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La saga du paracétamol |
Médecine. Volume 2, Numéro 4, 158-9, Avril 2006, Thérapeutiques
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Résumé
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Auteur(s) : Patrice Queneau , Président d'honneur de l'APNET . |
Résumé : Nouveau volet de cette chronique thérapeutique « rétroviseur ». Après la vitamine B12, le paracétamol, plus que centenaire, comme l'aspirine... Cependant, sa « carrière » en thérapeutique comme antalgique d'usage courant ne date que d'un demi-siècle. « Redécouverte » providentielle après un autre demi-siècle d'oubli, consécutif à une erreur d'interprétation...
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Mots-clés : paracétamol, évaluation, médicament
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ARTICLE
Première erreur... d'approvisionnement
Une découverte thérapeutique d'importance peut être le fait
d'un hasard généreux. Pour autant que les chercheurs concernés
fassent preuve d'attention et de sagacité ! Le paracétamol est né
d'une erreur providentielle... d'approvisionnement, rendue bénéfique
par la "science" des chercheurs !
Voilà les faits : en 1886 à Strasbourg, deux médecins,
Cahn et Hepp, étudient l'effet du naphtalène sur les parasitoses
intestinales ; leur réserve en naphtalène épuisée,
ils se réapprovisionnent auprès d'un pharmacien de la ville :
surprise, le produit n'est doté d'aucune propriété antiparasitaire
! Les chercheurs s'en étonnent et testent ce "naphtalène"
d'un genre mutin ! Et c'est leur mérite que de découvrir les puissantes
propriétés antipyrétiques de cette nouvelle livraison de
"naphtalène". La réalité va éclater au
grand jour : ce n'était pas du "naphtalène" mais de
l'acétanilide, "père" du paracétamol et de la
phénacétine, dont les propriétés antipyrétiques
mais également antalgiques allaient se ®révéler puissantes
!
Deuxième erreur... de jugement
Erreur funeste, pour les horlogers du Jura suisse, notamment ! L'histoire est
édifiante, elle aussi : bel exemple d'erreur de jugement, aux conséquences
funestes pour des générations de malades. En 1893, un médecin,
J. Von Mering, compare les propriétés antalgiques et antipyrétiques
du paracétamol et de la phénacétine ainsi que
leurs toxicités respectives. Malheureusement, faute d'"essais
cliniques" (qui n'existaient pas alors, bien sûr !), Von Mering se trompe
: il acquiert la conviction que le paracétamol est beaucoup plus
néphrotoxique que la phénacétine. Aussi donne-t-il
la préférence à cette dernière, qui va éclipser
le paracétamol... pendant plus d'un demi-siècle ! Erreur funeste, qui
va causer une bien curieuse "épidémie" d'insuffisances
rénales, entre autres chez les horlogers du Jura suisse ! Cela se passait
dans les années 1950, à une époque oû la dialyse rénale
et la greffe du rein étaient encore balbutiantes. Les médecins
s'interrogent : Quelle "mouche" maléfique peut avoir piqué
ces malheureux horlogers... d'une aussi belle région montagneuse ?
Et quelle malédiction pour la renommée de l'horlogerie suisse
! De quoi mettre en alerte tous les détectives du pays ! Quel était
le dénominateur commun à tous ces horlogers ? Le fin mot de l'histoire
était qu'ils avaient pris la redoutable habitude de consommer allégrement
de la phénacétine. Pourquoi ? Parce que le métier
d'horloger, métier de précision s'il en est, exige une attention
soutenue et une méticulosité extrême. D'oû maux de tête
et... prise répétée de phénacétine
!
Chassé-croisé phénacétine/paracétamol
C'est dans ce contexte qu'allait germer l'heureuse idée d'aller rechercher
le paracétamol, le grand oublié de Von Mering. Miracle : ses propriétés
antalgiques et antipyrétiques sont confirmées, mais, en outre, sa
tolérance paraît excellente, notamment sur le plan rénal. Ce qui
va conduire l'exigeante Food and Drugs Administration (FDA) à accorder
en 1955 l'autorisation de vente aux états-Unis. En France, le paracétamol
apparaît en 1957 au sein d'une spécialité à usage pédiatrique,
l'Algotropyl®, commercialisé par les Laboratoires Théraplix.
Puis le Doliprane® est mis sur le marché par la même firme pharmaceutique,
dès 1961. Dès lors, l'heure de gloire du paracétamol avait
enfin sonné, amplifiée par le déclin de la phénacétine,
à laquelle il se substitue aujourd'hui dans la composition des antalgiques.
De l'impérative nécessité des essais cliniques
!
La phénacétine, jugée enfin toxique pour le rein,
allait être retirée du marché à très juste titre,
tant elle a induit d'insuffisances rénales chroniques, qui eussent été
évitées sans cette erreur de jugement initiale ! Bien sûr, les essais
cliniques source d'une inestimable vérité thérapeutique
en termes de bénéfice/risque n'existaient pas au XIXe
siècle. En leur absence, la croyance, même la plus sincère
et de la part des médecins-chercheurs les plus attentifs ne met pas
à l'abri d'une erreur conséquente : comme en témoigne cette
saga du paracétamol, abandonné dans les tiroirs de l'oubli pendant
plus d'un demi-siècle jusqu'à ce que des esprits curieux, soucieux
de soulager les malades et d'apaiser leurs douleurs, aient le talent et le mérite
de le réhabiliter. Ouvrant la voie à un emploi quotidien qui fait
du paracétamol aujourd'hui un des remparts prestigieux de la thérapeutique
antalgique et antipyrétique, au bénéfice des malades, et
ce dans le monde entier !
NB : Ce texte emprunte certains extraits à ma publication (éditorial)
"le paracétamol : deux erreurs et un oubli pour une découverte
providentielle" (Douleurs. 2006;6:332-3).
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