ARTICLE
Quelques exemples
Madame F., 87 ans
Elle vit seule chez elle. Elle est veuve, sans enfant et reçoit une fois par
semaine la visite d'une nièce qui s'occupe d'elle. Elle est à son domicile
depuis 8 jours après une hospitalisation pour accident vasculaire cérébral.
En dehors des problèmes de compréhension liés à une diminution de l'audition, elle est cohérente et a de bons repères de temps et de lieu. Du fait de troubles de la coordination du membre supérieur droit, elle est aidée par une aide-soignante, complètement le matin pour la toilette et l'habillage, et partiellement le soir pour le déshabillage. Elle peut se lever et se coucher seule. La marche est peu stable, mais elle circule seule chez elle avec une canne. Soutenue par une personne, elle se sent capable de faire des petits trajets à l'extérieur. Elle se débrouille seule pour aller aux toilettes. Elle peut téléphoner et dispose d'une télé-alarme.
Un enfant souffrant d'infirmité motrice cérébrale
Il utilise un tableau de communication pour se faire comprendre des personnes
l'entourant...
Un médecin ÃÊgé de 55 ans, très occupé par une grosse clientèle,
devient veuf
Il s'aperçoit alors que sa femme, discrètement, faisait tout dans la maison.
Racontant sa situation, il la résume en disant : « Je me suis aperçu que
je ne savais pas fermer les volets de notre chambre. » Sa femme prenait aussi
part à l'organisation de sa vie professionnelle.
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Traitez les gens comme s'ils étaient ce qu'ils devraient être,
vous les aiderez à devenir ce qu'ils peuvent être.
Goethe
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Commentaires
Dans le premier exemple, Madame F. requiert l'aide d'une aide soignante pour
la toilette et l'habillage le matin et le déshabillage le soir. Ces difficultés
de réalisation de soins personnels sont liées à une déficience, les troubles
de la coordination. Dans les déplacements à l'extérieur du domicile, l'aide
d'une personne lui est nécessaire pour assurer des déplacements en raison
d'une instabilité lors de la marche.
Dans l'exemple de l'enfant souffrant d'infirmité motrice cérébrale, l'aide technique compense son incapacité à communiquer par voie orale de manière distincte. Du médecin du troisième exemple, on pourrait dire qu'il est aussi dépendant que les plus vieilles personnes de sa clientèle. Il va lui falloir un soutien pendant quelque temps. ÃÈtait-il « un inadapté » ? Mais sa femme dépendait de lui tout autant... Cet équilibre conjugal était fréquent avant les cabinets associatifs. La société est faite de dépendances inapparentes. C'est l'impossibilité de s'adapter qui caractérise la dépendance « anormale ».
Qu'est-ce que la dépendance ?
C'est une conséquence de la déficience, de l'incapacité et/ou du désavantage,
dans le cadre de la conception de Wood [1]. Le concept de dépendance pour une
personne correspond au fait de ne pouvoir agir sans avoir recours à quelqu'un
ou à quelque chose pour réaliser les actes élémentaires de la vie quotidienne.
La dépendance rend compte du besoin d'aide pour les soins personnels et pour
les tÃÊches instrumentales comme s'occuper de ses affaires, du ménage, des courses
et pour se déplacer à l'extérieur de la maison. C'est pour le médecin une réalité
quotidienne parce que la maladie, ou une chute, rend soudainement difficile le
maintien à leur domicile de personnes ÃÊgées isolées. Il faut alors avoir recours à des moyens qui permettent de pallier
cette dépendance, temporaire ou définitive, et d'éviter des hospitalisations
et des placements sources le plus souvent d'une dégradation de l'état de
santé.
La mise en évidence de la dépendance demande un examen physique et psychique, une mesure des capacités fonctionnelles portant sur l'aptitude à accomplir les activités de la vie quotidienne et une appréciation de l'environnement social portant sur le cadre de vie, l'habitat, le réseau relationnel familial et extra-familial, les ressources financières. L'OMS a proposé d'analyser différents paramètres :  l'orientation temporo-spatiale (savoir le jour, le lieu) ;  la réalisation des activités élémentaires de la vie quotidienne (alimentation, toilette, habillement, continence...) appelée indépendance physique dans la classification internationale des handicaps ;  la mobilité physique ;  les occupations : la capacité d'un individu d'occuper son temps d'une manière habituelle selon le sexe, l'ÃÊge et la culture ;  l'intégration sociale ;  l'indépendance économique. L'évaluation quantitative d'une incapacité, totale ou partielle, exprimée en pourcentage, est nécessaire pour l'attribution de pensions d'invalidité. L'usage d'un fauteuil roulant ou un ajustement du cadre de vie, tel qu'un déménagement pour une maison sans étages peuvent favoriser la mobilité de la personne [2]. En fait, dans la société, nous sommes tous dépendants les uns des autres (voir le 3e exemple). Une incapacité peut rester sans conséquence si le sujet et son environnement, comme son entourage, s'adaptent [3].
RéférencesWood PHN. Classification of impairments, disabilities and handicap. Genève: OMS/ICD; 1975.Begué-Simon AM. Peut-on mesurer le handicap ? In : Le statut du malade du XVIe au XXe siècle. Paris ; Conversiences, L'Harmattan : 139-53;1991.
Begué-Simon AM. Handicap. Médecine. 2005;3:138-9.
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