mortalité par cancer de la prostate était de 33 pour 1 000 personnes-années avant 15 ans et 18 pour 1 000 personnes-années au-delà. La mortalité dépendait du score de Gleason : 121 pour 1 000 personnes-années sur 10 ans avec un score élevé de 8 à 10, 5 pour 1 000 personnes-années sur 20 ans avec un score bas de 2 à 4, intermédiaire entre les deux.

Que conclure pour notre pratique ?

Les patients porteurs d'un cancer localisé de la prostate ont un taux de survie corrigé de 80 % après 15 ans, que le patient ait eu ou non un traitement à la phase initiale. De ce fait on peut plaider pour une attitude non agressive. Une attitude attentiste est licite chez les patients ayant une espérance de vie de moins de 10 à 15 ans, chez les patients asymptomatiques dont la tumeur ne permet pas un traitement radical, et chez quelques patients oû la tumeur est très localisée et qui ont d'autres critères biologiques ou histologiques de bon pronostic [12].

 

Qu'apporte la chirurgie précoce en cas de cancer localisé ?

Jusqu'à ces dernières années, on ne disposait pas d'études directes comparant la chirurgie radicale et l'abstention surveillance. On ne pouvait donc pas savoir si la chirurgie précoce apportait un bénéfice en termes de survie et de qualité de vie. Un essai scandinave apporte des réponses [13, 14].

Prostatectomie radicale versus surveillance active

L'essai comparé scandinave avait pour objectif de comparer le traitement chirurgical au simple suivi médical [13]. Il a été mené entre 1989 et 1999, sur 695 patients de moins de 75 ans (moyenne 64 ans), ayant au moins 10 ans d'espérance de vie, atteints de cancer localisé de la prostate de stade T1b, T1c ou T2. Ils ont été randomisés entre une prostatectomie radicale pour 347, ou une surveillance active (watchful-waiting) pour 348. Les patients du groupe surveillance ne recevaient aucun traitement. Le traitement hormonal pouvait être prescrit aux patients du groupe chirurgical en cas de progression locale ou de dissémination métastatique. Pour ceux du groupe surveillance, le traitement hormonal n'a été autorisé explicitement qu'à partir de 2003. Mais ceci n'a sans doute pas joué dans les résultats, le traitement hormonal ayant été moins souvent utilisé dans le groupe chirurgie que dans le groupe surveillance. Le suivi moyen est maintenant de 8,2 ans.

Une réduction de la mortalité et de l'extension

Les différences de résultats entre les groupes, chirurgie et surveillance, évoluent au fil des ans : le plus souvent non significatives à 5 ans, elles s'accentuent par la suite. À 10 ans, la mortalité spécifique par cancer de la prostate était de 9,6 % dans le groupe chirurgie vs. 14,9 % dans le groupe surveillance (p = 0,01), soit une réduction relative de risque (RRR) de 44 %, la mortalité globale de 27 % vs. 32 % (p = 0,04, RRR = 26 %), les métastases de 15,2 % vs. 25,4 % (p = 0,004, RRR = 40 %), la progression locale de 19,2 % vs. 44,3 (p ‹ 0,001, RRR = 67 %).

Dans les analyses de sous-groupes, le bénéfice dépend de l'âge : le bénéfice sur la mortalité par cancer de la prostate est nettement plus important chez les patients de moins de 65 ans, si ce n'est limité à eux : à 10 ans, après 65 ans, les taux de mortalité sont sensiblement identiques dans les deux groupes chirurgie et surveillance. Ceci semblait indépendant du taux de PSA et du score de Gleason.

 

Des effets incertains sur la qualité de vie

Cette partie de l'étude avait pour objectif d'évaluer la qualité de vie chez les patients des deux groupes [14]. Les 376 premiers patients, randomisés entre 1989 et 1996 ont été interrogés en 1997, au moins 14 mois après la randomisation. 326 patients ont répondu.

­ une dysfonction érectile existait chez 80 % du groupe chirurgie vs. 49 % du groupe surveillance. Le trouble sexuel était perçu comme moyennement ou très pénible par 56 % du groupe chirurgie et 40 % du groupe surveillance ;

­ une dysurie existait chez 28 % du groupe chirurgie et 44 % du groupe surveillance, perçue comme moyennement ou très gênante par 21 et 22 %. Une incontinence existait chez près de 50 % du groupe chirurgie et 21 % du groupe surveillance, perçue comme moyennement ou très pénible par 29 % du groupe chirurgie et 18 % du groupe surveillance ;

­ sur le plan psychologique, sur 9 variables, le bien-être était moyennement ou sévèrement altéré chez 35 et 36 % despatients. La perception subjective de la qualité de vie était moyenne ou mauvaise chez 40 % du groupe chirurgie et 45 % du groupe surveillance.

Ces observations ont leurs limites :

­ la technique chirurgicale avec préservation nerveuse n'était pas pratiquée pour tous ;

­ le nombre de dysfonctions érectiles chez les patients du groupe surveillance était plus important que dans des études sur la population générale de même âge (45 % vs. 32 %) ; 28 % recevaient un traitement antiandrogène ;

­ d'autres facteurs que ceux liés directement à la tumeur pourraient jouer un rôle, par exemple le fait de se savoir porteur d'un cancer [12]...

 

Que conclure pour notre pratique ?

La chirurgie radicale précoce du cancer de la prostate s'accompagne d'un bénéfice significatif chez les patients âgés de moins de 65 ans. En chiffres absolus, la réduction de la mortalité est modérée, les chiffres sont plus importants pour les métastases et la progression locale.

La fréquence plus grande de l'incontinence et des dysfonctions érectiles chez les opérés est confirmée. Mais le retentissement sur la qualité de vie subjective n'est pas majeur, les données dans ce domaine sont les mêmes chez les opérés et non opérés, et varient beaucoup selon les personnes.

La limite la plus importante de l'étude est le faible nombre de patients diagnostiqués par le seul PSA. Parmi les patients, 75 % avaient une tumeur palpable au TR, 10 % seulement avaient été diagnostiqués devant une élévation isolée duPSA. Actuellement 75 % des cancers de la prostate diagnostiqués aux états-Unis ont une maladie non palpable. De ce fait, le bénéfice peut être moindre, le temps de latence probable de ces tumeurs, que l'on ne connaît pas de façon précise, devant être pris en compte pour apprécier le bénéfice [12]. D'autres études randomisées sont nécessaires, dans les conditions actuelles du diagnostic. Deux sont en cours, une Américaine et une Européenne. Les résultats en seront connus en 2008.

Dans l'immédiat, face à une demande de dépistage, au-delà de l'information qui doit être objective, la décision appartient au patient. Son choix sera motivé par ses représentations de la maladie et ce qu'il privilégie face au risque : la durée de vie ou la qualité de vie.

 

Faut-il dépister le cancer de la prostate ?

Le dépistage du cancer de la prostate reste un important sujet de controverse. Le dépistage systématique par PSA est recommandé par l'American Cancer Society et par la Société Francaise d'Urologie, mais ni par l'US Preventive Services Task Force ni par le Groupe canadien sur l'examen médical périodique, ni par l'Anaes en France. Pour les partisans de ce dépistage, le cancer de la prostate est la deuxième cause de mort par cancer chez l'homme, on dispose avec le TR et le PSA de tests de dépistage faciles, les méthodes thérapeutiques du cancer localisé sont bien établies.

Pour les non-partisans les performances des tests demandent à être précisées, le bénéfice du dépistage est incertain sur l'espérance de vie, médiocre sur la qualité de vie. Deux synthèses américaines [15, 16] fondées sur une recommandation de l'American College of Physicians (ACP) [7] et une synthèse canadienne [18], sont en concordance avec celle de l'Anaes [4].

Le dépistage est-il bénéfique sur la mortalité ?

Seule une étude contrôlée randomisée comparant après dépistage, sur une durée suffisante, un groupe traité et un groupe non traité, permettrait de connaître l'utilité du dépistage. Mais on ne dispose actuellement que de données indirectes, concernant l'histoire naturelle :

•  L'étude suédoise de Johansson [8, 9] : chez 300 patients porteurs d'un cancer de la prostate localisé asymptomatique, la survie à 15 ans était de 80 %, chez les 223 n'ayant été traités que lors de l'apparition de symptômes, comme chez les 77 ayant eu un traitement actif d'emblée. Cette étude de suivi, non randomisée, ne permet donc pas de répondre à la question de l'utilité du dépistage. Elle confirme cependant que la maladie peut être bénigne dans de très nombreux cas.

•  Les données d'autopsie suggèrent que 30 % à 40 % des hommes de plus de 50 ans sont porteurs d'un cancer de la prostate latent, mais que seuls 8 % deviendraient significatifs, et moins de 5 % seraient cause de la mort : on meurt souvent avec et non par un cancer de la prostate.

Le dépistage est-il bénéfique en termes de morbidité et de qualité de vie ?

•  La morbidité consécutive aux traitements du cancer de la prostate localisé est importante. Pour la chirurgie radicale, on note une mortalité immédiate de 0,5 %, un risque d'incontinence urinaire de 30 %, et un risque d'impuissance de 20 à 85 %. La radiothérapie entraîne 8 à 43 % de problèmes intestinaux, 40 à 67 % d'impuissance, 1 à 2 % d'incontinence.

•  Reste à évaluer la morbidité liée à la biopsie de prostate nécessitée par les nombreux faux positifs des tests.

Quelle est la fiabilité des tests de dépistage ?

•  Les études concernant le PSA ont montré 66 % de biopsies positives pour des taux › 10 ng/L, 22 % pour des taux entre 4 et 10 ng, 22 % pour des taux entre 2,6 et 4 ng.

•  Le PSA est le plus sensible des tests non invasifs, et les tumeurs détectées par ce test sont cliniquement signifiantes. Dans la Physician's Health Study, les cancers de la prostate diagnostiqués dans les 4 ans de suivi avaient un taux de PSA › 4 ng dans 73 % des cas à l'examen initial.

•  TR et PSA ont une faible spécificité. Si un examen couplé était pratiqué pour dépister tous les hommes de plus de 50 ans, 15 à 40 % des hommes testés, selon l'âge, devraient avoir une biopsie de prostate.

•  La valeur prédictive positive se situe, suivant les études, entre 15 et 21 % si l'un des deux tests est anormal, entre 38 et 50 % si les deux le sont.

Tableau 1. Recommandations de l'ACP pour la discussion avec le patient

Avant tout test de dépistage du cancer de la prostate, le patient doit être informé sur les points suivants :

• le cancer de la prostate est un important problème de santé ;

• les bénéfices du dépistage et des traitements radicaux n'ont pas encore été prouvés ;

• TR et PSA ont tous les deux des faux positifs et des faux négatifs ;

• la probabilité que le test de dépistage débouche sur des examens complémentaires invasifs est élevée ;

• une thérapeutique agressive est nécessaire pour obtenir un bénéfice pour une tumeur dépistée ;

• un petit risque de mort initiale, un risque significatif de troubles chroniques, spécialement en regard des fonctions sexuelles et urinaires, sont associés à ces traitements ;

• une détection précoce peut sauver des vies et éviter des troubles futurs liés au cancer.

Le dosage de routine du PSA est inapproprié sans une discussion franche de ces données.

Que conclure pour notre pratique ?

L'ACP concluait [17] que l'imperfection des tests et l'absence de données sur le bénéfice à attendre du dépistage font qu'il n'y a de certitude ni pour, ni contre celui-ci. L'ACP recommandait donc : "plutôt qu'un dépistage systématique, les médecins doivent décrire les bénéfices potentiels et les risques connus du dépistage, du diagnostic et du traitement, écouter les préoccupations du patient, et ainsi individualiser la décision de dépister" (tableau 1). C'est dans le même sens que concluait l'Anaes en 1998.

Références

Gallois P, Vallée JP, Le Noc Y. Dépister les cancers, mais à quelles conditions. Médecine. 2005;1:72-7.

Rédaction. Information du patient sur le dépistage du cancer de la prostate. Les points-clés de la recommandation Anaes, septembre 2004. Médecine. 2005;1:128-31.

Collectif. Faut-il dépister le cancer de la prostate. Bibliomed. 1998:115.

Anaes. Opportunité d'un dépistage systématique du cancer de la prostate par le dosage de l'antigène spécifique de la prostate. Anaes, 1998. Disponible sur www.has.sante.fr

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En résumé : oû en est-on pour le dépistage du cancer de la prostate ?

­ Le cancer de la prostate a une évolution qui se juge en décennies. 80 % des patients diagnostiqués sont encore en vie à 15 ans. C'est en fonction de cette lenteur ­ donc de l'espérance de vie à 15 ans du patient ­ qu'il faut peser la décision de traiter un cancer diagnostiqué, à plus forte raison de le dépister. C'est encore à cause de cette lenteur que l'on peut douter de l'intérêt du rythme annuel d'un éventuel dépistage tel que le propose l'AFU.

­ La chirurgie radicale précoce a réduit la mortalité à 10 ans des cancers de la prostate de découverte clinique. Le bénéfice est incertain chez les hommes âgés de plus de 65 ans. Les chiffres absolus de réduction de mortalité sont modestes dans l'étude suédoise, ils sont plus importants pour les réductions de la progression locale et des métastases.

­ L'intérêt du dépistage par PSA est encore incertain. L'histoire naturelle des cancers détectés par le seul PSA est encore inconnue. Mais l'explosion d'incidence du cancer de la prostate depuis l'introduction d'un tel dépistage conduit à s'interroger sur la véritable évolutivité des cancers dépistés. Un bénéfice sur la mortalité n'a été prouvé que pour des cancers de la prostate de découverte clinique. Le devenir des tumeurs infracliniques décelées par PSA sera peut-être éclairé par les résultats de deux grands essais, américain et européen, attendus pour 2008.

­ Une information objective du patient est nécessaire avant tout dépistage. La décision lui appartient. Son choix sera motivé par l'information reçue, mais aussi par ses représentations de la maladie, et ce qu'il privilégie face au risque : la durée de vie ou la qualité de vie. Être prêt à apporter cette information implique de s'y préparer.

 

 


 

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